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La peinture au quotidien
Article mis en ligne le 24 janvier 2009
dernière modification le 24 août 2010

par Jean-Paul Eschlimann

J’ai croisé Gaël par hasard, à la mission d’Agodeke (Togo), chez mon confrère Gérard Bretillot. Il venait de livrer des cartes de vœux qu’il avait lui-même peintes avec des motifs africains. Il m’a invité à le visiter chez lui, quelques jours plus tard.

Gaël au travail.
Photo Jean-Paul Eschlimann
Gaël dans son atelier.
Photo Jean-Paul Eschlimann

Gaël a vu le jour il y a 31 ans à Dapaong, au nord du Togo. Il achève présentement une licence de sociologie. Sa passion : le dessin. Il me reçoit dans son atelier de peinture, qui est en fait un coin de la chambre qu’il a louée dans un quartier très populaire de Lomé. Seize mètres carrés pour étudier, dormir, recevoir ses copains, travailler ses dessins et ses tableaux, dans un environnement plutôt obscur, où la lumière n’entre que par une petite fenêtre donnant sur la cour commune.
Il m’explique qu’il est venu à la peinture car « ça lui plaisait ». Il dessine depuis l’école primaire et, au collège, il était le « peintre de la classe », désigné pour réaliser les croquis et les cartes dont les enseignants avaient besoin pour leurs cours. Après le baccalauréat, arrivé à Lomé, il put devenir l’élève de l’un des grands maîtres de la place, le Pr. Paul Ahyi.
Gaël précise lui-même qu’il dessine « la vie quotidienne », le réel. Il goûte ainsi le plaisir de « faire ressortir ce qui est caché de l’Afrique ». En considérant bien ses tableaux, je me rends compte qu’il peint surtout des sujets féminins. Son « quotidien », c’est donc la femme, la mère, surtout la beauté de la femme africaine. A cela, rien d’étonnant, me dit-il, à cause de l’importance sociale, culturelle, voire économique, de la femme africaine au Togo. Aujourd’hui, ponctue-t-il, ce sont elles qui soutiennent les familles et font vivre les foyers. Elles ont donc un rôle irremplaçable dans la vie quotidienne.

Gaël et son travail.
Photo Jean-Paul Eschlimann
Une oeuvre de Gaël.
Photo Jean-Paul Eschlimann

Il me montre alors le tableau d’une femme découragée, prostrée, s’appuyant sur une balustrade en fer. Je lui demande :
- Ta maman était belle ?
- Oui, bien sûr !
- Tu l’as vue découragée quelquefois ?
- Oui, quand j’ai raté mon bac, par exemple.
- Alors elle ressemblait à la femme de ce tableau ?

D’abord un silence, puis un aveu :
- Oui, elle avait cette position-là ! D’ailleurs, de Dapaong, elle me téléphone souvent !

Le quotidien qui pousse Gaël à prendre ses pinceaux et à coucher des couleurs et des figures sur une toile, c’est bien le vécu de la relation à sa mère et, à travers elle, à la femme – mère d’Afrique. Et devant la toile de la femme découragée, il confie :
- Je me sens tout petit, mais je veux devenir grand, sage !

Que l’aventure soit belle et qu’elle tienne toutes ses promesses !

Une oeuvre de Gaël.
Photo Jean-Paul Eschlimann
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