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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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L’église Saint-Privat, première église de Montigny-lès-Metz.
Article mis en ligne le 26 mars 2010
dernière modification le 23 août 2010

par Charles Beltzung et Marc Heilig

L’église St-Privat se situait à gauche de la voie lorsqu’on sort de Metz par le sud. On en a récemment retrouvé des vestiges qui viennent d’être restaurés. Le village de St-Privat lui est si étroitement associé qu’on ne saurait parler de l’une sans évoquer l’autre.

Le saint tutélaire de l’église
Saint Privat est né à Coudes, près de Clermont, et fut envoyé en Gévaudan par saint Austremoine. Evêque de Mende sous Valérien et Gallien [1], c’était un homme pieux et charitable, qui aidait les pauvres. En ce temps-là, Chrocus, chef d’une horde germanique, dévastait la Gaule. Lorsqu’il atteignit la région, les habitants, épouvantés, se réfugièrent dans la forteresse de Grèzes et résistèrent vaillament. Les féroces barbares surprirent un jour l’évêque dans une caverne où il se retirait pour jeûner et prier. Ils cherchèrent à lui arracher le secret de l’accès à la forteresse et, devant son refus, ils le bastonnèrent. Puis ils voulurent le contraindre à sacrifier aux dieux. En vain ! Furieux, ils le laissèrent pour mort après l’avoir à nouveau torturé. Chrocus leva le siège le lendemain. Les chrétiens s’empressèrent auprès de leur évêque, mais il mourut quelques jours plus tard, le 21 août 257 ou 262. Martyr et héros national, saint Privat fut enterré à Mende, auprès de son ermitage. On éleva une grande basilique sur son tombeau et sa renommée se répandit fort loin.

La chapelle St-Privat, à Montigny-lès-Metz.
Photo P. Paté

Peu après 632, Dagobert opéra la translation des reliques de saint Privat à l’abbaye de St-Denis. Fulrad, abbé de ce monastère, fonda dans le diocèse de Metz le prieuré de Salonnes, qu’il dédia à la Vierge et aux saints Privat et Hilaire. C’est ainsi que les reliques de saint Privat parvinrent en pays messin. On sait qu’elles se trouvaient à Salonnes en 777 [2]. Leur arrivée dût être un événement d’importance et le diocèse de Metz en tira vraisemblablement un certain prestige. Aussi n’est-il pas surprenant de rencontrer des toponymes « St-Privat » sur le territoire de l’évêché.

L’église et le hameau de Saint-Privat
Les monuments de la nécropole romaine de Metz avaient été démontés au cours du IIIe s. pour élever un rempart contre les invasions. L’endroit dut prendre l’aspect d’un immense terrain vague, désolé et ravagé, où subsistaient les ruines de la prospérité passée. La progression du christianisme s’accompagnait alors d’une dévotion populaire aux saints martyrs. L’Église y répondit en construisant des basiliques entre la Seille et la Moselle, et en y favorisant l’installation d’abbayes et de couvents. La région prit ainsi le nom de Ad Basilicas, qu’elle conserva jusqu’en 1552 [3]. Notre église St-Privat est mentionnée au IXe siècle sur une liste des processions du Carême et, au XIe, pour les Rogations. Le pape Innocent II en confirme la propriété à l’abbaye messine de St-Clément en 1139 [4]. L’évêque de Metz Bertram précise d’ailleurs, en 1194, que les moines doivent lui désigner un desservant parmi les membres de leur communauté.

L’église n’était pas isolée. Elle avait ses dépendances et quelques maisons se groupaient autour d’elle. Campée sur l’éminence du plateau qui s’étend entre les deux rivières, elle était un élément marquant du paysage. Le hameau de St-Privat, toutefois, n’avait pas l’aspect d’un village-rue, comme souvent en Lorraine. Il était formé de grands domaines ruraux que séparaient des champs, des jardins et des vergers. Les bâtiments se dispersaient dans ce cadre champêtre. Ainsi l’église, bien qu’elle fût paroissiale, n’apparaissait pas vraiment comme telle.

Le village devait connaître les dangers de la proximité d’une place forte. Son église fut pillée plusieurs fois au XVe siècle. En 1444, lors du siège de Metz par Charles VII et René d’Anjou, la ville fit détruire les faubourgs méridionaux afin d’éviter la progression des troupes adverses ; elle restait ainsi à l’abri mais abandonnait les campagnes aux soudards et aux écorcheurs. Les chroniques du temps rapportent ces « horreurs de la guerre », qui se répètent en 1475 et, à deux reprises, en 1490.

Les villageois profitaient des moments de paix pour reconstruire. En 1552, l’église St-Privat venait d’être rebâtie lorsque Charles-Quint mit le siège devant Metz. Le duc de Guise, venu défendre la ville, reprit la stratégie de la terre brûlée. On sait toutefois que ses ordonnances ne furent pas strictement observées, ce qui donne à penser que le petit sanctuaire de St-Privat ne fut pas entièrement rasé [5]. Sans doute s’est-on d’abord occupé du clocher, qui pouvait servir de repère dans le paysage, et de faire en sorte que les bâtiments ne servent de retranchement à l’ennemi. L’église fut ensuite rapidement remise en état, puisque les calvinistes y célébrèrent leur premier office en 1561. St-Privat perdit alors son rang de paroisse catholique.

Chapelle St-Privat, Montigny-lès-Metz. Les vestiges conservés, vus du sud-ouest.
Les deux arcs et la colonne sont ce qui subsiste de la travée centrale de la nef.
Photo M. Heilig

En 1641, des religieuses fondèrent à Montigny le couvent St-Antoine-de-Padoue. Il prit rapidement de l’importance et parvint à évincer St-Privat pour l’office dominical. L’évêque, Mgr d’Aubusson de la Feuillade, touché par les plaintes des habitants, restitua pourtant un curé à St-Privat en 1676 ; on y nomma même un vicaire en 1685. La paroisse fut encore rétablie en 1756 par Mgr de Saint-Simon et, sans cesser de dépendre de l’abbaye St-Clément, garda ce statut jusqu’à la Révolution. On y comptait 562 personnes en 1768.


La Révolution et la disparition de Saint-Privat
Avant que la Révolution ne devienne radicale et ne modifie profondément le pays, on tenta d’améliorer les choses existantes par une grande consultation nationale. En 1789, toutes les communes durent rédiger un cahier de doléances pour préparer ces États Généraux. Contrairement à celui de Montigny, celui de St-Privat fut insignifiant. Se plier à la constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790 par l’Assemblée Nationale, fut plus difficile. Le curé de St-Privat, Pierre Nicolas Pichon, s’y refusa [6]. En 1793, la cure retourna officiellement à Montigny, où la population était plus nombreuse et l’église plus grande et plus récente. On y transporta le mobilier sacré de l’église St-Privat, qui fut louée pour y entreposer des cuirs et du suif. Une bien triste fin pour un sanctuaire si vénérable ! Il ne devait plus jamais revenir à sa destination première.

Chapelle St-Privat, Montigny-lès-Metz. Les vestiges conservés vus du sud.
Remarquer la colonne, qui est un des éléments conservés de l’ancienne nef.
Photo M. Heilig

La commune ayant peu d’habitants et ne disposant d’aucune ressource, ses magistrats demandèrent qu’elle soit rattachée à Montigny. Ils se rétractèrent en 1806, mais la réunion était inévitable. Napoléon Ie en signa le décret le 5 août 1809 au château de Schönbrunn. Dès l’année suivante, le conseil municipal de Montigny décidait de démolir l’église St-Privat.

Restitution de l’église Saint-Privat
Quel aspect présentait-elle lorsqu’elle fut détruite en 1810 ? Tout d’abord, elle ne fut pas entièrement démolie puisqu’en subsistent les vestiges que l’on a sauvegardés. En outre, ce n’était pas la première fois, et le bâtiment avait été reconstruit à plusieurs reprises. Nous ne pouvons donc espérer en retrouver l’aspect originel. Ce qui nous est parvenu appartient à un édifice de la fin du Moyen Age ou du début de l’époque moderne et que nous pouvons restituer. Les murs sont en moellons irréguliers, mais les pièces d’architecture importantes - encadrements, arcs, supports... - sont taillées en pierre de Jaumont, un beau calcaire qui prend au soleil une nuance dorée [7].

Chapelle St-Privat, Montigny-lès-Metz. Croisée d’ogives du choeur.
Photo M. Heilig

On entre actuellement dans un bâtiment qui comprend deux parties. La première est couverte par une croisée d’ogives. L’architecture et le décor soignés montrent qu’il s’agit là d’un espace important, certainement le choeur. A l’ouest, un arc en plein cintre, majestueux et large, permet de passer dans la seconde partie, qui est voûtée d’arêtes en berceau. L’ensemble trahit de nombreuses transformations et révèle plusieurs programmes architecturaux.

Chapelle St-Privat, Montigny-lès-Metz. Console d’un arc de la voûte du choeur.
Photo M. Heilig

Un certain nombre d’observations conduisent à envisager une construction bien plus importante. Le plan comprendrait une nef principale de deux travées, bordée au sud, et peut-être au nord, d’une nef latérale. Ce vaisseau serait complété à l’ouest par un narthex avec clocher, à l’est par un choeur à abside. L’édifice est donc à peu près orienté [8]. La transition entre nef et choeur se fait par un arc triomphal.

Chapelle St-Privat, Montigny-lès-Metz. L’arc tiomphal, transition entre le choeur (au fond) et la nef (au 1e plan).
Photo C. Beltzung

Cela correspond à un plan basilical. Si nous le comparons au plan des années 1750, le seul document qui nous montre le sanctuaire avec un peu de détails, nous constatons que cette proposition en est fort proche.

Plan de l’église St-Privat de Montigny-lès-Metz au XVIIIe s.
Croquis M. Heilig
en bleu, plan de l’église vers 1750 ; en vert, les vestiges conservés.

Sur un édifice de cette taille, il faut imaginer une couverture à deux pans pour la nef centrale, les bas-côtés pouvant être couverts en appentis. La restauration, à un seul pan, convient aux murs conservés car seule une petite partie de l’église St-Privat nous est parvenue.

La chapelle St-Privat. Montigny-lès-Metz.
Photo Y. von Hoff

C’était pourtant un sanctuaire d’une certaine importance, où se trouvaient des reliques d’un grand saint national, une église qui entrait dans le cycle des processions solennelles de la cathédrale de Metz... Sic transit gloria mundi !

Terre d’Afrique, mars 2010

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