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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

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Tourisme et solidarité. Bengale et Sikkim : une terre bénie des dieux et des hommes
Article mis en ligne le 2 décembre 2013
dernière modification le 28 juin 2013

par Etienne Weibel

Un groupe d’Alsaciens a effectué en mars un séjour de trois semaines à but à la fois touristique et humanitaire au Bengale-Occidental et au Sikkim, deux Etats dans le nord-est de l’Inde riches d’inestimables ressources naturelles et humaines. Parmi les étapes les plus marquantes figuraient la maison-mère des missionnaires de la Charité, le premier foyer des mourants et la première léproserie ouverts par Mère Teresa à Calcutta et alentour.

Un Alsacien chez le barbier, au Sikkim.
Photo Colette Weibel

Après trois voyages depuis 2006 [1] dans les Etats dravidiens de Tamil Nadu, Karnataka et Kerala, le cap a été mis pour trois semaines sur la région à partir de laquelle la domination britannique s’était étendue durant deux siècles à toute l’Inde, jusqu’à son indépendance en 1947.
Sous la conduite avertie du Père Marcel Schneider [2] et de son jeune confrère indien Yesu, du district en formation missionnaire d’Inde du Sud, le groupe de 25 participants est parti de Calcutta, dans l’immense delta du Gange, pour gagner progressivement en altitude jusqu’à 3.600 m, dans les montagnes du bas et haut Himalaya, avant de replonger au niveau de la mer dans la jungle et réserve naturelle de Sunderban, qui borde au nord le golfe du Bengale.

Lever de soleil sur les plus hauts sommets himalayens.
Photo Colette Weibel

Contrastes et syncrétismes, richesse et détresse

Des rizières à perte de vue dans le delta du Gange.
Photo Colette Weibel
Plantation de thé près de Darjeeling.
Photo Colette Weibel

L’organisateur du voyage avait proposé cette fois la découverte de deux des 28 Etats de l’Union indienne, très différents par leurs caractéristiques géographiques, climatiques, démographiques, économiques, sociales et religieuses. D’un côté le Bengale-Occidental surpeuplé, avec ses 90 millions d’habitants [3], son climat tropical rythmé par la mousson, ses basses terres couvertes de rizières, ses activités essentiellement agricole, industrielle [4] et tertiaire, ses profondes inégalités sociales, ses tensions interreligieuses [5]

Le petit train de Darjeeling, qui serpente sur 80km à flanc de montagne, est classé patrimoine mondial de l’Uesco.
Photo Colette Weibel
La station montagnarde de Darjeeling, réputée pour son thé et porte d’entrée du Tibet.
Photo Colette Weibel

De l’autre côté, le Sikkim, après Goa l’Etat indien le moins étendu [6], avec ses vallées profondes, ses montagnes escarpées dont les flancs abrupts ont été laborieusement aménagés en d’étroites terrasses pour les cultures, son climat subtropical à tempéré, son économie avant tout agro-pastorale mais aussi de plus en plus portée par le tourisme [7], ses « gompas », ou monastères bouddhistes, qui attirent de plus en plus de jeunes [8].

A l’école bouddhique.
Photo Colette Weibel

Un pays de violents contrastes
L’itinéraire a permis aux visiteurs bas-rhinois de se confronter aux « contrastes violents » [9] qui caractérisent la région géographique et historique du Bengale [10] et son voisin du nord, le Sikkim.

Salt Lake City, un quartier chic de Calcutta.
Photo Colette Weibel
Calcutta. Une femme lave son linge dans la rivière jonchée de détritus.
Photo Colette Weibel

Contrastes sociaux, encore accentués par le système des castes [11], surtout en zone urbaine où des îlots de richesse ne peuvent cacher l’océan de misère et de détresse des bidonvilles, qui continue de submerger tant le cœur que la périphérie des grandes cités comme la tentaculaire mégapole Calcutta [12].

L’univers miséreux des slums de Calcutta.
Photo Colette Weibel

Contrastes architecturaux et environnementaux entre coquettes résidences de style victorien, d’époque ou récentes, avec leurs balcons grillagés en fer forgé, et miséreuses cases en bambou, en bois, en torchis ou même en pierre, avec couverture de tuiles [13] et qui servent souvent à la fois de toit pour la famille et d’échoppes pour le commerce alimentaire et artisanal.

Maison en bois traditionnelle des hautes vallées du Sikkim, ici à Lachung.
Photo Colette Weibel

Contrastes climatiques entre la chaleur tropicale, torride et humide, dans le gigantesque delta du Gange et du Brahmapoutre [14] et le climat subtropical jusqu’à tempéré des contreforts himalayens du nord du Bengale et du Sikkim.

Contrastes, enfin, des étagements climatique, végétal et cultural, avec des rizières à perte de vue dans les basses terres du delta et les vallées du nord, les plantations de thé, les cultures fruitières, maraîchères et céréalières, et l’exploitation des forêts de teks en moyenne montagne, de conifères dans le haut Himalaya sikkimais, où elle est associée à l’élevage de bovidés, des yacks le plus souvent.

Des yacks au Sikkim.
Photo Colette Weibel

Mais cette région de l’Inde est également terre de syncrétismes. Pour preuve, quelques exemples. Si en Inde, où l’école primaire n’est obligatoire que depuis trois ans, seul un enfant sur deux est scolarisé dans le public faute de moyens suffisants, l’enseignement privé, d’origine confessionnelle ou autre, y est très développé et accueille de plus en plus de jeunes à tous les niveaux, sans distinction de religion, de race ou de statut social. Dans le Bengale-Occidental, à majorité hindoue, et à Calcutta en particulier, nombreux sont ainsi les établissements chrétiens qui reçoivent aussi les jeunes de confession hindoue, musulmane ou bouddhiste.

A Calcutta toujours, Mère Teresa a pu ouvrir son premier « mouroir » en 1952, dans une salle pour pèlerins hindous jouxtant le temple de Kali, la déesse du temps et du changement ; l’endroit était gracieusement cédé par le brahmane qu’elle avait recueilli et soigné alors qu’il était malade et rejeté par ses coreligionnaires [15].

Bouddha de 41m de haut du parc-expo de Namchi, au Sikkim.
Photo Colette Weibel

Au Sikkim enfin, se dressant sur deux collines et scintillant au soleil comme des phares sur la mer, deux divinités veillent en concorde sur la cité montagnarde de Namchi. D’un côté un bouddha géant de 41 m de hauteur, et de l’autre une statue presque aussi monumentale du dieu Shiva, dominent un parc-expo des cinq différents styles de temples hindous existant en Inde.

L’impressionnant Shiva du parc-expo de Namchi, au Sikkim.
Photo Colette Weibel

Chez les lépreux de Mère Teresa.
Des temps mémorables pour le groupe d’Alsaciens ont été les visites du premier foyer des mourants, de la maison-mère des missionnaires de la Charité et de la première léproserie créés par Mère Teresa dans et hors Calcutta.

Le foyer des déshérités à Calcutta.
Photo Colette Weibel

Ouvert dès 1952 par la « sainte vivante des slums » de Calcutta, le foyer pour vagabonds et indigents moribonds ne désemplit pas depuis et continue d’offrir sans distinction aucune l’hospitalité aux déshérités ramassés de jour comme de nuit dans la rue par d’admirables « volontaires » laïques de tous âges et nationalités. En plus des soins médicaux, ces moribonds bénéficient d’un accompagnement psychologique et spirituel de la part des missionnaires et des aides laïques [16].

La tombe de Mère Teresa, avec sa devise en fleurs.
Photo Colette Weibel

Au lendemain d’une célébration dans la chapelle de la maison-mère des missionnaires de la Charité à Calcutta, et de recueillement sur la sobre tombe en marbre blanc de Mère Teresa gravée de sa devise en anglais « Love seeks to serve » [17], les touristes alsaciens ont eu la rare possibilité de visiter la première léproserie que le futur Prix Nobel de la Paix [18] a inaugurée en 1959 à Titagarh, non loin de Calcutta.

Les vieux métiers en bois de l’atelier de tissage de la léproserie de Titagarth.
Photo Colette Weibel
L’embobinage des fils dans les ateliers de tissage de la léproserie de Titagath.
Photo Colette Weibel

Cette structure, réalisée sur un terrain mis à disposition par le gouvernement indien et coupé des zones d’habitation par une importante ligne ferroviaire pour bien marquer l’exclusion sociale des lépreux, comprend des dortoirs pour les hommes et les femmes soignés contre la lèpre et des ateliers de tissage où les personnes guéries travaillent en attendant une éventuelle réinsertion professionnelle et sociale. Les femmes [19] embobinent les fils de différentes couleurs sur des rouets et les hommes manœuvrent avec dextérité une longue chaîne de vieux métiers à tisser en bois. Les tissus confectionnés servent principalement à réaliser les saris des sœurs, ainsi que les linges et compresses pour les dispensaires des missionnaires de la Charité du monde entier. Les femmes entretiennent en outre un potager et trient le riz à la main.

Le potager de la léproserie de Titagarth.
Photo Colette Weibel

Ces visites ont suscité chez les voyageurs alsaciens de forts sentiments d’émotion et de compassion pour ces meurtris dans leur chair et leur âme, mais aussi d’humilité et d’admiration devant le dévouement, l’abnégation, les sacrifices et l’inestimable œuvre salutaire des missionnaires de la Charité et des bénévoles qui redonnent espoir et dignité à ces laissés-pour-compte exclus de la société.

Les visiteurs ont remis aux responsables des deux centres de soins un stock conséquent de vêtements et de matériel médical offerts pour une bonne partie par des commerçants et entreprises de Haguenau et environs. Ils ont par ailleurs distribué à différentes escales des effets de sport et du matériel scolaire à la jeunesse indienne, et en particulier au collège St-Joseph de Darjeeling.


Autres étapes marquantes

Le Victoria Memorial à Calcutta.
Photo Colette Weibel

Bien d’autres étapes ont marqué les esprits et les mémoires. A Calcutta, l’imposant Victoria Memorial, élevé en marbre blanc du Rajasthan à la gloire de la reine de l’empire britannique, comme un rival du Taj Mahal d’Agra. Inauguré en 1921 pour le 20e anniversaire de la mort de l’impératrice des Indes [20], il présente une belle collection de peintures et de souvenirs du « Raj », l’ère de domination britannique en Inde.

Édifiée au milieu du XIXe siècle, la cathédrale St-Paul de Calcutta fut la première « église épiscopale » d’Orient. Elle est dotée de magnifiques vitraux et de bancs en bois sculptés. Sa tour d’origine, détruite deux fois lors de tremblements de terre, a été reconstruite en 1938 sur le modèle de celle de la cathédrale de Canterbury.

La maison paternelle de Rabindranath Tagore.
Photo Colette Weibel
Buste de Rabindranath Tagore.
Photo Colette Weibel

Toujours à Calcutta, la spacieuse maison patricienne paternelle de Rabindranath Tagore a été aménagée en musée de ce grand écrivain qui fut Prix Nobel de littérature 1913.

Calcutta. Monuments funéraires à l’abandon dans le cimetière anglais.
Photo Colette Weibel

Le cimetière anglais, abandonné depuis de longues années et masqué par une luxuriante végétation qui protège des bruits de la ville, est le lieu de repos des dignitaires de l’empire britannique ; ils sont morts, souvent jeunes, victimes de la malaria, du typhus ou encore… de l’excès d’alcool pour meubler l’oisiveté !

Le pont Howrah à Calcutta.
Photo Colette Weibel

Le pont de Howrah, ou Rabindra Setu, sur le Gange, est long de 450m et date de 1943. Chef-d’œuvre d’ingénierie, il ne repose que sur une seule arche. C’est la principale porte d’entrée de Calcutta. Construit pour faciliter le transport militaire entre Calcutta et la cité voisine de Howrah, il voit passer chaque jour 200.000 véhicules et deux millions de personnes !


L’itinéraire du voyage a encore été jalonné par des escales émouvantes. Étape « Souvenir » dans les ex-comptoirs français de Chandernagor, avec son palais Dupleix, et portugais de Bandel, avec sa basilique du Saint-Rosaire de la fin du XVIe siècle…

Chandernagor. Kiosque au bord du Gange en souvenir d’un dignitaire français.
Photo Colette Weibel
Chandernagor. Statue de la Victoire dans la cour d’honneur du palais Dupleix.
Photo Colette Weibel
Le temple de Kali à Calcutta.
Photo Colette Weibel

« Spiritualité », avec la visite de temples hindous au bord du fleuve sacré du Gange, où est encore pratiqué le rite cruel et choquant du sacrifice d’animaux, comme ces chèvres que l’on décapite au sabre en l’honneur de Kali [21], et de monastères bouddhistes au Sikkim sous la conduite de guides qui nous ont longuement introduit dans les arcanes de l’hindouisme et du bouddhisme...

Une clairière, espace de méditation bouddhique, bordée de drapeaux de prières à Larmahatta, près de Darjeeling.
Photo Colette Weibel
Monastère bouddhiste au Sikkim.
Photo Colette Weibel
Monastère bouddhiste au Sikkim, où le bouddhisme, bien que minoritaire, est religion d’État.
Photo Colette Weibel
Le monastère bouddiste de Rumtek, le plus grand de l’Himalaya oriental.
Photo Colette Weibel
Moulins à prières au monastère d’Enchey.
Photo Colette Weibel
Cérémonie funèbre hindoue au bord du Gange.
Photo Colette Weibel

« Oxygénation et émerveillement » dans les stations montagnardes de Darjeeling, réputée pour son « champagne des thés », et de Pelling, au Sikkim, d’où l’on jouit d’une vue exceptionnelle sur les plus hauts sommets du monde [22]

La station montagnarde de Pelling, ancienne capitale du Sikkim.
Photo Colette Weibel

« Frissons », mais aussi « enchantement », en 4x4 sur les routes et chemins étroits et escarpés de l’Himalaya, qui sont fleuris d’orchidées, de magnolias et de rhododendrons…

Une haute vallée glaciaire du Sikkim, plantée de drapeaux de prières.
Photo Colette Weibel

« Faune, flore et détente » dans la jungle et la réserve naturelle de Sunderban [23], lors d’une croisière dans le gigantesque delta du Gange.

Cuisson à l’ancienne de galettes de céréales dans le Sunderban.
Photo Colette Weibel

Le séjour s’est achevé à Calcutta par la remise de dons pour la formation missionnaire au Père Patrickson, Supérieur du District sma d’Inde. Cette entité accueille une cinquantaine de jeunes séminaristes dans ses quatre maisons : trois au Tamil Nadu, à Mangadu près de Madras, à Karumathur près de Madurai et à Kharamatampatty près de Coïmbatore, et une plus récente à Jadcherla, dans l’Andhra Pradesh, à 60 km de la capitale Hyderabad.

Marchand de colliers de fleurs.
Photo Colette Weibel
Chars d’apparat pour les jeunes mariés.
Photo Colette Weibel

Le Sikkim et le Bengale, qui a donné à l’Inde quatre de ses sept Prix Nobel à ce jour, sont tous deux dotés d’immenses ressources naturelles et humaines, et sont vraiment « une terre bénie des dieux et des hommes », selon l’expression du Père Marcel Schneider.

Marchand de fruits et légumes à Gangtok, capitale du Sikkim.
Photo Colette Weibel