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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Un patrimoine en péril
Article mis en ligne le 26 août 2014

par Marc Heilig

Il est fort agréable, l’été, de parcourir le département de la Meuse. La campagne y est encore largement préservée : villages pittoresques, prairies et cultures vallonnées, vastes forêts... On découvre au hasard des routes les joyaux d’un patrimoine monastique qui n’est malheureusement guère entretenu. La Révolution, en effet, en morcelant ces domaines pour les vendre, en a relégué les bâtiments au fond des propriétés rurales [1].

L’abbaye de Jovilliers

Façade de l’église abbatiale de Jovilliers.
Photo Marc Heilig

Dans la campagne de Stainville s’élèvent les ruines de l’abbaye que les Prémontrés édifièrent à Jovilliers à partir de 1132. L’église abbatiale Saints-Pierre-et-Paul fut construite en 1142. Les Huguenots et la Guerre de Trente Ans laissèrent l’abbaye en ruines.
Il ne reste rien de cet ancien établissement car, en 1731, l’Abbé Claude Collin, grâce à l’aide des Prémontrés de Pont-à-Mousson, entreprit une reconstruction complète dans le style classique de l’époque. Les travaux se poursuivirent jusqu’à sa mort en 1743, mais tout ne fut pas achevé, comme en témoignent les chapiteaux des tours de l’église. La Révolution démantela la propriété, qui fut vendue par lots à des exploitants agricoles. Les bâtiments furent pillés et en partie démolis au cours du XIXe s.

L’arrière de la façade de l’abbaye de Jovilliers.
Photo Marc Heilig

L’église servit de carrière, si bien qu’il n’en reste aujourd’hui que l’imposante façade. Sa composition surprenante comprend deux tours reliées par une partie centrale concave ; l’ensemble fait deux niveaux que sépare un entablement mouluré. L’aspect quelque peu massif est heureusement tempéré par des niches et des pilastres corinthiens. Le cloître et les bâtiments conventuels, qui enferment la cour de la ferme actuelle, sont mieux conservés [2].

L’abbaye de St-Benoît-en-Woëvre
Fondée en 1128, l’abbaye de St-Benoît-en-Woëvre bénéficia d’importantes donations qui furent confirmées par les évêques de Metz et de Verdun, mais aussi par les papes Eugène III et Lucius III. Elle relevait directement du Saint-Siège ; au XVIlIe siècle, pourtant, c’est le duc de Lorraine qui en nommait l’abbé. Sans doute fut-elle dès le début placée sous le patronat de saint Benoît, et d’abord occupée par des moines bénédictins. On sait en effet qu’elle leur appartenait déjà en 1153, lorsque leur maître saint Bernard vint à Metz. Les Cisterciens de Morimond succédèrent aux Bénédictins.

L’abbaye de St-Benoît-en-Woëvre.
Photo Marc Heilig

L’emplacement s’avéra malheureusement insalubre. Aussi, à partir de 1740, l’abbé Jacques Collenel fit-il entièrement reconstruire le monastère en un meilleur endroit. La nouvelle abbaye était de style classique et l’église passe pour avoir été un chef d’œuvre. L’ensemble était somptueusement orné et meublé. Mais ces travaux épuisèrent les ressources financières des moines : en 1767, les créanciers saisirent le mobilier et le mirent en vente. A la Révolution, les bâtiments de l’abbaye et les biens fonciers qu’elle possédait dans la région furent confisqués et vendus, l’église fut démolie. Les religieux durent se disperser.
A part quelques vestiges des bâtiments conventuels, seule subsiste aujourd’hui la façade de la résidence abbatiale qui s’étend au fond de la cour telle un majestueux décor de théâtre.

L’abbaye de l’Étanche

L’église abbatiale de N.-D. de l’Étanche.
Photo Marc Heilig

Entre Deuxnouds-aux-Bois et Creuë, l’abbaye prémontrée N.-D. de l’Étanche fut fondée en 1144 par l’abbé de Belval. L’église a été consacrée vers 1147. A l’origine, le monastère se doublait d’un couvent de femmes du même ordre et possédait le prieuré de Benoîte-Vaux [3].

Intérieur de l’église abbatiale de N.-D. de l’Étanche.
Photo Marc Heilig

Pendant la Guerre de Trente Ans, les Suédois ravagèrent l’abbaye mais elle fut reconstruite à partir de 1743. La Révolution en chassa les moines en 1790. De nos jours, Notre-Dame de l’Étanche offre au visiteur les ruines de ses bâtiments conventuels et de sa charmante église d’un style classique qui tire sur le rococo. Ce bel ensemble est toutefois dans un triste état : saccagé, vandalisé, le monument court le plus grand danger. Car si l’abbaye est inscrite au titre des Monuments Historiques, elle n’est pas classée. Anthony Koenig, fondateur du site La Lorraine se dévoile, a ouvert une pétition sur Internet [4] : elle permettrait de sauver le monument puisque les démarches habituelles sont restées lettre morte.