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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Crèches d’Afrique – découvertes et émotions
Article mis en ligne le 1er juin 2016

par Jean-Marie Guillaume

Dans le sillage du Sentier des crèches, sous le patronage du diocèse de Strasbourg, une exposition de crèches d’Afrique a été proposée aux visiteurs à la maison sma de Strasbourg du 11 décembre jusqu’au 2 février. Plus de 150 personnes sont venues, émerveillées de ce qu’elles ont vu et compris. Je me suis rendu compte tout de suite qu’il fallait orienter les visiteurs dans leur découverte, ce qui m’a valu de découvrir moi-même davantage le sens et la valeur de toutes ces crèches, derrière lesquelles se cachent des âmes d’artistes exprimant leur foi et transmettant un message.

L’étendue de l’exposition
L’exposition comprend 15 crèches qui vont de 5 à 12 pièces, de statues d’une femme à l’enfant, toutes en bois local, iroko, ébène, fromager, rônier… Elle inclut aussi plusieurs batiks, dont deux représentent une femme africaine portant une charge et deux autres la Vierge présentant l’enfant qui tend les bras comme pour vous accueillir. D’autres crèches sont en ivoire, en laiton... Ce qui frappe de prime abord, tant dans les batiks que dans les sculptures, c’est l’attitude des personnages, recueillis, en admiration, en adoration, les yeux grands ouverts sur la merveille de l’enfant Dieu.

Femme africaine portant un plateau. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

La statue d’une femme africaine vous accueille à l’entrée, portant sur la tête un plateau chargé de petits objets cadeaux, son enfant accroché au dos. Au fond du couloir, une grande statue d’une Vierge à l’enfant et un batik. Dans les escaliers, un batik représentant l’Annonciation et, à la chapelle, tout un monde de crèches, de batiks, de statues.


Les batiks de Jean Coco
Tous les batiks sont signés Jean Coco. Il est originaire de la région de Katiola, dans le nord de la Côte d’Ivoire. Il est senoufo, très attaché à sa culture et à la vie du village. Éduqué à l’école catholique, il a vécu dans le sillage des missionnaires sma, Mgr Durrheimer, le Père Kuenemann et d’autres. Il s’est spécialisé très tôt dans l’art du batik. Il fait passer son optimisme et sa foi dans des représentations bibliques inspirées surtout du Nouveau Testament. L’explication qu’il donne de ses œuvres est une véritable catéchèse. Depuis plusieurs années, il s’est fixé à Grand Bassam, sur la côte sud-est du pays, tout près du musée, dans le quartier des artisans et artistes.

Jean Coco et ses filles
Photo Jean-Marie Guillaume
Batik de Jean Coco. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

J’ai visité son atelier avec un confrère. Tandis que nous échangions avec lui sont arrivées ses deux filles, d’une quinzaine d’années, avenantes et souriantes, qui revenaient de l’école ; spontanément, elles se sont accrochées au flanc de leur papa, très fier de pouvoir figurer avec elles sur la photo. Elles sont pour lui une inspiration pour ses compositions.

Nativité. Batik de Jean Coco. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Sur le premier batik, Jésus n’a pas de maison pour l’accueillir alors qu’il va naître, mais c’est tout le village qui l’accueille. La scène est en effet disposée sous un apatam. L’enfant, les yeux grands ouverts, est posé à même le sol, couvert d’un pagne. Marie, assise sur le côté, et Joseph, un genou à terre, sont auprès de lui, émerveillés. Huit autres personnages sont là, debout, en habits traditionnels multicolores, dont les trois rois. Chacun a apporté son cadeau : une femme du village présente des ananas, les bergers, un mouton. Et, bien sûr, il y a les animaux, pacifiés, libres, au-devant de la scène, tout près de Jésus, le bœuf et l’âne et les moutons. Un feu de bois a été allumé. Les personnages sont en cercle. L’un d’eux arrive timidement, un peu en retrait, c’est un berger peul, membre d’un groupe avec lesquels les villageois et cultivateurs sont souvent en difficulté [1] : on le reconnaît à son large chapeau en forme de tente, son bâton passé sur ses épaules, derrière le cou, son habit qui lui vient à peine aux genoux, sa gourde en peau qui peut conserver une eau fraîche. On s’est écarté pour le laisser venir jusqu’à l’enfant. Jésus, tout petit, est là déjà pour réconcilier et créer la fraternité. L’étoile qui a guidé tout le monde à la crèche est encore accrochée dans un coin.

Nativité. Batik de Jean Coco. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Un autre batik, représentant la même scène, couvre une partie du mur principal de la chapelle, mais quelques détails diffèrent. Le Peul n’est plus là, sa présence auprès de l’enfant lui a rappelé qu’il ne peut pas laisser plus longtemps son troupeau, car il est venu chercher la paix auprès de Jésus. Les rois sont absents, un autre personnage a pris leur place. Il est encore en dehors du cercle, on s’écarte pour le laisser passer, il est habillé comme un chef musulman, avec une chéchia sur la tête. C’est probablement un Dioula, ethnie à tendance musulmane versée dans le commerce lucratif. Il a le droit, lui aussi, de venir à la crèche et d’entrer dans le dialogue de fraternité que Jésus est venu instaurer. Comme cadeau, tel Lévi dans l’évangile, il apporte la cassette contenant son argent. Chacun des autres personnages est aussi venu avec un cadeau, du savon, une bouteille thermos, un mouton. Une dame a apporté du poisson et le chef du village, reconnaissable à sa barbe et à sa chevelure grises, tête nue, présente deux beaux coqs de son poulailler ; poisson et poulet sont nourriture de base et de fête au village en Côte d’Ivoire.

Batik de l’Annonciation. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Un très beau batik représente l’Annonciation. Une femme, Marie, à l’entrée de sa case, un fichu sur la tête, termine son ménage, la balayette à la main. Elle a allumé son feu et déjà la vapeur monte. Elle est interpelée. Encore courbée, elle relève la tête. En haut sur la droite, une tête apparait discrètement, c’est l’ange de l’Annonciation. Face à lui, plus en évidence, une colombe : « L’Esprit viendra sur toi [2] ».

Marie avec l’Enfant et jouant de la cithare. Batik de Jean Coco. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Un autre batik, plus petit, est accroché près de l’entrée de la chapelle. Très stylisé, le dessin est en forme d’œuf, symbole de vie et de fécondité. Marie est représentée avec l’enfant sur son sein, les mains caressant une cithare traditionnelle : « Mon âme exalte le Seigneur [3] ».


Les crèches de Roger Bawi
La première crèche se trouve en face de l’Annonciation [4]. C’est un ensemble de 6 personnages, groupés autour de l’enfant sculpté délicatement sur un morceau de bois, duquel des rayons de lumière se propagent en tous sens. C’est la plus belle et la plus raffinée des quatre crèches de Roger Bawi, sculpteur de Saoudè, près de Kara, en pays kabyè. Il a été lancé dans son art, il y a une trentaine d’années, par Alphonse Kuntz, sma, qui ne cesse de lui prodiguer des idées et de l’aider à raffiner ses talents. Auprès de l’enfant, Marie et Joseph, à genoux, sont en adoration. Le berger, par respect, a enlevé son large chapeau ; le mouton, dans ses bras, a saisi le chapeau entre les dents pour éviter qu’il ne le remette sur la tête, car un berger sans chapeau perd de sa prestance. Les trois autres personnages représentent les mages. Deux d’entre eux portent les habits traditionnels, le pagne jeté sur l’épaule gauche, l’épaule droite nue. L’un d’eux porte le chapeau du chef local, en forme de calot militaire, le deuxième a gardé la coiffe kabyè. Le troisième est habillé comme le prêtre local de la religion traditionnelle, portant une sorte de dalmatique, signe de son pouvoir. Les trois autres crèches de Roger Bawi sont faites de personnages plus grands. Dans l’une d’elles, tous, sauf Marie et Joseph, ont gardé leur grand chapeau.

Crèche de Roger Bawi. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Crèche de Roger Bawi. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Crèche togolaise. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Un détail intéressant - est-ce voulu par l’artiste ? - concerne la représentation de l’enfant. La première crèche présentait un enfant rempli de paix, produisant des rayons de lumière. La deuxième représente un enfant avec un bras sortant du corps, drapé d’une toge, comme un enseignant. La troisième est centrée sur un enfant-roi, tandis que la dernière crèche montre un enfant devenu adulte, « emmailloté » comme pour l’embaumement préparant à la sépulture et à la résurrection.


Les autres crèches
Deux crèches togolaises anciennes font partie de la collection. La première vient du sud Togo, fabriquée en 1930. C’est une création originale, qui ne ressemble en rien aux crèches occidentales : l’enfant, déjà avec une figure adulte, se tient debout, les bras grands ouverts, accueillant le monde, avec devant lui deux animaux. Derrière lui trois personnages, les mains en train de se joindre, ressemblent à des figures issues de la tradition vaudou : Marie qui accueille la bonne nouvelle de l’Enfant, l’ange avec ses deux ailes, venant du ciel, et Joseph en attitude d’accueil.

Crèche ancienne du sud Togo. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Crèche kabiaise. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

La deuxième crèche, issue du pays kabyè, est de 1960. Faite d’un bois très tendre et fibreux, elle ne contient que trois personnages, habillés d’une longue robe ressemblant à une soutane. Ils entourent l’enfant couché qui porte la main droite à la joue. Un homme tient un coffret, probablement un roi. Un autre homme avec un bâton figure Joseph, et un troisième porte à sa bouche le sifflet annonciateur de la bonne nouvelle. Marie n’est pas représentée.

Crèche du Kenya. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Deux crèches de 12 pièces en ébène sont arrivées de Côte d’Ivoire. Parmi les personnages, il y a un manchot. Souvent, on n’aime pas montrer les personnes handicapées, leur présence signifie malédiction ou punition pour quelque chose qui est arrivé dans la famille. La présence de cette personne à la crèche rappelle que Jésus est venu pour tout le monde et que tous, même l’handicapé, doivent être intégrés dans la famille et la société.

Crèche du Kenya. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Crèche du Kenya. St Joseph. Coll. SMA Strasbourg
Crèche du Kenya. Marie. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Crèche du Kenya. Les Rois Mages. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Crèche du Kenya. Ange et adorateur. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Une autre crèche vient du Kenya. Les personnages, en ébène, venant vers l’enfant, sont filiformes. Hauts de 30 cm, ils contrastent avec l’enfant entouré de moutons minuscules et Marie et Joseph qui ne font que 14 cm : ils représentent des gens venus des plateaux, grands, forts et fiers. Ils sont aussi grands que le palmier sur lequel une étoile s’est fixée. Ce sont eux qui gagnent les grands marathons internationaux, mais ils sont invités à s’incliner très bas, avec leurs cadeaux, au pied de Jésus enfant.

Crèche en terre cuite peinte. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Crèche en terre cuite peinte. Adoratrices. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Une crèche, en terre cuite, aux personnages cubiques et peints de multiples couleurs, vient des potières de Katiola. Ce sont 6 personnages et 2 animaux, entourant le petit enfant, lui aussi en habit multicolore. Une autre crèche est composée de 4 personnages sculptés dans des dents de phacochère. Une autre, du Burkina Faso, est composée de 10 pièces de bronze coulées à partir de moules à cire perdue, un peu comme des soldats de plomb : il y a Marie, l’enfant, déposé dans un couffin, un roi traditionnel, majestueux dans ses atours, et 3 autres coiffés d’une couronne, et 4 animaux.

Grande crèche de Paul Siaka. Coll. SMA Lyon
Photo Marc Heilig
Grande crèche de Paul Siaka. Coll. SMA Lyon
Photo Marc Heilig
Grande crèche de Paul Siaka. Coll. SMA Lyon
Photo Marc Heilig
Grande crèche de Paul Siaka. Coll. SMA Lyon
Photo Marc Heilig

La plus belle et la plus impressionnante des crèches est disposée sur un pagne massai rouge, devant le tabernacle. Elle est l’œuvre du sculpteur Paul Siaka, qui travaille encore actuellement dans son atelier d’Abobo, à Abidjan. Il a été aidé et encouragé dans son art par plusieurs de nos confrères sma [5]. La crèche est très simple, 5 pièces finement sculptés dans des blocs d’iroko : le bébé, souriant, étendu sur le sol, Joseph, un genou à terre, tenant son bâton dans la main, Marie, assise sur le côté, contemplant son enfant fils de Dieu, l’âne et le bœuf, au profil vigoureux.


Statues isolées
D’autres statues rappellent Noël, des Vierges à l’enfant assises ou à genoux.

Vierge à l’Enfant par un ex-prisonnier de Yao-Kopé. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Vierge à l’Enfant. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Maman et son enfant. Sculpture massaï. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

L’une d’elle, assise sur son pilon renversé, le regard calme sur son enfant couché sur ses genoux, a été sculptée par un ex-prisonnier au centre de réinsertion de Yao Kopé, près de Sokodé au Togo. Il y a une maman massai tenant son enfant devant elle, se reposant sur son petit siège traditionnel, et une belle statue au visage et à l’habit finement sculptés venant du pays sénoufo.

"Siège de la Sagesse" de Kolo. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Dans l’entrée de la maison se dresse la statue rigide en bois d’iroko du sculpteur Kolo, une vierge de 105 cm, à peine assise sur un siège. Le visage tient du masque simple et typique sénoufo, dont les caractéristiques rappellent le secret, l’intériorité et la famille : les yeux baissés se dirigent vers l’enfant que la femme présente à hauteur de ses hanches. Cette statue a fait partie d’une série de maquettes-essais prévues pour le choix de la statue « Siège de la Sagesse » installée dans les années 1970 à la cathédrale de Korhogo.

"Siège de la Sagesse" de Kolo. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
"Siège de la Sagesse" de Kolo. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Parmi les autres statues de l’exposition se tient une autre maquette au même visage, mais plus raffinée, recouverte d’un voile protecteur qui descend du côté droit jusque sur la main tenant l’enfant.

St Joseph protégeant Marie et l’Enfant de son manteau de Kolo. Coll. SMA Strasbourg
Photo Jean-Marie Guillaume

Et, au milieu de ces statues, une autre œuvre de Kolo, Saint Joseph étendant tendrement son manteau protecteur sur Marie et l’enfant : « Prends avec toi l’enfant et sa mère », avait dit par deux fois l’ange à Joseph [6].

Crèche en laiton. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Crèche en laiton. St Joseph. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig
Crèche en laiton. Adorateurs. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Pour conclure, je reprendrai l’une des appréciations confiées au livre d’or : « Merci pour ce beau voyage africain, où l’art et la religion se croisent, s’unissent. Cette exposition sur les crèches africaines donne une sérénité, une âme, une communion. Et finalement je me suis dit, pendant cette visite, que l’Afrique est tout près et m’a ressourcée. Merci pour le travail des artistes, où l’expression de la joie, la finesse et la précision des sculptures traduisent fidèlement les scènes de Noël, la communion. Je ressors, riche d’une culture africaine qui est très proche de la mienne [7] ».