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Société des Missions Africaines de Strasbourg
Slogan du site

La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Jean Perrin sma (1925-2016)
Article mis en ligne le 29 mars 2017

par Jean-Marie Guillaume

64 ans de service missionnaire au Togo. « Que tes œuvres t’accompagnent. »

« Réveille-toi, Père Perrin [1], il est 15 heures, la sieste est terminée, tes enfants sont là pour jouer de la musique et ils ont besoin de toi… Le Père Perrin ne répond pas, il ne répondra plus, il est parti… Merci papa… » C’est par ces mots qu’une jeune enfant, représentante des majorettes, a introduit son émouvant témoignage sur le P. Perrin, lors de la liturgie de ses funérailles au sanctuaire de Notre Dame de la Merci, le 24 novembre 2016. Le groupe des majorettes, « l’œuvre de son cœur », a égayé les derniers jours du P. Perrin. Alors qu’il ne pouvait plus se déplacer, qu’il gardait le lit ou le fauteuil, elles venaient autour de lui pour des répétitions, des chants, des rires, des exercices de musique…

En tournée dans la brousse à bicyclette
Photo SMA Strasbourg

Un souci constant pour l’éducation et les écoles

Les majorettes du P. Perrin étaient célèbres. Il les avait lancées au début de son ministère à Blitta, mission qu’il avait prise en main en 1967. Une jeune fille de la paroisse, Anastasie, en était l’animatrice, le P. Perrin l’ayant envoyée en France pour des stages de formation [2]. Des écoles, le P. Perrin en a fait construire plusieurs à Sotouboua, son dernier poste, dont un C.E.G et une extension du lycée tenu par les Sœurs marianistes. Une école primaire a même été montée dans les prémices du sanctuaire. Il en avait commencé un agrandissement qu’il n’a pas pu terminer, les fonds n’arrivant pas, ce fut l’une de ses dernières déceptions. Les écoles catholiques de la ville avaient suspendu leur enseignement pour le jour des funérailles. Les élèves étaient là, nombreux. Ils avaient grimpé sur les murs de la clôture pour mieux participer. On les reconnaissait à leurs uniformes.

Les majorettes de Blitta
Photo SMA Strasbourg

« C’est la jeunesse qui retient toute notre attention, aussi nous nous efforçons de planter des écoles un peu partout », écrivait-il en décembre 1955, trois ans après son arrivée au Togo. Il en a construit au moins une quinzaine dans le district de Yadé, son premier poste. L’une de ses premières réalisations à Kara a été l’école secondaire, ouverte en 1956, qui est devenu plus tard le collège Chaminade. Il était encore en apprentissage auprès du P. Kennis. Il a aussi construit les premiers bâtiments de ce qui est devenu le collège Adèle pour les filles, confié aux Sœurs marianistes. Lorsque les Frères marianistes ont célébré le cinquantenaire de l’institution Chaminade, ils l’ont interviewé et lui ont demandé de raconter ses débuts. Il s’est enthousiasmé sur le développement de cette école qui était devenue lycée… « Et pourquoi ne pas continuer jusqu’au niveau université ? » a-t-il dit, appuyant son dire de son grand rire sonore et contagieux.

Le sourire du Père Perrin
Photo J.-M. Guillaume

Cette idée, il l’a reprise à son compte, il en fait part dans une lettre en 2012 : « Ceci pour t’apprendre un de mes rêves… une université catholique pour Sotouboua. Je pense que c’est le moment ou jamais ». Croyant à son étoile, confiant en la Providence, entêté dans son idée, il a commencé de mettre le projet en œuvre : il a acquis un grand terrain pour cette université et l’a entouré d’une clôture. Il a construit un bâtiment de trois classes avec bureaux, édifié un château d’eau, fait venir l’électricité. Il a posé les bases d’un amphithéâtre et installé une statue de St Joseph protecteur à l’entrée de la concession.

Il voulait aussi parfaire l’éducation des enfants en développant leur goût pour la musique et le rythme, d’où les majorettes. Il a su utiliser ses talents de musicien, évidents malgré une forte surdité [3], pour enseigner la musique, la trompette et l’orgue. Régulièrement, des enfants venaient chez lui et s’exerçaient à un petit orgue électronique. Il a formé un bon nombre d’organistes [4].


Souvenirs de jeunesse

Si Jean mettait tant d’énergie à construire des écoles et à promouvoir l’éducation des enfants, c’est que lui-même n’avait pu réaliser les études qui lui convenaient. Il se souvient de son enfance lors de son 90ème anniversaire :

« Je suis né le 18 janvier 1925 à Fouchy. À onze ans, je perds ma maman ; cris d’angoisse à la tombe, ma marraine m’emmène chez elle pour me distraire. À douze ans, direction petit séminaire sma de Saint-Pierre, classe de septième. J’ai beaucoup pleuré par mal du pays. Au bout de trois semaines, vu le surnombre, on envoie les plus âgés en sixième à Haguenau ; j’en fais partie. J’aurais bien voulu être parmi ceux qui apprennent à jouer de l’orgue, c’est déjà au complet, on me met parmi les enfants de chœur. En 1939, le séminaire est évacué à Chamalières (Puy de Dôme), où je fais la quatrième. On n’aimait pas la soupe le matin. En 1940, l’Alsace est annexée. Issu d’un village francophone, je dois faire une année de perfectionnement en allemand avant d’être admis à l’Oberschule de Barr comme « Gastschühler » à la fünfte Klasse. J’y ferai la Sexte. En 1943, RAD en Yougoslavie, puis Wehrmacht alors qu’il me restait une année pour avoir l’Abitur. On me promet que j’aurai des avantages après, en fait j’ai reçu la dispense de la 1ère partie du Bac, mais ça ne compense pas les études perdues… Comme je n’avais rien eu dans ma jeunesse, surtout avec ces études bâclées, j’ai voulu que les enfants d’ici aient autre chose. D’où mon orientation vers les mouvements de jeunes, scouts, majorettes et vers la création d’écoles. »

Le Père Jean Perrin avec le Père Gérard Bretillot
Photo SMA Strasbourg

Une expérience de la Miséricorde

En son temps de guerre, il a séjourné à Brandenburg, à Sudauen, en Pologne, où il était malade, à Stablack-Nord, un camp d’entrainement, à Insterburg, à deux kilomètres du front. En octobre 1944, il écrit : « J’en ai vu du dur. Vous avez sûrement entendu parler de la grosse attaque russe en « Ostpreussen » ; il nous a donné un si grand feu qu’on ne pouvait pas tirer avec nos canons, et après avoir donné un « Trommelfeuer » de deux heures, nous devions les abandonner, nos canons. On nous a mis chez l’infanterie où les russes nous ont repoussés trois, quatre fois, chaque jour à nouveau. C’était dur et je suis bien content que c’est passé. Nous sommes maintenant trois quatre jours en repos à 18 kms de Schlossberg… Nous logons dans des maisons d’évacués où tout est encore à trouver en ce qui concerne la bouftifaille : poules, canards, porcs etc… En 1945, blessure au-dessus du genou droit par un éclat d’obus, pas assez grave pour un « Heimatschuss ». Je suis prisonnier (des Russes) pendant huit mois, dont cinq à Tambow ; les gens mourraient par manque de soins. Libéré en octobre, je dois me refaire une santé. Sur le chemin du retour, à la ligne de démarcation, un aumônier nous remettait à chacun une médaille de N.D. de la Merci. Papa avait fait le vœu que, si je revenais, il m’enverrait à Lourdes. Ce qui fut fait avec le pèlerinage des prisonniers et des déportés ». Jean n’aimait pas parler de cela. Lorsqu’on lui posait des questions sur cette période de sa vie, il répondait : « c’est du passé, n’en parlons plus ». Il avait promis à la Vierge Marie d’ériger un édifice en son honneur s’il revenait des horreurs de la guerre.

Jean Perrin en 1943
Photo SMA Strasbourg

Les conséquences de Tambow se feront néanmoins sentir toute sa vie durant. Il savait ce qu’était un état de santé fragile, lui qui était revenu de la guerre avec un estomac et des intestins abîmés pour toujours. Les malades et les plus pauvres sont toujours venus nombreux frapper à la porte de son cœur. Il était infirmier à Chanly ! « Vous me soutenez de longue date. Merci pour toutes les joies que vous me permettez de semer dans le cœur des petits, des pauvres, des malades, de m’aider à faire face à tant de besoins et de misères. » Pendant un certain temps, avec son pendule, il s’est aventuré à prononcer des diagnostics et il s’était mis à imposer les mains. Il croyait en sa force de radiesthésie et aussi en la puissance de l’Esprit. Il a développé des infrastructures médicales, un hôpital et une maternité à Blitta, plusieurs dispensaires dans plusieurs villages où il a réussi à faire venir des agents, infirmiers de l’État.


Retour au séminaire

Revenu de Tambov, Jean reprend son cheminement scolaire. Il étudie la philosophie à Chanly, en Belgique, de 1946 à 1948, ces deux ans lui servant aussi de noviciat. Il prononce son premier serment d’appartenance à la Société des Missions Africaines le 24 juillet 1948. Il part ensuite pour Lyon où il étudie la théologie. Le curé de Fouchy, Joseph Antoine, qui doit donner son avis en vue de l’ordination de son paroissien, résume bien ce qu’était Jean au temps de sa formation : « Vous le connaissez mieux que moi pour ses belles qualités… C’est un garçon surtout humble et dévoué, qui ne refuse aucun service, se croyant toujours indigne ou inférieur à sa tâche, ne se recherchant nullement… Par les circonstances tragiques de sa vie – service militaire chez les Allemands, prisonnier en Russie, par les malheurs de la famille, il a acquis une grande maturité d’esprit et je suis sûr qu’un jour, prêtre, il comprendra les âmes, ayant beaucoup souffert en silence… C’est un jeune bon et serviable, comme dit, parfois trop humble et effacé [5] ». Au séminaire, on disait même qu’il était timide.

Jean Perrin séminariste
Photo SMA Strasbourg

« La vie de la famille est honorable et chrétienne », écrivait encore le curé de Fouchy. Ce n’est pas uniquement la famille qui vivait dans cet esprit chrétien, mais tout le village de quelques 600 habitants. C’était une pépinière de vocations sacerdotales, diocésaines ou religieuses. La SMA elle-même a été bien servie, avec pas moins de six prêtres [6]. La famille Perrin était très engagée sur le plan paroissial et communal. Il était naturel chez eux de rendre service [7]. Il existait une véritable harmonie et une belle complicité entre les quatre membres de la fratrie, deux sœurs aînées et deux frères. Jean prononce son serment perpétuel le 11 février 1951. Il est ordonné prêtre en la chapelle des Missions Africaines à Haguenau le 12 juillet 1951 par Mgr Weber, évêque de Strasbourg, avec les Pères André Fuchs et Félix Lutz. Il célèbre sa première messe à Fouchy le 15 juillet, heureux d’avoir à côté de lui le P. Paul Perrin, son oncle alors en congé.


District de Yadé. Écoles, chapelles, stations secondaires

Nommé pour la préfecture apostolique de Sokodé (Togo), il embarque à Marseille le 28 septembre 1952. À la sortie du bateau, il est accueilli par le P. Paul Perrin, son oncle, en mission au Dahomey, et le P. Louis Noël. Il est affecté à Yadé, dans le nord, au pays Kabyè. Dans sa première lettre, il se dit « frappé par la pauvreté des gens et la pauvreté de la mission… Mon rôle premier est d’apprendre la langue, comme tout le monde. Nous sommes trois pères ici [8] ». Il fait l’acquisition d’une moto d’occasion, achetée à Fouchy pour 5000 F. La moto, qui a une panne de chaîne, le fait devenir mécanicien.

Le Père Perrin en chantier
Photo J.-M. Guillaume

Déjà il pense aux constructions : « Ce qui me donnera du travail à la prochaine saison, ce sont toutes ces chapelles découvertes où il faudra remettre une charpente neuve, sans compter les écoles. Je ne veux pas parler tant du travail que du financement dans ce pays sans bois. Enfin, la Providence veille… » Au début 1953, Mgr Lingenheim lui demande de s’occuper des stations secondaires de Lama-Kara, en plus du secteur de Yadé. « La moto est en panne depuis deux mois, c’est pourquoi j’ai enfourché la bicyclette (envoyée par Mgr Lingenheim). J’ai agrandi et rehaussé une chapelle de 22 mètres de long, en pierre, construit une salle de classe en pierre et terre et quatre autres en terre (briques), sans compter les nombreuses vieilles toitures… Actuellement le pasteur nous harcèle avec ses écoles en dur et ses catéchistes de faction dans tous les coins. Le pasteur sait que le pays kabyè est ouvert à l’évangélisation et en profite. »

On demande des porte-paroles.

Le 15 juin 1954, il demande au directeur du Nouvel Alsacien, journal qui arrive jusqu’à Yadé, d’insérer un appel intitulé : « On demande des porte-paroles ». « Un seul peut-il enseigner dix mille surtout lorsque ceux-ci sont dispersés en plusieurs villages éloignés ? Il est pourtant étonnant de voir fleurir de nombreuses conversions là où un catéchiste s’est établi… » Des appels de ce genre, Jean en écrira beaucoup dans Le Nouvel Alsacien, Les Dernières Nouvelles, L’Ami du Peuple, Le Messager/Terre d’Afrique des Missions Africaines et autres magazines. Les réponses aux messages ont permis de bonnes réalisations !

Le Père Perrin avec ses catéchistes à Blitta en 1968
Photo SMA Strasbourg

Les catéchistes ont toujours été un souci pour le P. Perrin : « Ici il y a un manque complet de catéchistes parce que Monseigneur ne peut en engager d’autres… Il y a des écoles régionales où les enfants ne reçoivent pas la parole de Dieu parce qu’il n’y a pas de catéchistes, par exemple Avangelo… Il faudrait avoir des catéchistes dans tous les villages… » Lorsqu’il sera à Blitta, le même souci des catéchistes le poursuivra, des catéchistes zélés, intègres, modèles dans leur vie de foi et leur conduite matrimoniale. Un jour, il s’apercevra qu’un de ses meilleurs catéchistes vivait en concubinage. Tout de suite, il a été démis de ses fonctions. Il y en eut ensuite un deuxième, un troisième… Et finalement il s’est rendu compte qu’en poursuivant son verdict radical, il n’y aurait plus aucun catéchiste dans les villages et dans toute la mission. Il fallait revoir toute la stratégie suivie et prendre davantage en considération la situation locale, qui est celle d’un début d’évangélisation.


Une bicyclette, une moto, une 2 CV

« Depuis 4 mois, (alors que la petite moto fonctionne difficilement) je fais de la bicyclette, et quoique jeune encore c’est quelque fois pénible car il faut emporter pas mal de choses et cela fait un bon détour de Yadé. » Plusieurs dons lui permettent d’acquérir une moto plus puissante, une 175 cm3. « Ici le travail ne manque pas et il faut occuper tous les postes avant que d’autres ne les aient déjà pris. J’ai construit trois écoles et retapé deux chapelles cette année. Le tout est inachevé… Ce qui m’a surtout arrêté, c’est que le gouvernement n’a subventionné aucune école cette année… De plus, près de 500 élèves sont assis par terre, pas de bancs, et voilà qu’ils doivent commencer à se munir de cahiers… La moto me rend d’appréciables services (me trouvant toujours à l’écart du district) ; c’est aussi un moyen de se rendre les chefs sympathiques, car quoique « marcheurs », ils aiment se faire remorquer, mais ils ne savent pas toujours se tenir droit, surtout le soir du marché… Nous avons le plus grand nombre d’écoles dans le cercle et l’Administration voit cela d’un mauvais œil. Elle voudrait nous empêcher d’en ouvrir de nouvelles, et pour cela elle nous reproche d’avoir des maîtres peu instruits et de n’avoir pas ou peu de bancs dans plusieurs classes. Tout ceci est vrai, c’est pourquoi nous nous efforçons de remédier à tout, selon nos possibilités. J’ai fait demander à Mgr l’ouverture d’un cours normal en lui disant que je vais faire le bâtiment, il est d’accord. Il faudra voir l’Administration. C’est ainsi. Je ne sais pas encore avec quoi je vais construire mais la Providence est là… »

Le Père Perrin et sa Peugeot
Photo SMA Strasbourg

« Je suis soulagé dans mes tournées par une 2CV Citroën. J’ai reçu un don spécial de St Pierre Claver ; j’ai vendu ma moto, et sur l’avis de Monseigneur, je l’ai achetée. » Plus tard, la 2 CV sera remplacée par un pick-up Peugeot qui facilitera le transport des matériaux pour les constructions, puis par la 504 équipée d’une benne basculante en 1987, pour le transport du sable, des briques et du bois. « Mgr me nomme remplaçant du Père Lickel qui est en instance de partir. Je garderai la station de Lama-Kara jusqu’à nouvel ordre. Un prêtre local, Raphaël Ajola, devrait s’installer à Lama-Kara aux côtés du Père Riedlin. Avec la 2 CV le travail me sera facilité. »


Premiers congés et changements de poste. Lama-Kara et Sokodé

Après 5 ans de présence au Togo, le P. Perrin prend son premier congé. Il arrive en France, après un voyage par bateau, le 15 avril 1957, et repart par avion le 1er novembre [9]. Lorsqu’il est chez lui, à Fouchy, il est heureux, dit son frère, de pouvoir travailler à la fabrication des sabots et à la petite exploitation familiale, quand il n’est pas occupé à des visites médicales ou de bienfaiteurs et de paroisses qui veulent bien l’accueillir.

Le Père Perrin avec les Pères Félix Lutz et Jacques Varoqui
Photo SMA Strasbourg

Revenu au Togo, il écrit quelques semaines plus tard : « Pour ma part, j’ai changé de poste et Lama-Kara n’était pas tout à fait pour moi, mais enfin, je commence à me faire à ma nouvelle vie. D’ici un mois, je serai un peu plus familiarisé avec les gens. J’ai ramené pas mal d’argent de congé, mais je crois que tout va aller dans un centre culturel près d’une grande école régionale à 9 classes, ce qui permettra d’accueillir les enfants au catéchisme. Ce sera une salle d’œuvre avec bureau social et bibliothèque. Avec cela, l’église construite par le Père Kennis n’est toujours pas achevée… »

Une lettre du Provincial, le P. Antoine Jung, nous apprend que le P. Perrin a été sollicité pour prendre un poste à Sokodé : « J’ai reçu votre mot où vous me dites que vous refusez le poste de Sokodé auquel vous êtes nommé. Vous donnez comme raison que ce poste est destiné aux prêtres africains. La raison que vous avancez n’en est point. Elle est contraire à notre esprit missionnaire et dommageable aux perspectives de l’Église à construire en Afrique… Dans le cas concret, si on maintient votre nomination à ce poste si important, et pour des raisons évidentes, vous n’avez pas le droit de refuser… [10] »

Le Père Perrin avec les Pères Brem, Blindauer, Ehrard et Cuenin
Photo SMA Strasbourg

Il est nommé curé de la cathédrale de Sokodé et il y reste une année (1965-1966). C’était à l’époque du changement d’évêque. Mgr Lingenheim avait démissionné le 18 novembre 1964 en faveur d’un évêque togolais : Mgr Chrétien Bakpessi, nommé le 9 août 1965, est ordonné évêque le 5 décembre. L’intérim est assuré par le P. Welsch. Le P. Perrin prend une année sabbatique, il est en France du 12 mai 1966 au 18 septembre 1967. À son retour, il fait une pause à Yadé, d’où il écrit le 16 décembre 1968. Il parle d’abord de la situation de la mission : « Voilà bientôt un mois que je suis de retour ici. J’ai trouvé bien des choses de changées dans la maison, du fait qu’un tas de monde y a séjourné, du matériel disparu, des fournitures scolaires parties etc. » Dans la deuxième partie de sa lettre, il fait allusion à des réunions des confrères sma qui ont eu lieu avec le supérieur régional, à des rencontres avec l’évêque, à des nominations refusées et des démissions de confrères nommés à des postes importants. Tout cela a été cause de malentendus et de malaise. Lui-même préfère s’éloigner et opte pour le diocèse d’Atakpamé. Jean Perrin n’était pas fait pour les paroisses de ville ou pour les paroisses déjà bien enracinées ; il était fait pour « la brousse », pour les débuts. C’est un fondateur.


Des églises comme signature. Blitta (1967-1992)

Dans son curriculum vitae il passe sous silence ce court séjour à Yadé et stipule : « 1967-1992 : curé de la paroisse Notre Dame du Très Saint Rosaire de Blitta ». Le diocèse d’Atakpamé avait été créé le 29 septembre 1964. Il était dirigé par Mgr Bernard Ogukpi Atakpah [11]. Le secteur de Blitta, qui faisait partie du diocèse de Sokodé, avait été rattaché au diocèse d’Atakpamé à sa création.

L’église construite par le P. Perrin à Tchébébé
Photo J.-M. Guillaume

Lors de la veillée funèbre précédant les obsèques du P. Perrin, l’abbé Étienne Palanga, curé de la paroisse principale St. François d’Assise de Sotoboua, évoquait la « signature », telle la signature des artistes ou des architectes, que le P. Perrin a apposée partout où il a travaillé. Cette signature est évidente, disait-il, dans les nombreuses écoles que le P. Perrin a construites, mais surtout dans les nombreuses églises, grandes ou petites, toujours de même style, rectangulaire, solide, avec un petit clocher.

Le Père Jean Perrin, un bâtisseur
Photo SMA Strasbourg

On les repère facilement dans tous les villages qui s’échelonnent le long de la route principale qui traverse le Togo, sud-nord, et il y en a encore d’autres dans les villages situés en dehors. « Blitta fête cette année ses 20 ans d’existence… La paroisse de Blitta, ce sont plus de 20 paroisses annexes, paroisses vivantes pour la plupart, animées par des catéchistes, les comités paroissiaux, les mouvements d’action catholique, les chorales etc [12]. »

Jeudi Saint à Tchébébé en 1996.
Photo SMA Strasbourg

En tout cela, le P. Perrin n’a jamais négligé le service pastoral. Il se savait chargé de guider les communautés chrétiennes, organisant la catéchèse, suivant de près les catéchistes, intervenant lui-même en des collèges et lycées, utilisant les moyens les plus modernes qui se présentaient, le cinéma, la vidéo, l’internet, strict et exigeant pour la vie chrétienne. À Blitta, Jean donne sa pleine mesure. On a l’impression que son engagement à Yadé, Kara, Sokodé, pendant 15 ans, n’a été qu’un prélude. La mission de Blitta n’en était qu’à ses débuts. Libre et seul, fort de son expérience pastorale et d’entrepreneur, il se donne à fond non seulement dans le développement de la paroisse, mais aussi dans des œuvres de caractère sanitaire et social et dans le soutien des populations locales trop souvent ignorées des instances gouvernementales. Blitta et ses alentours lui doivent les débuts de leur développement : l’école primaire, le presbytère, l’église, le collège, le dispensaire, l’hôpital et le logement pour le médecin, la maternité et le logement de la sage-femme, le centre culturel, des puits, un centre de formation agricole pour les jeunes, un centre pilote pour petits ruminants animé par un jeune et une animatrice rurale, un centre de formation à la culture maraîchère…


Un pont sur l’Anié

Le pont sur le fleuve Anié fut une initiative importante. Le P. Perrin ne supportait plus que les femmes, traversant le fleuve en poussant leur cuvette devant elles, continuent à se faire emporter par le courant devenant indomptable à la haute saison des pluies. Plusieurs fois, le P. Perrin intervint auprès des autorités pour protéger la population rurale installée à l’ouest du fleuve, tout près de la réserve de faune et souvent brimée. Suite à une fouille anti-braconnage par l’armée, le 17 mai 1986, qui aboutit au déplacement de deux familles vers le centre du village de Kpawa, ce qu’elles avaient commencé à faire, le village tout entier a été incendié le samedi 21, soit 59 familles. Le P. Perrin, sur le point de partir en congé, écrit alors une lettre de doléance au ministre de l’Aménagement rural « pour permettre à cette population de regagner les lieux abandonnés en les indemnisant ».

Construction d’un pont au Togo
Photo J.-M. Guillaume

L’année 1988 a été riche en réalisations : « quatre puits dont deux grâce au club du 3ème âge de Bergheim ; une chapelle à Yaloubè, une école de trois classes et surtout le presbytère à Agbandi. Ce dernier sera terminé en janvier ; mais je suis en train d’activer les travaux, le Père Bosetti s’étant proposé malgré son grand âge de revenir en Afrique pour y assurer une présence. J’en suis heureux, mon travail s’en trouvera allégé et peut-être à la longue, la paroisse pourra être scindée en deux… » Il avait pensé lui-même s’installer à Agbandi en une sorte de semi-activité. Le P. Bosetti y vient en 1989 ; il y restera jusqu’en 1995, pour rentrer définitivement en Alsace après 55 ans d’intense activité au Togo.

Dans sa circulaire de 1990, Le P. Perrin raconte l’événement de l’année : « l’abattage d’un éléphant ici à Blitta. Depuis plusieurs années, toute chasse était interdite ; les paysans se plaignaient du gibier dévastateur : perdrix, sangliers, agoutis, phacochères, singes, éléphants, en vain. L’éléphant en question était devenu dangereux et agressif. Il a fallu se faire le porte-parole de la population en écrivant directement au Président de la République. L’intervention a porté ses fruits puisque ordre a été donné d’abattre l’éléphant et la chasse à nouveau autorisée, au grand soulagement de la population ».

1991 est une année de crise politique au Togo : « partout sur le plan national, ça ne va pas. La démocratie est mal partie. Partout règne l’insécurité, les Kabyès installés au sud affluent vers le nord, les Ewés installés au nord affluent vers le sud. Ici à Blitta, nous dénombrons 2.500 réfugiés, d’autres arrivent, certains n’ont rien pu emmener, leurs récoltes sont restées sur place… Je n’ai pas l’habitude de parler de misère, mais cette fois, c’est vraiment la misère. »

Le P. Bosetti étant à Agbandi, le P. Perrin pense à une autre solution pour un retrait éventuel. En 1992, il a 67 ans, les prêtres au diocèse d’Atakpamé sont devenus nombreux et un bon nombre d’entre eux vont travailler ailleurs. Il a des difficultés avec l’évêque, Mgr Kpodrzo, qui a succédé à Mgr Atakpah en 1978. Le P. Perrin veut se dégager des responsabilités pastorales et prendre du recul. Il se bâtit une petite maison à l’entrée du village de Yomaboua, au nord de Blitta, dans le diocèse de Sokodé où un nouvel évêque, Mgr Ambroise Djoliba, a été ordonné le 7 août 1993. C’est à quelques kilomètres au sud de Tchébébé, station qui est rattachée à la paroisse de Sotouboua, mais il n’y a pas de prêtre dans le secteur.

Les ponts sont très utiles au Togo.
Photo J.-M. Guillaume

Il y retrouve les réfugiés qu’il a essayé de secourir à Blitta. Ils s’installent comme ils peuvent dans « la faune », la réserve naturelle à l’ouest de l’Anié. Encore une fois, le P. Perrin intervient auprès des autorités et obtient un territoire pour ces gens. Ils sont complètement isolés et un pont est nécessaire pour les relier au reste du Togo.

Le Père Perrin chez les réfugiés
Photo SMA Strasbourg

En 1996, ils sont 5000 dans « la zone entièrement enclavée et n’ont pas encore trouvé la paix ; les gens vivent dans l’inquiétude : trois noyades l’an dernier, deux cette année, et que d’effets perdus, emmenés par l’eau en traversant à la nage… Heureusement, le dispensaire en voie d’achèvement est déjà un espoir ; les pistes devant relier les villages ont pu être réalisées. Mais rien en vue pour le pont… Finalement, j’ai presque honte de construire églises et chapelles alors que je ne peux aider ces pauvres gens. » Le pont sera finalement réalisé un peu plus tard.


Tchébébé (1992-2004)

En décembre 94, il écrit qu’il a ouvert « sept nouvelles paroisses qui ne sont pas prises en charge par le curé ». Sa première et plus importante construction a d’abord été l’église de Tchébébé, avec un vitrail de couleur au mur du fond. Elle est grande et imposante au bord de la route, avec un clocher qui domine tout le village. Elle a été consacrée le 21 janvier 1996 « et la chrétienté s’était investie au maximum ». Ce jour est en même temps le jour officiel de son érection comme paroisse, dédiée à St Albert le Grand. Elle s’étend sur 15 stations secondaires. La construction du presbytère est terminée en 1997. En attendant, le P. Perrin, qui réside toujours à Yomaboua, fait office de curé ; une équipe de plusieurs prêtres sma prendra la relève en 2004.

Le vitrail de l’église de Tchébébé, réalisé par Paul Ahyi, l’un des artistes les plus réputés du Togo
Photo Jean-Marie Guillaume

L’église de Bondjondé, de 500 places, est bénie le 30 janvier 1999. C’est le cadeau du P. Perrin pour ses 75 ans. D’autres églises sont édifiées : « Mgr Ambroise Djoliba a consacré du samedi 12 au lundi 14 mai 2001 trois chapelles de 300 à 500 places, les chapelles Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Tchoïdé, Saints Pierre et Paul de Déréboua-Kidjang et Saint Gabriel de Boualé dans la paroisse de Sotouboua… »

Sotouboua

En 1998, alors qu’il est encore administrateur de la paroisse de Tchébébé, l’évêque de Sokodé demande au P. Perrin de seconder l’abbé Michel Bata, curé de Sotouboua, et de s’occuper des constructions et du développement. À Sotouboua, une nouvelle église pour un millier de personnes était en chantier depuis plusieurs années. Avec beaucoup d’hésitation, le P. Perrin accepte d’en reprendre la construction. À l’aide d’un architecte, il réaménage les plans. Très ami avec les nombreux musulmans du secteur, il voulait leur montrer que les chrétiens sont capables de construire un lieu de prière décent pour leur communauté et le service du Dieu unique.

Le Père Jean Perrin
Photo SMA Strasbourg

Dans sa circulaire de 2004, il fait le point de ses activités : « Je n’aurais jamais pensé atteindre 80 ans et, à cet âge, être toujours en Afrique. Et bien, c’est ce qui va arriver le 18 janvier prochain. À part l’intestin qui demande beaucoup de soins et d’attentions, suite à la captivité en Russie, je me porte assez bien et j’en rends grâce à Dieu… Les réalisations au cours de cette année ont dépassé toutes mes prévisions : tout d’abord la finition et la consécration de l’église de Sotouboua, le 14 février, date aussi de ses 50 ans d’existence, qui attire beaucoup de fidèles ; ensuite le dispensaire de Kpéyi où il manque encore le forage pour être fonctionnel ; l’église de Kaniamboua où il ne manque plus que les bancs ; un bâtiment scolaire à trois classes à Déréboua qui n’avait pas été prévu et bien sûr la nouvelle mission ici à Sotouboua-Sud où j’habite depuis le mois d’août ».

Une autre église, dans le quartier sud de Sotouboua, Sotouboua-Kpandiyo, est en effet en construction en 2005. Dédiée à la Nativité du Seigneur, elle est inaugurée par la messe de minuit de Noël. A côté de l’église, un jardin d’enfants a été installé. « J’ai pas mal de dépenses de carburant pour les messes du dimanche, des séances vidéo nocturnes et cours de piano dans les villages, les cours de religion dans deux CEG respectivement à 8 et 14 km (10 heures par semaine) et le suivi des travaux ».

Chevalier de la légion d’honneur

Le 1er janvier 2010, il est nommé « chevalier de la légion d’honneur ». La cérémonie a lieu le 9 juin 2010 dans les jardins de l’Ambassade à Lomé. « Pour tout dire je n’aime pas les fêtes et les honneurs. Je n’ai célébré ni le 25ème ni le 50ème et j’ai décliné deux décorations : le mérite National et le Mono, décoration togolaise. Mais quelques fois ça vous tombe dessus, alors il faut jouer le jeu. » « Il tient pour moi, toutes proportions gardées bien sûr, à la fois du Dr Albert Schweitzer et de l’abbé Pierre », écrivait dans L’Ami du Peuple le P. Félix Lutz, son compagnon d’ordination, ami et bienfaiteur.

Le Père Jean Perrin, Chevalier de la Légion d’Honneur
Photo Jean-Marie Guillaume

Dans son mot de remerciement à M. L’Ambassadeur, Jean déclare : « C’est avec humilité que je reçois cette décoration, sachant qu’on aurait toujours pu mieux faire et plus… Je reçois cette décoration de chevalier non comme un honneur ou comme une récompense, mais comme un engagement. Il est écrit dans le psaume 44, verset 4 : Guerrier valeureux, porte l’épée de noblesse et d’honneur ! Ton honneur, c’est de courir au combat pour la justice, la clémence et la vérité. Que Dieu m’aide à poursuivre ce beau combat… » Il n’a pas pu refuser une deuxième fois l’ordre du Mono ; il lui a été remis à titre posthume par le ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales, originaire de Sotouboua, lors de la cérémonie des obsèques.


Le sanctuaire Notre Dame de la Merci

Dans sa circulaire de Noël 2008, le P. Perrin annonce son projet de construction du sanctuaire. La pose de la première pierre est célébrée « en l’an de grâce deux mille dix, le 03 du mois de mai, mois de Marie, à 16 h GMT », présidée par Mgr Ambroise Djoliba, évêque de Sokodé, en présence du préfet de Sotouboua. Mais le projet est revu à la hausse dans la circulaire de Noël 2010 : le sanctuaire proprement dit, « ce n’est que le commencement d’un ensemble qui doit comprendre aussi la maison de l’aumônier, l’installation des Sœurs avec un centre médico-social, une maison d’accueil avec salle polyvalente pour petits retraitants, une école primaire, mais aussi, ce à quoi je tiens personnellement, un Chemin du Rosaire, parcours bétonné avec 20 encadrements dans des niches : parcours qui serait proposé aux pèlerins mais d’un coût de 15.000 euros. »

Le sanctuaire N-D de la Merci
Photo J.-P. Frey

Le sanctuaire est inauguré le 3 juillet 2011. La fête est jumelée avec la célébration des 60 ans de sacerdoce du P. Perrin. Il décrit lui-même la célébration au lendemain de la célébration : « Une ambiance incroyable… Des haut-parleurs qui diffusaient la musique à tue-tête. Les gens sont restés à danser, à chanter jusqu’à la nuit, soit sur l’esplanade soit sur le parking… La télévision et la presse étaient là. Je n’ai jamais vu ça… Les étrangers ont félicité l’organisation qui était parfaite. Des hangars recouverts de bâches avaient été installés sur l’esplanade qui est très grande. Ils ont tué trois bœufs, la boisson locale coulait à flots… C’est la paroisse qui a tout organisé… Aujourd’hui pendant l’office, la pluie s’est mise à tomber comme une bénédiction du ciel… » Ciel et terre étaient unis : « joie dans le ciel et paix sur la terre aux hommes que Dieu aime ».

Mosaïque du choeur de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo)
Photo J.-P. Frey

L’eau de la grâce

Au sanctuaire, Jean a voulu ajouter une grotte comme à Lourdes ; c’est le dernier ouvrage qu’il a pu superviser. En 2016, il écrivait : « Je veux que les pèlerins et autres de passage puissent boire l’eau bénite comme à Lourdes, d’où installation de l’eau courante... Marie m’a beaucoup aidé pour le sanctuaire, et protégé tout au long de la guerre et jusqu’à maintenant… Ce n’est pas trop de lui offrir cette grotte. Les gens d’Europe disent que j’en fais « trop ». Papa disait que le « trot », c’est pour les chevaux. À Monsieur Vincent, à qui on reprochait d’en avoir fait tellement et à qui on demandait ce qu’il aurait voulu faire encore, il a répondu : davantage. Je suis loin derrière Monsieur Vincent. Il est vrai qu’il ne faut pas tenter Dieu… »

La Grotte de Lourdes de N.-D. de la Merci
Photo J.-M. Guillaume

L’eau, symbole de vie et de vie éternelle, était un des soucis majeurs du P. Perrin. Avec son pendule, pendant des années, il en a cherché en beaucoup de villages et communautés. La première chose qu’il faisait lorsqu’il entreprenait une construction était de faire creuser un puits et de se garantir la réserve d’eau nécessaire. Partout où il a habité, il cultivait un jardin et l’eau n’y manquait jamais, comme ne lui a jamais manqué l’eau de la grâce.

Les funérailles du Père Perrin
Photo J.-M. Guillaume

Il n’a jamais pu réaliser tous les projets attenant au sanctuaire, s’étant laissé prendre à 90 ans par cette idée nouvelle de construire une université. « J’ai commencé un amphi, pas assez grand paraît-il... Je me suis encore donné trois ans… », écrivait-il encore en 2016, « mais il ne faut pas tenter Dieu ». Le corps, usé par tant d’activités, ne tenait plus, et un jour, il faut bien s’en aller. La grotte terminée, Notre Dame de la Merci l’aura conduit au matin d’un jour nouveau, à la rencontre du Vivant, comme les femmes de l’évangile de Luc au tombeau de Jésus au matin de Pâques ; c’était l’évangile qu’il avait lui-même choisi pour la célébration de ses funérailles. Le Togo l’a accueilli il y a 64 ans, il y a vécu toute sa vie, il a aimé cette terre. C’est le sanctuaire, sanctifié par la présence de Marie, Notre Dame de la Merci, qui l’accueille et qui l’aura introduit près du Vivant éternellement.

Bénédiction du cercueil du Père Perrin
Photo J.-M. Guillaume

Une deuxième fête, aussi grandiose, plus solennelle encore que la première, a eu lieu au jour des funérailles du P. Perrin, le 24 novembre 2016, double fête aussi, celle de ses 65 ans de sacerdoce (Noces de Palissandre) et celle de son accueil pour toujours par Notre Dame de la Merci. Jean repose à l’entrée du sanctuaire.

La tombe du Père Perrin
Photo J.-M. Guillaume