Bandeau
Société des Missions Africaines de Strasbourg
Slogan du site

La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

logo article ou rubrique
Un pèlerin missionnaire en Éthiopie.
Article mis en ligne le 15 mars 2009
dernière modification le 23 août 2010

par Jacques Varoqui

Les Hauts plateaux d’Abyssinie, la terre chrétienne la plus ancienne de l’Afrique noire.

Cette région d’Afrique de l’Est, que j’ai eu la chance de visiter en circulant entre 1600 et 2800 mètres d’altitude, m’a médusé. Bien callé au centre de l’Éthiopie et grand comme la France, le massif montagneux abyssin est volcanique. Il présente des paysages époustouflants comme le massif du Simien et les chutes du Nil Bleu [1].

Le massif du Simien.
Photo D. Syren
Le massif du Simien.
Photo D. Syren
Les chutes du Nil Bleu.
Photo A. Erondel
Les chutes du Nil Bleu.
Photo D. Syren

La population, en grande majorité chrétienne, cultive les terres et élève son bétail comme s’il s’agissait du paradis. Le pays est rude et la vie y est difficile, mais assumée avec cette sorte de noblesse propre aux gens qui savent protéger avec soin leurs ressources vitales. La modernité suit lentement le rythme de l’électrification et du goudronnage des routes. L’éducation est proposée gratuitement à tous mais selon les convenances de chacun. On peut quitter l’école et y revenir, il n’y a pas de clivage d’âge pour les enfants…

Photo A. Erondel

Bref : par ce qu’il m’a été donné de voir, je ne m’étonne pas que ce pays fournisse autant de champions pour le marathon… Pour y vivre, il faut autant de volonté que d’endurance ! Et ce n’est pas un missionnaire qui va se gêner pour dire aussi que, comme partout ailleurs, ces Africains-là, sont aussi très beaux ! Je ne sais pas si un chrétien peu dire qu’il aime Dieu s’il n’aime pas les humains qui sont faits à son image, et plus encore s’ils sont des frères dans la foi.

Photo A. Erondel
Photo A. Erondel

Axoum, plus haut que le septième ciel.

Certaines mauvaises langues qualifient la culture chrétienne éthiopienne de pratique mythique qui s’est attardée dans un réduit naturellement protégé par ses volcans et barres rocheuses en dépit de toute modernité. Il se trouve que la culture la plus ancienne qui y soit reconnue est sabéenne, c’est à dire de l’antique Yémen, qui est le pays d’origine de la reine de Saba.

Obélisques à Axoum.
Photo A. Erondel
Obélisque à Axoum.
Photo A. Erondel

Il faut aller à Axoum pour s’en rendre compte. Les premiers rois d’Axoum étaient des Sabéens. Il n’y avait pas de frontières comme nous le concevons aujourd’hui. La reine de Saba n’est jamais venue en Éthiopie mais ses descendants en ont fait un royaume indépendant. Si la reine de Saba a voulu rencontrer Salomon, il lui a suffi de suivre la piste caravanière de la côte est de la mer Rouge. Il lui a certainement suffi de franchir tout simplement le Jourdain pour venir de chez elle (son royaume) pour rencontrer Salomon en bon voisinage. Les déserts de Jordanie et le site de Pétra conservent des traces importantes de cette culture sabéenne.

Obélisque à Axoum.
Photo A. Erondel

Les stèles et obélisques d’Axoum révèlent bien la mentalité religieuse sabéenne, où l’on doit gravir des empilement d’appartements comme autant d’étages à gravir dans le ciel pour être plus proche de Dieu. A Pétra ce sont des terrasses qui surplombent les tombes qui ont cette fonction symbolique. Mais Saint Paul ne dit-il pas lui-même, comme les zoroastriens et les mithriaques, qu’il fut ravi jusqu’au septième ciel lors de sa conversion ? Quant à Mohamed, il fit la même expérience, guidé par Gabriel à partir du rocher de Jérusalem, et c’est parce qu’il a vu Dieu face à face au dernier étage du ciel que son visage est représenté voilé, car transfiguré comme le fut celui de Moïse au Sinaï… L’imaginaire des cultures religieuses est précieux, et fort respectable. C’est une bonne chose, dans cet ordre d’idées, que l’obélisque axoumite de Rome retrouve enfin sa place dans son humble pays d’origine.

Érection à Axoum de l’obélisque que les Italiens avaient transporté à Rome.
Photo A. Erondel

L’Arche d’Alliance.

Le récit fondateur qui situe la présence de l’Arche d’Alliance à Axoum n’a pas grand chose à voir avec l’antique présence de bédouins juifs en Éthiopie ou en Arabie. En résistance au pouvoir politico-religieux des empereurs de Byzance qui voulaient tout réglementer, le judaïsme, tout comme le christianisme d’Antioche et d’Alexandrie vers 350, a trouvé en Éthiopie un refuge. Les chrétiens n’ont pas participé aux conciles de Chalcédoine qui traitaient d’une fâcherie entre les orientaux et les occidentaux sur la nature divine du Christ. C’est à cette époque que la christianisation de l’Ethiopie a commencé. Selon la tradition, l’Arche d’Alliance aurait été ravie à Salomon par son fils Ménélik et apportée en Ethiopie car le Temple de Jérusalem avait été profané par la présence de divinités étrangères. Une autre tradition dit que, pour arriver en Éthiopie, elle aurait été sauvée et abritée par les prêtres de Jérusalem dans de multiples endroits secrets, comme l’île Éléphantine sur le Nil et enfin les îles et presqu’îles du lac Tana, source du Nil bleu. C’est la grande dynastie restaurée des salomoniens, dont se réclamait encore Hailé Sélassié au titre de négus, roi des rois, qui rapatria l’Arche d’Alliance, c’est à dire le Tabot, en langue locale, à Axoum au XIII° siècle.

Ste Marie de Sion.
Photo J. Varoqui

Aujourd’hui, peu importe qu’on n’en puisse rien voir ; peu importe que ce soit un coffre doré ou non ; peu importe qu’il y en ait des répliques dans le saint des saints de toutes les églises éthiopiennes… L’essentiel à retenir est que les seules paroles de Dieu, transcrites par lui-même et données à Moïse, sont l’épiphanie des dix commandements de l’Alliance. Tout le reste n’est que tradition biblique et historique non écrite de la main de Dieu. C’est donc un gage très fort de fidélité dans la foi que de protéger le Tabot, qui est l’autel le plus précieux pour la célébration eucharistique éthiopienne. De cette façon la Nouvelle Alliance se célèbre toujours en s’appuyant sur l’Ancienne Alliance, comme nous le faisons en mémoire des martyrs et des saints.

La chapelle du Tabot.
Photo D. Syren

C’est à ce titre qu’Axoum est considéré comme le site fondateur de l’Éthiopie chrétienne et de la dynastie salomonienne. On y trouve les plus anciens vestiges architecturaux du christianisme, autour de la plus ancienne église qui soit encore intacte, Maison de Sainte-Marie-de-Sion, et d’autre part la cathédrale Maison de Marie, de Hailé Sélassié, qui est l’architecture religieuse la plus moderne du pays.

La cathédrale Maison de Marie.
Photo A. Erondel

Lalibela et la nouvelle Jérusalem !

Le roi Lalibela régna au XII° siècle. C’était l’époque des croisades et les Éthiopiens ne pouvaient plus se rendre à Jérusalem. Il décida de lui substituer une autre ville sainte aux pieds du mont Abouna Joseph, dont une des collines du piedmont est devenu le mont Tabor. Dans un vallon coulait un petit torrent qui fut baptisé Jourdain.

Le Jourdain de Lalibela.
Photo J. Varoqui

De part et d’autre, le terrain est constitué de tuf gréseux. La pierre est tendre mais elle durcit au contact de l’air. Lalibela s’y fit tailler un palais qui est à présent transformé en plusieurs églises. On en recense douze, dont la fameuse Bieta Ghiorghis, la maison de St Georges. Tout le site est classé patrimoine de l’humanité. Lalibela aurait exécuté tout ce travail avec l’aide des anges en vingt ans ! Sa femme, le croyant volage, l’espionna une nuit et vit que cela était vrai…

L’église St Georges, taillée dans le roc.
Photo J. Varoqui
L’église St Georges.
Photo J. Varoqui
L’église St Georges vue de la surface du rocher.
Photo J. Varoqui

Les dénominations sont surprenantes : Maison du Tombeau d’Adam, Maison du Mont Sinaï, Maison du Golgotha, Maison de la Trinité, Maison de la Croix, Maison de Marie, Maison du Sauveur du Monde… Un site est plus particulier, on l’appelle le Bethléem. Il s’agit sans doute d’anciennes écuries royales qui sont utilisées comme une sacristie où l’on prépare et réchauffe les espèces eucharistiques, car le Christ est vivant donc chaud et non pas mort, c’est à dire froid.

Intéreiur d’église.
Photo D. Syren

Toutes les églises d’Éthiopie ont ainsi leur petit Bethléem… Toutes les églises ont aussi leur prêtre, qui peut vous accueillir à tout instant et vous bénir avec les croix précieuses, pour peu que vous vous présentiez avec un cœur pur et respectueux du jeûne du jour, s’il y a lieu.

Trois prêtres.
Photo Evert

Le Lac Tana, ses îles et l’art chrétien.

Pour comprendre ce qui se passe dans le christianisme éthiopien, il convient de remarquer que tout le peuple vit sa foi selon un rythme monacal. Il n’y a pas d’organisation paroissiale. Mais chaque famille est affiliée à une église ou un monastère et chacun se confie à un maître spirituel : prêtre, moine ou moniale. Tout le monde fait abstinence le mercredi et le vendredi, avec un seul repas végétarien après la célébration qui se tient en début d’après-midi. Les veilles de grandes fêtes sont des jours de jeûne stricts jusqu’après la célébration eucharistique solennelle du lendemain, qui a lieu aussi en début d’après midi. Les gens, drapés d’un ample voile blanc, pratiquent la célébration du matin à l’appel des moines, qui chantent devant l’église avant le lever du jour. Au lever du jour commence la liturgie eucharistique. A huit heure tout le monde va au travail.

Prêtre éthiopien.
Photo A. Erondel

Les îles et presqu’îles du Lac Tana sont presque toutes des monastères d’hommes ou de femmes, un peu comme au Mont Athos en Grèce. Ce sont des terres saintes et une occasion pour contempler l’art chrétien dans des conditions meilleures que dans les églises plus anciennes d’Axoum, Lalibela et Gondar.

Sur le lac Tana.
Photo J. Varoqui
Gorgora.
Photo J. Varoqui

Souvent les gens croient qu’il s’agit de fresques ; en dehors des églises troglodytes, c’est très rare. Les peintures sont exécutées sur des pans de coton fin dressés sur des châssis et collés sur le crépi acide des églises qui est constitué de boue terreuse et de bouses de vache. C’est le marouflage. Suivant la taille des tissus que l’on juxtapose, les scènes représentées sont parfois un peu désordonnées dans leur voisinage symbolique. Mais ce fouillis iconographique a le privilège de conserver aussi la fraîcheur originelle de peintures parfois très populaires.

Trinité et crucifixion.
Photo D. Syren
Mère à l’Enfant.
Photo D. Syren
Anges sur un plafond de Gondar.
Photo D. Syren

Dans l’ordre d’importance théologique, il y a la Trinité, dont le Père, le Fils et l’Esprit-Saint ont même ressemblance. Puis vient Marie Mère de Dieu et de Jésus-Christ lorsqu’elle l’allaite ou le présente comme le rédempteur. Liés à la protection de la Vierge, mais aussi du Saint des Saints, viennent les archanges et tous les anges. Ensuite il y a les cavaliers défenseurs de la foi, St Georges, mais aussi les saints rois d’Éthiopie et les cavaliers de l’Apocalypse. Enfin il y a des faits choisis de l’Ancien Testament et des Évangiles.

Enluminure.
Photo J. Varoqui
Enluminure.
Photo J. Varoqui
Les sages fondateurs de l’Église éthiopienne.
Photo D. Syren

Plus populairement, la préférence va aux Pères fondateurs de l’Église qui sont venus de Syrie et aux mystiques typiquement éthiopiens dont le créateur de la musique sacrée guèze. Des miracles émouvants sont évoqués, comme au lac Tana, à propos d’un Léviathan qui voulait dévorer les îles et empêcher l’implantation des monastères. On remarque aussi que les méchants ne sont représentés qu’avec un seul œil, car le mauvais ne peut être représenté dans une église !

in Terre d’Afrique, mars 2009.

qrcode:https://missionsafricaines.org/Un-pelerin-missionnaire-en



pucePlan du site puceContact puce RSS

2001-2019 © Société des Missions Africaines de Strasbourg - Tous droits réservés
Haut de page
Réalisé sous SPIP
Habillage ESCAL 4.3.19
Hébergeur : SpipFactory