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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Au Niger. Joie et pleurs.
Article mis en ligne le 8 avril 2015

Le 9 décembre dernier, le Père Claude Nachon, sma, missionnaire au Niger, nous envoyait le compte-rendu de l’inauguration de l’église St-Augustin, dont il avait supervisé les travaux.

L’église St-Augustin à Niamey, lors de sa finition.
Photo aed-france.org

Une grande joie et une grande fierté
Dans la lettre qui accompagnait ce compte-rendu il écrivait : « Vous tous qui vous êtes intéressés à la construction de l’église St-Augustin de Niamey, partagez notre joie, elle est terminée, elle est inaugurée, son autel est consacré. La fête, le 23 novembre 2014 a été très belle, et plus de 600 fidèles ont bien chanté… et bien mangé ! Nous sommes fiers car elle est vraiment belle et nous rendons grâce au Seigneur car nous n’avons eu aucun accident. Toutes les difficultés techniques ont été vaincues, les multiples retards des uns et des autres ont été assumés ! Un grand merci à chacun de vous pour votre soutien et vos encouragements. La paroisse étant fondée, l’église étant construite, j’ai quitté définitivement le Niger et m’apprête à partir pour la Guadeloupe où je suis nommé curé de La Désirade. Je n’ai d’autre message à vous transmettre que celui que j’ai laissé à mes paroissiens de St Augustin, comme déjà à ceux de Ste-Rose et Deshaies : N’aie pas peur… tu es aimé(e) de Dieu. »

L’inauguration de l’église St Augustin de Niamey
Le dimanche 23 novembre 2014, Mgr Michel Cartatéguy a inauguré et béni la nouvelle église St-Augustin de Niamey ; il a également consacré l’autel dans lequel il a incrusté une relique du bienheureux Charles de Foucauld. Puis l’archevêque a présidé une messe d’action de grâce concélébrée avec vingt prêtres et en présence d’une foule en liesse d’au moins six cents fidèles.

Inauguration de la nouvelle église St-Augustin de Niamey, construite par le P. Claude Nachon sma, le 23 novembre 2014 :
il est à la droite de l’archevêque, Mgr Michel Cartateguy sma et à sa droite se tient le P. Mauro Armanino, sma italien.
Photo C. Nachon

Les fondations de cette nouvelle église située dans le quartier de Bobiel ont été creusées début janvier et trois mois plus tard une toiture de 700 m² recouvrait l’édifice, reposant sur 12 piliers de 6 m hors sol reliés les uns les autres par douze fermes métalliques de 29 m. L’intérieur de l’église, dont le plan est un carré de 20 m de côté, est disposé en amphithéâtre tourné vers le chœur situé dans un angle visible par tous.

Construction de l’église St-Augustin à Niamey.
Photo Claude Nachon

Quand vous viendrez, vous remarquerez à l’extérieur la cloche Jeannette qui appelle à la prière. Dans l’immense galerie, vous saluez les amis venus célébrer avec vous et vous entrez par l’une des sept portes qui symbolisent les sept sacrements. Première occasion d’instruire vos enfants et les catéchumènes ! Vous êtes impressionnés en entrant par le volume de cette salle carrée et la beauté du plafond. C’est une église ! Tout est orienté vers le chœur ; sur le mur de droite, les petits carrés de lumière de plus en plus nombreux et de plus en plus clairs, puisque c’est le Christ qui nous illumine. Ou bien vous êtes déjà illuminés par les vitraux de la face est. Le rouge et l’orange laissent passer tout l’éclat du soleil, alors que quelques petites pièces bleues et vertes nous rappellent, d’une part, la mer lointaine ou le ciel bleu et, d’autre part, la végétation qui bientôt montera sur la face nord de l’église, à l’extérieur bien entendu, là où vous avez vu des claustras. La végétation c’est la vie, et la vie c’est le Christ.

Construction de l’église St-Augustin à Niamey.
Photo Claude Nachon
Construction de l’église St-Augustin à Niamey.
Photo Claude Nachon

Dans le chœur, l’autel est l’œuvre d’un ami ivoirien sculpteur à Abidjan, Paul Siaka Coulibaly. La table d’autel repose sur les quatre évangélistes ; il faudra vous approcher pour reconnaître Matthieu et la figure humaine, Marc et le lion, Luc et le taureau, Jean et l’aigle qui nous invitent à aller plus haut. C’est la Vierge Marie qui toujours nous conduit à son Fils. Voyez comme elle nous offre son enfant. L’image de la Vierge choisie est Notre Dame de la Présentation, elle est africaine, de par son visage et son costume, elle nous offre son fils par ce geste des mains tendues avec un sourire intérieur qui se lit sur son visage. Et c’est au tabernacle que nous adorerons Jésus : le tabernacle et la croix sont l’œuvre de Mgr Michel, comme les peintures des trois portes symbolisant l’Esprit-Saint descendant sur les habitants de ce quartier de Bobiel. Un jour vous prendrez le temps de méditer devant chacune des stations du chemin de croix. Les batiks sont l’œuvre d’un artiste burkinabé. Le chemin de croix ne se termine pas à la mise au tombeau, sinon nous serions les plus malheureux des hommes, nous avertit saint Paul. Les deux derniers tableaux sont la résurrection-ascension et l’envoi de l’Esprit-Saint.

Construction de l’église St-Augustin à Niamey.
Photo Claude Nachon
L’église St-Augustin à Niamey.
Photo Claude Nachon

Les paroissiens de St-Augustin vous invitent vivement à visiter leur église ou, mieux encore, à venir prier avec eux un dimanche. Vous y trouverez la paix en méditant la parole suspendue au plafond : « N’aie pas peur… tu es aimé de Dieu ».

Claude NACHON


Une grande douleur et une grande incompréhension.
Le mercredi 14 janvier, des millions de gens en France saluaient la résurrection du journal Charlie Hebdo. Ce numéro de renaissance exhibait en première page une caricature du prophète Mahomet qui, selon les éditeurs, n’aurait rien d’offensif. Mais la représentation du prophète n’est pas tolérée en milieu islamique. Des foules de musulmans en dehors de France sont sortis dans les rues, manifestant leur colère, souvent de façon violente, contre Charlie Hebdo et ce qui est français. Au Niger, les 16 et 17 janvier, les réactions ont été très dures. Les statistiques officielles font état de dix morts et 173 blessés. A Zinder, les églises et le centre culturel français ont été détruits. A Niamey, la capitale, selon la police, 45 églises ont été détruites, cinq hôtels, 36 débits de boissons, un orphelinat et une école chrétienne [1]. Parmi ces églises, douze églises catholiques sur 14, dont la belle et nouvelle église St-Augustin de Bobiel.

L’église St-Augustin à Niamey.
Photo aed-france.org

Le 17 janvier Claude Nachon faisait circuler un message de Mgr Cartatéguy, sma, ancien archevêque et administrateur apostolique de Niamey : « Au regard de la situation qui prévaut dans la ville de Niamey, nous demandons à toutes les paroisses de Niamey de suspendre la célébration eucharistique du dimanche 18 janvier 2015. La situation est loin d’être maîtrisée et les mouvements anti-chrétiens peuvent resurgir. St-Paul, St-Augustin, St-Gabriel, Ste-Thérèse, St-Jean, St-Joseph de Niamey ont connu des incendies et des pillages, ainsi que les maisons des Sœurs OCPSP, de Gethsémani et de la Charité. Six paroisses sur 7 ont été attaquées, seule la cathédrale a été sécurisée ».
Ce message était accompagné d’un autre message de Joseph Aboubacar, de la paroisse St-Augustin : « Je vous écris les larmes aux yeux ; les badauds musulmans nous ont attaqués. Ils ont brûlé St-Augustin. On voulait nous lapider, Laurent, Casimir, P. Sergio, Francis et moi. Heureusement, nous avons fui. Ma maison n’est pas loin de St-Augustin. J’étais là quand ils ont commencé. J’ai appelé le P. Mauro. A St-Augustin, rien ne reste, tout est calciné. »

Le 19 janvier, Claude précisait : « Merci pour votre compassion, mais ce n’est pas fini. Zinder, Maradi, Agades, Niamey, 12 églises entièrement brûlées sur 14. Il ne reste rien, rien, rien [2]. Et les chrétiens sont traqués. Tous les prêtres et religieuses ont dû chercher refuge chez des amis… bien souvent musulmans… mais l’insécurité demeure. Les policiers ont résisté pendant 4 h pour que la cathédrale ne soit pas brûlée, mais jusqu’à quand ? »

La peur et la prière des chrétiens accompagnées de la compassion musulmane
Par mesure de prudence, Mgr Cartatéguy avait demandé qu’il n’y ait pas de célébrations le dimanche 18 janvier et annoncé la suspension de toutes les activités des institutions ecclésiales (écoles, centres de santé, œuvres caritatives et de développement…). Dès le lundi matin, 19 janvier, il a pu réunir les prêtres et responsables des communautés « pour prier en silence et méditer sur l’amour des ennemis… Nous sommes peut-être en train de vivre l’agonie de Jésus dans nos propres corps ».
Dans un entretien publié dans La Croix du 23 janvier, il disait : « Tout paraît calme. Mais une grande peur existe chez les chrétiens, qui n’osent pas sortir. Nous avons accueilli hier une centaine de réfugiés chrétiens de Zinder. Ces familles et ces religieux sont hébergés sur un site appartenant à l’Église catholique grâce à l’aide des autorités gouvernementales. Certains sont traumatisés et craignent l’approche du vendredi. Personne ne veut se trouver à Zinder le jour de la grande prière, car la semaine dernière tout a commencé à ce moment-là. Cette peur est partagée à Niamey. Nous ne savons pas du tout comment les choses vont évoluer ».

L’église St-Augustin dévastée.
Photo Claude Nachon

À la question de savoir combien de temps durerait la suspension des activités catholiques [3], l’archevêque répond : « Dès dimanche prochain (25 janvier) nous allons célébrer la messe dans toutes les paroisses, sur les ruines. J’ai dit aux prêtres de rester comme ils sont puisqu’ils n’ont plus d’habits liturgiques, de prendre une assiette, un verre, et célébrer l’Eucharistie. Pas par provocation, mais pour bien montrer que la communauté est vivante car on ne nous a pas atteint dans notre foi. La suspension de nos activités n’est pas une protestation contre qui que ce soit. Il s’agit simplement de prendre du recul, prier et relire dans la sérénité ces événements que nous n’avions pas prévus un seul instant. Au regard des relations de fraternité et d’harmonie que nous avons créées depuis que l’Église est née au Niger [4], nous n’avions jamais imaginé cela ! Ni nous ni personne d’ailleurs.

Mercredi 20 janvier, avec Mgr Laurent Lompo, mon successeur à l’archevêché de Niamey et le responsable des Églises évangéliques, nous avons rencontré tous les oulémas. Ils sont aussi étonnés que nous et nous ont rappelé comment le prophète Mohammed a protégé les chrétiens à Médine. Nous leur avons répondu qu’il fallait aujourd’hui actualiser cet exemple et l’incarner, sans se contenter simplement d’admirer l’exemple du Prophète : « Qu’allez-vous faire, vous responsables musulmans, pour protéger les chrétiens qui sont en danger et paralysés par la peur aujourd’hui ? » Je leur ai demandé de porter cette question dans toutes les mosquées. Les oulémas nous ont très bien reçus et nous leur avons réaffirmé notre volonté de fraternisation. Il n’y a aucune semence de haine dans nos cœurs. Mais bien au contraire, une force nouvelle pour développer encore davantage cette fraternité. Toute cette semaine, nous méditons une seule parole de Dieu : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous font du mal. Aujourd’hui, nous accueillons tous ceux qui sont blessés comme nous dans le monde musulman et qui viennent nous dire à chaque instant : « Pardonnez-nous, ce n’est pas l’islam, nous avons honte de ce qui s’est passé »… Ce sont des fruits de la fraternité... »

A la question : « Comment expliquez-vous cet embrasement ? » Mgr Cartatéguy répond : « Nous n’avons pas encore assez de recul pour savoir comment le mouvement a démarré. A Zinder, on a vu le drapeau du groupe terroriste nigérian Boko Haram. Avant d’agir spectaculairement, des prêcheurs vont dans les familles et y retournent les esprits. Un petit fait peut l’illustrer : il y a quelques semaines, j’ai consacré une église à Bobiel. Des paroissiens avaient invité une famille musulmane à cette bénédiction. Celle-ci a participé joyeusement à la prière, à la fête, au repas, en toute amitié. Ces jours derniers, cette même église a été brûlée. La famille musulmane s’en est réjouie en disant : « Tant mieux, les chrétiens ne prieront plus. » Comment se fait-il que, en quelques semaines, ils aient basculé ainsi ? Est-ce une conséquence de ces prêcheurs ambulants ? Aujourd’hui, tout le monde s’interroge sur ces faits. Mais en s’interrogeant, nous sommes les uns et les autres sur le chemin de la réconciliation, j’en ai la certitude.

Église brûlée au Niger.
Photo famillechretienne.fr

Quant à la publication d’une caricature de Mohammed, j’ai dit aux imams que j’ai rencontrés que la caricature du prophète est scandaleuse car elle atteint la foi profonde de ces personnes. Nous aurions dû manifester ensemble, notre foi chrétienne étant elle-même souvent ridiculisée. Mais, en réalité, tout ce qui vient de l’Occident est considéré comme chrétien. Lors de ces manifestations, les églises n’ont pas été les seules à être détruites. Tout ce qui peut représenter la société occidentale a été atteint : les bibliothèques, les débits de boissons… Il me semble qu’on est en train de défendre mordicus la dictature d’une culture occidentale comme si elle était une pensée unique et universelle… »

Merci pour votre soutien et votre compassion
Le 26 janvier, La Croix passait un message de Mgr Cartétéguy : « A travers votre journal, je voudrais remercier ceux qui nous viennent en aide et ceux qui nous envoient des messages de soutien. Je ne peux pas répondre personnellement aux uns et aux autres pour leur solidarité, car je suis sur le terrain pour soutenir les plus découragés, fortifier les plus faibles, rassurer les plus affolés… À chacun je présente la reconnaissance de notre Église, en pleurs certes, mais déterminée à se relever, car si l’on a voulu nous atteindre dans nos signes extérieurs pour nous anéantir, notre foi est intacte. Ce trésor que nous portons dans un vase d’argile est toujours présent. Sachez que la flamme de Pâques est allumée à nouveau pour remodeler l’argile que vous nous faites parvenir à travers votre solidarité ».

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