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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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Boko Haram
Article mis en ligne le 25 janvier 2016

par Basil Soyoye

Boko Haram

Cet article se veut un essai d’éclairage sur la secte djihadiste Boko Haram : son origine, ses revendications, son développement au cours des années. Une attention particulière sera accordée à l’impact négatif qu’elle fait peser sur la cohabitation entre les différents groupes ethniques et religieux du Nigeria ainsi qu’aux moyens de restaurer l’harmonie religieuse dans ce pays.

Manifestation du mouvement Bring Back Our Girls au Nigeria
Photo africaonmedia.com

Un défi pour la nation nigériane

Le mouvement islamique Boko Haram est devenu tristement célèbre suite à la mobilisation internationale Bring Back Our Girls qui suivit l’enlèvement de plus de 200 lycéennes de Chibok en avril 2014. Mais la réalité est telle que, bien avant cet événement, Boko Haram avait déjà commis des actes terroristes, depuis 10 ans environ, d’abord au Nigeria, puis au Cameroun, au Niger et au Tchad. Les statistiques [1] font état, à partir de son apparition, de 15 000 morts par décapitation, fusillade, incendie de villages entiers et de plus de 1 500 000 personnes déplacées ou complètement disparues. Ces faits peuvent être attribués aux multiples opérations meurtrières de la secte. A l’exemple de l’organisation de l’État Islamique, le nom de Boko Haram est aujourd’hui synonyme de terreur.

Manifestation du mouvement Bring Back Our Girls au Nigeria
Photo africaonmedia.com

La menace est multiple. Avant tout, elle est sécuritaire car elle met dangereusement la paix sociale en péril ; elle est aussi politique puisque Boko Haram ne se contente plus d’imposer la Shari’a au Nigeria, mais s’est constitué en entité autonome et fragilise ainsi gravement l’intégrité nationale des États affectés. Enfin, les attaques ciblées des églises et des populations chrétiennes au Nord Nigeria par ce mouvement terroriste ont réveillé des tensions traditionnelles entre les chrétiens et les musulmans de ce pays.

L’évolution de la secte Boko Haram

Le véritable nom du mouvement populairement appelé Boko Haram est Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad. Ce nom arabe, qui peut être traduit comme « Les personnes engagées à la propagation des enseignements et la tradition du Prophète et du djihad [2] », inscrit ce groupe dans une tradition radicale sunnite, à l’exemple d’Al Qaïda. L’objectif est clairement exprimé dans cette dénomination : instaurer une application stricte de la loi musulmane telle qu’enseignée par le Prophète pour l’étendre à l’ensemble du Nigeria et combattre l’éducation occidentale, considérée comme un véritable péché à l’origine du déclin des sociétés islamiques [3]. Le nom de Boko Haram a d’ailleurs été donné par les habitants de Maiduguri, au nord-est du Nigeria, où se trouve le quartier général de la secte, à partir de ces revendications : l’éducation (boko) occidentale est haram, c’est-à-dire interdite ou péché en français.

Mosquée au nord Bénin
Photo Michel Guichard

Au début, l’appel au boycott des écoles laïques n’a choqué personne puisque, depuis l’occupation britannique du califat de Sokoto en 1903 [4], les musulmans traditionnels de ce territoire qui couvrait le nord du Nigeria, une partie du Cameroun et du Niger, avaient toujours résisté à l’enseignement occidental. Toutefois, contrairement à Boko Haram, leur opposition répondait plus au souci de préserver des valeurs culturelles qu’à promouvoir une idéologie religieuse très proche de celle des mouvements wahhabites qui exigeaient un retour glorieux de la civilisation islamique des califats.
C’est dans ce contexte historique de remise en cause de la civilisation occidentale considérée comme païenne et source de toute la décadence socio-politique et économique qu’un prédicateur charismatique, Muhammad Yousuf, fonda Boko Haram à Maiduguri en 2002. Très vite, il réussit à mettre sur pied un complexe religieux composé d’une mosquée et d’une école islamique qui attira des élèves de tout le nord du Nigeria et des environs. Impressionnées par son éloquence, plusieurs familles des villes et villages voisins y envoyèrent leurs enfants pour une formation à l’islam authentique ; ils ne soupçonnaient pas que l’avènement du renouveau islamique prêché par Muhammad Yousuf et ses disciples avait pour ambition politico-militaire de remplacer les institutions de l’État par un système de gouvernement fondé sur la Shari’a et la jurisprudence islamique : pour ces fervents musulmans de tradition maraboutiste, il s’agissait d’une nouvelle version de ces « mouvements de modernisation » qui comprennent à la fois les confréries et les écoles coraniques traditionnelles et obéissent à un double rythme. En effet, « lors de la saison agricole, les élèves apprennent le Coran auprès d’un vieux maître dont ils cultivent les champs, alors qu’ils se déplacent durant la saison sèche en ville où ils vivent de l’aumône. Les meilleurs poursuivent l’étude des corpus islamiques (droit religieux, grammaire...) dans les écoles de savoir de niveau supérieur [5]. » Un des groupes terroristes issus de ce mouvement de modernisation dans les années 80, celui de Maitatsiné, fut responsable d’une insurrection sanglante dans cinq États du nord du Nigeria [6].
Une fois établi, le centre de Maiduguri devint rapidement un lieu de recrutement qui servit à former et endoctriner contre la société civile, l’Occident et les autres religions de jeunes kamikazes zélés, prêts à tuer et à devenir des martyrs glorieux pour le djihad islamique. La création de ce nouvel État religieux devait se faire à travers ce qu’Arnaud Blin appelle une « anti-guerre dont le but ultime est de sectionner les fondations et les repères sociaux, économiques et politiques d’une société en s’attaquant à ses symboles, puisque c’est une arme qui vise le cœur même de l’individu au sein de la collectivité, en d’autres termes sa liberté, sa sécurité, sa propriété, soit tout ce que, traditionnellement, l’Etat – tout au moins démocratique – est censé lui garantir [7]. »

Mosquée au nord Bénin
Photo Michel Guichard

La terreur et la riposte

Boko Haram s’engageait ainsi à de nombreux actes violents. C’est ainsi qu’entre 2002 et 2011, le tableau des attaques terroristes de la secte fut le suivant :
- en 2009, une attaque dans un commissariat de police à Maiduguri fit plus de 100 morts ;
- en septembre, l’attaque de la prison de Maiduguri libéra plusieurs centaines de prisonniers ;
- en décembre 2010, un attentat à la bombe tua plus de 80 personnes à Jos ; Boko Haram est aussi pointé du doigt pour l’attaque d’une caserne la nuit du 31 à Abuja ;
- en 2010-2011, le groupe revendiqua une fusillade qui fit des douzaines de morts ;
- en mai 2011, bombardements dans plusieurs États fédéraux du Nigeria ;
- en juin 2011, bombardement du quartier général de la police à Abuja ;
- en août 2011, bombardement meurtrier du quartier général de l’ONU à Abuja.

Comme on le voit, les cibles étaient principalement des commissariats de police, et de temps à autre des banques. La majorité des Nigérians, tout en dénonçant le caractère violent de Boko Haram, en étaient plus ou moins sympathisants. Pour certains, ses actions, bien que désagréables, allaient contribuer à mettre de l’ordre dans la police corrompue. D’autres y voyaient une insurrection sociale de caractère religieux, chose à laquelle le nord du pays était habitué. Boko Haram, en effet, concentrait alors ses opérations sur les institutions politiques et n’avait pas encore commencé à attaquer les églises et les mosquées.
En réponse à cette menace, et surtout en vue de restaurer son image bafouée, la police nigériane attaqua les positions de la secte ; elle procéda à l’exécution sommaire de plusieurs de ses djihadistes, notamment, en 2009, après l’avoir humilié devant les caméras des media nigérianes et internationales, celle de Muhammad Yousuf lui-même. L’affaiblissement du groupe, qui jusqu’alors était essentiellement nigérian, constitua un tournant important pour Boko Haram. Loin de se replier sur eux mêmes, les survivants de la riposte policière conclurent des alliances. Elles se firent d’abord sur le continent africain, avec d’autres mouvements djihadistes de même idéologie, comme les katiba (brigades) d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) qui évoluent autour du Sahara [8]. Plus récemment, le rapprochement avec l’État Islamique (EIIL) [9] permit à Boko Haram de devenir un partenaire du djihad international.

Navigation sur le Bekebo, delta du Niger (Nigeria)
Photo Antonio Porcellato

Le califat islamiste

Il est important, à ce niveau, de souligner qu’un autre facteur récent a joué en faveur de Boko Haram dans sa campagne djihadiste. Il s’agit du projet de création d’un califat islamique à l’exemple de l’Organisation de l’EI. Cela montrait un aspect politique différent aux ressortissants de l’ancien empire Kanem-Bornou [10] qui voyaient dans Boko Haram la renaissance de l’identité culturelle d’un peuple dont les limites traversent les frontières du Nigeria, du Cameroun, du Niger et du Tchad et s’étendent jusqu’en Lybie [11]. Fort de ce sentiment qu’il suscitait, Boko Haram réussit à gagner à sa cause une part importante de la population Kanouri. On pense que ce phénomène peut être expliqué en partie par la faiblesse de l’armée nigériane à combattre les 30 000 militants de Boko Haram. Certains officiers Kanouri auraient-ils pu se rallier discrètement au califat autonome de Sokoto qui s’est imposé au nord du Nigeria ? Une chose est certaine : la création d’une identité géopolitique Kanouri libérerait le nord-est de la domination des Haoussa-Foulani qui, avec le sultan de Sokoto et l’émir de Kano, occupent jusqu’à présent le devant de la scène politique au nord Nigeria.

La prière du vendredi soir dans un village du nord Bénin
Photo G. Plunkett

Grâce au renforcement de son armement, à une logistique et à une propagande mis au point pour attirer plus de candidats au djihad, grâce aussi au ralliement de quelques Kanouri à sa cause [12], Boko Haram put se lancer impunément dans des actes terroristes plus audacieux. La secte prit pour cible toutes les institutions, religieuses, socioculturelles, politiques ou économiques, qu’elle juge opposées à ses conceptions ou extérieures à la Oumma [13] Des lors, les attaques sanglantes contre les chrétiens se sont multipliées et ont semé un climat de terreur dans l’État nigérian déjà menacé par une véritable « guerre de religion » [14].
Pendant longtemps, la population du sud et de l’est du Nigeria afficha une indifférence presque totale aux exploits de Boko Haram. Mais avec ces nouvelles attaques, surtout contre les chrétiens dans les églises et les universités, la secte devint une menace pour toute la population. Selon Mathilde Damgbé, Boko Haram « s’attaque davantage aux écoles qu’aux lieux de culte » et, « en deux ans, nous avons relevé cinq attaques dirigées explicitement contre des chrétiens dans les villages de Kano (5 morts), Tanjol et Tashek (8 morts), Shuwa (25 morts), Gumsuri (32 morts) et Izghe (plus de 100 morts)… [15] » Il est nécessaire de noter que dans l’Index mondial des persécutions 2015, le Nigeria est classé 10ème, avec la Syrie et l’Arabie Saoudite [16].


Quelle solution adopter ?

Face à ces tueries, le pays tout entier se sentit concerné par la recherche de la riposte adéquate aux actions de Boko Haram. Certaines solutions sont à court terme et d’autres à long terme. Pour le gouvernement, la réponse immédiate était militaire. C’est ainsi que, reconnaissant que cette organisation représente une menace plus grande encore que la guerre du Biafra pour l’unité du pays [17], le président Goodluck Jonathan déclara la guerre à ce groupe terroriste constitué de jeunes prêts au martyre. L’armée nigériane, toutefois, fragilisée par son manque de moralité et ses divisions internes, voire ethniques et religieuses, ne parvint pas à libérer le pays de ce fléau sous le gouvernement de Jonathan. Tous les espoirs sont actuellement tournés vers le nouveau président Muhammadu Buhari. Cet ancien général, en effet, avait fait de l’éradication immédiate de Boko Haram et de l’instauration de la sécurité nationale le point clé de sa campagne électorale. Il réitéra sa détermination d’en libérer le Nigeria et le monde dans son discours de prise de fonction, le vendredi 29 mai 2015 [18].

La cathédrale Ste-Croix de Lagos (Nigeria), construite par le P. Aimé Simon sma
Photo Jean-Pierre Frey
La cathédrale Ste-Croix de Lagos
Photo Jean-Pierre Frey
La tour du clocher moderne de la cathédrale de Lagos
Photo Jean-Pierre Frey

Pour certaines personnes du sud et de l’ouest du Nigeria, une autre issue serait de diviser le Nigeria en deux : un État musulman au nord et un État chrétien au sud. Cette solution semble oublier qu’il existe une large population de chrétiens au nord et vice versa. Cela reviendrait à sacrifier les chrétiens originaires du nord et du « Middle Belt » : cette région centrale, entre le nord et le sud, a déjà subi de nombreux massacres liés aux guerres confessionnelles [19].

Confrontés à ces nouvelles atteintes à la vie et aux biens de leurs fidèles, les Églises chrétiennes du Nigeria se sont retrouvées divisées sur la conduite à tenir face à Boko Haram. Pour nombre de chrétiens non catholiques, ces attaques appellent une réponse ferme. Selon le révérend Ayo Oritsejafor, président de Christian Association of Nigeria (CAN), « la communauté chrétienne au niveau national n’aura pas d’autre choix que de répondre de façon appropriée s’il y a d’autres attaques contre nos membres, nos églises et nos biens [20]. » Certaines personnes ont interprété sa remarque comme un avertissement : les chrétiens n’hésiteront plus longtemps à prendre les armes s’ils continuent à être attaqués par les djihadistes.

La cathédrale de Kontagora (Nigeria) dévastée après des émeutes
Photo SMA MC

Le dialogue

D’autres Églises, dont l’Église catholique, adoptent une position différente et voient dans Boko Haram l’appel à un renouveau dans toutes les institutions politiques, socioculturelles, économiques et religieuses nigérianes. Selon l’Église Catholique et ses sympathisants, cette menace, loin de conduire le pays à une guerre qui risque de le déchirer, doit amener tout le Nigeria à un dialogue national. Le combat contre la secte doit commencer par celui contre « l’absence de traitement de problèmes de fonds, notamment ceux de la pauvreté, très présente dans le nord où les dividendes de la démocratie et du pétrole ne profitent qu’aux élites ; du comportement brutal et prédateur de la police et des forces armées, vécu par les populations comme une source d’insécurité [21] » ; du manque d’alphabétisation qui rend les jeunes vulnérables et les pousse à se ranger du côté des djihadistes.
L’Église Catholique condamne fermement les activités de Boko Haram et l’inaction du gouvernement. Selon Mgr Silvano Tomasi, représentant du Saint-Siège auprès des Nations Unies à Genève, « la violence, la persécution et les meurtres, particulièrement perpétrés au Nigeria par le groupe Boko Haram, mais également au Cameroun, au Bénin, au Tchad et au Niger… sont de graves transgressions du droit international, parmi lesquelles les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, qui exigent une réponse urgente et efficace des États impliqués, ainsi que la solidarité de la communauté internationale [22] ».

Ensuite, pour quelques prélats de l’Église, les massacres de Boko Haram ne doivent pas être considérés comme une guerre entre le christianisme et l’islam [23]. Ils sont en premier lieu des attentats de quelques éléments fondamentalistes musulmans contre la laïcité du pays. Loin d’un découragement au niveau de la foi, l’Église y voit la raison d’intensifier le dialogue interreligieux entre les chrétiens, les musulmans et les adeptes des religions traditionnelles d’Afrique qu’elle a entrepris voilà plusieurs années, dès les premiers conflits à caractère ethnique et religieux, « malgré la violence qui ôte la vie à un chrétien à cause de sa foi toutes les 5 minutes dans le monde [24] », comme celle qui a couté la vie à plus de 500 villageois de Jos en mars 2010 [25].

C’est ainsi que les initiatives de rencontres d’hommes et de femmes de foi se sont multipliées à tous les niveaux dans les églises et les mosquées. Un des objectifs est d’approfondir la connaissance de la religion de l’autre afin de favoriser le respect mutuel. Aussi, dans la mesure du possible, est-ce l’occasion pour les participants de proposer des actions communes pour la promotion de la paix entre les Nigérians. Au nombre des résolutions concrètes qui contribuent à œuvrer pour le dialogue, la justice, la réconciliation et la paix entre l’islam et le christianisme, on peut évoquer chez les non catholiques les efforts de l’imam Mustapha Ashafa et du pasteur James Movel Wuye, deux anciens ennemis qui gèrent aujourd’hui ensemble un centre de médiation pour la paix dans l’État nigérian de Kaduna.
Quant aux catholiques, inspirés par l’enseignement de l’Église, surtout Vatican II, « Notra Aetate » et les différents efforts du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, nous pouvons citer Women For Faith Council [26]. Ce rassemblement de femmes musulmanes et chrétiennes, soutenu par la sœur irlandaise Kathleen McGarvey, missionnaire Notre-Dame des Apôtres (NDA) au Kaduna, œuvre pour la coexistence entre musulmans et chrétiens ; le groupe a parrainé plusieurs actions de réconciliation pendant les récentes violences religieuses dans l’État de Kaduna.

Dans cette même logique de dialogue, mentionnons encore la Session de l’Initiation au Dialogue Islamo-Chrétien, organisée à Abuja en 2011 par la Société des Missions Africaines (SMA). Pendant 2 semaines, des missionnaires SMA représentant le Benin-Niger, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Kenya, le Ghana, le Liberia, le Nigeria et l’Afrique du Sud, se sont rassemblés pour réfléchir à une approche efficace pour faciliter le dialogue interreligieux sévèrement fragilisé par les actes de Boko Haram. Avec l’aide de protestants, de musulmans et de catholiques, le groupe s’était engagé à vivre et à enseigner le dialogue avec les autres croyants, en particulier avec les musulmans dans leur milieu d’apostolat. Une attention particulière était accordée à l’éducation de la jeunesse : respect de la laïcité et des autres religions, coexistence pacifique au sein d’activités communes comme le sport, les loisirs culturels et le bénévolat communautaire. Tout devrait être fait pour sauver les générations à venir de préjugés qui constituent le terreau de la vengeance.

Agir auprès des jeunes

En évaluant la fondation et le développement de la secte Boko Haram, sa politique et son recrutement dans les milieux analphabètes et la jeunesse désœuvrée, il devient évident que, contrairement à ce qui se dit, la force de ce mouvement tient principalement à sa capacité à désorienter les jeunes par la manipulation intellectuelle et religieuse. Une fois convaincus que toute civilisation, institution, religion différente de l’islam est contre la volonté d’Allah, et par conséquent source de péché et de mort éternelle, les jeunes militants Boko Haram deviennent capables de tout sacrifier, et jusqu’à leur propre vie, pour le paradis glorieux promis à tous ceux qui se vouent à la cause de Dieu : ainsi s’explique que les 30 000 militants de la secte réussissent à tenir face une armée comme celle du Nigeria. Le paradoxe, dans la lutte contre les mouvements terroristes de ce genre, est que les djihadistes recherchent la mort et l’embrassent avec joie, alors que les soldats nigérians cherchent à l’éviter autant que possible. On comprend mieux alors le point de vue de Peter Pham, qui affirme que pour vaincre Boko Haram, « des mesures de sécurité ne seront pas suffisantes [27] ».

La Cardinal Ivan Dias avec le Gouverneur de l’État du Plateau (Nigeria)
Photo SMA MC

Face à ce phénomène fondamentalement idéologique, l’approche la plus sûre sera de combattre le mécanisme de manipulation des jeunes nigérians : leur apprendre, partout dans le pays, à distinguer la vérité des mensonges de toutes sortes instillés par la secte sera l’arme indispensable qui viendra s’ajouter aux entreprises militaires et soutenir la mise en place d’infrastructures sociales fonctionnelles au nord du Nigeria. Cela pourra se faire dans les écoles, les centres de formation artisanale, au cours d’activités sportives et culturelles. Ouverts à la vérité libératrice, les jeunes admirateurs de Boko Haram seront alors capables de juger par eux mêmes du danger que constitue pour leur avenir l’allégeance à cette secte. Ils acquerront ainsi la capacité de vivre avec les autres, dans le dialogue et le respect mutuel.

A Shedam (Nigeria), la cathédrale du nouveau diocèse
Photo SMA MC

La réponse de l’Église Catholique, bien qu’elle soit à long terme, se montre donc un remède efficace, sans doute le meilleur moyen de gagner la bataille contre l’obscurantisme religieux et la barbarie que représente la secte. Les responsables catholiques, en partenariat avec d’autres personnes de bonne volonté, doivent proposer cette approche : promouvoir le dialogue, la réconciliation et la coexistence pacifique auprès du gouvernement et de la société civile tout entière comme une solution durable à la menace Boko Haram.

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