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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

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Le troisième âge nous concerne-t-il ?
Ne marginalisons pas la sénescence
Article mis en ligne le 1er juin 2010

par Florent Alain BIKINI MUSINI

Je suis recommandé par le département d’éthique de l’université de Strasbourg pour suivre, avec un autre collègue Français, le programme de bioéthique de l’université de Yale, à New York. Je prendrai, en ce qui me concerne, part aux activités suivantes : questions actuelles de bioéthique, le handicap, le travail des enfants, le troisième âge et la fin de vie. Cela sera suivi d’un stage de six semaines en compagnie d’autres étudiants et chercheurs dans ce domaine venus du monde entier. Cette conférence sera donnée dans ce cadre.

Introduction

Le développement de la médecine dans les pays industrialisés permet d’allonger l’espérance de vie. Mais il nous semble regrettable de voir croître en parallèle la ségrégation des vieillards, parfois traités comme asociaux. « La réalité du troisième âge paraît anachronique par rapport au savoir et à la connaissance technique de notre temps [1]. »

Le développement scientifique et technique est à l’origine de ce progrès. On est passé d’une société sauvage à une société moderne. L’évolution paraît irrésistible : peu à peu, les personnes âgées cessent d’exister, elles sont rejetées hors du circuit symbolique du groupe ; ce ne sont plus des êtres à part entière, ni des partenaires dignes de l’échange :
« Michel Foucault a analysé l’extradition des fous à l’aube de la modernité occidentale, mais nous savons aussi ce qu’il en est de l’extradition des enfants, de leur renfermement progressif, au fil même de la Raison, dans leur statut idéalisé d’enfance, dans le ghetto de l’univers infantile, dans l’abjection de l’innocence. Mais aussi les vieillards sont devenus inhumains, rejetés à la périphérie de la normalité. Et tant d’autres « catégories », qui ne sont justement devenues des « catégories » que sous le signe des ségrégations successives qui marquent le développement de la culture [2]. »

Nous avons désocialisé la vieillesse en l’autonomisant comme fatalité individuelle. La vieillesse devient progressivement une part de la vie renfermée sur elle-même. Elle se retrouve écartée, discriminée, exclue du reste des couches et des acteurs sociaux.

Réfléchir sur le destin social des personnes âgées est en effet très impliquant. C’est être convoqué à examiner les causes d’exclusion réelles de ces personnes, notre façon actuelle de les supporter et les contraintes que la société moderne impose à tous. La vieillesse est un stade de notre parcours biologique qui est en fait entamé dès notre naissance : [3]. »

Pour notre physique, ce corps, en qui nous trouvons un sentiment intérieur de sécurité, en viendra à perdre son autonomie sous le poids de l’âge. Il n’y a absolument rien de honteux à cela. C’est simplement une étape normale qui accompagne notre processus de vie. Elle peut cependant devenir une épreuve physique et psychique très angoissante, et ébranler la personne qui découvre son vieil âge lorsqu’elle n’est ni accompagnée ni entourée d’affection.
« La personne âgée est ainsi habitée, parfois intensément, par cette conscience de faute. Elle se juge responsable de ses déficiences, comme si elle les avait choisies pour les imposer à autrui. C’est à cause d’un manquement ancien, mythique, imaginaire, qu’elle connaît aujourd’hui cette situation d’infirmité et de déchéance, à charge de son entourage. Le vieillard se sent coupable à l’égard de sa famille, mais aussi à l’égard de ses proches : « je ne mérite pas qu’ils prennent ainsi sur leur temps libre pour me rendre visite. » Parfois même il se sent coupable à l’égard de la société qui doit le prendre en charge financièrement : « Le salaire représentait la contrepartie d’un travail, mais la retraite ? Ne m’est–elle pas versée indûment ? [4] »

Le sentiment de faute qui habite la personne âgée doit être accompagné. « L’accompagnement des personnes du troisième âge se révèle une école de patience où nous ne pouvons faire l’économie des maturations et des épreuves. L’accompagnateur s’engage à être compagnon, c’est-à-dire celui qui partage le pain, à être présent à un autre dans son quotidien. Il devine par le dedans et par-delà les paroles la quête intérieure d’une dynamique de vie et s’efforce d’y correspondre ; il essaye de « comprendre » l’autre, c’est-à-dire de recueillir avec lui ce qu’il veut offrir de son existence, de ses questions, de ses joies ou de ses angoisses, pour assumer ensemble un vécu aussi décisif que le pain pour le quotidien [5]. » Le vieillissement fait partie de notre processus biologique, il doit être accepté à la fois par l’entourage et par la personne qui se culpabilise pour rien. La personne qui accompagne joue vraiment un rôle capital.

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La vieillesse des temps modernes semble indûment peser sur la société. En fait, elle ne le devrait pas, mais plutôt être attendue comme nous attendons la naissance d’un enfant dans la famille. Notre réflexion consiste à répondre à la question suivante : le troisième âge a-t-il encore un sens ? Faut–il l’exclure, le conjurer ou, au contraire, l’articuler socialement ? Nous prendrons comme outil de base l’ouvrage de Marie-Jo Thiel, Avancer en vie. Le troisième âge [6]. Dans ses réflexions, Marie-Jo Thiel voudrait : « proposer quelques points de repères dans le dédale des questions que suscite le troisième âge, des jalons pour mieux comprendre et mieux aider ces aînés qui nous précèdent [7]. ».

Plus les êtres vivants vivent longtemps, plus la vieillesse nous concerne tous. Essayons de réfléchir amplement sur l’essentiel : comment notre société, avec sa science et sa technique, peut-elle devenir solidairement responsable ? Chacun de nous peut s’impliquer davantage à remettre en cause l’ordre existant afin d’offrir à « ces aînés qui nous précèdent » une meilleure qualité de vie. Deux points feront l’objet de notre étude : la perte de statut et des prérogatives de la vieillesse et un appel à la responsabilité commune.


I - La vieillesse : une perte de statut et des prérogatives.

Il me semble, sans toute fois caricaturer ni généraliser, que la vieillesse perd de plus en plus le statut prestigieux de pivot du groupe qu’elle avait de par le passé. On a souvent la tentation d’infantiliser la personne âgée : « Il y a toujours moyen, même en situation de dépendance grave, d’être acteurs, c’est-à-dire de choisir et non de subir, de prendre à son compte et de décider plutôt que d’encaisser. Un vieillard, même dément, n’est pas un enfant. Quelles que soient les circonstances, même si certains jours il faut particulièrement solliciter le sujet âgé pour obtenir un accord, même s’il faut prendre un peu plus de temps pour le stimuler et l’encourager, chacun doit pouvoir accepter ou refuser ce qu’on lui propose, négocier une offre, un projet ; chacun doit finalement pouvoir agir en personne humaine libre et responsable. La pratique montre que ce n’est pas facile au quotidien, mais il faut au moins vouloir y tendre [8]. »

Au mois de novembre 2009, je suis allé à Amailloux, un petit village du diocèse de Poitiers, passer quelques jours dans une maison de retraite tenue par la Fraternité Immaculée de Marie. J’ai observé de bonnes choses : le dévouement du personnel, la propreté et la tranquillité du cadre. J’en ai aussi observé de moins bonnes, comme l’infantilisation des personnes âgées : on les fait chanter comme des gamins, on les amène à la messe tous les jours à 11h, parfois contre leur gré, il y a une heure pour regarder la télévision… Parfois le personnel débordé leur manquait de respect en leur signifiant par exemple que les activités prévues étaient obligatoires, sans leur donner la chance de faire une chose de leur choix ; ceci ressemblait, à mon avis, à la contrainte. J’ai aussi remarqué l’hypocrisie de certains employés, qui me paraissaient méchants envers les personnes âgées et qui subitement devenaient gentils lors de la visite d’un membre de la famille. Amailloux peut paraître un cas isolé et marginal, mais il peut aussi être représentatif d’autres faits similaires ; je prends pour illustration ce que Jean Baudrillard écrit :
« Un tiers de la société est ainsi mis en état de parasitisme économique et de ségrégation. Les terres conquises sur cette marche de la mort sont socialement désertiques. Colonisée de fraîche date, la vieillesse des temps modernes pèse sur cette société du même poids que jadis les populations indigènes colonisées. Le Troisième Age dit bien ce qu’il veut dire : il est une sorte de Tiers-Monde. Ce n’est qu’une tranche de vie, marginale, asociale à la limite – un ghetto, un sursis, un glacis d’avant la mort. C’est proprement la liquidation de la vieillesse [9]. »

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Les personnes âgées sont traitées comme des enfants, la société ne veut pas savoir leur avis et prend des décisions à leur place, la vieillesse perd son statut, elle perd son prestige et ses prérogatives. Elle est rétrogradée. La société semble négliger la riche expérience de la personne âgée pour ne voir en elle que ses carences et ses forces amoindries. Ségrégation veut dire ici que ces personnes ne sont plus à part entière membres de la société des vivants. L’allusion au Tiers-Monde leur fait perdre le statut d’hommes civilisés du monde moderne. Enfin, le ghetto les isole de la communauté des personnes actives qui jouissent d’une bonne santé. Ghetto fait aussi état de leur isolement car ces personnes ne deviennent asociales que parce que nous nous estimons plus sociales qu’elles. Il faut réduire la vie à la quantité, à l’avoir, pour qu’elles n’aient plus aucune présence symbolique dans la société moderne et cessent d’être reconnues socialement. Nous les avons condamnées à mourir. Nous avons peur que le traitement étrange que nous nous leur infligeons dans leur fin de parcours ne vienne neutraliser notre ambition d’accumuler et d’amasser des richesses. Les mettre hors circuit nous gène moins.

Signalons en passant que cette perte de statut et de prérogatives est surtout un fait de sociétés dites modernes ; comme nous le dit Baudrillard, les années sont une richesse réelle :
« Condamné à une mort qui recule toujours, cet âge perd son statut et ses prérogatives. Dans d’autres formations sociales, la vieillesse, elle, existe véritablement, comme pivot symbolique du groupe. Le statut de vieillard, que parachève celui d’ancêtre, est le plus prestigieux. Les « années » sont une richesse réelle qui s’échange en autorité, en pouvoir, au lieu qu’aujourd’hui les années « gagnées » ne sont que des années comptables, accumulées sans pouvoir s’échanger. L’espérance prolongée de vie n’a donc abouti qu’à une discrimination de la vieillesse [10]. »

L’homme civilisé a socialisé la vieillesse en l’enfermant sur elle-même dans des maisons de retraites qui font parfois de la vie un évènement sans signification. La vieillesse devient vide de sens parce que l’ensemble des acteurs sociaux n’y a plus aucune part ; leur force s’étant amoindrie, leur humanité est devenue un peu moindre que la nôtre. La personne âgée n’est plus une source de sagesse, mais déjà un simple résidu avant de mourir, la dignité de sa personne banalisée. La perte de son statut lui est incompréhensible : elle était autrefois comblée par la vie et la richesse de son expérience, elle n’est plus aujourd’hui qu’un contenant vidé de son contenu.


II - Appel à la responsabilité commune : « acteurs plutôt que spectateurs [11] »

Les lignes qui précèdent dressent un sombre tableau. Les personnes âgées semblent vivre dans la société actuelle une forme de liquidation sociale totale. Une société marquée à la fois par une prolongation très forte de l’espérance de vie et un enfermement de la vieillesse sur elle-même. Il y a là une contradiction entre la conquête de la technique médicale et la mise hors circuit de personnes qu’on aimerait pourtant voir vivre longtemps. « La réalité du troisième âge paraît anachronique par rapport au savoir et à la connaissance technique de notre temps [12]. »

Notre réflexion, dans les lignes qui vont suivre, ne vise ni à critiquer, ni à choquer, ni à porter un jugement ; elle se veut un appel à la responsabilité commune pour l’amélioration des conditions de vie de ceux qui nous précèdent en âge. D’où ce titre : devenir acteurs plutôt que spectateurs. Nous voudrions simplement interpeller la société actuelle et ouvrir quelques perspectives éthiques pour sortir cette tranche de vie de la marginalisation. Nous voudrions que les personnes âgées elles-mêmes prennent le devant dans la transformation de leur image :
« Qui s’embrasse à regretter le passé, écrit Francisco de Quevedo, perd le présent et risque l’avenir. La sinistrose ne conduit qu’à baisser les bras. Le troisième âge, et il convient de l’aider en ce sens, ne doit pas démissionner de ses responsabilités, ni se résigner servilement à un petit handicap. Se laisser aller et affirmer que tout va mal, aggrave la lourdeur de l’épreuve [13]. »

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« Acteurs plutôt que spectateurs », nous dit Marie-Jo Thiel, « est un slogan qui doit guider toute relation avec la personne âgée [14] ». La personne âgée, le personnel soignant, l’entourage et la société en général peuvent devenir acteurs à plusieurs niveaux. Les personnes âgées peuvent réapprendre le goût des activités, le sens des initiatives. Le troisième âge peut changer les choses et devenir acteur de bien des manières, partant de petites choses banales pour aller jusqu’aux grandes. L’échantillon que dresse Marie-Jo Thiel est très révélateur et parlant. Nous y revenons largement pour montrer combien cet âge doit être le premier acteur :
« Que la personne âgée prenne soin d’elle-même ! Un peu de sport ou de relaxation lui ferait peut-être du bien. L’homme a besoin de beauté. Et avec l’âge, il faut particulièrement veiller à sa présentation. Bien se coiffer, se maquiller, se parfumer, porter la broche héritée de sa propre grand-mère, tout cela peut contribuer à l’équilibre intérieur… Et entre le ménage et la cuisine, l’atelier et le coin de jardin, le gâteau à préparer et la collaboration à assurer, il reste du travail… même à l’hospice, il est possible avec un personnel formé et compréhensif d’intégrer les pensionnaires dans le ménage, la réfection des lits, la mise en place des couverts, le découpage du pain, le remplissage des cruches, la locomotion des moins valides… se rendre utile réjouit et procure la sensation de vivre plus intensément. Le plus petit travail tient une place singulière… Que le troisième âge soit acteur dans l’enjouement de la bonne humeur… Acteur dans l’amour et la tendresse aussi… Ainsi sera-t-il acteur d’ouverture…Qu’il soit acteur dans la réflexion et la médiation [15]. »
L’auteur dresse une panoplie des activités créatrices, celles qui font participer et qui entrent bien dans la banalité de notre train de vie quotidien. Elles sont d’une grande importance pour la personne âgée qui peut, si elle en a encore la capacité physique et mentale, s’efforcer de sortir de la passivité infernale et mortifère pour redonner sens à sa vie. Devenir acteur lui permet de sortir du parasitisme et de la dépendance.

Il existe, en plus des activités créatrices que nous venons d’évoquer, une étape inévitable : celle de la démaîtrise, à laquelle la personne âgée doit consentir :
« Eprouvé par la vision d’un corps vieillissant, perdant progressivement son autonomie, le sujet âgé ne peut plus régenter : il est appelé à accepter une certaine dépossession de son corps, de sa vie, du monde où il vit [16]. »
Il peut s’adonner aux activités mais, avec l’âge, il adviendra qu’il soit dépossédé de son corps. Accepter cette épreuve est pour nous aussi une façon d’être acteur. C’est à la personne âgée en premier qu’il revient d’accepter ce processus biologique normal. Elle s’en sortira mieux si la société entière participe :
« Les réactions extérieures, les rappels à l’ordre, les jugements intempestifs du type : « quelle mauvaise volonté ! » sont éprouvants : la personne âgée s’en protège par cet état d’abattement régressif ou par une violence verbale dont n’importe qui, ou presque, pourra être un jour le bouc émissaire. Il s’agira alors de ne pas faire un drame de cette provocation, de relativiser ce flot de paroles correspondant à un excès accumulé et trop longtemps contenu ».

Notre société veut voir les personnes du troisième âge vivre le plus longtemps possible. L’ensemble de la société qui, depuis la naissance, tend elle aussi vers sa propre vieillesse, se doit de s’investir pour que les épreuves du troisième âge soient prises en compte. Il revient à tous les membres de la société de participer à changer notre attitude envers les personnes âgées : elles ne méritent pas l’exclusion, mais la fréquentation de tous. Ce changement d’attitude nécessite une vision positive du troisième âge, alors qu’elle est aujourd’hui dégradée. La société dans son ensemble doit chercher à comprendre ; elle doit se former et apprendre à se maîtriser face aux « caprices » de ceux qui nous précèdent en âge :
« Pour l’entourage et les soignants, l’investissement reste très lourd. Il nécessite :
- Une grande maîtrise de soi. Or, les proches sont souvent très fatigués.
– Un surcoût en temps. Or le personnel soignant n’est pas payé pour s’occuper uniquement d’un vieillard. Et la famille, qui donne déjà tout son temps, compte encore d’autres obligations.
– Une formation adéquate avec analyse du processus en cause. Si les soignants bénéficient en général d’au moins quelques données de base, la famille, par contre, en est souvent totalement dépourvue. La former demanderait du temps et du recul au moment où, parce qu’on est en situation, manquent justement et le temps et le recul [17]. »

Ce temps et ce recul, notre société se doit de les trouver. L’agenda des réformes qui concernent le troisième âge doit être une priorité pour les gouvernements et pour la société toute entière. On trouve souvent le temps pour aller au stade, au cinéma ou ailleurs ; si on le veut, on trouvera aussi du temps pour une meilleure prise en charge des personnes âgées. Il faudrait former plus de soignants pour éviter qu’ils ne soient vite débordés par le travail et qu’ils ne perdent toute maîtrise de soi dans l’attention qu’il leur faut accorder à la souffrance au cas par cas. Proposer aux volontaires, et surtout à la famille, des séances de formation à la prise en charge des personnes âgées est un investissement utile. « La famille, parce qu’elle reste « humaine », qu’elle connaît des hauts et des bas, réclame aussi des temps de ressourcement et de recul [18]. »

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Conclusion

Bien plus qu’un travail académique, cette recherche sur le troisième âge a été pour moi une auto-conscientisation sur cette réalité qui nous concerne tous. Chaque jour qui passe nous rapproche de notre propre vieillesse. Négliger le troisième âge aujourd’hui, c’est se préparer à être négligé soi-même demain. Travailler à prolonger l’espérance de vie est une très bonne chose, mais à quoi sert-il de vivre longtemps si vivre mieux ne suit pas ? Les personnes âgées ne sont pas des enfants, ni des parias qu’il faut exclure et isoler des autres. Affaiblies par l’âge, et parfois par la solitude, elles ne doivent pas devenir des inutiles qu’on met à la poubelle.

Il nous semble important de participer à faire évoluer les choses et les mentalités. Tout d’abord, la personne âgée, tant qu’elle le peut, doit participer aux activités quotidiennes et créatrices. Ainsi, elle ne sombre pas dans la dépendance et la parasitisme. Cela la rendrait « inutile » à elle-même, mais aussi vulnérable face au système actuel qui définit la personne par rapport au travail qu’elle fait. Par ailleurs, quand elle est invalidée physiquement, la personne âgée doit accepter d’être dépossédée de son corps.
La société entière est invitée à accompagner ce processus. Notre regard sur la vieillesse doit changer, c’est peut-être là notre plus grande réforme. Il suffit de considérer les personnes âgées comme des êtres humains. La dignité humaine n’est pas une affaire d’âge, de sexe, de race, de possession ni de classe sociale ou professionnelle… Elle est simplement liée à notre commune nature humaine.