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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Décès du Père Gérard Bretillot
Article mis en ligne le 6 octobre 2014

Nous avons la douleur de vous faire part du décès du Père Bretillot.

Le Père Gérard Bretillot
Photo sma Strasbourg

Gérard, il n’était pas comme les autres.

Marguerite a été au service des prêtres et de la paroisse Saint Louis à Montrapon pendant plus de trente ans ; Gérard a servi dans cette paroisse de 1973 à 1975.

« J’en ai vu passer des prêtres durant ces nombreuses années, mais j’ai vu tout de suite que celui-ci n’était pas comme les autres. Il ne s’imposait pas et ne s’appropriait pas tel aspect de la pastorale, il était calme et doux, bienveillant. Parmi les malades à visiter il y avait un « parpaillot » qui insultait Dieu, se révoltait et ne trouvait pas la paix. J’ai demandé à Gérard d’aller le visiter. Il est allé sans problème, il y est resté assez longtemps, je ne sais pas ce qu’il à dit au malade, je ne sais pas ce qui s’est passé… mais le malade était apaisé et plus jamais il s’est mis à se révolter contre Dieu. C’est seulement au bout d’un certain temps que j’ai appris que Gérard était missionnaire et j’ai toujours gardé avec lui des liens très forts. Je pleure un frère, mais je me réjouis de la façon dont il est parti… Il a pris le taxi direct pour aller à Dieu et Dieu l’a accueilli ».


Gérard Bretillot sma (1938-2014), semeur et bâtisseur

Gérard est le 8ème ou 9ème enfant (il y avait des jumeaux) né au foyer d’Auguste Bretillot et de Berthe Faivre qui en comptera 13. Il voit le jour le 13 mai 1938 dans la ferme familiale de « Sur le Bois », commune des Combes, dans le Doubs, près de Morteau, à 1 000 m d’altitude. À l’âge scolaire, avec ses frères et sœurs et les enfants des fermes environnantes, il marche les quatre kilomètres pour rejoindre l’école communale. L’hiver, quand la neige était abondante, le trajet était rude.

Un fertile terroir familial
La famille avait donné plusieurs Frères des Écoles Chrétiennes, dont Pierren, aîné de Gérard de 5 ans. Pierre était très lié à Gérard : deux fois il a emmené des groupes de grands élèves en visite de découverte des cultures et des églises au Togo. Gérard entre au petit séminaire Notre-Dame de Consolation le 3 Octobre 1950. Nous arrivions ensemble, petits et timides, dans cette imposante maison. Nos chemins se sont toujours croisés jusqu’en ce mois de juillet 2014, où j’étais près de lui à Lomé. Au petit séminaire, Gérard venait en premier par ordre alphabétique, il venait aussi en premier en sagesse, discipline et docilité. À chaque rentrée scolaire, le papa Auguste Bretillot, sérieux et silencieux, ramenait son fils avec la traction avant, la maman Berthe l’accompagnait, discrète, attentive, affectueuse. Gérard était un très bon footballeur. Comme il avait été opéré de la rate, il ne s’essoufflait guère, et on était jaloux de lui sur ce point, et sur beaucoup d’autres encore. Ce que nous ne savions pas, c’est qu’il avait eu un grave accident. Quelques mois avant son entrée à Conso, il était tombé du tracteur et fut plusieurs jours entre la mort et la vie.

Le P. Gérard Bretillot jeune prêtre.
Photo sma Strasbourg

De sa nombreuse famille, Gérard a appris la fraternité, la solidarité, l’entente, l’esprit de réconciliation ; il a appris aussi ce qu’est la foi en Dieu, ce qu’est l’épargne et le travail, ce qu’est la terre, la gestion, l’honnêteté, le dévouement, le respect de l’autre, l’accueil. Cette vertu de l’accueil lui était devenue comme naturelle. Ce sont des milliers de gens qui sont venus chez lui pour des salutations, des conseils, des aides ponctuelles. Nombreux aussi les gens de sa famille et amis venus le visiter depuis la France. Il se faisait un plaisir de leur faire découvrir ses communautés chrétiennes dans un échange de cultures et de foi. Ces séjours ont généralement transformé le cœur des visiteurs. Sa façon d’être, sa façon de faire, son sens de l’accueil et de l’écoute ont été telles qu’il a été choisi comme Supérieur Régional des confrères sma du Togo. « Merci à toi Seigneur de m’avoir aimé et donné de grandir dans une famille unie, qui nous a appris le sens de l’effort, du service des autres et de la simplicité [1] ». Cette expérience d’une famille unie l’a probablement inspiré à lancer à Lomé la pastorale des familles. Son enracinement paysan l’a conduit à créer de petits projets agricoles. S’adaptant à tous les terrains, il a déniché des coins en plein quartier populaire de Lomé pour faire pousser des carottes et des salades et organiser de petits jardins qu’il confiait, pour leur gagne-pain, à des jeunes et des catéchistes.

Découverte et approfondissement de la mission
Ordonné prêtre le 30 juin 1965, il s’est d’abord initié au ministère pastoral à Talange, en Moselle pendant quelques mois. Après une année d’études à l’institut de pastorale catéchétique de Strasbourg, il part pour le Togo au diocèse d’Atakpamé, à la paroisse cathédrale Sainte-Famille. En 1969, il est rappelé comme animateur au foyer des étudiants sma de Strasbourg, époque durant laquelle il est aussi conseiller provincial. En 1975, il rejoint pour deux ans une équipe de prêtres et amis à la paroisse Saint-Louis à Montrapon, à Besançon, et repart ensuite pour le diocèse d’Atakpamé.

De g. à dr. : les PP. André Bouhelier, Henri Bannwarth, Albert Reiff et Gérard Bretillot.
Photo sma Strasbourg

Après de courts remplacements dans les missions de Notsé et Anié, en 1977, il rejoint le Père Georges Klein dans la vallée fertile du Litimé à Badou, près du Ghana : « Notre souci était de visiter les 30 villages du secteur, d’assurer la catéchèse… Nous commencions par acquérir un terrain communautaire où chaque vendredi, la communauté travaillait. Avec le bénéfice nous avons ainsi aidé à construire des églises et des chapelles dans presque toutes les communautés ».

Avec le P. Materne Hussherr lors de l’introduction de la SMA à Adamavo, le 19 avril 1998.
Photo sma Strasbourg

Bâtisseur d’églises, de structures d’éducation et de communautés.
Après ses deux mandats de six ans comme Supérieur Régional, il rejoint l’équipe sma qui commençait la création d’une paroisse dans le grand quartier Baguida, à l’est de la ville de Lomé. Il supervise la construction de la résidence des prêtres à Agodékè. « Les églises d’Adamavo, Avépozo, Agodékè et Afanoukopé sont en partie son œuvre, suivant toujours le même principe : bâtir des communautés ouvertes à la fraternité avec tous, former des animateurs de communautés qui les aident à se prendre en charge et à devenir elles aussi missionnaires », écrit Parfait Gbolohoe, qui cite une circulaire de Gérard écrite peu après son arrivée dans le quartier : « Nous sommes à 12 km du centre ville, avec nos quatre communautés chrétiennes. La religion traditionnelle africaine est très présente. De nombreuses confessions religieuses y ont des lieux de culte. Combien de catholiques ?... Ceci constitue un immense chantier pour la formation de tous les responsables. Notre priorité va bien aux catéchistes… Mon souci actuel est de courir après des terrains en vue d’y implanter des écoles. Il faudrait dans l’immédiat construire quatre groupes scolaires pour permettre à environ 1 500 élèves de travailler dans de bonnes conditions ».

En paroisse.
Photo sma Strasbourg

La grande église, dédiée à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, a été consacrée le 22 juin dernier. Ce jour là, Gérard, qui depuis 2008 avait passé la responsabilité de la paroisse à un jeune missionnaire sma originaire du Congo, restait comme d’habitude dans la discrétion, mais ce fut aussi sa fête et le couronnement d’une grande œuvre. En cette église, le soir du 28 août, fête de saint Augustin, l’Africain, se sont rassemblés, dans l’émotion, les pleurs, la joie de l’action de grâces, plusieurs milliers de personnes et des centaines de prêtres pour une veillée de prière. Ils y sont revenus le lendemain sous la présidence de l’archevêque de Lomé et de l’évêque d’Atakpamé pour la célébration des funérailles.

Avec le P. Charles Cuenin pour un coup de main entre missionnaires.
Photo sma Strasbourg

Gérard a été inhumé à Lomé-Agodékè, près de la chapelle de la maison de formation pour les futurs missionnaires sma. Parfait Gbolohoe, séminariste sma qui a vu Gérard vivre en ces dernières années témoigne : « le Père Gérard aimait beaucoup la méditation surtout le soir autour des fleurs qu’il avait lui-même plantées… Ton cercueil est pour nous un berceau d’où s’épanouit une nouvelle vie en fleur ».

Avec le P. Jean-Marie Guillaume.
Photo sma Strasbourg

Tu es désormais cette fleur desséchée qui laisse au sol un bouquet de semence… Le grain tombé en terre peut-il porter du fruit s’il ne meurt pas ? Que la dernière pelletée de sable d’Agodékè jetée sur ton cercueil ne soit pas la fin de tes œuvres. Que par elle jaillissent beaucoup de fruits, grâces et abondances sur la mission universelle, spécialement sur notre Église locale du Togo. « Va où le ciel te convie [2] ».

Jean-Marie GUILLAUME


Hommage au Père Gérard Bretillot

Nous ne voulons pas dresser ici une biographie du Père Gérard, ni présenter un discours élogieux, comme il arrive souvent lorsqu’on parle de quelqu’un qui nous a précédé dans la maison du Père. Notre voix se veut plutôt un témoignage de quelqu’un qui a rencontré et cheminé avec le Père Gérard pendant un temps que son départ vient malheureusement écourter douloureusement.

En paroisse dans la banlieue de Lomé.
Photo sma Strasbourg

Une vie donnée pour la mission
Mgr de Marion Brésillac fonda la Société des Missions Africaines le 8 décembre 1856 dans le souci d’évangéliser les peuples les plus abandonnés de l’Afrique. Ainsi, depuis le 28 août 1860 où la SMA a reçu la responsabilité de l’évangélisation du territoire immense de l’Afrique de l’ouest, elle fut « le seul institut de prêtres et frères missionnaires à évangéliser l’Afrique de l’ouest, depuis le fleuve Niger au Nigeria jusqu’au Liberia ». Et c’est dans cette vision d’esprit du fondateur de semer le grain de l’évangile dans les terres où elle n’y est pas encore que la SMA a tenté pour la première fois au Togo l’établissement d’une mission à Atakpamé où l’un des deux premiers missionnaires, le P. Jérémie Moran mourut empoisonné le 8 août 1887. Le Père Gérard Bretillot s’inscrit dans la lignée de tous ces vaillants missionnaires qui ont suivi les traces de Mgr de Marion Brésillac et ont donné leur vie pour l’évangélisation de l’Afrique, et spécialement du Togo.

Né à Combe-la-Motte, dans le diocèse de Besançon, le 13 mai 1938, Gérard fut ordonné prêtre le 30 juin 1965 par Mgr Joseph Strebler, sma et ancien Archevêque de Lomé. Il fit une initiation à la pastorale paroissiale à Talange, en Moselle, et des études à l’Institut de Pastorale Catéchétique de Strasbourg, avant d’arriver en mission au Togo, dans le diocèse d’Atakpamé.

Le Père Gérard Bretillot en compagnie de Mgr Denis Amuzu-Dzakpah, Archevêque de Lomé.
Phto sma Strasbourg

D’une allure calme, souriant, ouvert et très généreux, Gérard fut un homme plein de qualités que lui-même ne voulait jamais reconnaitre. Il a toujours mis ses compétences au service de la mission. Avec un souci constant du travail bien fait, il déploya ses qualités discrètement et efficacement à travers les divers postes qu’il eut à occuper : vicaire, curé de paroisse, Supérieur et directeur de Foyer séminaire, Conseiller Provincial, Supérieur Régional sma du Togo…

Le P. Gérard Bretillot (à g.) avec les PP. Jean-Pierre Frey et Bernard Bardouillet.
Photo sma Strasbourg

Un missionnaire du fond du cœur, bâtisseur de communautés chrétiennes fraternelles.
A l’exemple de notre fondateur Mgr de Marion Brésillac, le Père Gérard fut un missionnaire du fond de son cœur. Il a aimé la mission du Togo jusqu’à donner sa vie. Il s’est fait un avec le peuple de Dieu qui lui était confié. Il nous aimait beaucoup et nous aussi nous l’aimions beaucoup. Pour le Père Gérard, nous sommes tous des frères et devons vivre dans une atmosphère fraternelle. Il s’est toujours dévoué avec passion à créer et à développer une telle atmosphère. Un mot qu’il aimait utiliser fréquemment est « Novinyé », qui veut dire « mon frère » en éwé. Il connaissait bien nos cultures et l’histoire du Togo. Tous ceux ou celles qui l’ont connu ou ont travaillé avec lui reconnaissent qu’il avait un vrai respect pour son prochain. La vie communautaire était sa priorité. Il a toujours cherché à travailler en équipe. Son ouverture et sa disponibilité nous encourageaient, nous qui sommes ses « voisins », à le solliciter pour la direction spirituelle. Il acceptait volontiers et offrait ses services d’écoute et d’accompagnement.

Le philosophat en construction.
Photo Patrice Apedo

Un bâtisseur d’églises, de structures d’accueil, d’éducation et de formation de communautés.
Le Père Gérard a passé la plus grande partie de sa vie à construire des églises et à promouvoir leur auto-prise en charge. En 1977, quand il rejoint le Père Georges Klein à la mission de Badou, il termine l’église paroissiale alors en construction, organise les différentes stations secondaires, insistant beaucoup sur l’autonomie financière des communautés et leur formation chrétienne. Il écrira : « Notre souci était de visiter les 30 villages du secteur, d’assurer la catéchèse, mais également immatriculer des terrains en vue de construire, avec la communauté, une église ou une chapelle. Nous commencions par acquérir un terrain communautaire où chaque vendredi la communauté travaillait. Avec le bénéfice nous avons ainsi aidé à construire des églises et des chapelles dans presque toutes les communautés ».

L’église Ste-Thérèse d’Adamavo le jour des obsèques du P. Bretillot.
Photo Patrice Apedo

Les églises d’Adamavo, Avépozo, Agodékè et Afanoukopé sont en partie l’œuvre du P. Gérard, avec la participation bien sûr des fidèles, bienfaiteurs et amis de la SMA, suivant le même principe, à savoir : bâtir des communautés ouvertes à la fraternité avec tous, former des animateurs de communautés qui les aident à se prendre en charge et à devenir elles aussi missionnaires. Voici ce qu’il écrit au sujet de la paroisse Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face d’Adamavo : « Nous sommes à 12 km du centre ville, avec nos quatre communautés chrétiennes. La religion traditionnelle africaine est très présente. De nombreuses confessions religieuses y ont des lieux de culte. Combien de catholiques ?... Ceci constitue un immense chantier pour la formation de tous les responsables. Notre priorité va bien aux catéchistes ». Il se dépensa aussi énormément pour la cause de l’éducation des enfants et des jeunes. Voici son témoignage : « Mon souci actuel est de courir après des terrains en vue d’y implanter des écoles. Il faudrait dans l’immédiat construire quatre groupes scolaires pour permettre à environ 1500 élèves de travailler dans de bonnes conditions ».

La prière était la source de la richesse de toute la vie de l’apostolat du Père Gérard. Toujours fidèle à son bréviaire, à la messe quotidienne pour le salut des âmes. Il aimait beaucoup la méditation, surtout le soir autour des fleurs qu’il avait lui-même plantées. Il avait une profonde dévotion filiale pour Marie. Son départ vers le Père le lendemain de la solennité de l’Assomption de Marie n’est-il pas un signe dont le sens est à scruter plutôt qu’une simple date de décès ?

Le P. Gérard Bretillot (à dr.) avec les PP. Pierre Jacquot et Claude Rémond.
Photo sma Strasbourg

Que tes œuvres t’accompagnent, Père Gérard ! La vie a surgi du tombeau, c’est là le gage de notre foi. C’est pourquoi nous sommes sûrs et certains que tu n’es pas mort, mais tu entres plutôt dans la vie éternelle : « Ta mort illumine pour nous la clarté de l’immense aurore du monde éternel. Ton cercueil est pour nous un berceau d’où s’épanouit une nouvelle vie en fleur ». Tu es désormais cette fleur desséchée qui laisse au sol un bouquet de semence. Tu partages désormais la communion véritable avec ceux qui ont cherché Dieu et qui ont lavé leur vêtement dans le sang de l’Agneau. Le grain tombé en terre peut-il porter du fruit s’il ne meurt pas ? Que la dernière pelletée de sable d’Agodékè jetée sur ton cercueil ne soit pas la fin de tes œuvres. Que par elle jaillissent beaucoup de fruits, grâces et abondances sur la mission universelle, spécialement sur notre Église locale du Togo. « Va où le ciel te convie », lui-même saura guider tes pas jusqu’à ta dernière demeure. Là où tu contempleras face à face Dieu notre Père. Que les anges te conduisent au paradis. Que les martyrs t’accueillent à ton arrivée et t’introduisent dans la cité sainte Jérusalem. Que les anges en chœur te reçoivent et que tu jouisses du repos éternel avec celui qui fut jadis le pauvre Lazare.

Adieux, Père Gérard Bretillot ! Tu resteras gravé dans nos cœurs et dans nos mémoires.

Parfait GBOLOHOE
Séminariste sma, Lomé-Togo


Homélie prononcée à la messe d’enterrement du Père Gérard Bretillot

Le Père Gérard n’a pas dit, comme ce curé de chez lui : « A mon enterrement, ne parlez pas de moi. Vous en diriez trop ou pas assez. » Je me sens libre de parler de Gérard et de dire ce qui me paraît juste. Excusez-moi si je dis Gérard, et non pas Père Gérard.

De g. à dr. : les PP. Alphonse Kuntz, Modeste Billotte et Gérard Bretillot.
Phto sma Strasbourg

Vous ne m’en voudrez pas d’avoir choisi ce texte [3] plutôt inhabituel pour une messe de funérailles. C’est le dernier Évangile que Gérard ait lu, à la messe du 15 août où l’Église fait mémoire de la mort de Marie, de sa dormition. Même si par moments son départ visible nous laisse un grand vide, une blessure comme le dit bien une hymne, nous voyons sa vie si pleine de merveilles que ce passage de l’Évangile n’est pas déplacé aujourd’hui.

Avec le P. Materne Hussherr.
Photo sma Strasbourg

Que Dieu conduise nos vies comme Saint Paul le dit aux Romains est évident [4]. C’est lui qui a choisi pour Gérard cette terre où reposer. Bien des missionnaires ont désiré cette grâce et ne l’ont pas obtenue, reposer en Afrique. Ces derniers temps, Gérard rentrait en France chaque année. Pourquoi cette année ne l’a-t-il pas fait ? Patrice m’a dit : « Il a des amis à accueillir ». C’est bien Gérard. Pour les autres il était capable de tout. Pourquoi est-il monté vers le Nord alors qu’il n’aimait pas le faire, tant les voyages le fatiguaient ? Il a accompagné ses neveux et nièces pour voir le Père Jean Perrin. Sa sœur m’a dit au téléphone : « Il est venu te dire au revoir ». Il m’avait dit auparavant : « Descends pour quelques jours à Lomé ». Quand j’ai dit à une femme qui ne le connaissait pas comment il est parti, elle m’a répondu : « Il a eu une belle mort ».

De g. à dr. : les PP. gérard Bretillot, Bernard Bardouillet et Roger Moritz.
Phto sma Strasbourg

Je sais qu’ici on n’aime pas les morts imprévues. Mais je suis fermement convaincu que Gérard n’a pas été surpris par la mort. Ce qu’il m’a dit lors de son passage à Saoudé à demi-mot m’a fait comprendre qu’il était prêt. Il pouvait prier en vérité : « Étrangers, pèlerins, toujours prêts à partir, nous portons nos regards vers le Jour et vers l’Heure ».

Dieu seul sait quelles épreuves il aurait pu endurer en restant plus longtemps en ce monde. Nous avons connu des Pères qui sont restés alités pendant des années. Nous, qui avons peu de chances d’échapper au Purgatoire, de préférence dans ce monde, nous sommes tentés de l’envier. J’ose affirmer que ce qui lui a valu de partir ainsi, c’est sa bonté. Gérard était la bonté même, la gentillesse. Il portait, en plus de Gérard, les noms de Marie, Joseph, Henri. Marie, la femme qui a toujours dit oui à Dieu et aux autres. Il me semble que Gérard ne savait pas dire non, et là où il aurait pu le faire, il assumait et souffrait en silence.

Le P. Gérard Bretillot.
Phto sma Strasbourg

Ceux qui sont trop bons laissent des plumes, comme on le dit vulgairement. Bonté, miséricorde, sont des attributs majeurs de Dieu, qui en a revêtu Gérard. Il faudrait ajouter simplicité, comme il l’a écrit dans son testament bien avant l’arrivée du Pape François, qui insiste tellement sur cette simplicité qui devrait régner dans l’Église qu’on ne pourra pas dire qu’on ne l’a pas entendu.

Bonté, donc disons-nous bien qu’on n’est jamais trop bon et qu’à la fin la bonté paye même si auparavant on a perdu. Nous regrettons par contre le bien que nous aurions pu faire et que nous n’avons pas fait. Et surtout, rappelons-nous que « la charité couvre la multitude des péchés », comme le dit Saint Pierre. Avec tout cela, je n’ai pas parlé des autres merveilles que le Seigneur a accomplies pour lui et par lui. La plus grande n’est-elle pas lui-même ? Sa personnalité riche et sa vie pleine, son sourire discret…

On cite le Père Jean Perrin comme grand bâtisseur. On oublie la construction des églises auxquelles Gérard a présidé et pour lesquelles il ne ménageait pas sa peine au moment où d’autres prennent leur retraite. Cette église où nous sommes une fois consacrée, sa journée de travail était achevée. Le Seigneur lui a dit : « Viens te reposer un peu ». Comme Il l’a dit aux disciples : « Venez à l’écart et reposez-vous un peu ». Pourquoi un peu seulement ? Parce qu’il n’y a aucune raison pour que celui qui a fait le bien en ce monde ne continue pas à le faire après sa mort. Quand Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus – nous sommes chez elle en ce moment, n’est-ce pas ? – écrit : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la Terre », ce n’était pas que de la littérature. Elle a assez montré que c’était la vérité.
D’autres l’ont fait vers la même époque. Saint Séraphin de Sarov, qui disait aux sœurs qu’il avait fondées : « Moi parti, venez sur ma tombe. Quand vous aurez le temps, le plus souvent possible. Tout ce que vous aurez sur le cœur, toutes vos peines, face contre terre, racontez-les moi comme à un vivant. Et je vous entendrai, et j’enlèverai votre tristesse. Car pour vous je serai vivant toujours ».

L’église Ste-Thérèse d’Adamavo le jour des obsèques du P. Bretillot.
Phto Patrice Apedo

Gérard n’a-t-il pas déjà commencé à le faire lorsque, au milieu de la tristesse causée par son départ visible, une sorte d’exultation s’empare de nous ? Serait-ce lui qui nous murmure : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur ; le Puissant a fait pour moi des merveilles » ?

Alphonse KUNTZ


Oraison funèbre du R. P. Gérard Bretillot

Le R.P. Gérard Bretillot sma, dit « Papa Tsitsi-to », la personne que nous pleurons depuis plusieurs jours, est pour nous, à la Paroisse d’Adamavo et dans son secteur paroissial, un modèle de simplicité, de bonté et d’amour du prochain.

Nous l’avons connu en 1989, l’année où la communauté Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face d’Adamavo s’érigeait en paroisse. Résidant avec le tout premier Curé de la jeune paroisse à la maison régionale SMA à Bè, il était très régulier à Adamavo et dans les stations secondaires de la paroisse, malgré ses grandes responsabilités de Supérieur Régional des SMA au Togo.

Photo sma Strasbourg

Après deux mandats successifs à cette responsabilité, il prit la gestion de la paroisse en tant que Curé. C’est alors, avec son calme habituel, qu’il commença la structuration de la jeune paroisse et l’organisation des communautés de son secteur paroissial.

De la pastorale aux finances sans oublier les œuvres sociales, le R.P. Gérard a construit avec chaque fidèle et dans chaque communauté une relation personnelle. Jusqu’à son rappel à son Créateur, et comme toujours, il était très disponible, il avait une capacité extraordinaire d’écoute de ses interlocuteurs. Parmi ses actions, il avait une attention particulière aux enfants, aux malades, aux personnes âgées et aux nécessiteux à qui il n’hésitait pas à porter assistance. Bref, il était très attaché à la promotion de la personne humaine. Dans ses actions pastorales, il organisait la catéchèse avec beaucoup de soins, en impliquant tous les acteurs laïcs du secteur paroissial d’Adamavo. Une action dans laquelle il s’impliquait personnellement est l’implantation des CCCB dans les quartiers en donnant les directives pour leur animation et en y effectuant des visites régulières.

Les obsèques du P. Gérard Bretillot.
Photo Patrice Apedo

Fidèle et convaincu à l’idée de mission, et parallèlement à ses actions pastorales classiques, il a développé la construction des écoles primaires catholiques et laïques, de centre social et de santé, des jardins potagers et de petits ateliers. Et je peux affirmer ici que, grâce à ces œuvres sociales de notre illustre disparu, beaucoup de fidèles ont vu leur situation tant soit peu améliorée.

Le plus grand projet qui tenait à cœur au R.P. Gérard est la construction d’église dans chaque communauté de la paroisse. C’est ainsi qu’en 2004, il a commencé ce vaste chantier par la communauté mère à Adamavo, en y érigeant cette belle église de 1800 places assises dans laquelle nous lui rendons ce matin nos derniers hommages. Ce chantier à peine avancé, il ouvrit celui d’Agodékè, et par la suite, celui d’Afanoukopé. Il faut signaler que sa détermination de réaliser son projet l’obligeait à régler les problèmes fonciers qui pouvaient constituer un blocage à son ambition. Dans les communautés où il n’y avait pas de terrain, Gérard n’hésitait pas à mettre la main à la poche pour les aider à en acheter. Aujourd’hui, à l’exception de la communauté de Kpogan, toutes les communautés de la Paroisse d’Adamavo ont chacune une église. Ces nombreuses assistances ont été également portées à Avépozo et Avépozo-Kpota, à l’époque stations secondaires de la paroisse d’Adamavo.

Les obsèques du P. Gérard Bretillot. Mgr Amuzu-Dzakpah, Archevêque de Lomé.
Photo Patrice Apedo

Nous ne parlerons jamais assez du Père Gérard sma. Comme nous l’avions déjà dit à la consécration de notre église d’Adamavo, Gérard n’est pas seulement pour nous, un prêtre, mais aussi un père de famille. Mieux encore, le Père Gérard est un phare spirituel et d’espérance dans cet ensemble de paroisses d’Adamavo et d’Avépozo.

Gérard, nous savons que tu n’es pas immortel ; mais tu nous as désagréablement surpris, et nous nous rendons à l’évidence. Mais le Seigneur a donné, le Seigneur a repris. Que son nom soit loué.

La tombe du P. Gérard Bretillot
Photo Patrice Apedo

Gérard, comme je ne t’ai jamais ainsi appelé, ta mémoire guidera la vie des communautés SMA à Lomé et les actions de chacun de leurs fidèles.

Gérard, reposes en paix.

A Dieu !

Thomas KPODJESSO
Vice Président du Conseil Pastoral Paroissial de la Paroisse Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face – Adamavo (Lomé/Togo)


Il s’en est allé, l’ami, le frère, le confident…

Trop vite, si vite que je n’ai pu te dire merci pour les petits bouts de chemin parcourus ensemble depuis ce premier vol pour Lomé, un jour d’octobre 2004…
Si vite, sans un cri, la vie t’a quitté, c’en était fini !

Le P. Gérard Bretillot et Bernard Linz à la kermesse de St-Pierre.
Photo sma Strasbourg

Difficile d’oublier toutes ces rencontres en terre africaine où, levé dès l’aurore, tu nous accueillais toujours avec le même sourire au retour de l’aéroport, malgré la fatigue du jour écoulé. Comment ne pas me souvenir de ces moments tranquilles, tôt le matin ou le soir tombé, où nous échangions, les yeux baissés sur les « planches » d’oignons, de carottes et autres légumes que Moïse arrosait avec soin, jusqu’à ce que cette partie du terrain de la mission fût livrée aux truelles des maçons et au ballet régulier des sacs de ciment sur la tête des ouvriers : et le Philosophat sortit de terre, pas trop près des manguiers que tu avais toi-même plantés et qui assuraient – et assurent encore – l’ombre indispensable aux palabres en tout genre ?

Me reviennent aussi en mémoire tant de repas animés au milieu des rires et des fous rires autour de la grande table que tu présidais… Et l’écoute de la Parole, à peine réveillés, au calme de l’oratoire où, avec quelques mots simples et justes, tu commentais le passage du jour et nous invitais autour de l’autel pour partager le pain : précieux moments s’il en était avant de retrouver les bruits de la ville, les bruits de la vie !

Tu nous as fait goûter à l’Afrique joyeuse, étonnante, tonitruante, malgré les difficultés et la pauvreté, connaître ces centaines d’enfants avides d’apprendre, comprendre ton attachement indéfectible pour cette partie du monde à qui tu as donné ta vie, choisir de revenir et aimer tout simplement comme on pouvait…

Le P. Gérard Bretillot et Patrice Apedo.
Photo Patrice Apedo

Grâce à toi, ta Franche-Comté natale, où nous t’avons rejoint lors de tes retours en vacances, a pour nous moins de secrets : rencontres plus calmes, mais tout aussi amicales, au sein de ta famille. Et je les remercie ici de leur formidable hospitalité.

« Gérard, nous savons que tu n’es pas immortel ; mais tu nous as désagréablement surpris, et nous nous rendons à l’évidence : « Papa Tsitsi-to », la personne que nous pleurons depuis plusieurs jours, est pour nous, à la paroisse d’Adamavo et dans son secteur paroissial, un modèle de simplicité, de bonté et d’amour du prochain. Fidèle et convaincu à l’idée de mission, et parallèlement à ses actions pastorales classiques, il a développé la construction des écoles primaires catholiques, des jardins potagers et de petits ateliers… » témoignait Thomas Kpodjesso, lors de la célébration de tes funérailles.

J’avoue, « tu m’as désagréablement surprise, et je me rends à l’évidence… » Et lorsque je viendrai, bientôt, en ce jour prochain de Toussaint, me recueillir sur ta tombe, à l’ombre des grands manguiers d’Agodéké, je laisserai couler les larmes de l’amitié et fleurirai la pierre de tous mes souvenirs ; et je chercherai l’écho de ta sagesse.

Le P. Gérard Bretillot chez l’Abbé Benoît Hodanou.
Photo sma Strasbourg

Le Seigneur avait fait en toi sa demeure, comme il a eu raison !

Fabienne LEJEUNE
Amour sans Frontière n°159, septembre 2014, p. 6

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