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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Deux contes africains
Article mis en ligne le 16 mars 2015

Sauvé par une aiguille

Autrefois, dans les temps très anciens, vivait un chasseur. Son métier était la chasse, car il vivait uniquement de ça. Quand il rentrait dans la brousse, il ne revenait jamais bredouille, il rapportait toujours du gibier. Aussi devint-il l’ennemi juré des animaux, qui ne pouvaient plus supporter de loin sa silhouette. Chasseur faisait tellement disparaître les animaux que ces derniers décidèrent un jour de se concerter dans une grande réunion, afin de trouver une solution à ce mal qui les décimait. Prenant parole le premier, le chef des animaux dit :
- Si nous nous sommes rassemblés ici en ce jour, c’est à propos de cet homme, Chasseur, qui veut nous exterminer tous. Comment allons-nous faire pour le mettre en état de ne plus nous nuire, pour qu’il ne porte plus atteinte à la vie de chacun de nous ?
Tous avaient apprécié l’objet de la rencontre et chacun était en train de réfléchir pour trouver une solution lorsque, soudain, Buffle se leva pour exposer aux autres sa pensée. Après avoir présenté à l’Assemblée ses excuses pour n’avoir pas attendu qu’on lui donne la parole avant de parler, il dit :
- J’ai un plan à vous proposer.
- Vas-y, raconte¤, reprirent en chœur les autres qui avaient tous les yeux fixés sur lui.

Peinture sur toile de Korhogo.
Collection de l’Espace Africain, Haguenau
Photo Marc Heilig

Il continua en disant :
- Je vais me transformer en une belle femme pour aller dans le village de Chasseur et me marier avec lui. Une fois que le mariage sera conclu, je saurai ce qui fait sa force pour nous tuer.
Ils tombèrent tous d’accord sur la proposition de Buffle, et ils ne continuèrent plus la réunion afin de permettre à Buffle de mettre en exécution son plan le plus vite possible.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Il se transforma en une femme très jolie, puis il se rendit au village de Chasseur. Quand les garçons de ce village virent cette belle femme, chacun dit :
- C’est moi le premier à la gagner, c’est moi le premier à gagner cette femme.
Quant à elle-même, elle se disait dans son cœur :
- Si vous saviez qui est devant vous !
Pour départager les prétendants de la belle fille, le chef du village convoqua ces derniers et on demanda à la future mariée de choisir parmi la multitude de garçons son futur époux. Flattée, elle se leva et dit en pointant du doigt un homme dans la foule :
- Je ne veux personne sauf celui-ci.
C’était sur Chasseur qu’elle avait porté son choix. Surpris, les autres garçons demandèrent à la belle femme :
- Nous, qui avons été les premiers à demander ton amour, pourquoi nous as-tu rejetés ?
- Oui, c’est celui-là que j’ai choisi et c’est lui que je vais épouser.

Peinture sur toile de Korhogo.
Collection de l’Espace Africain, Haguenau
Photo Marc Heilig

Sans tarder, les préparatifs commencèrent et, au jour fixé, elle devint donc l’épouse de Chasseur après de grandes cérémonies. Nouveau marié, Chasseur tua un coq pour bien accueillir sa nouvelle épouse.
Dans la maison de Chasseur, à proximité de sa chambre, il y avait la chambre d’une vieille femme. La nuit après avoir mangé, les deux époux rentrèrent dans leur chambre et se mirent à causer. La femme-buffle demanda à son mari :
- Je sais que tu es un grand chasseur. Comment fais-tu pour tuer les animaux, même les plus féroces ?
Le mari lui dit :
- Je possède un gri-gri. Je vais dans la brousse avec ce pouvoir protecteur. Quand je tire sur un animal et qu’il veut se jeter sur moi pour me dévorer, je me transforme en arbre. Si l’animal veut attaquer l’arbre, je me transforme en terre. S’il se transforme en terre, je deviens oiseau.
Pendant que Chasseur racontait et citait les noms des choses en quoi il se métamorphosait à la chasse quand il était en danger, sa nouvelle femme couchée à côté de lui prenait bonne note. Il lui donna les noms de plusieurs choses, sauf de l’aiguille. Au moment où il voulait prononcer le mot aiguille, la vieille qui était dans sa chambre et qui écoutait leur conversation lui coupa la parole en criant sur lui. Dans son cri, elle disait :
- Non, ne fais pas ça ! Comment peux-tu raconter à ta nouvelle femme tous tes secrets ? On ne raconte jamais les secrets à une inconnue.
Chasseur a compris la leçon de la vieille et n’a plus terminé le mot aiguille. C’est le son ai seulement qu’il a prononcé, le reste n’a pas été achevé.

Peinture sur toile de Korhogo.
Collection de l’Espace Africain, Haguenau
Photo Marc Heilig

Donc, le lendemain matin, Chasseur fit préparer un bon plat pour sa femme. Ils ont bien mangé et, vers 15h, la nouvelle mariée décida de repartir dans son village pour continuer la fête avec ses parents, comme cela est de coutume. Chasseur se mit en route pour accompagner sa femme. Avant de partir, l’homme prit soin de prendre tout, ainsi que son gri-gri protecteur. En cours de route, le mari dit à sa femme :
- Ça suffit. Je vais retourner à la maison.
La femme s’opposa en lui disant :
- Faisons encore quelques pas, car tu as fait seulement un bout de chemin.
Ils continuent, ils continuent. A tout moment, la femme lui demandait :
- Connais-tu ce lieu ?
L’homme lui répondait :
- C’est ici que je venais faire ceci ou cela.

Quand ils arrivèrent loin dans la brousse, là où personne ne pouvait plus les voir ni les entendre, elle se transforma en Buffle, puis se jeta sur Chasseur pour le tuer. Celui-ci se transforma en arbre. Buffle se jeta sur l’arbre. Chaque fois que Chasseur se transforme en une chose, Buffle se jette sur la chose. Les deux ont joué ces tours jusqu’à ce que Chasseur se transforme en une aiguille cachée sous les poils de la queue de Buffle. C’est le nom de l’aiguille que Chasseur voulait prononcer lorsque la vieille a crié ! Buffle dit :
- Non, l’homme, là, je l’ai raté.
Il n’avait plus de solution. Il retourne dans la brousse en battant sa queue. Alors l’aiguille tomba et Chasseur sortit de sa cachette sous les poils de Buffle.

C’est pourquoi il n’est pas bon de raconter des choses secrètes à un inconnu ou à un nouveau venu au sein de la famille.

Mamadou KPEKPASSI TOMAH


La vieille et l’eau de l’oiseau

Autrefois vivait une vieille. Elle vivait seule, elle était là, elle était là. Puis il arriva un temps où il n’y avait pas d’eau. La vieille a beaucoup cherché de l’eau sans la trouver. Elle se demande : Mais quelle affaire donc !
Elle s’en va, elle s’en va, elle se promène à la recherche d’eau. Elle marche, elle marche, toujours à la recherche d’eau. Elle arrive à un endroit où elle voit un trou creusé qui contenait de l’eau. Or ce point d’eau appartenait à un oiseau qui l’avait creusé, et cet oiseau était le seul dans le monde. La vieille est donc venue puiser de l’eau. Elle a pris l’habitude de venir chaque jour puiser cette eau. Chaque jour que l’oiseau arrive, l’eau a été déjà puisée, chaque jour à son arrivée, l’eau est déjà puisée.

Peinture sur toile de Korhogo.
Photo Marc Heilig

Etonné, l’oiseau se demande : Qui vient puiser mon eau ici ? Au cours de ces jours je vais monter la garde pour voir celui qui vient puiser mon eau. L’oiseau va se cacher. Peu après, la vieille arrive et se met à puiser l’eau. Lorsque l’oiseau l’a vue, il commence à chanter Qui puise mon eau, il n’y a pas sourou [1] :

Qui puise mon eau,
Il n’y a pas sourou
Ensuite je vais aiguiser mon couteau,
Il n’y a pas sourou.
Puis je vais sortir derrière lui,
Il n’y a pas sourou.
Puis je vais lui couper sa tête,
Il n’y a pas sourou.
Ensuite je vais aiguiser mon couteau,
Il n’y a pas sourou.
Puis je vais sortir derrière lui,
Il n’y a pas sourou.

La vieille se lève et elle se met à regarder. Elle voit l’oiseau perché dans un arbre. Elle lève brusquement son bâton et d’un seul coup, elle brise l’oiseau en plusieurs morceaux, donnant ainsi naissance à plusieurs oiseaux qui vivent maintenant dans le monde. Sinon, autrefois, il n’y avait qu’un seul oiseau.

Peinture sur toile de Korhogo (détail).
Photo Marc Heilig
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