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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Éduquer, un acte de foi
Article mis en ligne le 12 novembre 2012
dernière modification le 3 avril 2013

par Jean-Marie Mosser

Est-il d’autre éducation que l’éducation pour la paix ? Est-il un but plus grand que la paix dans ce que nous apprenons aux enfants ? Quelles que soient les règles et les modes de vie transmis ou imposés selon les époques, quelles que soient les cultures, les conditions de vie, les situations géopolitiques…, la paix est cet idéal dont Albert Schweitzer disait qu’il « est pour nous ce qu’est une étoile pour le marin. Il ne peut être atteint mais il demeure un guide. » Dans les réflexions qui suivent, le terme « éducateur » englobe toutes les personnes qui transmettent des valeurs de vie aux plus jeunes dans les divers milieux qui les accueillent.

Eduquer, c’est guider vers la reconnaissance de soi
Nos paroles et nos actes sont les conséquences de nos pensées, même lorsqu’ils paraissent répondre à quelques pulsions irrésistibles. Ainsi, ce sont nos pensées négatives qui sont à l’origine du mal que nous commettons, et inversement nos pensées positives qui nous amènent à faire le bien.
Pour nous aider à différencier le bien du mal, la parole de Jésus, rapportée par Matthieu [1], est limpide : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux : voilà la loi et les prophètes. » Un enfant en comprendra plus aisément la formulation suivante : « Ce que tu ne veux pas que les autres te fassent, ne le fais pas aux autres ! » Pour s’approprier cette parole, il devra oblitérer son ego et s’intéresser aux autres. Cela ne se fera pas en un claquement de doigts. Il faudra des années pour prendre conscience du bien ou du mal dont sont empreintes les pensées qui surgissent et les conséquences qu’elles sont en mesure de créer, en lui et autour de lui. Par ces mots, Jésus a posé le fondement de l’éducation au respect sur lequel on pourra construire la vie en commun et le bien-vivre-ensemble.

Une salle de classe dans les années 50.
Photo sma strasbourg

Le second commandement qu’Il énonce : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même [2] », est bien plus difficile à faire germer dans le cœur d’un jeune. Avant d’aimer son prochain, il lui faudra apprendre à s’aimer lui-même : s’accepter tel qu’il est, se pardonner ses propres erreurs et ne pas trop piétiner en s’apitoyant sur ses malheurs. Il devra découvrir les qualités qui sont en lui pour s’autoriser à rêver sa vie, et pourquoi pas vivre ses rêves, dans le plus grand respect de son prochain en comprenant qu’il est lui-même le prochain pour les autres.

Comment demander à un jeune de s’aimer lui-même alors qu’il est en perpétuelle mutation ? Chaque jour lui apporte son lot de changements, de transformations tant physiques que mentales, affectives ou émotionnelles. De la joie débordante au mal être, de l’abattement à l’exubérance, les hauts et les bas se succèdent. C’est dans ces changements, tout exaspérants qu’ils puissent paraître au premier abord, que réside la réalité d’un jeune. Ils sont sa fragilité, et ils recèlent sa beauté la plus pure. Pour devenir un diamant éblouissant, le carbone a été soumis à des pressions incessantes. Comme une fleur attend l’eau et le soleil pour s’épanouir, ainsi pour grandir un jeune a besoin d’être regardé avec bienveillance, avec admiration, encouragé et aimé… et parfois le tout en même temps !

Comment pourrait-on le guider sur le chemin escarpé de l’éducation sans ressentir pour lui de la compassion ? Aimer un jeune, c’est non seulement se réjouir avec lui de chaque étape qu’il franchit, mais c’est aussi souffrir de ses souffrances.

M. Coulibaly Mamadou, instituteur de l’école de Litio, village de Côte d’Ivoire près de Kombolokoura.
Photo M. Sutter

Éduquer, c’est aimer sans concession.
Selon saint Augustin, « c’est de l’amour de soi-même que la règle de l’amour du prochain tire sa lumière ». Mais tant que l’amour qu’un jeune a pour lui-même est insuffisant, il le cherchera à l’extérieur de lui. Par ses paroles ou ses silences, son agressivité ou son indifférence, il exprimera ses manques, ses doutes, sa souffrance. Étymologiquement, patience signifie souffrance. Lorsqu’un jeune montre son impatience, il montre sa souffrance à sa manière en se révoltant contre elle. Il s’indigne contre ce monde qui l’entoure, peste de se sentir incompris, jusqu’à se faire mal. Sa souffrance est l’expression d’un doute, d’une méconnaissance, d’une ignorance, d’une peur. Elle produit son propre combustible, comme en un cercle dramatique. Il revient à l’éducateur d’aider le jeune à rompre ce cercle pour l’aider à en sortir, à s’en sortir. Mettre en lumière les causes de la souffrance permettra de discerner une voie de sortie.
La parole est une clé qui apporte cet éclairage, avec toutes les nuances qu’elle peut exprimer : de la douceur à la colère, de la compréhension à l’admonestation.


Éduquer, c’est apporter la lumière.
Il est de la mission de l’éducateur d’être attentif à la souffrance du jeune, d’en percevoir les signaux parfois infimes dans les comportements observés en classe, en famille, avec ses amis. Les paroles échangées ou les silences inhabituels, les changements de caractère ou simplement les expressions de visage sont autant d’appels. La relation entre l’éducateur et le jeune est tissée de tous ces éclats de vie, de ces échanges de signes, de paroles, de regards. Elle est un lien empreint d’une confiance préalable non négociable, même si le capital-confiance a besoin, de temps en temps, d’être réapprovisionné.
Un éducateur est acteur dans les deux sens du terme. Il agit avec les jeunes lorsqu’il les accompagne au quotidien, et, à la manière d’un personnage de théâtre, il est acteur lorsqu’il endosse le rôle qu’il pense convenir pour dénouer une situation particulière : écouter, comprendre, parler, expliquer, encourager, proposer… mais sans juger, un peu à la manière de Gandhi : « Je ne m’intéresse qu’aux qualités des gens. J’ai moi-même des défauts, donc je ne me permettrais pas de juger ceux des autres. » Le jugement modifie souvent la relation d’accompagnement en une relation d’opposition porteuse d’incompréhensions et de blocages. Cela ne simplifie pas les échanges. Éduquer n’est pas juger, c’est aider à aller au-delà, c’est faire un bout de chemin ensemble, comme le dit le père Denis Ledogar, aumônier de l’hôpital de Hautepierre : « …je te demande seulement quelle est ta souffrance, et quel bout de chemin nous pouvons parcourir ensemble. »
En latin, ex ducere signifie conduire dehors, mais pas dans le sens de mettre à la porte ! Toute sa vie durant, le jeune devra ouvrir des portes, passer des épreuves, contourner des écueils, voire franchir des précipices ! Comment saurait-il prendre des risques sans confiance en lui-même et en l’autre ou sans avoir foi en son futur ?

Éduquer, c’est poser la confiance en préalable, c’est oser la foi.
Le père jésuite Prosper Monier a donné une piste dans une de ses réflexions : « Le Christianisme a mis dans l’âme humaine des ambitions que l’on ne peut plus arracher : le besoin d’une foi dans l’esprit, le besoin d’un bonheur infini dans le cœur. » En rapprochant foi et bonheur, il a tout dit. Mais si la foi est un don enfoui en tout être, don que certains ne découvriront qu’au seuil de la mort, tel le bon larron, c’est bien ce bonheur infini dans le cœur que chacun recherche tout au long de sa vie.
Pour guider les jeunes dans cette quête, une voie est de les amener à percevoir que le bonheur est davantage lié à ce qu’ils découvrent de leur personnalité, de leur être, des qualités qu’ils possèdent en eux-mêmes, plutôt qu’à ce qu’ils amassent, ce qu’ils ont, ce qu’ils possèdent, et qui restera toujours extérieur à eux-mêmes. Pour cet éducateur de renom qu’est le père Guy Gilbert, « l’accélération d’une société où le paraître et l’avoir sont tout, et l’être, rien, n’est qu’un fantastique appel à l’agressivité. » Grande est la tentation, en effet, de se comparer aux autres et de se penser supérieur plutôt que différent.
C’est une joie pour un jeune de dépasser un obstacle, de réussir une épreuve et de prendre conscience qu’il y est parvenu par son travail de chaque jour, par ce qu’il a acquis en expérience, par ce qu’il est devenu en maturité, au prix de tant d’efforts, mais toujours dans le plus grand respect des autres. Selon Gandhi, « c’est dans l’effort que l’on trouve la satisfaction et non dans la réussite. » La joie engendrerait-elle l’orgueil, et par ricochet la tristesse chez l’autre que l’on jugerait moins performant ? Malheureusement c’est souvent le cas et cela peut entraîner bien des conflits, des rivalités ou des pertes d’amitiés. Le remède est d’apprendre au jeune à ne pas s’identifier ou identifier l’autre à sa réussite ou à son échec.

Les Je suis nul ! et Il est nul ! sont à proscrire. La réussite ainsi que l’échec procèdent de l’avoir, non pas de l’être. Un sportif doit-il se réjouir d’avoir battu son adversaire ou d’avoir remporté l’épreuve ? Il doit le respect à son adversaire, sans qui l’épreuve ne pourrait pas avoir lieu.
Un éducateur doit savoir apprendre aux jeunes la vraie source de la joie, celle qui se partage et se multiplie, celle qui n’exclut pas, celle qui se vit dans le respect de tous. Le bonheur est une valeur spirituelle, sinon comment comprendre cette parole d’Albert Schweitzer : « le bonheur est la seule chose qui se double si on le partage » ?

(à suivre)

Références bibliographiques :
Jean Barbier, Le Père Monier, ce nomade qui a vu le Christ, Salvator, 1979.
Katharina Ceming, Ne te soucie pas de demain, à chaque jour suffit sa peine, Jouvence, 2011.
Gandhi, Tous les hommes sont frères, Folio, 1990.
Antoine de la Garanderie, Plaisir de connaître Bonheur d’être, Chronique Sociale, 2004.
Guy Gilbert, Jusqu’au bout !, Stock, 1993.
Denis Ledogar, La tendresse pour tout bagage, Presses de la Renaissance, 2000.
Aldo Naouri, Éduquer ses enfants, l’urgence d’aujourd’hui, Odile Jacob, 2008.
Bernard Nodet, Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, sa pensée, son cœur, Cerf, 2007.
Jean-Marie Petitclerc, Éduquer aujourd’hui pour demain, Salvator, 1988.
Saint Augustin, La Cité de Dieu, tome 1, Livre de Poche, 2004.

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