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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Éduquer, un acte de foi (suite)
Article mis en ligne le 4 avril 2013
dernière modification le 3 avril 2013

par Jean-Marie Mosser

Éduquer, c’est apprendre à chercher de la joie en toute chose
La vérité est dans l’être et le devenir, bien plus que dans l’avoir. Mais l’être est plus difficile à discerner et apprécier que l’avoir. Le père Monier disait qu’il faut « être en devenir », et il rajoutait, avec son humour incisif : « la tranquillité, c’est bon pour le cimetière ».

Vue aérienne du Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

La vie est faite de quêtes et de fuites de la vérité. Mais que l’on se berce d’illusions ou que l’on se voile la face, aucune vérité n’est statique, particulièrement pour un jeune qui chaque jour se découvre différent. C’est dans la quête de sa propre identité qu’il la recherche. Il trouvera dans ses réussites et dans ses échecs des vérités passagères, illusoires, insatisfaisantes, auxquelles il s’identifiera pour un temps, avec tous les risques que cela implique dans l’image qu’il aura alors de lui-même et dans sa relation aux autres. Selon Pablo Picasso, « s’il y avait une seule vérité, on ne pourrait pas faire cent toiles sur le même thème ».

L’éducateur saura aider le jeune à démêler cet imbroglio, à corriger ses erreurs et les laisser derrière lui au bord du chemin. Il lui apprendra à les dépasser et à apprécier la joie qui accompagne les réussites bien méritées. Sa vérité sera faite de ces bonheurs qui paveront sa vie et de ceux qu’il rêvera pour ses lendemains et qu’il rendra possibles.

Le Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

Progressivement, si l’équilibre se fait entre ce qu’il est et ce qu’il espère, entre ce qu’il fait et ce qu’il aime, entre ce qu’il dit et ce qu’il pense, entre qui il est et qui est son prochain, entre le respect qu’il attend et le respect qu’il donne, son chemin sera vrai. Ainsi, quelle que soit sa foi, la parole du Christ rapportée par Jean [1], « je suis le chemin, la vérité et la vie », éclairera sa route.

Le travail d’un éducateur, dans cette quête de vérité, est d’aider le jeune à ne pas vivre ses erreurs comme des fautes, à dépasser le sentiment de culpabilité ou d’incapacité qu’il peut ressentir, et à enrichir son expérience.

Éduquer, c’est guider sur le chemin de la vérité
En parcourant le chemin de la vie, on prend le risque de faire des faux pas, de se heurter aux autres, d’entrer dans des conflits, de contester les règles. Celles-ci sont faites d’interdits, de « Non ! Ne le fais pas ! », car ainsi rédigées elles ont l’avantage d’être claires et concises. Mais « la loi est faite pour le bien de l’homme. Si elle fait son mal, il faut la changer. Il faut agir d’après sa conscience, d’où la nécessité de bien la former afin d’être capable de se décider soi-même… Donnez-nous une morale qui respecte notre vie et non pas l’éteigne, ni qui la refoule, ni qui la tue, ni qui la renie », dit le père Monier.

Entraînement de foot au Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

L’éducateur sait que pour découvrir les réalités de la vie, les jeunes traverseront des crises et seront tentés de transgresser des règles. Certains passeront à l’acte pour contester un cadre qu’ils perçoivent trop contraignant, ou parce qu’ils n’y trouvent pas motif à espérer, ou encore parce que les émotions qu’ils ressentent seront impossibles à taire. D’autres sauront prendre du recul sans sortir du cadre car, à leurs questions posées, les réponses obtenues auront été satisfaisantes. Chacun d’eux est chercheur d’espérance. Dans la plupart des cas, il suffira que l’éducateur donne de son temps au jeune avec bienveillance, pour le guider dans une prise de conscience et aviver en lui cette flamme de l’espérance qui vacille sous le vent de la contestation.

Parfois malheureusement, la transgression des règles et le sentiment d’insécurité conduira à l’opposition entre certains jeunes et à la violence, sous toutes ses formes, en paroles ou en actes, chez les garçons comme chez les filles. Pour le père salésien Jean-Marie Petitclerc, autre éducateur reconnu, « chacun, pour vivre en sécurité dans un groupe, a besoin que soit respecté son espace d’intimité. Il y a violence quand cet espace n’est plus respecté. La violence, c’est le contraire du respect ».

Entraînement de foot au Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

À chaque fois, l’éducateur devra apporter, voire imposer, la paix avant de dénouer l’écheveau pour déterminer les raisons de cette violence. Ainsi, si dans les actes posés la violence paraît identique, on pourrait en déduire que les causes sont semblables. Or il n’en est rien. Comme chaque jeune est unique, par essence-même les motivations de chacun sont différentes. Souvent l’espérance pourra être ravivée et la paix scellée, bien avant que les motifs des conflits ne soient compris.


Éduquer, c’est donner l’espérance
S’il y a sanction, celle-ci devra être juste et proportionnelle à l’acte et à la motivation de chacun des protagonistes. Le but de la sanction est éducatif, sinon elle ne doit pas être, sous peine de rajouter à la révolte, à la haine et à la violence. Tout désir d’humilier n’est pas compatible avec l’acte d’éduquer. Toute humiliation est inadmissible. Tout désir de vengeance est à combattre. Toute vengeance est intolérable. Ces pensées et ces actes se retournent tôt ou tard contre leurs auteurs en faisant naître souffrance, colère et insatisfaction.

Entraînement de basket au Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

Le saint curé d’Ars questionnait en chaire : « Lequel des deux souffre le plus, de celui qui pardonne promptement et de bon cœur… ou de celui qui nourrit… des sentiments de haine contre son prochain ? » Le Mahatma Gandhi abonde dans le même sens : « Le faible n’arrive pas à pardonner. Le pardon est l’apanage du fort ». Seul le processus du pardon apportera un apaisement durable. Comment permettre à des jeunes de grandir si l’on n’est pas prêt à leur pardonner leurs écarts, si l’on ne leur apprend pas à se pardonner entre eux et à se pardonner à eux-mêmes ? Pardonner est un acte parfois plus difficile pour les adultes, qui ont perdu certaines illusions, que pour les jeunes qui leur font confiance. Le Christ nous a appris à prier « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Comme cela est facile à réciter ! Peut-on attendre pour soi-même quelque chose que l’on refuserait à son prochain ? Le père Monier s’exclame : « Ce pardon que je demande, peut-il être inactif un seul instant, peut-il s’arrêter à moi et ne point passer jusqu’à mon frère ? »

Passer de la parole à l’acte demande force et lâcher-prise : éduquer ne peut se faire sans savoir pardonner, particulièrement à ceux qui ne nous aiment pas. Le pardon se donne à celui que l’on aime comme à celui qui nous critique ou nous hait. Le pardon préexiste, inconditionnel et non négociable, à l’acte d’éduquer. Il est toujours là, il attend son heure pour agir, il agit. Pardonner n’est pas inféoder : le pardon n’attend rien en retour, ni les remerciements, ni la reconnaissance, mais il recréé la confiance, redonne la liberté et l’espérance que s’ensuivra un effort juste. Selon Louis Aragon, « la lumière de la mémoire hésite devant les plaies ». À ceux qui disent qu’il faut pardonner mais ne pas oublier, on peut objecter combien il est bon de ne plus être influencé par la mémoire dans les relations aux autres, et combien le jeune est heureux de ne pas voir dans le regard de l’éducateur la litanie des erreurs qu’il a commises.

Entraînement de basket au Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

Éduquer, c’est savoir pardonner sans condition…et oublier
Pour le père Petitclerc, « éduquer à la citoyenneté, c’est éduquer au rapport à la loi. Alors que trop souvent la loi est ressentie par l’enfant comme ce qui l’empêche de vivre… il nous faut lui faire découvrir que la loi est au contraire ce qui permet de vivre ensemble, en tenant compte de la différence de chacun ». L’erreur est de considérer que les différences opposent, la vérité est de découvrir qu’elles enrichissent. « C’est l’erreur qui est l’obstacle à l’union, il n’y a point d’union possible entre l’erreur et la vérité », disait le curé d’Ars.

Les jeunes, et aussi les adultes, recherchent dans leurs prochains ce qu’ils ont en commun, idées, passions, convictions, activités… car ces similitudes les rapprochent et les sécurisent. Chaque jeune a ses groupes de référence dans lesquels il puise des règles : le milieu familial, parfois éclaté, l’école, le club sportif, l’école de musique, la rue aussi… Si les règles qu’il y apprend sont convergentes, il est rassuré et solide ; mais lorsqu’elles sont contradictoires, elles créent en lui déséquilibres et déchirures.

Lorsqu’un enfant entre dans une cour d’école, il la balaye du regard pour trouver les camarades vers qui il va se diriger : ceux avec qui il se sent bien, ceux en qui il se retrouve, ses alter ego (ses autres moi). Ce ne sont pas avec eux que les discordes éclatent, mais avec les autres, ceux en qui il perçoit des différences qui l’insécurisent.

Ce sont la connaissance et le savoir qui feront tomber ses peurs, souvent liées à son ignorance, et éviteront les conflits. Si l’on désire y parvenir sans qu’il n’y ait de perdant, il faut élever la réflexion des uns et des autres dans le sens qu’évoque Albert Einstein : « aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l’a engendré ». Améliorer le niveau de langage, abandonner le registre agressif, refuser la vulgarité pour adopter un discours plus évolué, plus élégant, aideront les jeunes à élever leur pensée en apportant les nuances nécessaires à l’expression et à la compréhension des ressentis de chacun.

Entraînement de basket au Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

Fort heureusement, la plupart des jeunes cherchent à éviter le conflit avec les autres. Les règles reçues de leurs éducateurs leur ont déjà appris à ne pas considérer les différences comme sources de rivalité, mais comme premières exigences du respect mutuel. Différence n’est pas nécessairement synonyme de défaut, mais d’une autre qualité et donc d’une possible complémentarité. Pour Gandhi, « la règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon ». En effet, « chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort ». Ce père de la non-violence connaissait la valeur de l’humilité. Il est du travail de l’éducateur d’aider le jeune à apprendre à connaître son prochain et à ne pas craindre ses différences. Pour cela il faut l’inviter à sortir de sa réserve pour se risquer à la rencontre.

Éduquer, c’est construire l’union
Ainsi, dans la Prière pour la Paix qui porte son nom, Saint François d’Assise a depuis fort longtemps posé les fondements de l’éducation. Cette prière est telle un phare marquant la direction du port. Chacun de ses éclats lumineux attire et apaise, particulièrement quand les éléments sont déchaînés. Comme les marches de l’escalier qui mène à son sommet, et que l’on gravit d’étage en étage, ainsi les vers de cette prière sont autant d’invitations à l’éducation des jeunes, pour transmettre les valeurs et la mission d’éduquer de génération en génération, avec la foi sans cesse réaffirmée d’atteindre la lumière et la paix.

Jean-Marie Mosser, l’auteur de cet article, est le Directeur du Collège des Missions Africaines de Haguenau.

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