En mission auprès des Tamouls

Mgr de Marion Brésillac, le fondateur des Missions Africaines, fut le premier à travailler en Inde avec les Tamouls [1]. Lors de sa visite à Ceylan, en 1851, il put apprécier leur générosité pour leurs églises locales et l’emprise moins rigide des castes dans leur société. Son apostolat ne s’est pas limité à la prière et à la messe ; il s’est aussi exercé en faveur de l’environnement, de l’éducation et de la condition des pauvres. Partisan de l’Église universelle, il voulait créer un clergé local qui poursuive son œuvre.

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Corinne fête son anniversaire pendant la fête de Vélankanni et apporte son offrande
Photo Prasanna

La mission d’un aumônier

Depuis septembre 2011, j’ai la joie d’accompagner les Tamouls de l’archidiocèse de Strasbourg. J’ai été nommé à ce poste par Mgr Grallet, alors archevêque, afin de prendre soin d’eux et de les guider. Ils sont venus de l’Inde et du Sri Lanka, et c’est un privilège pour moi de travailler pour eux dans le pays de Mgr Brésillac, le fondateur de ma propre société missionnaire. Originaire de l’Inde, j’ai toujours considéré que ma vocation était de travailler avec des hindous et des chrétiens pour témoigner que nous sommes tous frères et soeurs.

Il y a trois communautés dans le diocèse. A Colmar, nous nous réunissons à l’église St-Paul, à Mulhouse à l’église Ste-Marie, parfois à St-Étienne, et à Strasbourg, à l’église St-Antoine de Cronenbourg. Ma mission comprend les visites aux familles, aux malades, aux personnes âgées et à ceux qui sont en difficulté, surtout ceux qui ont perdu leur emploi. La culture et la langue sont aussi des priorités de l’aumônier de la communauté. Les enfants qui sont nés en France parlent aussi bien le français que le tamoul. En outre, il existe à Mulhouse et à Strasbourg des associations tamoules que j’accompagne dans leurs efforts pour aider les jeunes à s’insérer dans la société française sans perdre leurs racines.

L’équipe pastorale et l’aumônier travaillent de concert pour entretenir la foi. Certains de nos membres sont très actifs au sein de leur paroisse française : par exemple, ils font partie de la chorale, ce que les plus jeunes apprécient beaucoup, sont servants de messe, participent au conseil de fabrique ou enseignent le catéchisme. Nos fêtes renforcent notre unité et notre solidarité. Les membres de la Légion de Marie viennent une fois par mois prier le chapelet ; ils visitent les malades et apportent leur soutien aux familles pour les anniversaires, ainsi que pour les baptêmes et les marriages car nous célébrons aussi ces sacrements. Durant le Carême, nos communautés peuvent se ressourcer au cours d’une journée de recollection et de confession ; nous invitons à cette occasion des prêtres du Sri Lanka, de France et d’Inde.

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La chorale de la communauté tamoule
Photo Prasanna

Les groupes de prière sont au nombre de trois : Notre-Dame de Bonne Santé, le Sacré-Cœur et la Miséricorde Divine. Nous nous recueillons dans une famille pour lire l’Écriture et partager la Parole de Dieu ; après le Rosaire, je bénis la maison où nous sommes. A la fin de la réunion, les participants peuvent échanger leurs expériences de la vie en France et dans leurs pays d’origine autour du thé et d’une collation.

Durant les visites de famille, les membres prient ensemble et reçoivent du prêtre la bénéction divine. C’est une chose que les hindous apprécient beaucoup car ils ont un grand respect pour le message de Jésus. Ils ont souvent chez eux la statue de la Vierge du pèlerinage cinghalais de Madu Madha et prient Notre Dame. Ils offrent aussi les provisions pendant le pèlerinage marial de Heimsbrunn. La communauté de Strasbourg travaille en effet à rassembler les Tamouls d’Inde et du Sri Lanka, qu’ils soient catholiques ou hindous.

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Consécration de Mystica à la Vierge Marie par ses parents
Photo Prasanna

Ferveur et devotions

Nos fêtes, aussi bien que les prières, les messes et les événements culturels, nous gardent unis dans la présence de Dieu et de ses bénédictions. La dévotion des Tamouls pour la Vierge Marie était déjà reconnue par Mgr Brésillac, qui parle de la procession d’Akokia Madha à Ariyankuppam et à Pondichéry, à laquelle il prit part en 1842. En juillet, notre pèlerinage de Madu Madha à Heimsbrunn, près de Mulhouse, est très prisé par les Tamouls du Sri Lanka ; ils viennent de toute la region, et même de Paris et de Suisse. Le 15 août est très important pour les Indiens car ce jour de l’Assomption est aussi celui de l’indépendance de leur pays ; nos communautés tamoules assistent au pèlerinage de Marienthal, au cours duquel les pèlerins prient particulièrement pour l’Inde. En septembre, nous célébrons la fête de Notre Dame de Vélankanni à Strasbourg et à Colmar.

Juste après Noël, nous commémorons Oli Vizha, Jésus Lumière du Monde. Les enfants et les jeunes, dirigés par les dames de la communauté, font une crèche vivante et participent à des représentations, comme ces danses Bollywood qui donnent une ambiance si joyeuse, et le Bharata Natyam, qui est la danse traditionnelle indienne. Les hommes, quant à eux, tiennent un rôle essentiel : ils aménagent et décorent les locaux, servent les plats et les boissons. Pendant cette Fête de la Lumière est organisée une collecte pour soutenir les enfants, les veuves et les victimes de la guerre. A la fin de l’année, enfin, nous rendons grace à Dieu pour ses bienfaits au cours d’une adoration et d’une messe d’action de grâce.

Les Tamouls, comme les autres migrants qui vivent en France, sont fortement impliqués dans la vie de ce pays par la prière, le travail, les loisirs et les diverses activités de l’Église et de la société. Ils participent ainsi à l’édification d’un monde meilleur.

[1] Il appartenait alors aux Missions Étrangères de Paris. De 1842 à 1854, il fut à Pondichéry, Salem, Vellore, Ooty, Coimbatore et Palghat. En 1854, lors de son retour de Coimbatore à Rome, il se réjouit de rencontrer des Tamouls à Bombay et Aden.

Publié le 4 octobre 2017 par Francis Kalan Madhan