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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Joseph Stauffer, sma de Bernardvillé
Article mis en ligne le 9 novembre 2015

par Jean-Marie Guillaume

L’histoire retrouvée d’un missionnaire alsacien (1876-1952), par Patrick Schneckenburger, Collection Biographies, Série XIXe – XXe siècle, l’Harmattan, avril 2015, 553 pages, 47 €

Cet ouvrage, bien écrit, au style souvent poétique, est le fruit d’une longue et minutieuse recherche, qui a nécessité la consultation patiente d’une multitude de documents et archives et un séjour sur le terrain, au Ghana. C’est une belle page de la mission qui nous est ainsi offerte.

Joseph Stauffer est né le 16 juillet 1876, dans une famille qui comptera cinq enfants, à Bernardvillé, plus précisément à la maison forestière de l’Eichelberg où son père est garde forestier pour le comte Charles d’Andlau ; c’est là que le 7 janvier 1868 il épouse Marie Gehring, fille d’Oswald, lui-même garde forestier depuis la fin des années 1830. L’Eichelberg devient alors le point de référence pour l’histoire de la famille Stauffer, celle de la famille d’Andlau, du village de Ittersviller, paroisse de la famille, celle de la commune de Bernardvillé, où les enfants Stauffer fréquentaient l’école.

Nous est décrit aussi le contexte géographique et historique plus large de toute l’Alsace, tantôt française, tantôt allemande mais surtout alsacienne, écorchée par les guerres de 1870, de 1914 et de 1939, rebelle, protestataire, fidèle a son identité, catholique plus que protestante. L’Alsace était dotée d’un contingent de 1200 religieux aux alentours de 1870, « un personnel comparable en nombre à celui des plus grandes administrations de l’État ».

Joseph Stauffer était très attaché à l’Eichelberg, « ces beaux lieux où tranquillement s’écoula son enfance heureuse ». C’est là qu’il aimait se ressourcer lors de ses congés d’Afrique. Il gardait une grande vénération pour son vigilant père qui peut-être lui avait transmis un avant goût d’Afrique où son service militaire l’avait amené, en Algérie, pour une année (1855-1856). Il était très proche de sa « mère chérie » qui l’emmenait le soir prier auprès d’une croix de pierre dominant la plaine. Ce fut une grande peine lorsqu’elle mourut le 18 avril 1890, il avait 14 ans : « Oh quelle fut ma douleur. L’espoir (le désir) d’être missionnaire, seul alors, soulagea mon cœur ». En septembre de la même année, il entre au petit séminaire des Missions Africaines à Clermont Ferrand, et suit le cycle traditionnel des études jusqu’à son ordination sacerdotale le 16 juillet 1899, jour de ses 23 ans.

Patrick Schneckenburger semble impliquer que la vocation de Joseph, celle de répondre à son « imaginaire », ait été beaucoup inspirée par le désir de plaire à sa mère et liée aussi à « l’identitaire catholique alsacien ». La discipline en ces écoles, semblable d’ailleurs à celles de tous les séminaires et même des écoles catholiques et autres, était rude. Une grande place était donnée aux « exercices spirituels », mais définir cette formation, qui touchait à ce qu’on appellerait les « études classiques littéraires », d’asservissement intellectuel, est exagéré. L’étude du latin n’était pas juste pour dire la messe, mais faisait partie des études classiques, qui d’ailleurs n’étaient pas seulement suivies par de futurs prêtres.

Après une année passée à Cork pour parfaire son anglais, Joseph Stauffer part pour la Côte de l’Or le 25 juin 1900, d’où il reviendra définitivement, à son grand désarroi, en août 1946. Nous assistons alors à l’évolution de ce missionnaire, au caractère bien trempé, têtu et même rebelle, se querellant facilement avec son entourage, vivant dans l’ordinaire des jours. Il est d’abord nommé à Keta, à l’est du pays, où il passe une dizaine d’années, entrecoupées de deux congés en Europe (avril 1905 - juin 1906 et avril 1910 - mai 1911). Le 13 juillet 1912, il arrive à Axim, mission fondée depuis une dizaine d’années. Il y récolte les retombées des tournées apostoliques du prophète Harris, mais ne porte pas beaucoup d’intérêt aux villages. Il y restera jusqu’à la fin de son séjour en Afrique, sauf de mars 1924 à décembre 1928.

Durant cette période il exerce d’abord la charge de pro-vicaire apostolique, pour couvrir l’intérim entre Mgr Hummel et Mgr Hauger. Il réside à Cape-Coast et donne sa pleine mesure, faisant preuve d’initiatives, comme l’achat d’un hangar à Accra pour le transformer en église, l’établissement de la mission en cette ville, l’obtention de l’approbation du barème officiel des salaires pour les maîtres des écoles catholiques par le département de l’éducation, l’ouverture d’un petit séminaire à Elmina. C’est le 2 décembre 1935 que les deux premiers prêtres issus de cette école furent ordonnes, les Pères Menya et Ansah. Ce dernier fut envoyé en 1937 à Axim pour seconder le Père Stauffer. À l’arrivée de Mgr Hauger, Stauffer est nommé supérieur d’Accra.

Revenu de son 4ème congé en Europe, il retourne à Axim. Son caractère inégal et ses difficultés relationnelles le font passer par une période de « désaffection », mais la sagesse, se peaufinant avec l’expérience et l’âge, vient pacifier ses dernières années en Côte de l’Or.

Il travaille à la construction d’une grande église et d’une « nouvelle école », à l’installation d’une communauté de sœurs de Menton dont la première tâche était de « sauver les nourrissons ». Il parvient à vivre en autosuffisance. Il revient en congé une 5e fois en 1934. La période de la guerre, avec le manque de moyens, la rareté du personnel, les blocus commerciaux, fut particulièrement éprouvante.

Durant ce temps passé sur la Côte ouest, Joseph Stauffer, comme tous les autres missionnaires, parfois avec un peu moins d’ardeur et affaibli par la fatigue et la maladie, sillonna le secteur qui lui était confié, le plus souvent à pied, mais aussi en bateau, en pirogue, à cheval, son moyen de locomotion préféré, à bicyclette, à moto et sur le tard, occasionnellement, en voiture.

Une compagne fidèle, « postée en embuscade » qui apparaissait souvent à l’imprévu, était la mort. Elle avait déjà frappé le Père Ernest Sulzberger, de Kingersheim, son meilleur ami, camarade de scolarité, embarqué à Marseille le 25 septembre 1899, décédé à Cape-Coast le 22 mars 1900, le 25ème missionnaire à mourir en Côte de l’Or. Sur 52 missionnaires alsaciens qui ont œuvré en Côte de l’Or depuis l’arrivée du Père Ulrich en 1889, dix-huit furent enterrés dans le pays, « sans compter ceux qui périrent de maladie durant les mois qui suivirent leur retour en France ».


Une autre compagne encore plus familière était la fièvre, la fièvre jaune qui aboutissait généralement à la mort, et le paludisme, encore très difficile à maîtriser, qui attrapa aussi Stauffer. Mais pourquoi échappa-t-il à la mort qui toujours rôdait durant ces 46 ans en Côte de l’Or ? Bien d’autres difficultés et défis se présentaient au fil des jours, comme l’apprentissage des langues locales, les inimitiés avec les protestants, cristallisées autour des établissements scolaires, la lente mise en place des écoles et leur gestion, le manque de moyens financiers et de personnel, le partage des activités missionnaires avec les sœurs NDA et les sœurs de Menton, les difficultés relationnelles dues souvent à l’autoritarisme d’évêques exigeants et même tyranniques, les incompréhensions avec les autorités des Missions Africaines.

Le Père Planque, dont le portrait autoritaire est bien campé, supervisait l’évolution de la mission à partir de la France. Il investissait l’argent disponible au développement de la SMA en Europe, au détriment de celui de la mission, à tel point que les missionnaires du terrain se sentaient parfois abandonnés. Mgr Pellet successeur du Père Planque, qui avait été missionnaire au Bénin (Nigeria), et qui menait une vie ascétique, fit une tournée en Côte de l’Or et se montrait plus compréhensif.
Cependant, note trop rapidement l’auteur à partir d’un fait minime survenu à la maison de la Croix Valmer, « si la mortification avait à ses yeux une valeur morale, il ne profitait pas moins de privilèges dus à sa position dominante dans la société ».

Ils furent 52 missionnaires alsaciens à missionner en Côte de l’Or. Ils formaient souvent « un groupe soudé, replié sur ses traditions, qui acceptait difficilement l’autre, surtout lorsque celui-ci faisait montre d’un esprit novateur ». Ils se retrouvaient au moins une fois par an pour la retraite annuelle. Il arrivait même qu’il n’y avait pas d’autres missionnaires que des Alsaciens.

L’auteur de l’ouvrage donne l’histoire de chacun, autant les Alsaciens que les autres, notant leur lieu d’origine, décrivant leurs allées et venues, leurs différentes nominations, leurs difficultés, leur personnalité, leurs fragilités, leurs performances, leurs défauts plus peut-être que leurs qualités. J’en retiens quelque uns :
- Le Père Maximilien Albert, préfet apostolique de la Côte de l’Or en 1895 à 29 ans et premier vicaire apostolique en 1901, zélé, homme de toutes les qualités, qui enterra 19 prêtres en onze ans dont neuf Alsaciens, rapatrié sanitaire, mort d’un cancer à 37 ans.
- Isidore Klauss, de santé fragile, ancien missionnaire à la côte du Bénin, vicaire apostolique éphémère durant une année (1904-1905).
- Le Père Ogé, aimé de tous, pacifique, visiteur représentant la SMA sur le plan local, qui ne fut jamais appelé à devenir chef de mission ou vicaire apostolique en Côte de l’Or, alors que tous ses confrères l’attendaient à un tel poste.
Mgr Hummel, homme à la « rigueur presque maladive ».
- Mgr Hauger, entreprenant, grand bâtisseur, administrateur à la main de fer, ignorant la diplomatie, qui fut amené à la démission en 1932.
Armand Gutknecht, libéral et autonome, qu’on n’arrive pas à fixer à un poste.
Charles Onimus dans son effort à se libérer de la boisson.
Joseph Strebler, droit et visionnaire « l’un des plus doués », qui devra quitter la Côte de l’Or en 1937, alors qu’il était pro-vicaire, pour prendre en charge la nouvelle préfecture apostolique de Sokodé au Togo.

Une mention spéciale doit être faite pour Georges Fischer, qui en 1914 est nommé officiellement vicaire du Père Stauffer qu’il n’appréciait pas beaucoup. Il fut « l’apôtre du Nzema », sans cesse en mouvement d’un village à l’autre dans cette région Nzema aux 80 stations dispersées entre Axim et la Côte d’Ivoire. « Parti de rien, il allait bientôt remporter un incroyable succès… »
C’est à Half-Assinie, station importante, que Fischer rencontra un garçon bien éveillé, Kwamé N’Krumah, prenant plaisir à aller à l’école. Fischer « ne tarda pas à aider le jeune garçon dans ses études. Le prenant en estime, il joua presque le rôle de tuteur, libérant les parents de la charge d’instruire leur fils. C’est sous son influence, ainsi que sous celle de sa mère, qu’il fut baptisé avec le prénom de Francis à la Noël 1917… En 1926, après huit années d’études secondaires, toujours appuyé par G Fischer, il enseigna en qualité de moniteur élève à Half-Assinie ». Après quatre autres années d’études à Accra, il fut directeur de l’école d’Axim pendant deux ans et de là partit à l’université de Lincoln aux USA. Revenu en Côte de l’Or, il se mit à la tête de mouvements indépendantistes. En janvier 1934, il enseigna même à Amisano, école préparatoire au séminaire. C’est là d’ailleurs que son nationalisme, empreint d’anticapitalisme, prit le dessus. Finalement, il obtint l’indépendance du pays et devint président de la République. G. Fischer quitta le pays en octobre 1937 suite à un complot mené contre lui par un groupe de protestants qui payèrent un homme pour le tuer ; il lui planta un couteau dans la joue.

Après onze ans sans congé, c’était en août 1946, Joseph Stauffer, fatigué et de santé fragilisée, rentre en congé. Depuis 1938, il vivait avec une hernie qu’aucun docteur ne voulait opérer, il traînait une jambe enflée. Comme beaucoup de missionnaires, il ne se sentait plus chez lui en son pays d’origine, même si sa famille le reçut avec beaucoup de respect, de patience et d’affection à Bernardvillé où il s’installa. Il voulait absolument repartir, mais dût se résigner à rester en Europe.
Après un petit séjour à Saint-Pierre, il rejoignit le Zinswald le 14 octobre 1948. Il put y célébrer ses noces d’or le 14 juillet 1949, événement qui fut solennisé à Ittersviller. Il vécut ses dernières années dans le silence et la prière, en compagnie de plusieurs confrères avec lesquels il avait été en Côte de l’Or, comme le Père Onimus ou le Père Fischer qui, après un peu de repos, repartit pour le Togo, à Koloware. Stauffer décéda le 21 octobre 1952. Il fut le premier à être enterré dans le petit cimetière du Zinswald derrière la grotte.

Il avait été le dernier des missionnaires alsaciens à quitter la Côte de l’Or. Le Père Joseph Fischer y retourna au début de 1949 jusqu’en mai 1952. Petit à petit, surtout depuis 1923, date à laquelle fut créée la province sma de Hollande à qui fut confiée la Côte de l’Or comme territoire de mission, les missionnaires sma hollandais occupaient le territoire.
En 1923, l’ouest du pays, avec Keta pour siège, était devenu vicariat apostolique de la Basse Volta, confié à Mgr Hermann, venu du Bénin. En 1933, Mgr Porter, d’origine britannique, avait remplacé Mgr Hauger. Mgr Paulisssen, provincial de Hollande, avait pris la charge du nouveau vicariat de Kumasi, créé en 1932 ; les premiers Pères SVD étaient arrivés à Accra le 10 octobre 1938, l’église catholique était en pleine croissance.

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