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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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L’Église au carrefour des nations
Article mis en ligne le 23 février 2016

par Walter Kasper

Walter Kasper [1] – cardinal - fait certainement partie de ces penseurs qui toujours et encore se réfèrent au concile Vatican II à la fois comme un trésor et une bombe pour y puiser une pensée nouvelle mieux adaptée à l’homme de notre temps fluctuant et même liquide comme disent certains qui manque de repères et de sens et qui néanmoins est en recherche. A partir du dernier ouvrage de l’auteur, L’Église catholique, son être, sa réalisation, sa mission [2], Jean-Pierre Frey vous propose une approche de cette pensée chrétienne nouvelle mais issue de Vatican II et qui est proposée à notre réflexion et à notre méditation.

Tout adieu est difficile. Mais l’adieu n’est sans espoir que s’il ne se transforme pas en un nouveau départ. Le XXe siècle annoncé comme le siècle de l’Église n’a pas été seulement un siècle des effondrements et des ruptures mais, avec les mouvements de renouveau liturgique, biblique, patristique et pastoral, il a été également un siècle de nouveaux départs importants et conduisant plus loin. Par là nous avons redécouvert de nombreux trésors enfouis de la tradition : la Sainte Écriture, la liturgie, les Pères de l’Église. Le concile Vatican II a repris les acquis qui nous ont été accordés par l’Esprit de Dieu, et engagé un renouveau à partir des origines. Il a redécouvert l’Église comme peuple de Dieu et comme communion, et remis en valeur de façon nouvelle la coresponsabilité des laïques. Il a rompu bien des étroitesses conditionnées par l’histoire et ramené au large horizon catholique des origines. C’est ainsi que nous avons pu jeter de nouveaux ponts en direction des Églises orthodoxes orientales, des Églises orthodoxes, ainsi que des Églises et communautés protestantes et de tous les hommes de bonne volonté. Enfin le Concile a accepté la fin de l’ère constantinienne ; il a renoncé aux privilèges du monde et, dans une section de la constitution sur l’Église malheureusement trop peu remarquée et peu citée, il a établi l’image directrice d’une Église pauvre, pour et avec les pauvres.

Dans les documents du Concile un compas nous est mis en main, à partir de l’esprit d’une tradition de deux mille ans, en vue du chemin conduisant vers l’avenir du nouveau siècle et du nouveau millénaire. Bien des semences ont déjà germé et portent de bons fruits dans les paroisses, dans des communautés anciennes et nouvelles. À cela s’ajoutent de nouveaux départs postconciliaires multiples. L’Église après le Concile n’est pas un désert spirituel, comme certains veulent la présenter ; elle est jeune et vivante, plus vivante en tout cas que ne le pensent ceux qui la critiquent et la dédaignent.

Les riches trésors et les nombreuses impulsions du Concile cependant sont loin d’avoir été épuisés. De nombreuses idées et perceptions du Concile ont été réalisées de façon par trop hésitante dans la réception postconciliaire, d’autres ont été enfouies, mal interprétées ou ont fait l’objet d’abus. Certaines grandes idées ont été réduites à quelques slogans ou demandes standards ; elles sont devenues des mots d’ordre de combat dans la controverse entre les différents regroupements à l’intérieur de l’Église. C’est ainsi que la dynamique conciliaire s’est paralysée et s’est perdue dans une large mesure. À côté des renouveaux, le XXe siècle, qui avait été annoncé comme le siècle de l’Église, a conduit également à des crises et à des condamnations dans la conscience et dans la vie de l’Église. Une certaine paralysie et une stagnation se sont produites. Un nouveau départ est nécessaire.
Ce départ est nécessaire dans une situation qui s’est profondément modifiée depuis la période qui a suivi immédiatement le Concile, dans les années 1970. Les préoccupations de réformes institutionnelles souvent mises en avant depuis lors ne peuvent plus être à la hauteur, à elles seules, de la nouvelle problématique sociale et culturelle, et surtout de la crise de Dieu et de la foi qui depuis lors est devenue manifeste. Il nous faut creuser plus profond. Un nouveau départ n’est possible que si, de la même manière que dans le mouvement qui a conduit à Vatican II, trois choses s’unissent : un renouveau spirituel puisé aux sources, une réflexion théologique solide, et un sentiment ecclésial.

Que devons-nous et que pouvons-nous donc faire ? Il s’agit de la question fondamentale : « comment être Église aujourd’hui, et comment attester aujourd’hui le message relatif à Dieu ? » Il nous faut prendre un point de départ plus profond, non pas plus libéral mais plus radical.


Je me limite à trois priorités :
1 - L’Eglise en effet n’a pas à témoigner d’elle-même et à parler constamment d’elle-même seulement. Elle n’est pas si importante au fond, et elle ne pourra jamais l’être pour ceux qui se trouvent en dehors. Elle n’est que signe et instrument de la présence de Dieu au milieu de notre vie. Celui qui ne s’intéresse pas à Dieu, ne s’intéresse pas non plus réellement à l’Église. Dieu tient et soutient tout, sans lui tout retombe dans le néant. Sans le Dieu vivant tout le reste demeure suspendu en l’air, tout se met à chanceler et s’effondre sur soi-même. Nous avons besoin de trouver une joie nouvelle en Dieu et un enthousiasme nouveau pour lui ; dans notre monde largement sécularisé nous avons besoin d’un tournant largement théocentrique.

2 - Une deuxième chose vient s’ajouter à cela : dans le message concernant Dieu, il ne s’agit pas d’un sentiment vague, d’un être suprême quelconque, mais du Dieu qui s’est manifesté à nous de façon concrète dans le visage humain de Jésus-Christ et qui en Jésus-Christ est devenu un homme parmi nous, les hommes. Comme le disait le pape Jean-Paul II dans son programme pour le troisième millénaire, il nous faut recommencer de façon nouvelle à partir de Jésus-Christ. Ce fut le programme de tous les mouvements de renouveau et de réforme au cours de l’histoire de l’Église, en particulier celui de François d’Assise. Il ne peut pas y avoir d’autre programme aujourd’hui. Car personne ne peut poser de fondement autre que celui qui est posé en Jésus-Christ [3].

3 - Enfin une troisième chose : Jésus-Christ n’a pas vécu simplement il y a deux mille ans et nous a ensuite quittés ; il continue de vivre et d’agir par l’Esprit-Saint dans l’Église et dans le monde. C’est ainsi que l’Église est davantage qu’une institution ; en tant qu’institution elle ne cesse de devenir événement de façon nouvelle dans l’Esprit-Saint. Elle devient nouvelle chaque fois que la Parole de Dieu est annoncée et accueillie dans la foi comme lumière pour la vie. lorsque la liturgie est célébrée et que les sacrements sont administrés, et lorsque s’effectue le service du Samaritain auprès de malades et de mourants, d’hommes désorientés, qui cherchent et qui sont dans la crainte, et des hommes qui vivent en marge de la société.

L’Église existe lorsque deux ou trois se réunissent au nom de Jésus. L’Église advient quotidiennement de mille et mille manières. En tant que créature de l’Esprit-Saint, l’Église a besoin en premier lieu aujourd’hui d’un renouveau spirituel. L’Apôtre avertit : N’éteignez pas l’Esprit [4]. Par « renouveau spirituel », on n’entend pas une excitation pseudo-charismatique et des « événements » toujours nouveaux qui dans l’instant provoquent un enthousiasme émotionnel, mais qui le plus souvent brûlent et s’éteignent rapidement comme un feu de paille.

Aussi longtemps que le feu ne brûle pas dans le silence du cœur et devient un brasier, le spectacle et le vacarme de grandes manifestations ne servent à rien. Il faut des chrétiens qui soient des saints. Car telle est la volonté de Dieu, notre sanctification [5]. Il ne s’agit pas de faire des choses extraordinaires, mais de faire les choses ordinaires avec un dévouement et une fidélité extraordinaires. Il s’agit de l’amour le plus grand ; il est l’accomplissement de la totalité de la loi [6] et le lien de la perfection [7]. Là où il est absent, tout le reste ne sert absolument à rien et n’est que du métal qui résonne et une cymbale retentissante [8].

Conclusion
L’Église de demain ne peut seulement être qu’une Eglise radicale au sens originel du mot, c’est-à-dire une Église renouvelée à partir des racines (radix), qui vit de la Parole de Dieu et des sacrements, de la prière, de l’esprit de conversion et de pénitence, au service des autres, et qui se réfère aux Béatitudes du Sermon sur la montagne. Dieu merci, même aujourd’hui il n’y a pas que des signes de crise, il existe également des signes de renouveau spirituel, des témoignages réjouissants de nouveaux départs spirituels et d’engagement généreux auprès des plus pauvres des pauvres. Le tournant théocentrique et la concentration christologique doivent ainsi porter leurs fruits dans un approfondissement spirituel.

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