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Société des Missions Africaines de Strasbourg
Slogan du site

La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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L’héritage de Mgr de Marion Brésillac
Article mis en ligne le 8 octobre 2014

par Jean-Marie Guillaume

Un anniversaire, un jubilé, est une occasion de rendre grâce pour le chemin parcouru, pour les grâces reçues, et dans notre cas, pour le privilège qui nous est donné, à nous missionnaires, de participer à l’œuvre d’humanisation et d’évangélisation du monde dans lequel nous sommes invités à vivre, pour le travail qui a été réalisé à travers notre Société Missionnaire et les personnes rencontrées, aidées, aimées.

Le Père J.-M. Guillaume devant la statue de Mgr Brésillac à Karumathur (Inde).
Photo Jean-Marie Guillaume

Un anniversaire est aussi une occasion de nous appuyer sur ce qui a été accompli pour en retirer de nouvelles forces ou de nouvelles orientations. Nous savons en effet que la mission, quels qu’en soient ses lieux géographiques, ses modalités, son environnement humain, moral, social et économique, est toujours à reprendre. Deux synodes récents de l’Église universelle ont d’ailleurs porté sur l’évangélisation, la « deuxième Assemblée Spéciale du Synode des évêques pour l’Afrique sur la réconciliation, la justice et la paix dans le continent » (2009), et le récent synode sur « la Nouvelle Évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne » (2012).

« Mon œuvre vivra tant qu’il y aura une volonté pour la maintenir… »

Le 1er janvier 1859, alors qu’il se trouve à Paris et qu’il écrit au Père Planque pour lui offrir ses vœux, Mgr de Marion Brésillac dévoile sa pensée devant les incertitudes de l’année qui s’annonce : « Dieu seul sait ce qui m’attend de peines et de difficultés cette année ; mais il me semble que, par sa grâce, je suis tout prêt à souffrir les épreuves de la tempête physique et morale, et si la mort et ses écueils voulaient que cette année fût ma dernière, vous seriez là pour que l’œuvre ne fît pas naufrage ». Peu avant de s’embarquer, rappellera plus tard le Père Planque, le Fondateur lui confie la Société naissante : « Mon œuvre vivra tant qu’il y aura une volonté pour la maintenir, et vous serez cette volonté-là » [1].

Mgr de Brésillac est mort à Freetown le 25 juin 1859. Le dernier de ses compagnons parti en Sierra Leone, le Père Louis Reymond, mourrait quelques jours plus tard, le 28 juin. À Lyon restait le Père Augustin Planque, avec deux prêtres, deux frères et quatre séminaristes. Avec courage et détermination il reprend l’œuvre à peine commencée. Il restera à la tête de la Société des Missions Africaines jusqu’à sa mort le 21 août 1907. Sous son impulsion, l’œuvre se développe. En 1861, il ouvre le séminaire des Missions Africaines à Lyon, où seront formés des centaines de missionnaires pour l’Afrique.


La mission en Afrique de l’Ouest

Le 28 août 1860, la SMA reçoit la responsabilité de l’évangélisation d’un territoire d’Afrique de l’Ouest immense, compris entre le fleuve Volta, à l’est du Ghana actuel, et le delta du Niger, appelé Vicariat Apostolique du Dahomey. C’est précisément au Dahomey que Mgr de Brésillac voulait aller. Une première équipe de trois missionnaires est envoyée. L’un, le Père Edde, décède au cours du voyage, le 9 avril 1861 ; il est enterré à Freetown auprès des premiers missionnaires décédés là-bas en juin 1859. Les deux autres, les Pères Borghero et Fernandez, accostent à Ouidah. Le Père Fernandez décède au bout de deux ans, le 30 novembre 1863, tandis que le Père Borghero, un homme à la force de caractère puissante et au savoir-faire extraordinaire, établit les bases de la mission à Ouidah. De là, il fera plusieurs incursions au Nigeria et même jusqu’au Cameroun. En mars 2012, l’Église catholique à Lagos a célébré le 150ème anniversaire de la célébration de la première messe au Nigeria par le Père Borghero lors de son premier passage en ce pays.

Inscription funéraire de Mgr Brésillac à Freetown.
Photo Ugo Bosetti

De Ouidah, une mission est ouverte très tôt à Porto-Novo, sur la frontière du Dahomey-Nigeria, et de là les missionnaires s’établissent à Lagos, la capitale du Nigeria. De Lagos, ils montent vers le nord du pays en suivant le fleuve Niger. Le 2 mai 1884, la Préfecture Apostolique du Haut Niger est créée, confiée à la SMA : elle inclut les régions situées à l’ouest et au nord des fleuves Niger et Bénoué. Le 12 mai 1891, la SMA reçoit son premier évêque, Mgr Chausse, Vicaire Apostolique de la Côte du Bénin, dont le siège est Lagos. La mission sur la Côte du Bénin existe alors depuis trente ans. Elle a été très meurtrière : de 1856 à 1906, ce sont près de 400 missionnaires, religieuses et prêtres, qui ont péri en Afrique, victimes du climat insalubre et des privations qu’impose l’apostolat. Cependant, de nombreuses missions ont été créées, des écoles, des dispensaires, des ateliers, des fermes modèles, des ouvroirs…

Suite à diverses tracasseries des autorités locales, les missionnaires quittent Ouidah en 1871 et se replient à Agoué, sur la frontière du Togo. Ils tentent l’établissement d’une mission à Atakpamé, au Togo, où l’un des deux premiers missionnaires, le P. Jérémie Moran, meurt empoisonné le 8 août 1887. Au temps de la colonie allemande, en 1894, l’évangélisation du Togo est confiée aux Pères de la Société du Verbe Divin (SVD), pour revenir à la SMA après la guerre de 1914-1918.

La SMA envoie aussi ses missionnaires encore plus à l’ouest. Le 27 septembre 1879, la Préfecture Apostolique de la Côte de l’Or est créée, comprenant la Côte de l’Or, l’actuel Ghana. La Côte d’Ivoire, érigée en Préfecture Apostolique le 28 juin 1895, est aussi confiée à la SMA et plus tard le Liberia, devenu Préfecture Apostolique le 5 janvier 1911.
De Ouidah, les missionnaires SMA montent au nord du Dahomey. Ils vont jusqu’à établir une mission à Niamey et à Fada N’Gourma (actuellement en Burkina Faso). Du nord Nigeria, les missionnaires viennent jusqu’à Zinder, tel le Père Alphonse Schahl (1884-1969) de Eschau (Bas-Rhin). Il avait son pied à terre à Shendam, au nord Nigeria, qu’il qualifiait de « paradis » ; comme bon nombre de missionnaires de ce temps-là, il menait « une vie de pasteur d’âmes, de cultivateur et de paysan, de constructeur et de médecin, vie de broussard avec de fréquentes attaques de fièvres ».

Nouvelle paroisse sma St Paul de Zobagdè à Cotonou (Bénin).
Photo Jean-Marie Guillaume

Pendant une centaine d’années, la Société des Missions Africaines a été le seul institut de prêtres et frères missionnaires à évangéliser l’Afrique de l’Ouest, depuis le fleuve Niger au Nigeria jusqu’au Liberia… Dans son œuvre d’évangélisation, la SMA a été épaulée par les religieuses dont la présence s’avéra une nécessité dès les premiers jours. Mgr de Brésillac n’avait pas pu tirer de plans pour leur venue. Cependant, en 1866-1867, sur l’appel des missionnaires sma au Dahomey, le Père Planque se met en contact avec les Sœurs Franciscaines de Couzon, près de Lyon. Les quatre premières sont accueillies à Petit-Popo par le Père Courdioux, le 14 mars 1868. En quelques semaines, elles ouvrent une école et un dispensaire, mais souffrent aussi de la fièvre. Ces religieuses se mettront aussi au service de la SMA au séminaire de Lyon et à la maison de Nice, acquise en 1871 pour l’accueil des missionnaires âgés et malades. Plusieurs d’entre elles constitueront le premier noyau des Sœurs des Missions Africaines, fondées par le Père Planque en 1876, qui prendront le nom de Congrégation de Notre Dame des Apôtres. Elles travailleront sans relâche aux côtés des missionnaires sma, engagées dans la promotion féminine, l’éducation des filles, le soin des malades, la création de dispensaires et hôpitaux, la catéchèse… Un autre institut féminin, les Petites Servantes du Sacré Cœur, Missionnaires Catéchistes des Noirs d’Afrique, établi principalement pour la catéchèse mais très actif aussi dans le domaine sanitaire, sera fondé par le Père Chabert, Supérieur Général sma, et les sœurs Alice et Marie-Thérèse Munet, à Menton à Noël 1922. Au cours des ans, une dizaine d’instituts de religieuses africains seront créés dans le sillage des missionnaires sma, les premières étant les Oblates Catéchistes, Petites Servantes des Pauvres, fondées en 1914 au Dahomey, sous l’impulsion du Père Barril sma et de Julia Nobre.

Le Père Samuel Agbeme, sma ghanéen supérieur du Centre de Philo de Lomé (Togo).
Photo Jean-Marie Guillaume

C’est lorsque l’Église sera bien implantée et que sera établie ce qu’on appelle la hiérarchie catholique, vers les années 1955, qu’arriveront d’autres instituts et congrégations, tels les Dominicains, les Jésuites, les Pères du Verbe Divin ; le clergé diocésain y sera alors nombreux et solide…


Autres essais d’évangélisation

Le Père Planque, qui supervise les œuvres missionnaires en Afrique depuis Lyon, cherche un champ de mission plus large que la Côte Occidentale et en des endroits au climat moins meurtrier. Dès 1871, à l’appel de Mgr Lavigerie, Fondateur des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs), il envoie sept prêtres dans le diocèse d’Alger, mais l’aventure ne dure pas plus d’une année à cause de désaccords entre les deux fondateurs sur les méthodes apostoliques et les difficultés d’accueil des confrères sma. Un nouvel essai est tenté dans le diocèse d’Oran, dont l’évêque, Mgr Callot, vient du diocèse de Lyon. Ce dernier demande du personnel au Père Planque pour un orphelinat situé à M’Syla. En octobre et novembre 1872, plusieurs confrères y sont envoyés, affectés aussi à des paroisses proches de la frontière marocaine. Mais lorsque Mgr Callot décède, en novembre 1875, et que Mgr Lavigerie est nommé administrateur apostolique d’Oran, les confrères sma quittent le pays. Un peu plus tard, à partir de 1906, la SMA ouvrira quelques paroisses en Tunisie ; le dernier confrère exerçant un ministère en ce pays, le Père Joseph Schmidt, décède à Tunis le 15 août 1953. L’île de Samos fut aussi terre d’accueil pour la SMA, lieu de repos, d’apostolat et opportunité de ressources financières avec la culture de la vigne. Le Père Gaston Desribes y arrive en fin juillet 1886, de nombreux confrères y séjournent tout en s’occupant de la paroisse catholique et de l’école. La SMA conserva sa propriété sur l’île jusqu’en 1977.

Un essai eut lieu aussi en Afrique du Sud , avec la création de la Préfecture Apostolique du Cap, érigée en 1874 et confiée à la SMA. Deux prêtres, les Pères Devernoille et Guillet, s’étaient déjà préparés à cette mission et embarqués pour l’île Sainte-Hélène le 15 mai 1873 ; six autres les avaient suivis le 5 juillet de la même année. Les missionnaires sma occupèrent jusqu’à six résidences en cette Préfecture Apostolique, dont une à Sainte-Hélène. Plusieurs d’entre eux furent nommés ensuite pour l’Afrique de l’Ouest, tels les Pères Moreau et Murat, les fondateurs de l’église de la Côte de l’Or (Ghana). Les derniers missionnaires sma quittèrent la préfecture du Cap en septembre 1882, remplacés par les Oblats de Saint François de Sales.

Coupoles de l’église St-Marc à Choubra (Égypte).
Photo Jean-Marie Guillaume

L’essai qui a très bien fonctionné est l’ Égypte , où les deux premiers missionnaires sma arrivèrent en 1877. Ils s’installèrent d’abord à Zagazig, dans le delta du Nil, puis fondèrent plusieurs paroisses et écoles dans le delta et à proximité du Caire : Tanta en 1878, Zifta en 1886, Mahalla El-Kobra en 1890, Choubra en 1894, Zeitoun en 1895 et Héliopolis en 1913. L’Égypte semble avoir été la mission privilégiée du Père Planque. À l’époque la plus glorieuse, quelques 80 missionnaires sma étaient présents, exerçant principalement leur activité dans les écoles et centres agricoles et auprès des communautés latines d’origine occidentale, mais aussi auprès de l’Église copte catholique. Dès 1886, la SMA, avec Mgr Alexandre Duret, fut à la tête d’une nouvelle Préfecture Apostolique, celle du Delta du Nil, devenue Vicariat Apostolique en 1909 et Vicariat Apostolique d’Héliopolis en 1951. Un grand séminaire pour la formation de séminaristes sma ouvre en parallèle à celui de Lyon à partir de 1889, d’abord à Ramleh, Mahalla et ensuite à Choubra où il fonctionne une quinzaine d’années. En 2014, la SMA, avec quatre confrères de quatre nationalités différentes, est toujours présente au Caire de façon discrète, à la paroisse de rite catholique latin Saint-Marc de Choubra et à la basilique Notre-Dame d’Héliopolis.

Une autre tentative apostolique hors Afrique fut couronnée de succès, celle de l’apostolat auprès des communautés d’origine africaine aux USA , notamment en Géorgie et dans la banlieue de New York. Le premier missionnaire à tenter l’aventure fut le Père Lissner en 1905. Elle a tellement bien évolué qu’elle a donné lieu à l’érection de la province SMA des USA en 1946. Les missionnaires qui constituaient cette nouvelle province étaient principalement originaires de l’est de la France et d’Irlande. La Province SMA des USA a apporté beaucoup au développement de toute la Société.


Des séminaires et des Provinces autonomes

La mission en Afrique, qui s’étendait très rapidement, devenait de plus en plus exigeante en personnel et en soutien financier. Sur place, les missionnaires s’impliquaient beaucoup, souvent avec succès, pour faire vivre la mission : plantations diverses, fermes, briqueteries, imprimeries, et plus tard écoles… Le Père Planque et les responsables de la Société restés en Europe mettaient toute leur énergie à promouvoir les « œuvres missionnaires », à recruter et à former les futurs missionnaires. Les premiers candidats sont le plus souvent des prêtres venant de différents diocèses, des candidats frères ou de grands séminaristes à différents niveaux de formation qui doivent terminer leur cycle d’études théologiques. Mais la SMA se doit d’aller plus loin et de créer des maisons de formation pour les plus jeunes qui abordent les études secondaires.

C’est ainsi que s’ouvrent les écoles apostoliques, ou petits séminaires. La première dans l’est de la France est ouverte à Andlau (1908), suivie par celles de Saint-Pierre (1920), Bischwiller (1921), Haguenau (1927). Dans le reste de la France, il y aura les petits séminaires de Rezé près de Nantes, de Chaponost près de Lyon, de Clermont, de Baudonne près de Pau. Il y aura aussi le noviciat de Chanly, dans les Ardennes belges, ouvert au temps où la France menaçait d’expulsion les religieux. Un petit séminaire fonctionne à Ave en Belgique après la guerre de 1939-45 où plusieurs confrères belges font leurs études secondaires. Aux Pays-Bas, une maison est ouverte à Breust en 1893 et à Cadier-en-Kerr, près de Maastricht, en 1893. Elles accueillent des jeunes du pays, mais aussi les jeunes Alsaciens au moment où le Kulturkampf interdit l’ouverture de petits séminaires en Alsace. Dès 1932, un petit séminaire est ouvert à Ninino, près de Poznan en Pologne, dont le développement très rapide est arrêté par la guerre de 1939-1945. Cependant, une quinzaine de jeunes formés dans ce séminaire furent ordonnés prêtres ; d’autres firent leur serment d’appartenance comme frères, et rejoignirent les confrères de Strasbourg en Côte d’Ivoire et au Togo.

Très tôt la SMA se fait connaître en Irlande , pays profondément chrétien, habitué à voir certains de ses prêtres partir à l’extérieur du pays. Le Père O’Haire, prêtre diocésain, ami des sma qu’il a côtoyés en Afrique du Sud, revenu en Irlande, recrute des candidats irlandais qui sont envoyés au grand séminaire de Lyon. Il réalise très vite qu’il est important de fonder une école apostolique dans le pays et ouvre une maison à Cork en 1878. Le Père Devoucoux le rejoint la même année et acquiert un terrain à Blackrock Road (Cork), où une école apostolique sera construite, de même qu’un grand complexe qui abritera les services de la Province d’Irlande avec une église de quartier. Des difficultés avec le clergé local font que la SMA ne progresse guère. Le Père Joseph Zimmermann, considéré comme le fondateur de la Province d’Irlande, remplace le Père Devoucoux en 1883 ; il y travaille jusqu’en 1911, quelques mois avant la création officielle de la Province, le 15 mai 1912, la Première province sma autonome.

Mis à part le grand séminaire établi en Égypte en 1892, la grande maison du 150 Cours Gambetta à Lyon , construite sur l’initiative du Père Planque, fut le centre presque exclusif pour la formation des grands séminaristes sma jusqu’au début du XXème siècle. Non seulement il accueillait les grands séminaristes recrutés en France, mais aussi ceux des Pays Bas, d’Irlande, d’Espagne, d’Italie… L’accueil de candidats venus de nationalités autres que la France n’allait pas sans difficulté. Il fallait d’abord que tout le monde sache parler le français, s’initie à la culture, à la mentalité, à la façon d’être aussi de l’Église en France… et cela en vue de la mission en Afrique. Trop souvent les responsables du grand séminaire se montraient rigides et exigeants, ce qui décourageait les grands séminaristes et entravait aussi le recrutement de jeunes dans les pays où la SMA commençait à être connue. Les premiers candidats espagnols, ne voulant pas « devenir français » pour être missionnaires, ont préféré retourner dans leur pays où la SMA s’est développée très tard, faute de structures locales. S’il y eut toujours quelques missionnaires espagnols rattachés à la province de Lyon, ce n’est qu’en 1992 qu’un district sma autonome a pu être créé en Espagne ; il compte aujourd’hui 14 membres et plusieurs laïcs associés.

En Irlande , le Père Zimmermann a lutté de toutes ses forces pour que la SMA puisse former les candidats irlandais dans le pays. Ceux-ci furent d’abord envoyés à Blackrock Road. En 1926, ils furent accueillis au merveilleux domaine de Dromantine, près de Newry, en Irlande du Nord. Ce grand séminaire, où quelques 600 prêtres missionnaires sma furent formés, fonctionna jusqu’en 1972, date à laquelle les grands séminaristes rejoignirent une nouvelle maison sma à Maynooth, lieu de l’université catholique d’Irlande. Dromantine aujourd’hui, complètement rénové, est devenu un centre de conférence et d’accueil renommé.

La communauté sma du District d’Espagne.
Photo Jean-Marie Guillaume

Aux Pays-Bas , la maison de formation de Cadier-en-Keer s’est développée ; les jeunes étudiants, d’abord dirigés sur Lyon pour les études de théologie, ont aussi été envoyés en Irlande et en Angleterre, à Hastings, où une maison de formation avait été ouverte… En 1926, la SMA aux Pays-Bas est érigée comme deuxième Province autonome. En 1927, c’est la création de deux Provinces françaises, celle de Lyon et celle de Strasbourg. Chaque province se devait d’avoir son noviciat et son grand séminaire et de fournir le personnel nécessaire aux divers territoires de missions qui leur avaient été alloués en Afrique. La Province de Lyon était en charge de la mission au Dahomey, en Côte d’Ivoire sud et en Égypte. La Province de Strasbourg avait reçu le Togo et la Côte d’Ivoire nord, la Province d’Irlande le Nigeria et le Liberia et plus tard des œuvres d’éducation en Égypte, la Province des Pays Bas le Ghana. Et lorsque l’œuvre de la mission aux USA reçut son autonomie et devint province en 1946, elle garda comme missions l’apostolat auprès des populations noires américaines, mais aussi le Liberia. Ces orientations cependant furent observées avec une certaine souplesse, un bon nombre de missionnaires continuèrent de travailler dans les pays où ils avaient déjà œuvré avant la création des Provinces. Pendant longtemps on put trouver des missionnaires alsaciens en Égypte, au Ghana et au Nigeria, ou des confrères de Lyon au Togo et au nord de la Côte d’Ivoire. Toutes les Provinces n’ouvrirent pas systématiquement un noviciat. Chanly resta un noviciat commun pour les Provinces de Lyon et de Strasbourg, voire parfois pour les Pays-Bas. Le noviciat d’Irlande accueillit aussi pendant bien des années les candidats sma hollandais.

Avec la venue de ceux-ci en Grande Bretagne , la SMA put établir une maison en ce pays, mais elle se fit connaître aussi par le biais de nombreux missionnaires irlandais qui y vinrent soit pour des services pastoraux dans les diocèses, soit pour des études, soit pour des œuvres spécifiques auprès des étudiants africains à Manchester ou Liverpool, soit aussi pour générer des fonds pour les missions. Des maisons sma furent ouvertes à Manchester et Liverpool sous la juridiction de la Province d’Irlande, et petit à petit se développa l’idée de créer une Province qui fut érigée en 1968. Lui furent attribuées des missions du Nigeria nord dans les diocèses actuels de Keffi et Lafia.

C’est beaucoup plus tard que la SMA se décida à se faire connaître de façon systématique au Canada francophone, un peu après la guerre 1939-1945. Un noviciat est ouvert à Shawinigam, près de Montréal, en septembre 1951 et en 1954 a lieu l’ordination sacerdotale des premiers prêtres sma canadiens. En 1968, la SMA au Canada devient district autonome. La SMA ayant été lancée là-bas par des confrères venus d’Alsace, c’est presque naturellement que les confrères canadiens rejoignirent la mission en Nord Côte d’Ivoire

Vers 1955 le Père Mondé, Supérieur Général, fit appel au Père Michael Colleran, prêtre sma irlandais formé à Rome, pour sillonner l’ Italie et y faire connaître la SMA. Les premiers candidats furent envoyés à Lyon. Une maison fut acquise à Gênes, devenue ensuite siège de la SMA en Italie et grand séminaire. L’Italie reçut le statut de district en 1968 et le statut de Province en 1982. La Province d’Italie envoya d’abord ses missionnaires en Côte d’Ivoire (diocèses de Gagnoa et d’Abengourou). Plus tard, elle prit aussi une option pour le Nigeria et, à partir de 1997, pour l’Angola, le pays le plus récent à avoir accueilli la SMA.

Assemblée du District de Pologne.
Photo Jean-Marie Guillaume

Le séminaire de Ninino en Pologne , fermé à cause de la guerre, n’a jamais pu être récupéré, mais la SMA n’a jamais abandonné l’idée de relancer ses activités de recrutement en ce pays à la dimension missionnaire très forte et aux vocations sacerdotales et religieuses nombreuses. Un effort systématique a recommencé à partir de 1985. Les premiers fruits en ont été l’ordination de missionnaires sma polonais en 1989 et 1996, l’ouverture en 1990 de la maison sma à Borcezin Duzy, près de Varsovie, et d’une deuxième maison, centre d’accueil, d’animation missionnaire et de spiritualité à Piwniczna en 2003, avec une grande extension en 2011. Le district sma en formation Pologne compte aujourd’hui 26 prêtres et un groupe de laïcs associés dynamique, dont la moitié sont missionnaires en Tanzanie, Togo et Centrafrique.

En tout, près de 4 000 missionnaires furent issus de la SMA. C’est autour des années 1960 que le nombre fut au plus haut niveau avec quelques 1 700 membres. En 2014, la SMA dénombre 786 membres permanents, une centaine de membres temporaires et 200 candidats en étude en vue du sacerdoce missionnaire. Sur les 786 membres, 524 sont originaires d’Europe et d’Amérique, et 253 des districts-en-formation d’Afrique, Inde et Philippines ; presque tous les membres temporaires et étudiants sont originaires d’Afrique ou de l’Inde.


Diversification de l’apostolat missionnaire en Afrique centrale et Afrique de l’Est

Les missionnaires SMA ont imprimé leurs marques aux Églises d’Afrique de l’Ouest et les premiers évêques africains issus de ces Églises aimaient parler d’eux comme de « leurs pères dans la foi ». Mais la SMA n’était pour ainsi dire pas engagée en d’autres parties de l’Afrique et en avait peu de connaissance.

Chapelle de la maison de formation de Kabwe (Zambie).
Photo Jean-Marie Guillaume

L’accueil des candidats belges a donné lieu à une option pour le Congo , terre de mission pour de nombreux Belges appartenant à d’autres instituts missionnaires. Les Jésuites de la province du Bandundu avaient besoin de renfort et ont fait appel à la SMA vers les années 1960 ; elle s’est engagée dans un bon nombre de missions, comme Kikwit, Kahemba, Kimbongo, Popokabaka... C’est un grand pays qu’il fallait découvrir avec une culture nouvelle, des méthodes d’évangélisation différentes, des communautés exigeantes, un investissement énorme en ce qui touche la formation des agents pastoraux et le développement du pays. Malheureusement, comme beaucoup d’autres, les confrères sma y ont été aussi témoins de la dégradation sociopolitique et économique, avec son cortège de misères, de souffrances, de violences et de morts. Le dernier parmi les confrères européens partis là-bas est le Père Christian Van Bunen qui, en 2014, rejoint ses paroissiens à partir du diocèse de Dundo en Angola. La SMA entre temps s’est repliée sur Kinshasa où elle est en charge de deux paroisses et d’un collège pour garçons. Une maison de formation pour jeunes séminaristes a été ouverte, elle accueille des candidats congolais pour un discernement vocationnel et les études de philosophie. Une nouvelle maison régionale plus spacieuse est en voie de finition.

Centre SMA Chainda (Zambie).
Photo Jean-Marie Guillaume

Au Nigeria , plus précisément en ses parties ouest et nord, la présence sma, avec quelques 250 membres, presque tous irlandais, était presque exclusive dans les années 1965. Ce phénomène comportait des avantages certains : utilisation de méthodes pastorales bien rôdées, facilité de transfert des membres d’une mission ou d’un diocèse à l’autre, expérience pour l’intégration de nouveaux membres, l’apprentissage de la langue et l’initiation au pays, esprit de corps et sécurité qu’entraîne la présence d’un groupe important.
Mais d’autres raisons semblaient militer pour une diversification : difficultés pour l’obtention de visas d’accueil et de séjour [2] ; possibilité d’apprendre comment être missionnaire de la part d’autres instituts et Églises jusque là inconnus ; découverte de pays, de cultures et de langues nouveaux ; partage avec d’autres de l’expérience et de l’approche des populations ; possibilité de répondre au grand mouvement d’ouverture entre les Églises mis en valeur par le Concile Vatican II et tendance des Instituts Missionnaires à collaborer plus profondément entre eux et avec les Églises locales ; réponse aux Églises en besoin de personnel et à l’encouragement lancé par la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples à développer entre les Instituts Missionnaires un plus grand équilibre dans la distribution du personnel et une plus grande variété des méthodes d’apostolat.

La communauté sma de Kabwe (Zambie).
Photo Jean-Marie Guillaume

La réflexion s’approfondit dans la Province d’Irlande et le Conseil Provincial Extraordinaire de 1971 décide l’envoi de missionnaires en Zambie . Ce sera le début d’une ouverture de la SMA vers l’Afrique de l’Est. Le 16 janvier 1973, les deux premiers membres sma, Sextan Doran et Michael Igoe, arrivent dans le diocèse de Ndola, dans la zone des mines de cuivre, particulièrement pauvre en personnel apostolique et riche en possibilité d’évangélisation et de développement. Ils sont 14 au début 1974, travaillant en quatre paroisses ou enseignant à plein temps en trois écoles. Ils s’initient avec succès à des approches nouvelles, en particulier aux communautés de base, aux techniques de développement, à l’éducation dans les instituts d’état, aux cours systématiques pour les catéchistes et aux cours par correspondance, à l’éducation religieuse pour les enfants en dehors des écoles… Au-delà du travail, des joies et des peines de chaque jour, d’autres défis, souvent heureux, sont venus s’ajouter en cours de cheminement, comme la prise en charge du diocèse de Solwezi, où l’Église en est à ses débuts, par le Père Noël O’Regan, comme premier Administrateur Apostolique le 20 décembre 1993 et comme évêque le 10 juillet 1995. À cela s’ajoute l’ouverture d’une maison de formation pour les candidats sma à Kabwe le 8 décembre 1995 et la mise en place d’une maison régionale à Ndola, la capitale de la région du Copperbelt.

Le Père Jean-Baptiste Vodounkpe, sma béninois, curé de Pasiansi à Mwanza (Tanzanie).
Photo Jean-Marie Guillaume

Un peu plus tard qu’en Zambie, la SMA s’investit aussi en Tanzanie . Les premiers membres viennent de la Province des USA vers 1982 et travaillent en collaboration avec les missionnaires américains de Maryknoll dans le diocèse de Shinyanga. Ils seront rejoints par des laïcs missionnaires et confrères hollandais, irlandais, français et polonais.

Construction d’une église au Niger par le Père Michel Bertonneau.
Photo Jean-Marie Guillaume

La SMA avait établi des missions au Niger (Niamey, Zinder…) à partir du Nigeria et du Dahomey. Une préfecture apostolique est créée en 1942, incluant le Niger, l’est de la Haute-Volta et le nord du Dahomey jusqu’à Parakou, et confiée à Mgr Faroud. Redimensionnée en 1948, elle est remise aux Rédemptoristes. Vers les années 1970, à l’appel de l’évêque de Niamey, la Province de Lyon, dont le personnel est concentré principalement en Côte d’Ivoire, au Bénin et en Égypte, décide d’envoyer une équipe au Niger, en zone de première évangélisation, dans le pays Gourmantché, sur la frontière du Burkina Faso. Un confrère, Michel Cartatéguy, sera détaché pour un apostolat spécial auprès des enfants de la rue à Niamey et deviendra plus tard le premier archevêque de Niamey. Actuellement, une douzaine de confrères sont présents au Niger, venus des Provinces de Lyon et d’Italie et des districts d’Espagne et de l’Inde.

Le Père Carlos Bazzara, sma argentin, au Niger.
Photo Jean-Marie Guillaume

Des confrères présents en Afrique de l’Ouest, et notamment au Bénin, voulaient « décrocher » du territoire où ils poursuivaient depuis plusieurs années une présence sma séculaire, pour aller ailleurs et y vivre la mission dans un style différent. Des évêques rencontrés lors d’une tournée en Afrique centrale par le Père Raymond Domas, Provincial sma de Lyon, étaient demandeurs. En septembre 1977, deux confrères partent pour Bria, dans le diocèse de Bambari, en Centrafrique . Ils sont suivis par cinq autres au cours de l’année 1978, soit pour le diocèse de Bambari, soit celui de Bangui, et par plusieurs autres dans les années suivantes. Ce qui était nouveau dans l’envoi de ces confrères en ce pays était qu’ils partaient en équipe ou en communauté au service de l’Église locale, pour répondre à un besoin précis d’évangélisation dans un secteur déterminé. Une œuvre très particulière a été l’apostolat de proximité et d’assistance socio-éducative auprès des Pygmées, autour de Bélémboké, dans le diocèse de Berberati. En 2014, les confrères sma, polonais et africains, y sont très actifs dans un contexte sociopolitique explosif. Une équipe sma est aussi présente dans la ville de Bangui. La SMA a apporté une contribution appréciée à la formation des prêtres au grand séminaire de Bangui. Une maison de formation, accueillant les candidats pour l’année propédeutique et la philosophie, a été construite près du Grand Séminaire. En juin 2012, deux confrères ont été appelés à animer deux diocèses comme évêques, Dennis Kofi Agbenyadzi, d’origine ghanéenne, évêque de Berberati, et Nestor Nongo-Aziagbia, d’origine centrafricaine, évêque de Bossangoa. Ils font courageusement face à une situation empoisonnée par les troubles discriminatoires qui ont complètement désorganisé les communautés chrétiennes, les villages et le pays.

La province des Pays-Bas, qui avait reçu le Ghana comme « territoire de mission », est toujours restée ouverte à une dimension plus large. Quelques uns de ses membres ont apporté une énorme contribution en Égypte, au Togo, au Nigeria, en Côte d’Ivoire... Lorsque la SMA s’est lancée en Tanzanie et en Zambie, elle y a envoyé des membres autant prêtres que laïcs. Mais entre temps, vers les années 1985, la Province des Pays-Bas avait décidé de prendre en charge un secteur pastoral dans le sud du Maroc , à Agadir et alentour. Faute de personnel, l’aventure en tant que mission de la Province a dû être suspendue, mais un de ses membres, Gilbert Bonouvrie, continue toujours cette présence en milieu musulman à la paroisse Ste-Anne d’Agadir. Il y a en fait au Maroc trois prêtres sma venant de trois entités différentes (Pays-Bas, Italie, Pologne). Ils assurent l’animation pastorale d’une communauté chrétienne à Fès, El Jadida et Agadir et sont engagés dans l’accueil des immigrés, notamment des étudiants sub-sahariens.

Poursuivant la diversification, en 1985, la Province d’Irlande envoie deux confrères en Afrique du Sud dans le diocèse de Rustenburg, très pauvre en prêtres. Ils apporteront aussi leur compétence au Grand Séminaire de Pretoria. Actuellement, ils sont une quinzaine, dont la plupart travaillent dans le diocèse de Rustenburg, cinq dans l’archidiocèse de Pretoria et un dans l’archidiocèse de Johannesburg. Le travail missionnaire en ce pays est délicat : le pays a été très influencé par l’ancien système de l’apartheid, avec comme conséquence le fait qu’aujourd’hui les gens de diverses races ont du mal à se connaître et à se faire confiance. La violence y est très forte. Dans la plupart des endroits où nous travaillons nous sommes la première Société missionnaire à se vouer à l’évangélisation. À travers notre composition – multiraciale, multiculturelle, expatriés, non préoccupée par les préjugés raciaux de l’apartheid -, nous pouvons être un puissant témoignage contre le racisme et ainsi devenir un signe d’espérance et d’unité pour l’avenir de ceux auprès de qui nous travaillons.

Siège du District sma en formation des Grands Lacs au Kenya.
Photo Jean-Marie Guillaume

Nairobi, capitale du Kenya , plaque tournante économique et intellectuelle d’Afrique de l’Est où se trouvent de nombreuses institutions catholiques, est actuellement un centre important pour la SMA. Les premiers confrères y sont arrivés vers 1985, lorsque la paroisse urbaine Saint-Joseph-Jéricho leur a été confiée. Depuis ce temps, une maison régionale a été ouverte, résidence du Supérieur régional qui coordonne les activités missionnaires de la région. Après la paroisse de Jéricho, plusieurs autres ont été confiées à la SMA : deux dans le diocèse de Ngong (faubourg de Nairobi), une au diocèse de Lodwar, dans la zone sahélienne à la frontière de l’Ouganda-Soudan, une au diocèse de Kitale, à mi-chemin entre Lodwar et Nairobi, et tout récemment, en décembre 2013, une paroisse dans le diocèse de Kakamega. Un grand établissement accueille une cinquantaine d’étudiants sma, un groupe d’entre eux suit les cours de philosophie à l’institut universitaire des missionnaires de la Consolata. Les autres fréquentent « Tangaza College », consortium d’études de théologie fondé par un bon nombre d’instituts missionnaires. Depuis 2008, avec une grande maison d’accueil, Nairobi est devenu le siège du district-en-formation des Grands Lacs qui couvre la SMA au Kenya-Tanzanie-Angola-Afrique du Sud et Congo.


En 1997, le Conseil Extraordinaire de la Province d’Italie décide d’ouvrir une nouvelle présence en Afrique. Le choix de l’ Angola est fait après une enquête sur les pays africains les plus pauvres en clergé local. L’Angola était un des pays avec le taux le plus bas de clergé par rapport à la population. Le pays vivait une paix fragile après une longue guerre civile. Le besoin d’aide humanitaire pour la reconstruction du point de vue social et chrétien était urgent. Malheureusement la guerre civile a recommencé quelques mois après notre arrivée et a trouvé sa fin en 2002.

Le Père Christian van Bunnen en Angola.
Photo Jean-Marie Guillaume

Le premier engagement sma fut dans le diocèse de Saurimo, dans le nord-est du pays. Quand la guerre a repris, il fut impossible d’y réaliser notre projet original. C’est ainsi que nous avons ouvert une nouvelle paroisse dans la banlieue de Luanda, dans une zone de bidonvilles où vivent plus de 300 000 personnes venant des quatre coins du pays pour fuir les ravages de la guerre. En 2007, l’archidiocèse de Luanda a été divisé en trois, et nous sommes maintenant dans le diocèse de Caxito. La présence sma est relativement petite : un confrère originaire de Côte d’Ivoire, un autre du Kenya, quatre italiens, un argentin, et un belge de la Province de Lyon à la mission de Cafunfu (diocèse de Dundo).
Nous travaillons dans une zone densément peuplée par des gens vivant dans des conditions de grande pauvreté. La plupart d’entre eux sont d’anciens réfugiés de guerre. Depuis le commencement, notre but a été de créer des communautés interethniques, capables de vivre et de témoigner la foi en Jésus Christ en étant des agents actifs dans le développement du pays. Nous continuons à privilégier la formation et l’accompagnement de petites communautés chrétiennes. Comme dans toutes les autres grandes villes africaines, la population de Luanda est principalement faite de jeunes. Beaucoup parmi eux n’ont pas accès à l’éducation et à l’emploi ; ils rejoignent des gangs violents et vivent dans l’alcool ou la drogue. Nous estimons qu’une de nos priorités est de travailler auprès d’eux pour proposer un chemin vers la maturité humaine et chrétienne. Des écoles ont été construites, et aujourd’hui elles donnent la possibilité à plus de 6 000 enfants/jeunes de recevoir une éducation primaire. La Caritas locale était et est présente encore à côté des plus nécessiteux, en particulier des handicapés. Les organisations de femmes catholiques sont très actives, elles contribuent notamment à la formation et au développement de la femme. Les commissions « Justice et Paix » sensibilisent les communautés sur les droits de l’homme, le désarmement etc. Deux centres de santé sont dirigés par des religieuses dans la Paroisse du Bon Pasteur.
Jusque récemment le diocèse de Caxito n’avait pas de prêtres diocésains locaux. Le diocèse de Dundo a également très peu de prêtres. Nous sommes engagés dans notre pastorale dans la promotion vocationnelle en faveur du clergé local. La zone rurale du diocèse de Dundo, où travaille le Père Van Bunnen est énorme. Il se rend dans des villages jamais visités auparavant ou délaissés pendant la guerre. Le Père Walter Maccalli a commencé à travailler dans une vaste région au nord du diocèse de Caxito, où les villages n’ont pas reçu la visite d’un prêtre depuis des années à cause de la guerre.


L’Assemblée Générale 1983.
Un nouveau développement de la SMA hors Europe

Jusqu’en 1983, la SMA recrutait ses membres en Europe et en Amérique du Nord, le chemin de la mission consistant principalement à envoyer du personnel en Afrique pour l’évangélisation et l’édification des Églises africaines. Fidèle à son Fondateur, la SMA avait beaucoup travaillé à la création d’un clergé diocésain et à l’établissement de l’Église animée par des évêques issus de leur sol. À cause de cela, elle n’avait pas accueilli de candidats au sacerdoce pour en faire des membres sma. Le recrutement en ce que nous appelions nos Églises d’origine, les Églises européennes ou américaines, se faisait plus difficile, le personnel missionnaire diminuait ; la réflexion théologique sur la mission nous faisait redécouvrir, suite à Vatican II, que toute l’Église est missionnaire, que toute Église est en mesure d’apporter ses valeurs à l’ensemble de l’Église et ne peut être Église que dans l’ouverture aux autres Églises et à l’Église universelle.

Maison des missionnaires sma à Kwama (Sierra Leone).
Photo Jean-Marie Guillaume

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La SMA ne pouvait plus accueillir des candidats venant de partout sauf des Églises africaines. Elle s’est souvenue aussi de l’orientation de Mgr de Brésillac écrivant dans les Articles Fondamentaux de 1858 : « On recevra des sujets de toutes les nations, pourvu qu’ils apportent des certificats de capacité et de bonne conduite et qu’ils donnent d’ailleurs des marques de vocation à la vie apostolique [3] ». En conséquence, l’Assemblée Générale de 1983 a décidé d’accueillir des candidats venant des Églises d’Afrique qu’elle avait contribué à fonder. Cette décision est venue aussi à la suite d’une consultation des évêques des diocèses dans lesquels nous avions travaillé jusqu’à maintenant et de l’ensemble des confrères sma, suite aussi à la demande de plusieurs prêtres et séminaristes diocésains, notamment au Zaïre, de rejoindre notre Société ; et aussi sur les encouragements du Saint-Siège qui, à partir de 1970, incitait les instituts missionnaires à faire profiter les Églises locales de leur charisme, de leur savoir-faire et de leurs traditions.

École catholique à Kwama (Sierra Leone).
Photo Jean-Marie Guillaume

En application de la décision de l’Assemblée Générale, quelques candidats d’Afrique de l’Ouest se sont présentés. Leur accompagnement s’est d’abord fait de façon individuelle alors qu’ils poursuivaient leurs études de philosophie et de théologie dans les séminaires diocésains. Une première maison de formation, appelée « année spirituelle internationale » (noviciat), a été ouverte à Calavi, près de Cotonou, en 1987. Elle vient de célébrer ses 25 ans d’existence. Elle accueille des jeunes venant de toute l’Afrique et de toute la SMA pour une année de discernement et de connaissance de la Société après leurs études philosophiques. D’autres maisons de formation ont été mises en place, foyers d’accueil pour les étudiants en philosophie en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria, au Congo, au Kenya et en Tanzanie. Trois établissements plus importants accueillent les étudiants en théologie : Anyama, près d’Abidjan et Nairobi où la SMA est membre fondateur d’un Centre d’Etudes de théologie Inter-instituts ; le troisième est à Ibadan où les étudiants sma vivent en communauté et suivent les cours au Grand Séminaire interdiocésain local.


Sierra Leone, Asie et Amérique du Sud

Depuis le décès des premiers missionnaires en Afrique en juin 1859, la SMA n’avait plus envoyé de missionnaires en Sierra Leone . Bien des confrères s’étaient arrêtés sur la tombe des pionniers lors d’escales de bateau à Freetown ou des célébrations des 100ème et 150ème anniversaires de la fondation de la SMA. Les chrétiens et évêques du pays avaient pris soin de la tombe. Sur l’insistance de l’archevêque de Freetown, et après une longue réflexion, la SMA a accepté de prendre en charge une zone de première évangélisation à Kwama, à une trentaine de kilomètres au nord de Freetown. La majeure partie de la population est composée de familles déplacées à la suite de la guerre qui a pris fin il y a une quinzaine d’années et qui vivent de petits boulots et de maigres cultures. Les enfants scolarisés, dont un bon nombre d’orphelins, sont nombreux et ne mangent pas toujours à leur faim. Trois jeunes confrères, originaires du Bénin, du Ghana et de l’Inde, sont arrivés là-bas en novembre 2012. Dans le projet qui leur a été confié entre en compte la création d’un sanctuaire marial, en mémoire de Mgr de Brésillac dont l’intention était de dédier un sanctuaire à la Vierge Marie, protectrice des malades.

L’église de Kwama (Sierra Leone).
Photo Jean-Marie Guillaume

L’ouverture vers l’Afrique a entraîné la SMA vers l’Asie, et plus particulièrement vers le Tamil Nadu, en Inde , où notre Fondateur avait été lui-même missionnaire. Le Tamil Nadu aujourd’hui est équipé de structures de formation sma solides, avec une maison à Chennai pour les théologiens et une autre à Karumathur, près de Madurai, pour les philosophes ; une troisième a été ouverte en novembre 2013 en Andhra Pradesh (Jadcherla) pour les jeunes candidats en recherche de vocation missionnaire, faisant un complément d’études préparatoires à la philosophie.

La communauté sma de Karumathur (Inde).
Photo Jean-Marie Guillaume

Dans la même ligne d’action, une autre implantation sma s’est faite aussi aux Philippines à partir de 1984, avec l’ouverture d’une paroisse sma à Manille et deux maisons d’accueil pour étudiants. Mais bien des difficultés ont entravé le développement de la SMA en ce pays. Le district en formation des Philippines compte actuellement huit membres, dont deux en Afrique.

La maison sma de Jadcherla (Inde), inaugurée en 2012.
Photo Jean-Marie Guillaume

La SMA s’est ouverte aussi à l’accueil de candidats en Argentine . Suite à l’appel du Pape Jean XXIII pour l’envoi de prêtres en Amérique Latine, autour des années 1960, la Province d’Irlande avait envoyé un bon nombre de prêtres au service du diocèse de Cordoba. Petit à petit, la SMA s’est fait connaître là-bas et a proposé une ouverture à l’Afrique. Plusieurs prêtres diocésains argentins, par le biais de la SMA, ont servi pendant quelques années au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Liberia. Plusieurs candidats séminaristes se sont aussi manifestés. En même temps qu’elle a décidé l’érection des « fondations » en Afrique et en Asie, l’Assemblée Générale 1983 a aussi crée la fondation Argentine. Une maison pour l’animation vocationnelle et pour l’accueil des candidats a dû fermer à Cordoba mais plusieurs prêtres sont aujourd’hui membres de la SMA dans la Province d’Italie : l’un d’eux est en Angola et un deuxième au Niger.

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