L’impact des Missions Africaines dans le Diocèse de Kara

L’actuel Diocèse de Kara [1] ne l’était pas encore quand les pieds des Pères de la Société des Missions Africaines (SMA) foulaient ce qui est aujourd’hui son territoire. L’histoire de l’évangélisation de ce qui est devenu aujourd’hui Diocèse de Kara remonte donc à cette Société missionnaire. Il est assez fréquent d’entendre parler des Mgrs Jérome Lingenheim et Joseph Strebler, des Pères Ernest Krauth, Antoine Brungard, Jean Angst, Joseph Roth, Jean Perrin et de bien d’autres encore. Tous sont SMA, admirés comme de braves pionniers de l’évangélisation.

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Le Père Ernest Krauth sma
Photo SMA Strasbourg

« Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager qui porte la bonne nouvelle ! [2] » Par monts et vallées, par des sentiers parfois dangereux, bravant le soleil et la pluie, jamais ralentis par la chaleur, les Pères SMA ont annoncé l’Évangile, la Bonne Nouvelle : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle [3] ». Aux premières heures de l’évangélisation du Diocèse de Kara, les premiers missionnaires SMA ont clairement indiqué la rupture radicale et nécessaire qu’impose l’Évangile. D’après les témoins, ils ont enraciné la foi chrétienne en écartant des pratiques ancestrales qu’ils jugeaient douteuses [4]. Pour une foi authentique, solide et vraiment ecclésiale, le Père Brungard, surnommé apôtre des pays Kabyè et Nawda, a, par exemple, traduit avec l’aide des catéchistes le Catéchisme de Pie X dans les langues de ces deux milieux. Cette initiative a permis d’annoncer et d’exprimer la foi dans un langage accessible à tous. Dans la formation à la pratique chrétienne, les SMA ont aussi inculqué le repos dominical.

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Mgr Joseph Strebler, entouré des PP. Robert Simon (à dr.) et Raymond Cottez
Photo SMA Strasbourg

Les premiers missionnaires SMA ont aussi, de loin, préparé une partie du futur Diocèse de Kara en poussant à la création des paroisses et des communautés chrétiennes dans les régions de Kara et de Doufelgou. Bâtisseurs d’églises, de chapelles, de presbytères et d’écoles, ils ont obtenu des terrains et des espaces qui sont devenus aujourd’hui le patrimoine des premières paroisses ; en annonçant la foi chrétienne, ils ont également travaillé à l’éveil d’une élite locale par la création d’écoles primaires et la promotion des enseignants. Ces écoles étaient d’autant renommées qu’après la classe de CM2, l’on pouvait suivre une formation pour ensuite enseigner. Les Pères SMA ont initié des bourses scolaires dont pouvaient bénéficier certains élèves afin de poursuivre les études à Togoville. La seule condition posée pour être boursier était de revenir dans son milieu après le BEPC pour enseigner. C’était par cette stratégie que les premières écoles pouvaient être pourvues d’enseignants en vue de l’extension de l’éducation scolaire.

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La nouvelle église de Saoudé, construite par le P. Alphonse Kuntz
Photo Jean-Marie Guillaume

En promouvant l’élite locale, les missionnaires SMA ont aussi pensé à la formation du futur clergé local. Pour y arriver, ils ont très tôt initié le « petit clerc » [5]. Les premiers prêtres autochtones sont presque tous passés par cette étape. Ayant été de proches témoins du zèle apostolique des missionnaires SMA, ces premiers prêtres du clergé local ont eux aussi répondu, avec générosité et audace, à l’appel de Dieu pour le service de l’Évangile. Les petits clercs qui ne sont pas devenus prêtres ont été bien utiles pour la société parce que marqués et façonnés par la formation reçue.

Aujourd’hui, le Diocèse de Kara compte 35 paroisses dont deux sont tenues par la SMA. Il s’agit de la paroisse Marie Reine du Monde de Saoudé, animée par le Père Zagoré Donald, qui prend le relais de Kuntz Alphonse, passionné de la région montagneuse, et la paroisse Saint Jean-Paul II d’Awandjélo, tenue par le Père Lucas Kobielus. A la suite des pionniers SMA, ces Pères sont bien présents dans le vaste champ du Seigneur où ils se donnent avec labeur. Ils participent encore à la formation du clergé diocésain à travers l’accueil des séminaristes sur leurs paroisses pour des stages. La présence des SMA dans le Diocèse de Kara a suscité chez des jeunes la vocation à la vie missionnaire : actuellement, quelques fils de ce Diocèse vivent leur mission sacerdotale dans la Société des Missions Africaines.

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La mission de Kara
Photo Jean-Marie Guillaume

« Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance [6]. » Reconnaissance à nos pionniers qui ont semé hier. Courage à ceux qui arrosent aujourd’hui. Confiance en Dieu qui donne la croissance.

Le RP. Essonam Innocent Padanassirou est Économe diocésain du Diocèse de Kara.

[1] Le Diocèse de Kara est situé dans le Nord-Togo. Il est érigé canoniquement le 1er juillet 1994. Superficie : 10 590 Km2. Population : 718 449 habitants dont environ 149 432 chrétiens catholiques.

[2] Isaïe 52, 7.

[3] Jn 3, 16.

[4] Entre autres, les cérémonies funéraires, les pleurs lugubres, le bain des orphelins et des veuves, les danses en l’honneur des ancêtres, le rasage des têtes.

[5] A Yadé, vers les années 50, puis à Alédjo en 1957. Le « petit clerc » fut une initiative qui offrait un cadre de vie et de formation spécifique en vue de l’éveil de la vocation sacerdotale chez les adolescents. Tout en allant à l’école, les petits clercs vivaient ensemble sous l’encadrement des prêtres avec qui ils partageaient la vie de prière et surtout l’Eucharistie.

[6] 1 Co 3, 6.

Publié le 4 janvier 2018 par Essonam Innocent Padanassirou