L’importance de l’éducation chrétienne au Niger

Le Niger, pays multiethnique, forme une terre de contact entre l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord. En 2012, le Programme des Nations Unies pour le développement l’a considéré comme l’un des états les moins développés au monde, avec le taux de fécondité le plus élevé [1]. Le Niger est constitué de régions arides à 80 % et le désert progresse de 200 000 ha par an ; l’accès à l’eau est un problème pour une grande partie de la population, même si des châteaux d’eau arrivent petit à petit dans les villes. Les programmes gouvernementaux de reforestation se heurtent aux fréquentes sècheresses et à la demande croissante en bois et en terres agricoles. Depuis l’indépendance, acquise de la France en 1960, la crise persiste dans tous les aspects de la vie. Comment aider ce peuple du désert sahélien ? Quelles voies de développement pouvons-nous lui apporter ?

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Élèves et enseignante de l’école-mission de Dogondoutchi (Niger)
Photo George Arokia

L’éducation au Niger

Éducation ! Force est de constater que ce mot heurte la sensibilité de nombreux jeunes aujourd’hui. En effet, cela renvoie à l’idée d’intervention d’une autorité. Or beaucoup de jeunes y sont de plus en plus réfractaires. Pourtant, l’éducation est en soi une bonne chose. Le Larousse la définit comme « l’action de former, d’instruire quelqu’un » ; elle représente « la connaissance et la pratique des bons usages d’une société ». L’éducation est donc un moyen de susciter la capacité de mener une réflexion sur la réalité, de la lire et de la questionner afin d’en comprendre la signification profonde. Éduquer fait prendre conscience à l’homme que le monde autour de lui n’est pas une donnée immuable. C’est aussi initier une rencontre avec la société car cela permet de mieux s’intégrer et de participer à la promotion du bien commun. La dignité de l’homme, créé à l’image de Dieu, commande que la famille et la société assurent son éducation. C’est un défi que tout pays, soucieux de son développement, se doit de relever. Le Niger ne fait pas exception. De l’avis de beaucoup d’observateurs de la vie sociale de ce pays, l’ignorance constitue une entrave à cette évolution. A cela s’ajoute la piètre qualité de l’éducation, ce dont témoignent les fréquentes grèves d’enseignants et d’étudiants. Aujourd’hui, il est nécessaire que soit mise en place une éducation qui allie transmission de connaissances et de valeurs si nous voulons véritablement parvenir à un changement de mentalité durable.

La pauvreté, mais aussi le sida et l’instabilité politique, sont responsables de la déstructuration de la société nigérienne et sont un frein à la scolarisation des enfants. Et plus particulièrement des filles : l’idée perdure que les scolariser ne sert à rien et que leur place est à la maison, où elles représentent une main d’œuvre pour les travaux domestiques. Les familles, ne pouvant subvenir à tous les frais de la scolarité, donnent la priorité aux garçons, jugés plus rentables. A cela s’ajoute la persistance de certaines traditions, comme les mariages précoces, qui ont pour corollaire les grossesses des adolescentes. Sans parler de l’insécurité, du manque d’infrastructures, de la violence, du harcèlement sexuel… L’enseignement lui-même véhicule des stéréotypes qui influent négativement sur l’ambition scolaire des filles et les poussent à renoncer.

Au Niger, l’Église s’est toujours impliquée dans l’évangélisation de la Bonne Nouvelle, mais aussi dans la promotion humaine. Elle s’investit notamment dans l’éducation chrétienne grâce aux écoles-mission. Ouvertes à tous, sans distinction, elles comprennent 20 écoles maternelles, 23 écoles primaires et 3 collèges. A travers ces institutions éducatives, l’Église essaie d’apporter un changement radical pour le bien du pays. Nous allons voir, avec l’exemple de Dogondoutchi, comment l’éducation chrétienne a réalisé ce projet, ce qu’elle fait aujourd’hui et ce qu’elle envisage de faire.

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Les élèves de l’école-mission de Dogondoutchi (Niger)
Photo George Arokia

L’école-mission de Dogondoutchi

L’initiative de créer dans cette ville une école-mission pour l’instruction des filles fut prise par Mgr Constant Quillard en 1955. En 1956, les Sœurs Notre Dame du Perpétuel Secours viennent collaborer à la Mission aux côtés des Pères Rédemptoristes. Elles ont travaillé pendant 35 ans à l’école des filles, de 1956 à 1991, en assurant la direction, tenant des classes et encadrant les internes [2]. A sa création, l’école n’a qu’une classe de 40 écolières, mais la progression est constante : à la rentrée de 1963, elle offre un cycle primaire complet, du CP au CM2, à 239 élèves. L’école-mission prend un tournant décisif en 1989, lorsqu’elle devient mixte : l’année suivante, elle compte 200 élèves, dont 129 filles et 71 garçons.

Les frais de scolarité étaient alors fonction de la réalité sociale et les Sœurs assumaient une partie des fournitures scolaires. Des bienfaiteurs prenaient en charge les internes. Les résultats scolaires étaient excellents : en 1964, le pourcentage de réussite était de 100%. L’école-mission a cependant traversé des difficultés financières. Menacée de fermeture, elle est maintenue grâce à la volonté de la population dont elle fait aujourd’hui la fierté. Après le départ des Sœurs en 1991, la direction passe à des laïcs musulmans jusqu’en 2012 [3].

En 2012, les Sœurs Notre Dame des Apôtres (NDA) sont invitées à reprendre l’école-mission de Dogondoutchi. Elles créent une école maternelle qui accueille environ 100 enfants du quartier. Les parents sont très reconnaissants de la qualité de l’enseignement et des valeurs que notre école apporte dans la vie de ces enfants. Loin de s’arrêter en si beau chemin, l’école-mission de Doutchi propose aujourd’hui une éducation de qualité qui garantit à ses élèves une formation en adéquation avec les réalités socio-économiques de notre époque.

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A Dogondoutchi (Niger) avec le Père Arokia sma (à g.)
Photo George Arokia

Comme le dit un ancien élève, Mr. Issa Tondi Idi [4], l’école-mission de Doutchi « a assuré son savoir-faire durant 60 ans d’enseignement pour faire de Dogondoutchi la cité pépinière des intellectuels au Niger. Les résultats parlent d’eux-mêmes : combien de ministres ont fréquenté cette école ? Combien d’ambassadeurs et de consuls, de dignitaires politiques, de hauts fonctionnaires des institutions nationales et internationales ? Beaucoup. Ouvrez vos yeux autour de vous pour reconnaitre à quel point l’école-mission a été un des grands piliers du processus de développement au Niger. Nous, anciens élèves de l’école-mission, sommes fiers des enseignements reçus et des bagages éducatifs dont nous sommes dotés et marqués à vie. » En effet, nos écoles-mission sont fières d’avoir formé nombre de grandes personnalités du Niger : fonctionnaires, médecins, enseignants, gendarmes, etc. « Discipline, travail, réussite » est la devise de l’école-mission de Doutchi. Après toutes ces années, elle continue avec la même détermination à participer à la formation intégrale des enfants, sans distinction de religion, d’origine sociale et régionale.

Je conclurai avec le témoignage de Mme Bizo Foureratou, enseignante à la retraite de cette école : « Aujourd’hui, je rends grâce au Seigneur pour l’existence de l’école-mission. Je souhaite que cette œuvre de Dieu soit en marche pour le bien du peuple nigérien. C’est toujours l’amour qui était le fondement de ma vie d’enseignante. J’aimais mes élèves et ils sont reconnaissants de ce qu’ils ont reçu de l’école-mission de Doutchi. »

[1] En 2015, une personne sur deux avait moins de 15 ans.

[2] En plus de l’école et de l’internat, les Sœurs de Notre-Dame du Perpétuel Secours ont eu la joie d’être aux soins des malades grâce à la création d’un dispensaire. Elles ont aussi créé un centre de formation féminin, une bibliothèque, une œuvre pour les handicapés, sans oublier leurs activités paroissiales et le secours apporté à la population en temps de famine. Aimer et servir généreusement à la suite de Jésus, notre Maître et notre Sauveur, voilà leur joie et leur espoir.

[3] Sources : Archives des Sœurs Notre Dame du Perpétuel Secours.

[4] Mr. Issa Tondi Idi, ancien maire d’une commune de la région de Dosso, est vice-président de la communauté chrétienne catholique de la paroisse St-Gérard de Dogondoutchi.

Publié le 4 octobre 2017 par George Arokia