La création et la Bible

Questionnement et mauvaises pensées… J’ai continuellement de mauvaises pensées. Vous me direz ce ne sont que de mauvaises élucubrations, presque iconoclastes et je le confesse. Vous n’aurez pas tort. Mais toujours ma devise est là : fides quaerens intellectum. Intellectum ? Sagesse ?]] Voici encore une réflexion sur la création et la Bible.

Dans la Genèse, je lis que Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance et a insufflé dans la forme humaine qu’il avait façonnée de ses mains [1] la « ruah », le souffle de cet Esprit qui plane depuis le premier verset et qui est un Esprit créatif de vie.

Si l’on se met à réfléchir de près sur ces trois premiers chapitres,on peut dire que Dieu a créé l’homme pour l’homme et son monde : croissez, multipliez-vous et gérez la Terre. Et Dieu le créateur ajoute : moi, je me retire dans mon silence sabbatique ; je serai absent pour longtemps. Absent mais non inactif, proche mais non interventionniste.

A lire tout cela de près, il faut bien avouer que, dans ces chapitres où Dieu est un familier de l’homme, il n’y a aucune invitation à un culte quelconque de la divinité pour adorer ou glorifier etc. Je dirais alors que la création est un humanisme qui envoie l’homme à l’homme et à son habitat et à ses inventions pour gérer la Terre et vivre dans un certain bien-être. Certes, il y a l’histoire de la désobéissance et du non-respect ; cet aspect ne concerne pas strictement la création, nous y reviendrons une autre fois.

Et Jésus est venu comme un thérapeute charismatique pour prendre le même itinéraire : celui de l’homme et de son bien-être. Je vois deux choses pour montrer cela. D’abord, l’homme est censé vivre en groupe, ou mieux, selon Jésus, en communautés fraternelles et productives et, pour cela, il a proposé les Béatitudes [2] qui sont fondamentalement des directives pour une vraie vie commune dans la modération ( pauvreté en esprit ) la douceur, la miséricorde, la paix et le courage face au rejet.

Ensuite, il faut bien voir que Jésus, tout en ayant une vie de prière très personnelle, n’a enseigné le « Notre Père » que sur demande, et que cette prière encore est très orientée vers le bien-être des humains vivants en communauté : le pain du quotidien, la remise de la dette, une situation de non bouleversement. On l’a spiritualisée au fil de la période post-pascale mais elle était fondamentalement humaniste, tout comme les guérisons opérées sans contrepartie religieuse, les rencontres (la Samaritaine, la Cananéenne, les scribes, lépreux ou bien portants) et les repas où tout le monde était invité, pur ou non, publicain ou pharisien.

Conclusion ou chapeau final : et l’évolution ?

Avant tout, il faut dire que l’Écriture n’est et ne se veut ni historique ni scientifique, mais qu’elle transmet un message symbolique tout au long sous le souffle de vie de l’Esprit de vie qui plane depuis le commencement. Et si nous revenons à ce passage :
Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant.
Le SEIGNEUR Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient, et il y plaça l’homme qu’il avait formé.
Le SEIGNEUR Dieu fit germer du sol tout arbre d’aspect attrayant et bon à manger, l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais.
Un fleuve sortait d’Eden pour irriguer le jardin ; de là il se partageait pour former quatre bras.
Le SEIGNEUR Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder.

Et comme nous sommes dans le symbolique, cet homme façonné avec de la terre pourrait très bien être le symbole non pas simplement d’Adam, mais de la longue chaîne des humanoïdes dans ce cosmos issu du bigbang. Ce ne serait qu’un courant de plus dans cette histoire de la création qui est initialisée sous une forme dans le livre de la Genèse ? Tout cela est farfelu, me direz-vous, mais je suis en quête, qui vous semble devenu requête ... et Fides quaerens intellectum.

[1] Gn. 2, 7-10.

[2] Mt. 5, 3-12, et les chapitres 5-7 ; Lc. 4, 16-22.

Publié le 16 janvier 2018 par Jean-Pierre Frey