La fête des Jubilaires au Zinswald

La retraite spirituelle annuelle de la SMA a eu lieu au Zinswald du 19 au 23 juin. Elle était animée par le Père Joseph Penrad, prêtre du diocèse de Metz, ancien Recteur du Grand Séminaire et longtemps animateur apprécié du pèlerinage et centre spirituel de Saint-Avold. Il a développé le thème : « Disciple du Seigneur à la manière de l’apôtre Pierre ». Toutes les chambres de la maison, à l’exception de deux, étaient occupées. La dernière matinée était consacrée à la SMA : présentation du conseil plénier 2017, du bilan financier du District pour l’année 2016 et partage des dernières nouvelles et nominations.

L’Eucharistie de clôture nous a donné l’occasion de rendre grâces avec nos Jubilaires de l’année. Trois Jubilaires d’Or : le Père André Dennefeld, qui a présidé l’Eucharistie, et le Père Bernard Bardouillet, qui a assuré l’homélie que nous avons la joie de publier ci-dessous. Le Père Ernest Klur, en mission au diocèse de Daloa, a célébré son Jubilé avec les confrères de Côte d’Ivoire à la Maison Régionale d’Abobo-Doumé, le mercredi de Pâques ; il était bien présent dans nos pensées, ainsi que le Doyen de notre District, le Père Jean-Baptiste Folmer, qui célèbre cette année son 70e anniversaire de sacerdoce. Avec eux tous, nous avons chanté : Magnifique est le Seigneur, tout mon cœur pour chanter Dieu ! Magnifique est le Seigneur !

L’homélie de fête du Père Bernard Bardouillet

Chers amis,
je voudrais vous montrer, tout d’abord, l’image de la « Bénédiction spéciale », venue du Pape Paul VI – il y a 50 ans ! – et que m’avait envoyée fraternellement le Père Jean-Marie Guillaume, depuis Rome. Je lui dis un grand merci, car j’ai eu cette « Bénédiction », chaque jour devant les yeux. Elle a certainement contribué à ce que je sois au milieu de vous ce matin.

Fêter un Jubilé, je crois que c’est dire tout simplement à Dieu : « Merci ». Notre prédicateur de retraite nous le rappelait ces jours-ci : notre « merci » va tellement au-delà de ce que nous voulons exprimer.

Dire « Merci »… En Afrique, j’ai toujours été impressionné par le naturel et la spontanéité à dire « Merci ». Mais, parmi tous les « merci » que j’ai entendus, il y en a un qui m’est resté en mémoire, même 30 ans après. Un matin, une dame entre à la mission, elle s’approche de moi, se met à genoux, me tient les deux pieds et me dit simplement : « Fada, nye magblo nya adekeo, maure deka koe nya », « Mon Père, je n’ai rien à dire, mais lui, Dieu, il sait ! » Je crois que célébrer un Jubilé, c’est un peu cela : « je n’ai rien à dire, mais lui, Dieu, Il sait ! »

Bien sûr, Dieu sait tout : nos pauvretés en amour et les quelques rayons de lumière que nous avons pu semer sur notre route.

François de Sales a le mot juste : « Il faut abandonner le passé à la miséricorde de Dieu, le présent à notre fidélité, l’avenir à la divine Providence ».

Je regarde la statue de Sainte Thérèse, qui a bien sa place dans cette chapelle. Elle écrivait un jour : « Le ciel est rempli d’âmes qui me chérissent ; un jour je connaîtrai celles qui m’ont aidé à devenir ce que je suis ». Je crois que c’est ça, la communion des saints.

D’ailleurs, chacun de nous, depuis notre jeune âge, nous avons été entourés d’une légion d’âmes qui nous ont soutenus par la prière. Un peu en confidence, je vous dirai que, dans les premiers temps de mon ordination sacerdotale, un certain 16 avril, un de mes frères a été emporté subitement par la maladie. Il était âgé de 30 ans, et c’était le Vendredi-Saint. L’année qui a suivi, toujours un Vendredi-Saint, un autre membre de notre famille nous quittait. On commençait à parler de ci de là, et une question circulait : et demain ? D’autant plus que la date de mon ordination approchait. Et la Providence a permis que la date retenue soit encore un 16 avril.
Ce premier 16 avril était un Vendredi-Saint, et cette année 2017, si vous vous souvenez, le jour de Pâques était aussi le 16 avril. Qui peut m’expliquer le lien mystérieux qu’il y a entre la croix douloureuse et la croix glorieuse ? D’ailleurs, spécialement en ce mois de juin, nous n’oublions pas cette croix glorieuse plantée par nos inoubliables devanciers en 1859 en Sierre-Leone. Cette croix n’est pas restée lettre morte, elle continue son œuvre de fascination ; aujourd’hui encore, elle attire des jeunes pour la mission. Si l’exemple de ces devanciers m’a stimulé, je ne peux pas cacher que dans notre Province de Strasbourg beaucoup de confrères m’ont édifié par leur témoignage et leur détermination.

J’évoquerai encore deux petits souvenirs. La « lampe à pétrole », c’est du passé, et la jeune génération n’a pas connu cette époque. La « lampe à pétrole » servait à se déplacer la nuit, par exemple pour se rendre à la chapelle. Ce qui m’a frappé, c’est que cette lampe éclairait très peu, mais juste ce qu’il fallait pour avancer dans la nuit en toute sérénité (et éviter pierres et serpents). L’auteur du Psaume 118 devait connaître cette lampe quand il dit : « Ta Parole, Seigneur, une lumière sur ma route, la lampe de mes pas ». Cette petite lumière dans la nuit m’a toujours fait penser à cette Parole de Dieu qu’il m’est donné de méditer chaque jour : chaque jour, une parole qui rassure, qui éclaire, et qui m’aide à découvrir la Présence de celui qui marche avec moi.

Le deuxième petit souvenir, c’est quelque chose, bien sûr, qui est à la portée de chaque missionnaire : la rencontre. La rencontre, l’échange, l’ouverture à l’autre. Si j’ai la chance de parler la langue de l’autre, aussitôt la peur et les préjugés disparaissent. On se retrouve d’égal à égal, chacun découvrant la richesse de l’autre. Et à travers quantité de proverbes, on découvre combien Dieu est présent de longue date dans cette culture.
Hier encore, notre prédicateur le rappelait : « le Seigneur nous précède en ce monde ». Même notre célèbre professeur d’Écriture Sainte à Saint-Pierre, Joseph-Arthur Eschlimann, le prédisait : « Vous ne portez pas Jésus-Christ en Afrique. Il est à l’œuvre bien avant que vous n’arriviez ».

Voilà, chers amis. Aujourd’hui nous communiquons beaucoup, et notre prédicateur a touché aussi le sujet : la communion est-elle toujours au rendez-vous ?

Pour terminer, je vous invite à bien regarder le timbre qui vient d’être édité par la S.M.A. : le célèbre vitrail réalisé par Paul Ahyi pour l’église de Tchébébé, au Togo, œuvre du Père Jean Perrin. Ce vitrail est plein de lumière, avec au centre la croix glorieuse faisant le pont entre le ciel et la terre. Pour moi, ce vitrail est une espérance, l’espérance qu’un jour chaque peuple, chaque culture aura sa place dans l’immense mosaïque du ciel pour chanter la gloire de Dieu.

C’est à cela que nous travaillons. Que le Seigneur nous aide !

Publié le 4 octobre 2017 par Bernard Bardouillet