La Grâce de Dieu pour les amis sma de Franche-Comté

Pour la troisième année consécutive, le Groupe d’amitié SMA de Franche-Comté avait choisi l’ancienne abbaye de la Grâce-Dieu, dans le Haut-Doubs, comme lieu de sa rencontre annuelle le mardi 1er août 2017. Plusieurs proches et amis sma d’Alsace et de Lorraine avaient répondu à l’invitation des organisateurs pour partager, cette année encore, avec les Francs-Comtois cette journée d’action de grâces et de mémoire des membres et amis des Missions africaines partis pour un monde meilleur depuis les dernières retrouvailles.

Sertie dans le vallon encaissé de l’Audeux, petite rivière dont la pittoresque cascade chante à quelques centaines de mètres à peine en amont, l’abbaye de la Grâce-Dieu, fondée au XIIe siècle, est un site merveilleux dont l’isolement et la quiétude sont admirablement propices au ressourcement spirituel, à la méditation et à l’introspection. Mais son choix comme lieu de rencontre se justifie également par la chaleur et la cordialité de l’accueil réservé aux hôtes par les Travailleuses missionnaires de l’Immaculée, de la Famille Donum Dei, qui occupent les lieux depuis l’année 2008, après le départ des dernières moniales cisterciennes (qui étaient présentes depuis 1927) pour l’abbaye Notre-Dame du Val d’Igny, dans la Marne. Les Travailleuses missionnaires, dont les jeunes filles en formation à la Grâce-Dieu, sont en grande partie originaires de pays d’Asie du Sud-Est. Elles sont plus de 2.200 aujourd’hui encore et ont essaimé sur les cinq continents pour œuvrer au service des plus déshérités.

Missionnaire à l’honneur et familles éprouvées
La journée de rencontre, dans un touchant esprit de partage et de convivialité, a été introduite, comme toujours, par une célébration eucharistique en l’église pluriséculaire de l’abbaye qui présente encore quelques structures de style roman de l’édifice d’origine du XIIe siècle. Ce temps d’action de grâces a été présidé cette année par le Père Bernard Bardouillet. Missionnaire au Togo et en congé dans son Jura natal, il a été particulièrement mis à l’honneur car il célèbre cette année un double anniversaire : ses 80 printemps et son jubilé d’or sacerdotal – 50 années de prêtrise passées en très grande partie au Togo.

Le célébrant était entouré par deux confrères sma francs-comtois (les Pères Jean-Marie Guillaume, ancien Supérieur général de la SMA et actuel vice-supérieur du District de Strasbourg, et Jacques Noirot, officiant de la chapelle des Missions africaines de Haguenau), ainsi que d’un ami de toujours de la SMA, l’abbé Albert Viennet, ancien vicaire épiscopal du Service de coopération missionnaire du diocèse de Besançon.

L’assemblée de plus d’une soixantaine de personnes, qui avait en grande partie pris place dans les stalles étagées du chœur néo-gothique reconstruit au XIXe siècle, a fait mémoire au cours de cette célébration des membres et amis de la SMA du district de Strasbourg décédés depuis la dernière rencontre. Dans son mot d’accueil, le Père Jean-Marie Guillaume a cité de grandes familles francs-comtoises, depuis toujours investies – soit par le service missionnaire, soit par le soutien spirituel et matériel, soit par les deux – dans les Missions Africaines, qui ont été durement éprouvées par la disparition d’un, voire deux des leurs depuis un an : en particulier les familles Piranda, Bouhelier, Guillaume, Bretillot et Billotte.

Sans oublier l’Alsacienne Marie-Reine Schneider, née Kriegel, décédée deux jours plus tôt à l’âge de 72 ans. Membre honoraire de la SMA depuis 2005, comme son époux Gilbert, elle aussi était assidue aux annuelles rencontres des amis sma de Franche-Comté. En mémoire de tous les défunts, une douzaine de bougies ont été allumées et alignées sur l’autel par des proches.

« Nous apportons aussi nos joies, nos difficultés, nos problèmes de santé que l’âge de plus en plus nous impose », a ajouté le Père Guillaume. « Nous sommes ici rassemblés, comme dans la tente de Moïse et sa rencontre avec Dieu [1], pour un temps de paix, de partage du pain et de la parole. » En ce mardi 1er août, on fêtait aussi les Alphonse, et ses confrères des Missions Africaines avaient bien évidemment une cordiale pensée et les meilleurs souhaits pour Alphonse Kuntz, jusqu’à cette année missionnaire à Saoudé au Togo. Grande figure théologique du XVIIIe siècle, fondateur de la congrégation des Rédemptoristes pour l’évangélisation des campagnes, saint Alphonse a donné « un ton nouveau à la théologie morale, mettant déjà plus l’accent sur la miséricorde que sur la punition . Etablissant un lien avec le jubilé d’or sacerdotal du Père Bernard Bardouillet, Jean-Marie Guillaume a invité l’assemblée à « rendre grâce au Seigneur pour ces 50 ans de service, de joies, de bonheur, de labeur et de peine. Bernard, comme saint Alphonse, a été et reste toujours rempli d’ardeur pour ses frères autour de lui. Comme saint Alphonse, il est pour nous un exemple. »

La parabole du bon grain et de l’ivraie
Dans son homélie, le prédicateur est revenu sur la parabole du bon grain et de l’ivraie rapportée par l’évangéliste Matthieu : le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ, et un ennemi est venu pour y semer de l’ivraie, du « cheni » selon l’expression usitée en Franche-Comté... « Le cultivateur, à sa manière, illustre les paraboles de Jésus et contribue à réaliser le Royaume. Cette parabole peut être appliquée à toute terre humaine, à chacune et chacun d’entre nous. En chacun de nous il y a un vrai mélange de bon grain et d’ivraie. Cela nous ramène à l’humilité et nous retient de critiquer ou de juger notre voisin, l’autre… Ce qui fait aussi apprécier cette parabole, c’est l’espérance qu’elle suscite. S’y manifestent en effet la présence, la patience et l’amour de Dieu pour son peuple, pour l’humanité. Nous entendons souvent dire que le monde difficile dans lequel nous vivons a perdu ses valeurs, nous n’arrivons plus à discerner le vrai du faux, le bon du moins bon. Notre réaction ne doit pas être de nous lamenter et de grogner, mais de prendre soin du bon grain qui a été semé par le maître de la moisson… Nous rêvons d’un monde sans guerre, sans jalousie, sans peur, sans désespoir. Mais la vie de tous les jours, jusque dans nos familles et nos communautés, ressemble bien souvent à un champ de « cheni », à un champ de lutte plus qu’à un lieu de paix. Notre espérance, notre foi, nos luttes pour un monde meilleur ne se concrétiseront sans doute jamais, mais elles sont nécessaires, elles font partie du terreau chrétien, de notre témoignage de ce Dieu qui patiemment nous accompagne et veut nous combler. »

Partage et convivialité
L’animation musicale et vocale de la célébration a été assurée, comme les années précédentes, par le président du Groupe d’amitié sma de Franche-Comté, le Dr Michel Bourgeois, qui avec sa guitare a entraîné l’assemblée dans l’interprétation de chants de circonstance. Et avant l’envoi, la communauté tout entière a lu une prière pour la béatification du fondateur de la Société des Missions africaines, Mgr Melchior de Marion Brésillac.

L’ensemble des participants s’est retrouvé ensuite dans les salles voûtées des bâtiments conventuels datant des XVIIe et XVIIIe siècles pour l’apéritif suivi d’un goûteux repas servi avec diligence par les jeunes Travailleuses missionnaires. Leur remarquable chorale a agrémenté ce temps de partage, de fraternité et de cordiale convivialité d’un magnifique florilège chantant l’amour de Dieu pour l’humanité, l’espérance, la paix, la fraternité, et louant et remerciant le jubilaire Bernard Bardouillet « prêtre pour l’éternité ». Un groupe issu de cette même chorale a présenté, en final, une danse orientale exécutée avec beaucoup de finesse et de grâce.

[1] D’après la première lecture du jour, tirée du livre de l’Exode.

Publié le 4 octobre 2017 par Etienne Weibel