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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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La joie que je vous souhaite
Article mis en ligne le 26 février 2016

par Bernardin Kinnoume

Quelques enseignements de Mgr de Brésillac et du Pape François sur la joie.

À l’occasion des 50 ans de la Constitution Dogmatique Lumen Gentium sur l’Église, qui traite en son Chapitre VI des Religieux, le Pape François a décrété cette année 2015 année de la vie consacrée [1].

Dans sa lettre aux consacrés, le Saint Père nous invite à « relire » l’histoire de nos instituts pour y redécouvrir nos valeurs et l’esprit de nos fondateurs et fondatrices. Le Pape précise trois objectifs pour cette année de la vie consacrée : d’abord regarder le passé avec reconnaissance, ensuite vivre le présent avec passion et enfin embrasser l’avenir avec espérance. Il invite à faire ce cheminement sur fond de la joie. Par ailleurs, pratiquement tous ses écrits, ses enseignements, ses homélies et ses messages depuis le début son ministère comme successeur de Pierre nous invitent à la joie. « Pape de la Joie », le Pape François ne cesse de mettre l’accent sur l’importance, le sens et la place de cette vertu dans la vie de tout chrétien. Particulièrement, en cette année de la vie consacrée, il tient à inviter tous les consacrés à se replonger dans la joie de suivre Jésus. Cet appel à la joie du Saint-Père rejoint l’un des enseignements chers à notre fondateur, Mgr de Brésillac : « La joie que je vous souhaite ».

Missionnaires pour « réveiller le monde »
Chaque vocation est toujours une aventure à la suite du Christ, qui nous appelle et nous envoie continuer son œuvre de rédemption, chacun à sa manière. Pour nous consacrés, chacun de nos charismes est une réponse à notre vocation d’être lumière et sel pour toute l’humanité [2]. Cette vocation d’éclairer le monde et de transformer la terre est incorporée à ce que nous sommes déjà devenus par le baptême et, en plus, par notre engagement à la suite du Christ dans nos instituts de vie consacrée : enfants de Dieu et disciples et témoins du Christ.
La société humaine vers laquelle nous sommes envoyés pour être témoins est par ailleurs sans cesse en mutation. L’Église essaie d’adapter sa manière de proclamer la Parole de Dieu aux différents âges de l’humanité. Comme nous le disons d’ailleurs souvent dans nos grandes assemblées de la Société des Missions Africaines, nous sommes toujours « attentifs aux signes des temps nouveaux [3] » pour répondre efficacement aux attentes de la société. C’est dans ce sens que le pape François nous invite à considérer ce que le monde attend de nous aujourd’hui : « Les gens aujourd’hui ont besoin, certainement de paroles, mais ils ont besoin surtout que nous témoignions de la miséricorde, de la tendresse du Seigneur qui réchauffe le cœur, qui réveille l’espérance, qui attire vers le bien. La joie de porter la consolation de Dieu [4]. » Autrement dit, quel que soit notre charisme, le monde attend de nous ce témoignage du sourire de Dieu. D’ailleurs, le Pape François nous précise que « la vocation à la vie consacrée est la réponse généreuse à l’invitation du Seigneur à le suivre dans la joie au service de sa Parole ». Par notre témoignage de vie, nous devons « être des hommes et des femmes capables de réveiller le monde [5] ».

A la suite du Christ, le prêtre, le religieux, ou le consacré en général, est donc le témoin joyeux de l’amour et de la miséricorde du Seigneur au monde. Mgr de Brésillac disait déjà au cours de sa retraite aux missionnaires à Pondichéry en 1849, que le missionnaire est « comme Jésus-Christ dans l’œuvre de Dieu [6] », il est « coopérateur de Jésus-Christ, continuateur de l’œuvre de la rédemption [7] ». Il disait encore que « prêtres, missionnaires, notre temps, notre vie, notre être ne sont plus à nous ; nous nous devons entièrement à l’œuvre de notre Père… [8] ». Et Mgr de Brésillac nous rappelle que cette œuvre n’est pas celle du prêtre lui-même, mais la continuation de celle confiée à Jésus par le Père. « Cette œuvre, pour le Verbe incarné, c’était d’éclairer le monde, d’établir le règne de la grâce dans l’âme de ses élus, de greffer la Loi d’amour sur la Loi de rigueur ; c’était enfin de mourir pour nous tous sur la croix. Voilà quelle était pour Jésus-Christ l’œuvre de son Père, et pour nous, c’en est la continuation [9]. »


Missionnaires de la joie
Notre mission de consacré est de suivre le Christ dans la joie et d’éclairer le monde en lui apportant cette joie de Dieu. Cette joie, nous devons d’abord la posséder en nous. Elle est d’ailleurs essentielle non seulement à la bonne marche de notre ministère mais aussi à l’épanouissement de notre vie humaine. « La joie n’est pas un ornement inutile, elle est exigence et fondement de la vie humaine. Dans les soucis quotidiens, chaque homme et chaque femme aspire de tout son être à atteindre la joie et à y demeurer. Dans le monde, il y a souvent un déficit de joie. Nous ne sommes pas appelés à accomplir des gestes épiques ni à proclamer des paroles retentissantes mais à témoigner de la joie qui vient de la certitude de se sentir aimés, de la confiance d’être sauvés [10] ».

Les Constitutions et Lois de la Société des Missions Africaines l’ont d’ailleurs bien signifié quand elles stipulent que « grâce à la force de l’Esprit-Saint, par la fidélité constante à notre engagement missionnaire, par le témoignage du célibat pour l’amour du Royaume et par l’observance de notre droit propre comme règle de vie, nous nous efforçons d’être, parmi les nations, des témoins joyeux de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, de la foi dont nous vivons, de l’espérance qui nous anime et de la puissance fraternelle et libératrice de l’Évangile [11] ». Sans être un témoin joyeux, le consacré ne peut pas répondre à sa vocation de sainteté et conduire les autres à la sainteté. Le Pape François disait qu’« il n’y a pas de sainteté dans la tristesse ! [12]. » La joie est le signe par lequel l’on doit reconnaître le consacré, comme le dit le pape François : « c’est votre vie qui doit parler, une vie de laquelle transparait la joie et la beauté de vivre l’Évangile et de suivre le Christ [13] ».

La joie qui nous anime, qui nous meut et nous met en route à la suite de Jésus, doit pouvoir transparaitre à travers notre ministère et contaminer ceux qui nous entourent. Mgr de Brésillac disait que le missionnaire est un homme de joie ; la joie ne doit jamais nous quitter, disait-il [14]. La joie est la seule vertu qui peut soutenir notre zèle et notre courage à l’œuvre du Seigneur [15].

Lors de sa rencontre avec les séminaristes et les novices en 2013, le Pape François disait : « Je voulais vous dire un mot et ce mot, c’est la joie. Partout où il y a les consacrés, les séminaristes, les religieuses et les religieux, il y a de la joie, il y a toujours de la joie ! C’est la joie de la fraîcheur, c’est la joie de suivre Jésus, la joie que nous donne le Saint-Esprit, pas la joie du monde. Il y a de la joie ! Mais où naît la joie ? [16]. »

« La joie que je vous souhaite »
L’être humain est naturellement porté à la recherche de ce qui peut lui procurer de la joie. Cependant, comme le disent Mgr de Brésillac et le Saint-Père François, il y a le risque d’essayer de se contenter de la joie du monde, de cette joie passagère qui ne comble pas. « Où naît la joie ? » demandait le Pape François. La vraie joie naît de la rencontre avec le Seigneur. Elle est le don messianique par excellence, comme Jésus lui-même le promet : pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète [17]. On ne peut aller à sa rencontre sans retrouver la joie. Le Pape François le disait déjà dans l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium : « La joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Avec Jésus Christ, la joie naît et renaît toujours [18] ». Comblé de cette joie, on devient à notre tour messager de la joie : « Celui qui a rencontré le Seigneur et le suit avec fidélité est un messager de la joie de l’Esprit [19] ».

Mgr de Brésillac disait déjà au cours de sa retraite aux missionnaires, que la joie naît avec la rencontre avec le Seigneur et qu’elle demeure quand on est en compagnie du maître. « C’est en abandonnant tout, en quittant tout et surtout en se quittant soi-même qu’on peut espérer trouver Jésus Christ et persévérer en sa sainte compagnie avec ses plus fervents disciples et ses apôtres. Aimable compagnie, qui donne à elle seule plus de joie que tous les biens du monde, et qui est l’avant-goût des joies du Ciel [20] ». Pour Mgr de Brésillac, la joie du missionnaire réside dans la conscience de savoir que le Seigneur Jésus est toujours avec nous, puisque lui-même l’a promis avant de repartir dans sa gloire : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde [21] ». Le Seigneur Jésus « n’a pas tout à fait quitté la terre ». Le fait de le savoir à nos côtés et avec nous doit nous aider à bannir toute crainte et ranimer notre courage [22]. « Allons donc comme de vrais apôtres, pleins de joie, pleins de zèle, pleins de courage. Ces trois vertus seront la preuve que nous resterons fidèles à notre maître, tandis qu’elles nous soutiendront dans les épreuves de notre ministère qu’elles rendront facile, doux et fructueux ». C’est par cette belle exhortation que Mgr de Brésillac finissait la retraite prêchée à ses confrères au Synode de Pondichéry en 1849.

Puis, parlant de la joie, il avertit que le missionnaire ne peut pas se laisser distraire par des joies factices qui ne pourront jamais le combler. « Ne croyez pas que j’entende parler d’une joie bruyante et dissipée, qui ne convient jamais aux apôtres… Je ne parle pas non plus de cette joie mondaine qu’alimentent les railleries, sœurs de la médisance, qu’émaillent les subtilités de l’esprit, filles de l’orgueil, de cette joie qui n’a presque jamais lieu qu’aux dépens de la parfaite modestie, et qui finit rarement sans donner lieu à quelque cause de tristesse. Souvent elles sont dangereuses, quelquefois même blâmables. Cette joie mondaine est d’ailleurs trompeuse, ne réside que sur les lèvres, et si, momentanément, elle dilate le cœur, elle n’y établit pas sa demeure et ne contente point [23] ».

Après avoir décrit la fausse joie, Mgr de Brésillac précise la vraie joie : « La joie que je vous souhaite, celle qui doit être la compagne fidèle de vos travaux, c’est la joie du cœur, la joie d’une conscience pure, la joie du serviteur fidèle qui aime son maître et qui se réjouit de travailler pour lui, la joie d’une légitime vocation qui nous fait nous trouver bien là où le Seigneur nous a mis, qui n’envie rien, qui ne désire rien, qui ne regrette rien, parce qu’elle n’a plus qu’un désir dans le monde : faire ce que Dieu veut, comme Dieu le veut et plus rien [24] ».

« Être missionnaire du fond du cœur »
Cette fameuse expression de Mgr de Brésillac traduit entièrement la vocation de tout consacré et de tout missionnaire. Être missionnaire du fond de son cœur, c’est être consacré entièrement au Seigneur dans la joie et témoigner de cette joie à travers notre ministère et dans nos communautés. La congrégation pour les instituts de vie consacrée et sociétés de vie apostolique, dans sa première lettre aux consacrés en cette année de la vie consacrée, l’a bien signifié : « Un cœur missionnaire est un cœur qui a connu la joie du salut du Christ et la partage comme consolation, conscient des limites humaines [25] ».

Le partage de cette joie doit commencer dans nos maisons et nos communautés, qui doivent être et demeurer des foyers de joie. Elles doivent être les premiers lieux de l’implantation de l’Évangile, dont nous sommes les témoins. Nous commençons en effet à être missionnaires du fond du cœur à partir de nos maisons de formation et nos communautés de plus en plus internationales et diversifiées. « La fraternité est le premier évangile et le plus crédible que nous puissions raconter [26] ».

« La vie fraternelle en communauté », ce texte de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique disait qu’« une fraternité sans joie est une fraternité qui s’éteint. […] Une communauté riche de joie est un véritable don du Très-Haut, accordé aux frères et sœurs qui savent le demander, et qui s’acceptent mutuellement en s’engageant dans la vie fraternelle avec confiance en l’action de l’Esprit [27] ».

On serait malheureux dans notre vocation à la suite du Seigneur sans la joie qui vient de lui. C’est elle que je nous souhaite.

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