La mission de Marie-Reine Schneider (1945-2017)

Membre honoraire de la Société des Missions Africaines, Marie-Reine Schneider est décédée à son domicile, à Reichstett (Bas-Rhin) le dimanche 30 juillet 2017 à 72 ans. Le 9 juillet 2016, Marie-Reine et Gilbert Schneider célébraient leurs noces d’or dans la joie et l’émotion. Ce jour-là, comme le proposait la liturgie, nous avons demandé au Seigneur de donner à Marie Reine et Gilbert « de rester encore longtemps ensemble pour leur joie et le bonheur de tous… de les garder l’un à l’autre et de les tenir unis jusqu’à l’heure où ils seront conviés aux noces éternelles ».

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A Kilulu (Tanzanie) en 2004
A gauche, le P. Guillaume ; à droite, Gilbert et Marie-Reine Schneider
Photo Jean-Marie Guillaume

Une vie marquée par la souffrance

Mais déjà en ce jour, le mal, secrètement, avait commencé à ronger le corps de Marie-Reine. Elle avait dû négocier auprès du médecin pour que la célébration puisse avoir lieu comme prévu, au jour prévu. Depuis, Marie-Reine et Gilbert sont restés unis dans la patience, dans la souffrance et la lutte contre le mal. Tout au long de sa vie, Marie-Reine a traversé de dures épreuves de santé. Les médecins avaient pensé qu’elle atteindrait à peine l’âge de 16 ans. Bien des fois aussi, elle a dû passer par la table d’opération. Mais, dans sa fragilité apparente, elle était forte et confiante. Les soins intensifs et répétés, la délicatesse des infirmières et des médecins, la présence continuelle et tendre de son mari ont fait que Marie-Reine a pu résister une année encore. Toutes ceux qui l’ont accompagnée et soignée n’ont pu finalement qu’être témoins de douleurs indescriptibles qui nous ont rappelé combien nous sommes impuissants devant le mystère de la souffrance humaine et de la présence divine dans le cœur du croyant.

L’amour d’un travail bien fait

Marie-Reine était la seule fille, avant dernière d’une fratrie de cinq. Il y avait beaucoup de vie et d’espièglerie à la maison. Les frères n’acceptaient pas que leur sœur ait des privilèges, elle devait davantage participer aux tâches domestiques de la famille. Le papa était agent de la S.N.C.F. Devenu chef de gare à Ingwiller, il y a construit une maison où il a résidé jusqu’à la fin de sa vie [1]. Après sa scolarité au village, Marie-Reine a suivi une formation secrétariat-dactylographie-sténographie et a été embauchée à la Soméca, à Reichshoffen. En 1964, elle réussit le concours de secrétaire à la S.N.C.F et obtient un poste aux ateliers de Bischheim. Elle se retrouve bien vite secrétaire de direction. Elle a beaucoup aimé l’esprit de fraternité et de solidarité qui régnait aux ateliers, y apportant son sens de la justice et le respect auquel toute personne humaine a droit. Bien des fois, elle est intervenue pour défendre des employés. Elle est devenue une personne de référence à qui les directeurs se devaient de demander conseil. Le témoignage poignant d’un ex-syndicaliste des ateliers lors de ses obsèques a levé le voile sur cet aspect peu connu de la vie de Marie-Reine.

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A Nd’wamapalala (Tanzanie) en 2004
Photo Jean-Marie Guillaume

Un engagement dans la vie paroissiale et sociale

« Je ne regrette rien de ma vie, disait Marie-Reine à la veille de ses noces d’or, je ne regrette pas d’avoir passé toute ma vie avec Gil… Nous avons essayé de nous engager au maximum vers l’extérieur pour compenser un peu les enfants que nous n’avons pas eus et qu’on aurait aimé avoir. » Marie-Reine a épousé Gilbert Schneider le 9 juillet 1966. Ils ont d’abord habité à Bischheim et ont ensuite construit une maison à Reichstett. Le couple a continué à agrandir la maison et à l’entretenir avec passion, à la rendre agréable et accueillante, l’entourant de plantes et de fleurs. Plusieurs fois primée, elle a même été classée « hors concours ».

La lecture à la célébration des noces d’or, reprise lors de la liturgie des funérailles, commence ainsi : « Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés, revêtez-votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience [2]. » Choisie par Dieu, Marie-Reine, comme Gilbert, comme nous tous, l’a été. Avoir la foi, vivre de sa foi, en témoigner, était pour elle un privilège qui n’a guère été ébranlé dans sa grande souffrance.

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En Tanzanie (2004)
Photo Jean-Marie Guillaume

Dès son arrivée à Reichstett, elle s’est mise au service de la paroisse. C’était naturel chez les Kriegel, comme chez les Schneider, de participer à la vie paroissiale et de s’y engager. Marie-Reine a servi comme secrétaire paroissiale, fabriquant avec soin la feuille du dimanche et le bulletin, tenant même les registres jusqu’à la veille de son décès, participant activement aux diverses manifestations liturgiques et festives, comme par exemple la célébration de « la crèche vivante », le 25 décembre. Pendant 45 ans, avec son mari, elle a été membre de la chorale Sainte Cécile. Ils ont été très présents auprès des prêtres, accompagnant, dès son arrivée à Reichstett, le curé Gérard Fritsch, qui fut bien vite attaqué par la maladie. Grâce à eux et à leur entourage, Gérard a pu prolonger son service pastoral à Reichstett pendant plusieurs années. Marie-Reine a pris aussi beaucoup de temps pour accompagner ses beaux-parents et sa maman, qui comptaient beaucoup pour elle. Pendant sept ans, presque tous les soirs, elle allait lui donner le repas et la préparer à affronter la nuit. Sa maman décédée, elle a continué à fréquenter la maison de retraite pour assister régulièrement d’autres personnes.

Poser un regard compatissant sur qui est au bord du chemin, le rendre présent au monde, a été aussi une part de sa mission, part probablement inattendue, mais qui l’a mise en mouvement. Humblement, dans la mesure de ses possibilités, avec Gilbert, Marie-Reine a accueilli et accompagné bien des personnes en recherche d’écoute, de fraternité, frappées par le deuil d’un être cher ou la fragilité ; souvent, ces gens que la vie lui faisait rencontrer n’étaient pas du même milieu ou des mêmes traditions mais ont trouvé chez elle un lieu de paix pour une pause réparatrice.

Une ouverture à la mission en Afrique.

Le premier contact avec les Missions Africaines remonte au début des années 70. « Une histoire simple », écrit-elle lors de son accueil comme Membre Honoraire en juin 2005. « Un membre de notre famille nous fait découvrir l’existence de la SMA en nous présentant un Père en mission au Togo. Désireux de nous investir un peu pour un pays en voie de développement, nous avons choisi le Togo. Ce lien a perduré. Peu de temps après, des missionnaires sma sont venus dans notre paroisse pour seconder notre curé malade. L’envie de connaître d’autres Pères sma nous a poussés très vite à les rencontrer personnellement… Ils nous ont communiqué de plus en plus le goût pour l’Afrique. En 1991, pour élargir nos liens avec la SMA, nous avons réussi à créer un jumelage avec la Côte d’Ivoire au sein de la paroisse. Un intéressant et solide groupe de paroissiens s’est donc formé et a organisé (pendant vingt ans) une soirée « tarte flambée » dont la recette allait en Côte d’Ivoire. En 1993, grand bonheur, notre premier voyage en Côte d’Ivoire a pu se réaliser. Tout ce qui nous a été confié, nous l’avons vu de nos propres yeux. C’était très impressionnant, très éprouvant aussi : heureux et triste à la fois. Nous en sommes revenus enrichis et décidés de faire notre possible pour encourager et aider les missionnaires dans leurs si belles missions en Afrique. En 1995, un deuxième voyage au Togo et au Bénin a encore resserré nos liens. Les missionnaires sont devenus notre famille. Ils nous aident à mieux vivre notre foi par leur courage et surtout leur témoignage… Pour couronner cette histoire nous avons eu la chance de visiter le Kenya et la Tanzanie : très différents de l’Afrique de l’Ouest, mais tout aussi enrichissants… »

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En Tanzanie (2004)
Photo Jean-Marie Guillaume

Le premier contact avec la SMA en 1970 a donné lieu à une initiative de partage. Dans la paroisse du missionnaire, un groupe de personnes a décidé de donner chaque mois une petite somme pour sa subsistance et ses œuvres au Togo. Suite à des décès, le groupe s’est amenuisé, le missionnaire est lui-même décédé, mais les membres de la famille de Marie-Reine continuent à soutenir le prêtre diocésain qui lui a succédé et entretiennent avec lui une correspondance fraternelle régulière.

[1] La S.N.C.F était une des références de la famille Kriegel. Deux garçons ont exercé le métier de « conducteur » et « contrôleur » de trains.

[2] Colossiens 3, 12.

Publié le 4 octobre 2017 par Jean-Marie Guillaume