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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Mission et François. Va-t-on changer de cap ?
Article mis en ligne le 25 novembre 2013

par Jean-Pierre Frey

La Mission selon l’évangile
Dans l‘évangile, la mission est d’abord une réponse aux attentes de tous les gens en détresse (lépreux, sourds, aveugles, paralysés) qui accourent en criant : Jésus Fils de David aie pitié de moi ! Misereor super turbam [1]. Cette pitié-là est positive. Elle ne verse pas des larmes de compassion mais elle pousse à l’action : donnez-leur vous-mêmes à manger !

La mission est ainsi un geste de libération [2], à tous les niveaux, de toutes les nombreuses possessions humaines. Il est initialisé par Jésus à travers sa parabole de ce geste de solidarité du Samaritain : c’est la miséricorde que je veux et non pas vos sacrifices, ni vos prières ânonnées, ni vos réunions bavardées… C’est dur.

Et pourtant, si l’on écoute Mt 25, un simple verre d’eau donné fait de moi un missionnaire. Mais c’est vite dit, ça : par un verre d’eau, tu veux répondre à un homme en détresse et en attente, simplement parce qu’il a soif ? Eh oui, parce que tu as su voir où était sa détresse et où était sa soif, et que tu as trouvé le moyen de l’en sortir.
C’est ce que le Seigneur a fait avec la Samaritaine. Il a su éveiller en elle la vraie soif de l’attente qui l’habitait [3]. Alors, comme libérée d’un cauchemar par un brusque réveil, elle court en criant : Il m’a tout dit ! C’est une parole qui l’a guérie, malgré le verre d’eau qu’elle n’a pas su donner…

Dans la même lignée, les gestes simples du pape François nous donnent une leçon missionnaire. Ce faisant, nous sommes sans doute des « missionnaires » selon le Royaume, mais peut-être pas selon l’Eglise, avec sa panoplie de sacrements du salut et son catéchisme. Nous sommes alors confrontés à une dichotomie : que choisir, du Royaume ou de l’Eglise, car les deux ne se superposent pas et ne se recoupent pas ?


Royaume, Eglise, mission… et François
Le Royaume est ouvert à tout homme – c’est Jésus qui le dit, et François le reprend - sans aucune idéologie, ni crainte ni contrainte. L’Eglise, par contre, reste souvent fermée sur elle-même, sur ses dogmes et ses célébrations qui excluent les « impurs » et les indignes.

Il y a un là un problème, parce que ce n’est pas en excluant que l’on invite au Royaume, Jésus ne nous a pas établis juges. Quand il dit à Pierre : Je te donnerai les clefs du Royaume, il lui dit en sourdine : c’est à toi « d’ouvrir et de délier » et ainsi d’inviter les gens à entrer, sans les juger ni mettre des obstacles à leur cheminement. C’est ça, le rôle d’un pape missionnaire.
Ce qui veut dire également que les baptisés sont envoyés pour organiser leur communauté en collaboration et fraternité. Pour cela, point n’est besoin de principes spéciaux Tout se trouve dans l’évangile, et il faut commencer par les Béatitudes.
Finalement, le rôle du missionnaire est d’inviter à rencontrer le Christ. Le Christ, dans son Esprit, nous invite à vivre selon l’évangile, et l’évangile nous invite à rayonner en communauté. Ceci est la mission de tout baptisé car c’est le Christ qui nous a dit lors de notre baptême : Allez et soyez lumière.

Sil’ on veut réaliser les cinq piliers tels qu’ils sont sortis, selon le journal « La Croix » de la visite de François à Rio [4], on ne peut échapper à un certain retournement, un dépouillement et une réelle déconstruction. Le pape veut une Eglise synodale et collégiale, une Eglise moins idéologique [5], une Eglise ouverte à chacun, une Eglise pauvre et servante, une Eglise à contre-courant ? Ce sont des journalistes qui l’ont suivi de près qui ont tiré avec justesse ces conclusions de son faire et de son dire. Ce n’est pas la vision d’une Eglise trop structurée mais celle du Royaume qui place le corps mystique sur un tout autre niveau et qui appelle tout homme à se retourner dans la bonne direction, qui est celle de l’évangile.

Utopique non ? Mais fortement différent de ce que nous avons vécu jusqu’à présent. Paul a dit : le Christ, pour devenir homme et pour vivre et penser en homme, s’est dépouillé de ses « vêtements et prérogatives » divins ; il a appelé cela la « kénose [6] » Eh bien ! si le Christ, pour se faire homme, avait besoin de cette kénose / dépouillement, l’homme, pour remonter vers le Père, en a également besoin. Car pour monter, il faut s’alléger. N’importe quel pilote de planeur vous dira cela.

La mission doit être allégement. François, dès son départ comme pape, nous l’a montré. Il s’est incliné devant la foule pour lui demander de cheminer avec lui, afin que tous, peuple et pasteur, cheminent ensemble. Le Christ dans l’évangile nous a dit : Si vous partez en mission, une tunique suffira et une paire de sandales. Comptez sur la capacité de ceux qui vous accueillent et qui vous donnent l’hospitalité en partage. Il faut dire qu’aujourd’hui, on a plutôt tendance à rouler en 4x4 pour porter la Parole, avec moins de heurts pour la parole, forcément !

Mais tout cela, si ça continue, risque plus de chambarder la vieille dame « Eglise » dans son comportement que dans sa doctrine et sa morale. C’est le comportement en fidélité à la parole évangélique qui est finalement le vrai appel missionnaire. Voyez comme ils s’aiment nous diront les Actes [7] : Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. C’est par leur comportement qu’ils ont attiré les premiers croyants. Et nous, nous serons bien plus missionnaires par notre comportement que par nos discours. Pas besoin d’un col romain pour cela.

Utopique que tout cela ? Je ne pense pas, mais long et pénible, ça c’est sûr… Si quelqu’un veut me suivre qu’il prenne sa croix à sa manière et qu’il me suive ! Ah ! Ce sera plus long que d’aller à Compostelle, mais c’est un choix à faire. Plus que jamais le monde est en attente, un tantinet sceptique et ahuri sans doute comme la Samaritaine, et, à sa manière, il nous attend.

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