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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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La Mission SMA en Côte d’Ivoire
Article mis en ligne le 31 mars 2015

par Charles d’Almeida

Le 23 avril 2014, la Société des Missions Africaines a fêté à Abobo-Doumé, en Côte d’Ivoire, le bicentenaire de la naissance de son fondateur. Qui sont ces prêtres blancs qui ont tenu coûte que coûte à porter l’évangile et l’enseignement en Côte d’Ivoire, malgré les maladies qui les foudroyaient par dizaines ? Cent dix-neuf ans après, voici le témoignage de leurs successeurs.

L’histoire de la Société des Missions Africaines commence avec un jeune homme, Melchior de Marion Brésillac, né le 2 décembre 1813 dans le diocèse de Carcassonne et ordonné prêtre 25 ans plus tard. D’abord vicaire à la paroisse Saint Michel de sa ville natale, Castelnaudary, il décide de se consacrer totalement à la mission dans l’Institut des Missions Etrangères de Paris. Après une brève préparation, il est envoyé en Inde où il débarque en 1842.
Il se dévoue à faire connaître Jésus-Christ et à démarrer la formation du clergé autochtone pendant 13 ans. En mars 1855, il démissionne et va rencontrer le Pape à Rome, pour se consacrer « aux peuples les plus abandonnés de l’Afrique ». Il se propose pour le Dahomey, mais le Souverain Pontife et la Congrégation pour l’Évangélisation de Rome ne souhaitent pas qu’il s’y aventure seul. Ils lui recommandent d’y aller avec un groupe, une société de missionnaires. La Société des Missions Africaines voit ainsi officiellement le jour à Lyon, en France, le 8 décembre 1856. C’est la Sierra Leone qui l’accueille le 14 mai 1859.
Mgr De Brésillac, qui était accompagné de deux prêtres, trouve sur place deux autres qui les avaient devancés. Mais à Freetown, la capitale, sévissait une terrifiante épidémie de fièvre jaune. Quelques jours après son arrivée, il décrit la situation sur le terrain, à travers cette lettre qui avait tout l’air d’une prémonition : « Des six que nous étions il y a quelques jours, nous restons trois, accablés de douleurs, de fatigue, et moi-même je suis dévoré par la fièvre depuis deux jours. Si le Bon Dieu veut que la mission finisse en même temps qu’elle commence, que sa volonté soit faite ! ». Le 25 juin 1859, six semaines après son arrivée, il meurt, terrassé par la fièvre jaune.

La mission de la sma continue malgré la mort de son fondateur
Malgré la fièvre jaune qui faisait des ravages dans leurs rangs, les missionnaires sma n’ont pas voulu abandonner l’Afrique. Plus de 300 d’entre eux, âgés de moins de 30 ans, mourront de cette maladie, véritable ébola de l’époque, avant d’avoir passé deux ou trois années en Afrique. En 1861, trois ans après la Sierra Leone, c’est le Dahomey (l’actuel Bénin), le Nigeria, le Togo et le Ghana, qui les accueillent. En 1876, la présence de religieuses devint nécessaire pour l’éducation et l’évangélisation des femmes. La congrégation des sœurs Notre Dame des Apôtres voit ainsi le jour.
La Mission arrive en Côte d’Ivoire le 28 octobre 1895. Auparavant, le 11 janvier de cette année, le gouverneur de l’époque, M. Binger, protestant de confession, écrit une lettre à Rome, puis au Supérieur Général sma à Lyon, dans laquelle il lui fait part du besoin d’instruire les populations. L’administrateur colonial, qui disposait d’un budget alloué à l’éducation, se dit prêt à le mettre à la disposition des missionnaires sma, si ceux-ci acceptent de prendre en charge les écoles.

Les premiers missionnaires arrivés à Grand-Bassam, la première capitale du pays, étaient les Pères Alexandre Hammard et Emile Bonhomme. Bien après leur installation, le Père Hammard fit ce témoignage : « Excepté quelques Sénégalais et Gabonais, venus pour y exercer le commerce ou l’industrie, il n’y avait pas un seul chrétien noir à Grand-Bassam. La population blanche, fort peu nombreuse à cette époque, se croyait et se croit encore, malheureusement, absolument dispensée de toute pratique religieuse... ». De ce même récit l’on apprend que l’instituteur laïc venu de France pour prendre la direction de cette première école de Grand-Bassam a dû être rapatrié d’urgence, vu que la fièvre et l’anémie avaient « affecté ses facultés intellectuelles ».
Le 30 décembre 1895, c’est Memni (sous-préfecture d’Alépé), qui accueille les premiers prêtres, les Pères Emile Bonhomme et Pierre Méraud. Le père Bonhomme relate dans un document, l’accueil de la population : « Je suis arrivé le 30 décembre, avec un cortège composé de mon domestique, d’un esclave racheté peu de jours auparavant et de quelques porteurs chargés de mon petit bagage. Toute la population m’a accompagné à la case royale. Le vieux roi, assis sur un morceau de bois, m’a reçu, entouré de toute sa cour. Tu es, me dit-il, le premier Blanc qui ait pénétré dans mon royaume. Tu viens pour me faire du bien, j’en suis heureux, j’espère que tu nous porteras bonheur, à moi et à mes sujets. Choisis l’endroit le plus convenable pour élever ta case. Je t’en ferai cadeau. »
Mais, peu de temps après, la cohabitation entre ces Pères blancs et les autochtones Attié devient difficile. A la base de cette mésentente, le choc des cultures : certaines pratiques, notamment les sacrifices humains, sur lesquelles l’administration coloniale avait jusque-là fermé les yeux, sont en contradiction totale avec la foi prêchée par ces missionnaires blancs. En les dénonçant vivement, le Père Bonhomme et les missionnaires vont très vite s’attirer les foudres de leurs hôtes. Les autochtones Attié se braquent contre ces anticonformistes et les déclarent personas non gratas. Ils se méfient de leur enseignement et désertent leur école. Désappointé, le Père Bonhomme était à deux doigts de renoncer à la mission, son témoignage est sans équivoque : « La mission de Memni est en mauvaise voie. Je crois que nous serons obligés de l’abandonner. »

Le 23 janvier 1896, le Père Mathieu Ray, préfet apostolique de la Côte d’Ivoire, arrive à Bassam. La même année, Moosou reçoit à son tour la SMA avec le Père Julien Bailleuil qui fonde la paroisse Saint Antoine de Padoue de la localité. Après Mossou, ce fut le tour de Dabou d’accueillir la Bonne Nouvelle. Le Père Hammard crée la paroisse Immaculée Conception et des écoles professionnelles. Il parcourt les villages, recueille les enfants, rachète des esclaves, leur apprend le français. Les plus doués reçoivent une éducation plus poussée. Ils apprennent à lire, à écrire et à compter. Ce sont eux qui seront les futurs catéchistes, maîtres d’écoles et commis dans l’administration. Quant aux moins doués, ils sont orientés vers les ateliers d’apprentissage. La pénétration de l’évangile va se poursuivre avec l’ouverture des églises de Bonoua, d’Assinie, de Jacqueville. Trois ans après l’arrivée de la SMA en Côte d’Ivoire, le préfet apostolique Mathieu Ray déclare l’achèvement définitif de la fondation de la mission dans le pays avec les quatre stations que sont Bassam, Memni, Moossou et Dabou.

La fièvre jaune, ennemie jurée des prêtres blancs
Un an après avoir posé les piliers de l’Église catholique de Côte d’Ivoire, le premier préfet apostolique devait tirer sa révérence. En mai 1899, une redoutable épidémie de fièvre jaune éclate à Bassam et emporte Mathieu Ray et près de la moitié de la population blanche de la première capitale. En 1900, la capitale est transférée à Bingerville, site jugé moins hostile. Sept nouveaux missionnaires arrivent pour combler le vide créé par la disparition massive des religieux. Plus que jamais déterminés à poursuivre leur mission, les Pères décident, deux ans plus tard, de porter la parole de Dieu dans le pays profond.
Deux d’entre eux, les Pères Bedel et Fer, accompagnés d’un catéchiste, Louis Ouandété, se lancent sur les pistes du nord. En 21 jours, ils vont parcourir à pied 500 kilomètres. La longue pérégrination les fait passer par Dabou, Tiassalé, Toumodi, Bouaké, Katiola, Korhogo. Ils retourneront par Abengourou, en descendant la Comoé en pirogue. La fièvre jaune, l’implacable peste qui les attend toujours au tournant, ne leur laissera aucun répit. Bassam sera ravagé une deuxième fois par l’épouvantable épidémie qui va terrasser 17 missionnaires entre 1899 et 1903.

L’histoire de l’un d’eux, le Père Georges Meyer, du diocèse de Strasbourg, est pathétique. Dans le tout premier courrier envoyé à ses parents, ce jeune prêtre de 23 ans s’extasiait devant la beauté du pays où il venait d’être envoyé en mission. Mais cette lettre n’était pas encore arrivée à destination lorsque la maladie le faucha à Moossou.
« Moossou, le 30 octobre 1900.
Chers parents, étant enfin en place, je me dépêche de vous donner mon adresse afin que vous puissiez, s’il vous plaît, m’écrire. C’est pour cela que je vous prie de m’excuser de n’avoir pas plus de temps pour vous écrire plus longuement. Tout va bien, je me plais beaucoup. Dimanche 28 octobre, j’ai chanté la grand-messe dans notre chapelle provisoire. Le pays est merveilleux, seulement un peu chaud. Tous les deux jours, un bon bain dans l’étang à côté de notre construction. Ah ! Cela fait du bien ! Donc consolez-vous jusqu’à Noël et vous recevrez une longue lettre. Mes salutations à mes amis. Je vous aurais envoyé une carte postale, mais, il n’en existe pas encore ici. Je vous envoie ma bénédiction de prêtre... Votre Georges »

Cette lettre parviendra à sa famille après la nouvelle de son décès survenu le 26 décembre 1900.

Arrivée d’un pouvoir anticlérical en France et suppression des subventions allouées aux congrégations pour l’éducation
La maladie n’a pas été la seule épreuve à laquelle les Pères européens étaient confrontés. En 1904, l’arrivée au pouvoir en France d’un régime anticlérical a porté un sérieux coup aux congrégations enseignantes. L’article 1er de la loi du 7 juillet 1904 stipulait que « l’enseignement de tout ordre et de toute nature est interdit en France aux congrégations ». Privés de subventions, mais décidés à continuer leur mission, les Pères vont initier des activités génératrices de revenus. Une briqueterie et une plantation de cacao de 150 hectares seront créées. Les revenus de ces petites entreprises leur permettront de supporter les charges de l’éducation en Côte d’Ivoire.

Cent dix-neuf ans après les premiers missionnaires, ceux qui ont pris leur relève aujourd’hui témoignent
C’est en 1984, à Abobo-Doumé, dans la commune d’Attécoubé, au quartier Jérusalem, que la Société des Missions Africaines a érigé sa maison régionale. Celle-ci était préalablement installée à Dabou. Une bâtisse sobre, mais coquette, entourée de verdure. Le calme de la demeure fait plutôt penser à une maison de repos, voire de retraite. Les prêtres trouvés sur place ont tous la soixantaine révolue et totalisent entre 40 et 50 ans de présence en Côte d’Ivoire. Dans le jardin qui jouxte la chapelle est érigée une stèle en marbre gris sur laquelle sont inscrits les noms de 78 prêtres sma enterrés en Côte d’Ivoire. Celui qui ouvre cette liste non exhaustive, car les noms d’autres prêtres décédés après 1999 n’y figurent pas, est le père Matthieu Ray. Arrivé en Côte d’Ivoire le 23 janvier 1896, il fut le premier préfet apostolique du pays. En mai 1899, il faisait partie de la moitié de la population blanche de Bassam emportée par la fièvre jaune. Un important centre de rencontres spirituelles de la paroisse Saint Étienne de Koumassi lui est dédié. Chaque nom inscrit sur cette pierre a une histoire, que les pères Dario Dozio et Bernad Ramon expliquent au fur et à mesure que nous parcourons la longue liste.
Vers le bas, le regard des deux prêtres se fige sur un nom : celui du Père Pfister. Après plusieurs dizaines d’années passées en Côte d’Ivoire, notamment dans la région de Bondoukou, il rentre en France, vu son âge avancé. Mais le besoin de remplacer un prêtre qui partait en congé le fait revenir en 1992. Son neveu et son épouse, qui venaient de se marier, ont tenu à passer leur lune de miel dans ce pays dont leur oncle leur a tant vanté la beauté. Pendant qu’ils dégustaient un soir la cuisine ivoirienne dans un restaurant de Treichville, des bandits surgissent. Après leur avoir remis les clefs de son véhicule, le vieux prêtre voulait sortir de l’argent de sa poche, ce geste est mal compris par l’un des quidams qui, sans crier gare, l’abat d’une balle dans le dos. Un peu plus bas encore, se trouve le nom d’un autre prêtre, mort aussi tragiquement. Il s’agit du Père Adrien Jeanne, la cinquantaine, au moment où il a été retrouvé mort en 1993 dans sa chambre à Béoumi, totalement vidé de son sang.

Quel est le sens de la célébration du bicentenaire de la naissance du fondateur de la SMA ?
Pour les prêtres sma qui assurent aujourd’hui la relève de leurs illustres devanciers, c’est l’occasion de remercier Dieu pour l’œuvre qu’il a accomplie à travers eux. Pour le charisme qu’il a donné à cet homme, Melchior de Marion Brésillac, né il y a 200 ans et mort depuis le 25 juin 1859, et qui vit toujours à travers les prêtres sma à faire du bien. Un peu philosophe, le Père Dario puisera dans la tradition ivoirienne pour expliquer leur mission aujourd’hui : « être missionnaire aujourd’hui, c’est regarder dans le passé, comme le « sankofa » [1], cet oiseau mythique dans la coutume akan qui regarde le passé pour se projeter dans le futur. Nous aussi, avant de poursuivre la mission, nous devons jeter un regard sur ce qui a été fait, dresser un bilan pour voir ce qui a été une réussite, mais également ce qui n’a pas marché. Car, il y a eu certainement des faiblesses, des manquements. » A quand la fin de la mission sma en Côte d’Ivoire et Afrique ? « Tant qu’il y a l’Église de Jésus-Christ, il y aura la mission, elle va continuer, car l’Église est missionnaire de par sa nature », dira le Père Dario Dozio, le Supérieur Régional de la sma en Côte d’Ivoire.


Quelle « moisson » après plus d’un siècle d’évangélisation ?

Après ces témoignages, le Père Dario Dozio, l’actuel Supérieur régional de la SMA et le Père Bernad Ramon, évoquent la mission des prêtres sma. Le début de la mission en Côte d’Ivoire date de 1895, avec l’arrivée des premiers prêtres à la demande du gouverneur Binger. Ce protestant de confession a beaucoup apprécié le travail accompli par les Pères sma dans d’autres pays comme le Bénin et le Togo. Binger avait un objectif de colonisation, mais les prêtres eux, en plus de l’enseignement qu’ils dispensaient, évangélisaient également les populations. L’embryon du système éducatif du pays a été mis en place par ces prêtres blancs. Toutes les premières églises et cathédrales du pays sont leurs réalisations. Les femmes n’ont pas été laissées pour compte. Les premiers missionnaires ont fait venir des religieuses pour l’instruction des filles, non seulement pour leur apprendre le français, mais aussi la cuisine et la couture. Le Père Ramon précisera que la Congrégation des sœurs de Notre Dame des Apôtres, est la branche féminine de la SMA. L’ordre a été fondé par le deuxième Supérieur général sma, le Père Augustin Planque.

Cent dix-neuf ans après le début de l’évangélisation en Côte d’Ivoire, la « moisson » de fidèles chrétiens catholiques est-elle abondante, en quantité comme qualité ? Assurément, affirme le Père Ramon, même s’il admet que la foi n’est pas quantifiable : « La foi n’est pas quelque chose de défini, il n’y a pas non plus de modèle de foi. Il y a un siècle, l’évangélisateur venait avec la foi de son pays, qui n’était pas forcément parfaite. En Côte d’Ivoire, la foi est en progrès, mais il faut davantage d’engagement au plan justice et paix. Les chrétiens restent souvent les bras croisés devant certaines situations porteuses de germes de conflit. » Le Père Dario, lui, montre des signes visibles de l’impact de cette évangélisation. La Côte d’Ivoire compte quelque 1500 prêtres répartis dans 15 diocèses, 22 évêques et 3 cardinaux dont le premier, Mgr Yago, est décédé le 5 octobre 1997.

Mais comment expliquer qu’après plus d’un siècle d’évangélisation, l’Afrique en soit encore à de sanglants conflits inter-religieux, à l’instar de ce qu’on voit aujourd’hui en Centrafrique ? Les premiers missionnaires ont-ils donc prêché dans le désert ? Le Père Dario n’est pas de cet avis : « En Centrafrique, ce sont les politiciens qui ont voulu transformer cette crise politique en conflit religieux. Nous avons deux évêques sma en Centrafrique qui travaillent étroitement avec des imams et d’autres dignitaires religieux, pour montrer que Dieu n’a rien à voir avec la guerre. En Côte d’Ivoire, il y a eu la même tentative pendant la crise de début 2000. Mais ici, la foi a plutôt aidé les Ivoiriens à transcender les clivages politiques et à mieux grandir dans la fraternité. J’étais à San Pedro, nous avons eu plusieurs rencontres avec les imams, nous avons également prié avec les évangéliques, ce que nous ne faisions pas avant. » Pour le prêtre, le phénomène n’est pas propre à l’Afrique ; la France a connu 30 ans de guerre religieuse.

Le sud a été la porte d’entrée des missionnaires européens en Côte d’Ivoire et en Afrique. Le nord n’a été évangélisé que bien plus tard. Est-ce à dire que la Parole de Dieu est plus ancrée au sud qu’au nord de la Côte d’Ivoire ? Le père Ramon, qui a passé une dizaine d’années au nord, s’en explique : « Il y a des raisons d’ordre géographique. Les premiers prêtres sont venus par la mer et ont mis un peu de temps avant d’aller dans le pays profond, notamment au nord. C’est en 1904 que le premier missionnaire est venu à Korhogo, soit 9 ans après l’arrivée des prêtres sma en Côte d’Ivoire. Il y a eu aussi d’autres obstacles à la pénétration de l’évangile. Le peuple sénoufo est certes ouvert à l’évangélisation, mais des blocages persistent, notamment la polygamie, les sociétés initiatiques comme le pôrô. » Le Père Dario Dozio explique, lui, l’avantage qu’avait le sud sur le nord, par l’énorme travail accompli par le prophète libérien William Wade Harris [2] dans tout le sud en 1913. « L’œuvre d’évangélisation avait commencé il y a une vingtaine d’années déjà, mais ne progressait pas. Les missionnaires étaient découragés. En plus, le gouvernement français venait d’arrêter le soutien financier aux écoles catholiques. Entre-temps, la Première Guerre Mondiale (1914-1918) oblige une bonne partie des prêtres à retourner en France pour aller combattre. Découragés par tous ces événements, les quelques prêtres restés en Côte d’Ivoire pensaient arrêter la mission. C’est à ce moment qu’est venu du Liberia un homme : William Wade Harris. Il a parcouru le sud jusqu’à la frontière ghanéenne, en disant aux populations : « convertissez-vous, abandonnez les fétiches, allez dans les églises catholiques, méthodistes, pourvu que vous y soyez baptisés. » Qui a envoyé cet évangéliste ? En tout cas, les églises se remplissaient aussi bien chez les catholiques que chez les protestants. C’était extraordinaire en ce moment où l’on pensait que l’Église allait tomber. »

En août 1969, à Kampala, le pape Paul VI a demandé aux Églises africaines de se prendre en charge elles-mêmes : « Soyez vos propres missionnaires », leur a-t-il dit. Cent dix-neuf ans après l’arrivée des missionnaires blancs, les églises africaines, et singulièrement celles de la Côte d’Ivoire, sont-elles en mesure de s’autofinancer ? Le père Dario estime que le problème ne date pas d’aujourd’hui. Il évoque les années 1900 où les écoles catholiques ne recevaient plus de subvention de l’État français. Il a fallu que les prêtres développent de petites activités génératrices de revenus (briqueterie, agriculture, transport maritime…), pour pouvoir continuer leur mission. Les Églises locales peuvent également s’inspirer de ces exemples pour se prendre en charge.

Contrairement à l’Europe où les vocations sacerdotales diminuent, la moisson de prêtres est plutôt relativement abondante en Afrique. Pourrait-on envisager bientôt l’évangélisation de l’Occident par l’Afrique ? « Ce temps est déjà arrivé », affirme le père Ramon, qui soutient que dans nombre de pays européens, aux USA et au Canada, on trouve des prêtres ivoiriens. « Récemment, on me parlait d’un prêtre africain très bien intégré dans une localité d’Espagne et qui parle même le dialecte local. » Le père Dario confirme cela : « Ce matin même [3], j’ai parlé au téléphone avec un prêtre du diocèse de Yopougon qui est dans une paroisse en France. Dans mon propre village en Italie, le vicaire est indien. C’est cela, l’Église catholique, elle est universelle. »

La SMA jouit-elle d’une autonomie en Côte d‘Ivoire ? Non, répond le responsable de la SMA, elle est plutôt au service de l’Église catholique de Côte d’Ivoire. Lorsqu’un prêtre sma est affecté dans un diocèse, il dépend de l’évêque de ce diocèse. Est-ce à dire que l’Église catholique de Côte d’Ivoire fournit des moyens financiers aux Pères sma ? « Des moyens spirituels, oui, mais financiers… Eh ben, on se débrouille », répond en souriant le Père Dario. Quant au Père Ramon, il se souvient qu’à son arrivée à Man, il y a une quarantaine d’années : feu Mgr Agré, avait financé son permis de conduire.

La moisson de fidèles catholiques est-elle l’objet, de nos jours, d’un « maraudage » des évangéliques ?
L’on assiste aujourd’hui, sur le continent africain et en Côte d’Ivoire notamment, à une véritable poussée des Églises évangéliques. N’a-t-on pas l’impression que les églises catholiques se vident au profit de ces Églises de tendance pentecôtiste ? Les Pères n’y croient pa : « Contrairement à ce que certains pensent, je n’ai pas l’impression que l’Église catholique se vide. Statistiquement, le nombre de fidèles augmente plutôt. Dès qu’une nouvelle église catholique ouvre ses portes de nos jours, elle se remplit aussitôt. Ici dans notre maison d’Abobo-Doumé, notre petite chapelle refuse du monde les dimanches. Qu’ils soient catholiques, protestants, évangéliques ou autres, leur soif de l’évangile est une bonne chose », fait remarquer le Père Dario. Quant au Père Ramon, il voit plutôt dans cette prolifération des églises un moyen pour certains de se faire de l’argent.

Quel est le sens de la célébration du bicentenaire de la naissance du fondateur de la SMA ?
Pour les prêtres sma qui assurent aujourd’hui la relève de leurs illustres devanciers, c’est l’occasion de remercier Dieu pour l’œuvre qu’il a accomplie à travers eux. Pour le charisme qu’il a donné à cet homme, Melchior de Marion Brésillac, né il y a 200 ans et mort depuis le 25 juin 1859 et qui vit toujours à travers les prêtres sma, à faire du bien. Un peu philosophe, le Père Dario puisera dans la tradition ivoirienne pour expliquer leur mission aujourd’hui : « être missionnaire aujourd’hui, c’est regarder dans le passé, comme le « sankofa », cet oiseau mythique dans la coutume akan qui regarde le passé pour se projeter dans le futur. Nous aussi, avant de poursuivre la mission, nous devons jeter un regard sur ce qui a été fait, dresser un bilan pour voir ce qui a été une réussite, mais également ce qui n’a pas marché. Car, il y a eu certainement des faiblesses, des manquements. »

Pour le Père Ramon, c’est aussi une invitation aux amis laïcs de la SMA à participer à l’œuvre missionnaire, à collaborer avec les prêtres sma par la prière, la communion, l’aide matérielle. Pour les Pères, ce bicentenaire leur donne la possibilité de mieux faire connaître la SMA. En effet, depuis 119 ans que les premiers missionnaires ont foulé le sol ivoirien, aucune des dizaines, voire des centaines d’églises qu’ils ont bâties n’est dédiée à leur fondateur. La « belle fête » qu’ils ont organisée à cette occasion, le mercredi 23 avril [4] dans leur maison régionale d’Abobo-Doumé au quartier Jérusalem, ne va pas rompre avec cette sobriété qui caractérise la communauté. Le programme prévoit, le mercredi 23 avril à 10h, une célébration à laquelle sont invités les Pères sma, le clergé ivoirien et les amis de la communauté. Après la messe, il y aura l’inauguration du buste du fondateur de la mission, Mgr Melchior de Marion Brésillac. Ce sera l’occasion de présenter à l’assistance la vie de la communauté, notamment ses nombreuses œuvres à travers la Côte d’Ivoire. Les Pères envisagent également de dédier un sanctuaire à la mémoire de leurs collègues décédés et enterrés en Côte d’Ivoire et à ceux qui sont morts sur le bateau en rentrant au pays. « Ils sont quelque 300 à avoir trouvé la mort avant d’avoir passé deux ou trois ans en Afrique. Parmi eux, nombreux n’ont pas atteint l’âge de 30 ans », affirme le responsable de la mission en Côte d’Ivoire. La commémoration de ce bicentenaire va s’achever le samedi 28 juin à la paroisse Saint Michel d’Adjamé, par l’ordination sacerdotale de quatre Ivoiriens comme prêtres SMA.

A quand la fin de la mission pour la sma en Afrique ? « Tant qu’il y a l’Église de Jésus-Christ, il y aura la mission ; elle va continuer, car l’Église est missionnaire de par sa nature, dira le Père Dario Dozio, le directeur régional de la SMA en Côte d’Ivoire.

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