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La Sainte Croix des Vosges
Article mis en ligne le 7 avril 2014
dernière modification le 4 avril 2014

par Marc Heilig

La Sainte Croix des Vosges, ou Croix Monastique de Lorraine, est un ensemble de cinq abbayes qui forment une croix dont le centre est Moyenmoutier : Senones à l’est, Étival à l’ouest, Bonmoutier/St-Sauveur au nord et St-Dié au sud.

Les fondateurs

Ces abbayes sont toutes fondées en une trentaine d’années dans la deuxième moitié du VIIe siècle [1]. Le gouvernement des rois d’Austrasie repose alors sur le ban, une entité à la fois territoriale, administrative et religieuse que dirige un grand aristocrate ou l’évêque du lieu. A cette époque, temporel et spirituel sont intimement liés. Et la légende vient encore brouiller quelque peu l’histoire.

Qui sont les fondateurs de ces abbayes ? Parlons d’abord de Bodon, qui est issu d’une puissante famille de leudes austrasiens. Il quitte le monde pour devenir moine, mais sa conduite vertueuse le fera choisir comme évêque de Toul. Il a cherché à former un vaste ban à Étival, qui devait s’étendre entre piémont et montagne, mais cette entreprise fut contrecarrée par Gondelbert. Ce moine légendaire de la règle de saint Colomban aurait fondé le ban de La Grande Fosse, où se trouve l’abbaye de Senones, pour s’opposer à Bodon. De même, le moine irlandais Déodat aurait formé le ban du Val-de-Galilée autour du monastère des Jointures de St-Dié. Ces bans dissidents finissent par obtenir l’assentiment du roi d’Austrasie Childéric II et se voient attribuer terres et rentes.

St Hydulphe exorcise un possédé. Stalles de l’église de Moyenmoutier
Photo Marc Heilig

Hydulphe, enfin, est un chorévêque [2] de Trêves qui, désireux de vivre en solitaire, choisit la région de Moyenmoutier pour y fonder un monastère vers 671. A la mort de Déodat, en 679, Hydulphe prit la direction du monastère des Jointures, laissant son abbaye aux soins de son disciple Leutbade, pour y revenir en 704, lorsque celui-ci mourut. Plusieurs personnages tournent autour d’Hydulphe, comme Spin, un moine thaumaturge, et surtout son propre frère Ehrard, évêque de Ratisbonne. Ce dernier vint le visiter dans les Vosges et l’on dit que tous deux baptisèrent Odile, la fille du duc d’Alsace Étichon.

St Hydulphe et st Ehrard baptisent ste Odile. Stalles de l’église de Moyenmoutier.
Photo Marc Heilig

Nous avons ainsi un pied dans le mythe : si Bodon et Hydulphe appartiennent bien à l’histoire, Gondelbert et Déodat sont nés de la dévotion populaire. L’hagiographie de ces personnages, qui sont tous saints et dûment fêtés par le calendrier chrétien, est émaillée de hauts faits et de miracles. Elle recouvre pourtant la réalité du temps : les débuts du christianisme dans la région, la création d’abbayes, mais aussi l’attrait que suscite le riche pays vosgien. Ces saints fondateurs adoptent tout naturellement la règle de saint Colomban car ce moine irlandais est alors fort influent ; celle de saint Benoît viendra en tempérer la rigueur. De plus, la vie monastique n’est pas entièrement coupée de la vie profane : certes les moines ont à cœur d’évangéliser les habitants mais les abbayes n’en deviennent pas moins les centres de la vie économique.

Il reste peu de chose de ces premiers monastères. Tous ont subi les épreuves politiques et religieuses des siècles. On suppose qu’ils comprenaient plusieurs églises et des bâtiments dissociés où vivaient et travaillaient les moines.


Bonmoutier et Saint-Sauveur

Vers 660, Bodon fonda un monastère de femmes sur un de ses domaines. Sa fille Theutberge [3] en fut la première abbesse ; la communauté suivait la règle de saint Benoît. Le couvent de Bonmoutier (Bodonis monasterium) était richement doté de villages et de forêts dans la région du Donon.

L’église abbatiale de St-Sauveur.
Photo Marc Heilig

Dans la seconde moitié du IXe s., Arnould, évêque de Toul [4], chassa les religieuses, qui menaient une vie déréglée, et installa des bénédictins. L’évêque Berthold créa en 1010 un nouveau monastère d’hommes dans les environs.

Chevet de l’église abbatiale de St-Sauveur.
Photo Marc Heilig

L’abbaye St-Sauveur remplaça celle de Bonmoutier [5] et en récupéra les biens. Ses revenus furent en outre complétés de terres, de villages et de dîmes, et surtout des forêts du Donon que lui offrit la comtesse Agnès de Langenstein en 1138. Cette noble dame fonda pourtant l’abbaye de Haute-Seille deux années plus tard [6], et les deux communautés entrèrent en rivalité. Par ailleurs, les avoués de la maison de Salm, chargés des intérêts de St-Sauveur, firent main basse sur une grande partie de ses biens. En 1188, à cause de l’inconduite des moines, l’évêque de Toul les remplaça par des chanoines de St-Augustin. Pillée en 1525 lors de la guerre des Paysans, St-Sauveur fut détruite en 1568 durant les guerres de religion. Aussi la communauté partit-elle s’installer en 1570 sur les terres qu’elle possédait à Domèvre-sur-Vezouze.

Choeur de l’église abbatiale de St-Sauveur.
Photo Marc Heilig

Il ne reste de l’abbaye que le chœur de l’église gothique [7]. Consacrée à Notre-Dame, elle comprenait une nef avec transept. A l’intérieur, on remarquera le voûtement de l’abside, dont les nervures s’échappent gracieusement du fût de colonnes sans chapiteaux. La statue de la Vierge s’y trouve encore. On raconte que lorsque les moines s’en allèrent, le chariot qui la transportait refusa d’avancer et qu’ils laissèrent la Vierge résider où elle le désirait. Comme il se doit, divers bâtiments complétaient l’abbaye. Les moines n’y furent vraisemblablement jamais plus d’une vingtaine, mais elle servait de nécropole à la noblesse de la région : on peut admirer le magnifique tombeau que s’y firent élever au XIVe s. Henri Ie de Blâmont et son épouse Cunégonde de Linange dans la chapelle des Cordeliers de Nancy.

Eglise abbatiale de St-Sauveur. La Vierge à l’Enfant.
Photo Marc Heilig

Etival

L’abbaye St-Pierre remonterait au VIIe s., à l’époque où Bodon cherchait à établir un ban dans la haute vallée de la Meurthe. Il semble que ce soit alors un monastère mixte. L’abbaye passe ensuite sous le contrôle de celle d’Andlau. Au milieu du XIIe s., l’abbesse d’Andlau place à Étival des chanoines Prémontrés [8] qui s’émancipèrent par la suite de cette tutelle. Leur communauté a compté jusqu’à une trentaine de membres.

Nef de l’églis abbatiale d’Etival.
Photo Marc Heilig
Eglise abbatiale d’Etival. Alternance de piles fortes et de piles faibles.
Photo Marc Heilig

L’église est un magnifique édifice roman avec collatéraux et transept. La nef date des environs de 1200. Elle présente, comme à St-Dié, certaines caractéristiques du roman de la Lorraine méridionale, notamment l’alternance de piles fortes et de piles faibles. Les premières supportent les voûtes des travées du vaisseau central, les secondes les arcs intermédiaires des bas-côtés, selon le rythme de 2 travées collatérales pour une de la nef. La couverture, en croisées d’ogives, témoigne d’une seconde phase déjà proche du gothique, tout comme le décor des chapiteaux. L’église connut d’autres remaniements, en particulier le chœur et le chevet entre 1510 et 1516, ainsi que les chapelles du transept dites « cisterciennes », qui permettaient de dire simultanément plusieurs messes.

Eglise abbatiale d’Etival. Chapiteau.
Photo Marc Heilig
Eglise abbatiale d’Etival. Chapiteau.
Photo Marc Heilig

Senones

St Gondelbert, le champion du ban de La Grande Fosse, fonda à Senones un moutier et une petite église vers 660. En 770, Angilram, évêque de Metz et archichapelain de Charlemagne, reçut en commende le monastère qui était en pleine déchéance ; il en renvoya les moines et y installa quelques bénédictins pour en reprendre l’administration. Un nouveau monastère se développa, où l’on accueillait des moines âgés.

Eglise abbatiale de Senones.
Photo Marc Heilig
Nef de l’églis abbatiale de Senones.
Photo Marc Heilig

A la fin du IXe s., les mœurs dépravées de jeunes moines sont la cause d’un nouveau déclin et bien qu’ils aient été chassés, la vie monastique disparaît au cours du siècle suivant, durant les terribles incursions hongroises. Elle renaît après 960 sous la règle bénédictine grâce au moine de Gorze Adalbert : il avait su réformer l’abbaye de Moyenmoutier, et Senones suivit cet exemple sous la direction des avoués de Langenstein, puis de Salm, qui œuvraient pour l’évêque de Metz. Au début du XIIe s., l’abbé Antoine de Pavie entreprit de rénover l’abbaye. Il fit en particulier édifier une église circulaire, la Rotonde Notre-Dame, que couronnait une coupole à ogives rayonnantes. Cet édifice exceptionnel servait de chapelle funéraire aux moines et fut démoli en 1707.

Eglise abbatiale de Senones. La Déposition.
Photo Marc Heilig
Eglise abbatiale de Senones. Monument funéraire de Dom Calmet.
Photo Marc Heilig

Saint-Dié

Le moine irlandais Déodat [9] fonda le monastère des Jointures au VIIe s. Nous avons vu qu’à sa mort saint Hydulphe lui succéda temporairement. Adalbert, supérieur de Moyenmoutier entre 955 et 985, reçut de Ferry Ie, duc de Lorraine, le monastère de St Dié mais le laissa à Erchambert car gouverner les deux était une charge trop lourde. Or celui-ci dilapida les biens de l’abbaye et s’attira les foudres du duc. Ferry Ie chassa moines et abbé et les remplaça par des chanoines. A partir de Gérard d’Alsace (1048-1070), St-Dié, comme Moyenmoutier, resta sous la souveraineté des ducs de Lorraine. L’église devint cathédrale en 1777, lorsque Pie VI érigea St-Dié en évêché.

Nef de la cathédrale de St-Dié.
Photo Marc Heilig
Cathédrale de St-Dié. Chapiteau.
Photo Marc Heilig
Cathédrale de St-Dié. Chapiteau.
Photo Marc Heilig

L’ensemble comprend deux églises, St-Maurice (la cathédrale) et la petite église Notre-Dame de Galilée, de part et d’autre d’un cloître. Cette disposition s’apparente à un groupe épiscopal, et ce bien avant que St-Dié n’y prétende. Élevée après l’incendie de 1155, la nef romane de St-Maurice offre une composition semblable, mais antérieure, à celle que nous avons rencontrée à Étival. Les éléments porteurs fortement accentués et les petites baies en plein cintre donnent à cette architecture un aspect puissant où les chapiteaux sculptés apportent une note décorative. La couverture en croisées d’ogives ne date que du XIIIe s., de même que le chœur et le transept.

St-Dié. Façade de l’église Notre-Dame.
Photo Marc Heilig
St-Dié. Chevet de l’église Notre-Dame.
Photo Marc Heilig

L’église Notre-Dame, plus modeste, est un bel exemple du roman de la région. La sobriété de l’édifice est cependant tempérée par un décor qui souligne l’architecture. Ces deux églises sont reliées par un beau cloître du XVe-XVIe s., avec des baies au fenestrage élégant. On y remarque, sur la galerie est, une chaire à prêcher extérieure aménagée dans un contrefort.

St-Dié. Le cloître.
Photo Marc Heilig

Moyenmoutier

L’abbaye de Moyenmoutier, fondée par saint Hydulphe vers 671, dépendit d’abord des rois d’Austrasie. Au début du IXe s., Charlemagne y nomma Fortunat pour abbé ; son administration la rendit célèbre. A la suite du désaccord entre l’abbé Pépin et le roi de Lotharingie Lothaire II [10], les biens de l’abbaye furent dissipés et les moines dispersés en 897. Elle fut alors occupée par des chanoines. Les religieux n’y revinrent que vers 965 par la volonté de Ferry Ie, qui fit appel au moine de Gorze Adalbert pour restaurer la discipline bénédictine. Grâce à l’action de l’abbé Allmann, successeur d’Adalbert, l’abbaye connut un nouvel essor et retrouva une vie spirituelle et intellectuelle brillante.

Clocher de l’église abbatiale de Moyenmoutier.
Photo Marc Heilig

Le renouveau du XVIIIe siècle

Hormis St-Sauveur, qui avait alors disparu, ces monastères profitèrent amplement de l’élan classique qui fleurit en France à partir du XVIIe s. La façade de la grande église de St-Dié fut élevée entre 1711 et 1714. Monumentale et massive, elle est l’œuvre de l’architecte italien Giovanni Betto : un avant-corps à fronton encadré par deux tours à bulbe.

Façade de la cathédrale de St-Dié.
Photo Marc Heilig

A Étival, l’architecte Nicolas Pierson réalisa la façade du sanctuaire en 1726 ; plaquée contre la façade précédente, elle comportait à l’origine deux tours [11].

Façade de l’église abbatiale d’Etival.
Photo Marc Heilig

Le style classique est ici beaucoup moins rigide qu’à St-Dié : on y joue fort heureusement avec les éléments de l’architecture antique, rinceaux, frontons, niches et chapiteaux ioniques ou corinthiens. Les stalles de bois sculpté du chœur représentent le principal aménagement intérieur de l’époque.

Eglise abbatiale d’Etival. Décor de la tour.
Photo Marc Heilig
Eglise abbatiale d’Etival. Décor de la façade.
Photo Marc Heilig
Abbaye d’Etival. Le cloître.
Photo Marc Heilig

Le monastère de Senones fut entièrement reconstruit au XVIIIe s., d’abord sous l’abbatiat de Dom Calmet (1728-1757), puis sous celui de son successeur Dom Fangé (1757-1784). Les bâtiments que l’on voit aujourd’hui datent tous de cette période, à l’exception de l’église, rebâtie au XIXe s. sur un côté du cloître, et de son clocher.

Senones. Le palais abbatial.
Photo Marc Heilig
Senones. Décor du portail du palais abbatial.
Photo Marc Heilig

Ce bel ensemble architectural conserve la disposition bénédictine des bâtiments. Le style, élégant mais pondéré, affirme la puissance et la richesse de cette abbaye. Elle est alors à son apogée : Jean Lamour, qui travailla pour le duc Stanislas, y réalisa la rampe en fer forgé de l’escalier monumental.

Senones. Palais abbatial. L’escalier de Jean Lamour.
Photo Marc Heilig

L’abbaye de Moyenmoutier connut elle aussi une complète reconstruction à partir de 1765, sous l’avant-dernier abbé Dom Barrois [12].

Façade de l’église abbatiale de Moyenmoutier.
Photo Marc Heilig

On peut aujourd’hui admirer la majestueuse façade classique de l’église car on l’a récemment dégagée du bâtiment industriel qui l’occultait. L’intérieur comprend une nef à couverture en berceau de quatre travées, un transept carré à coupole et un chœur à cinq pans. Seuls le décor et l’autel baroques confèrent à ce simple vaisseau son aspect grandiose.

Eglise abbatiale de Moyenmoutier. La nef.
Photo Marc Heilig
Eglise abbatiale de Moyenmoutier. Couverture du choeur.
Photo Marc Heilig
Eglise abbatiale de Moyenmoutier. Décor architectural de la nef.
Photo Marc Heilig

Les superbes stalles en chêne massif datent de la fin du XVIIe s. ; elles sont ornées de bas-reliefs et de sculptures d’un art délicat.

Eglise abbatiale de Moyenmoutier. Décor des stalles.
Photo Marc Heilig
Eglise abbatiale de Moyenmoutier. Décor des stalles.
Photo Marc Heilig
Eglise abbatiale de Moyenmoutier. Décor des stalles.
Photo Marc Heilig

Plusieurs châsses ouvragées, dont celle de saint Hydulphe sont exposées dans l’église.

La châsse de saint Hydulphe dans l’église de Moyenmoutier.
Photo Marc Heilig

Les moines, il faut le reconnaître, ont toujours su choisir où établir leurs abbayes. Avec la belle saison qui approche, les visiter fera de belles randonnées dans le piémont lorrain des Vosges.

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