Bandeau
Société des Missions Africaines de Strasbourg
Slogan du site

La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

logo article ou rubrique
Le Musée Vodou du Château d’Eau
Article mis en ligne le 16 janvier 2014

par Bernard Müller

A Strasbourg, le Musée Vodou a ouvert ses portes le 28 novembre 2013 [1], installé dans un château d’eau destiné à alimenter les locomotives à vapeur. Dans ce bâtiment insolite, le public pourra découvrir des objets liés aux cultes des divinités dites « Vodou » d’Afrique de l’ouest ainsi que des objets utilisés dans des pratiques religieuses, le culte des ancêtres, la médecine traditionnelle, la divination, la sorcellerie et nombre de cérémonies liées aux grandes étapes de la vie comme la naissance, le baptême, le mariage, l’initiation ou la mort.

Danse vodou au Bénin.
Photo Gaétan Noussouglo www.togocultures.com

Le Musée Vodou est une initiative privée. Elle revient à la générosité de Marie-Luce et Marc Arbogast qui souhaitent ainsi faire découvrir par le biais d’une collection exceptionnelle des cultures africaines mal connues. Il s’agit du premier musée consacré au Vodou africain au monde.

Marc Arbogast.
Photo David Arnold

Qu’appelle-t-on vodou ?
Le terme de « vodou [2] » désigne une religion traditionnelle qui est apparue en Afrique de l’ouest probablement dans la deuxième moitié du 18ième siècle dans la forme que connaissons aujourd’hui, au moment de l’apogée du royaume du Dahomey. Celui-ci conçut alors une synthèse des pratiques religieuses de la région qu’il imposa aux populations soumises. L’étymologie du terme [3] signifie le monde invisible. Pour expliquer cette dimension cachée, les prêtres ont recours à l’image du sang : on ne le voit pas et pourtant la vie serait impossible sans lui. Par glissement métonymique, le terme vodou en est venu à désigner les divinités qui habitent ce monde invisible, et par extension tout ce qui est insaisissable. Cette religion qui fonctionne donc comme un culte des vodous s’est ensuite diffusé dans le monde avec la traite négrière.
En Afrique, ce sont principalement les peuples Ewé du Togo et Fon du Bénin qui pratiquent cette religion. Les Yoroubas du Nigéria pratiquent le culte des orishas, très proche du vodou. Le vodou a ensuite connu une grande diffusion en Amérique du Nord et du Sud et dans les îles Caraïbes. S’il a quasiment disparu des Etats-Unis, sauf en Louisiane, le vodou reste très vivant en Amérique Latine, surtout au Brésil où il connait une véritable renaissance depuis une vingtaine d’années.
Plus qu’une religion, le vodou est un art de vivre, une façon de se montrer sensible aux forces dans lesquelles nous vivons, dans le respect des ancêtres et de tous ceux qui ont vécu avant nous. Cette manière de voir est aussi une esthétique, un regard sur le monde et une forme de poésie.

Origine de la collection
Un inventaire a été réalisé sous la direction scientifique de spécialistes des sociétés côtières du golfe de Guinée. A cette occasion, environ 1000 objets ont été répertoriés, numérotés et documentés. L’inventaire permet d’accéder à de nombreuses et précieuses informations sur les objets [4].

Bernard Müller et Nanette Jacomijn Snoep durant l’inventaire de la collection.
Photo David Arnold

Fait assez rare pour mériter d’être mentionné, il a été réalisé en collaboration avec des spécialistes locaux : chercheurs, mais aussi adeptes, prêtres et devins béninois et togolais. Il est important de souligner que la plupart de ces objets quittent les autels qui leur sont consacrés et se retrouvent ainsi sur le marché car les gens s’en débarrassent eux-mêmes pour diverses raisons comme, par exemple, lors de la mort de leur propriétaire. L’objet n’étant plus honoré, il perd progressivement sa force ; celle-ci est pourtant toujours susceptible d’être réactivée. Si aucun descendant n’est considéré apte à reprendre l’héritage, les objets sont alors définitivement désacralisés et peuvent être vendus. Il n’est donc pas du tout facile de voler ces objets car les gens croient – quelle que soit leur confession et à des degrés divers - dans les forces qui les habitent. En outre, dans un quartier ou un village, il est extrêmement difficile, voire impossible, de passer inaperçu. Une partie des informations contenues dans cet inventaire sont restituées dans un catalogue [5] et intégrées aux présentations multimedia du futur musée.

Les ex-votos vodous
Les adeptes du vodou se servent de divers objets utilisés dans différentes pratiques rituelles et on se concentrera ici sur ceux que les Fons du Bénin appellent « bo » (« maléfice ») et que les Ewés du Togo appellent plutôt « dzoca » (« fétiche ») pour désigner cette famille d’objets personnels, réalisés pour apaiser une souffrance. En effet, l’une des qualités de la collection Arbogast est qu’elle est composée en majorité d’objets personnels, confectionnés dans des buts bien précis, qui touchent tous à la protection et/ou à la résolution de malheurs et d’infortunes diverses.

Objet-médicament (Togo) : fiole de pharmacien contenant des herbes pour soigner un patient.
Photo Gérard Bonnet

Ce type d’objets ne sert pas directement au culte des divinités vodous mais il en contient le principe actif, au sens où l’on associe un vodou à l’objet, de la même manière que l’on dédie une prière à un saint. On ne les trouve donc pas sur les autels des temples, mais plutôt chez les gens ou en « pension » chez un charlatan [6] ; ce dernier en prendra soin de manière convenable, en réalisant les libations requises. Si ces objets savaient parler, c’est-à-dire si l’on en retrouvait les commanditaires, ils évoqueraient les aléas d’une vie sociale mouvementée, entre espoirs fous et désillusions tragiques, dont la somme dresserait la chronique d’une époque complexe.

Fétiche vodou. Crâne clouté.
Photo Gérard Bonnet

Ainsi, à la manière d’un ex-voto [7] envisagé comme une offrande faite à un dieu en demande d’une grâce ou en remerciement d’une grâce obtenue, les bo ou dzoca tentent d’invoquer les forces divines, de leur demander leur aide ou de les remercier de leur intervention. Chargé d’une mission, dont la teneur en parole est tenue par des ficelles, des pieux ou des cadenas, chargé d’espoir, repu de matières sacrificielles, l’objet s’élabore dans un étonnant dialogue entre les hommes et les dieux, permettant aux uns d’agir sur les autres, liant fatalement leurs destins.

Fétiche vodou. Barque.
Photo Gérard Bonnet

Collectés dans la deuxième moitié du siècle dernier, ces objets sont en réalité très difficiles à dater car leur fabrication répond à un double principe d’accumulation et de recyclage. Un objet collecté récemment peut donc contenir une « souche » qui, elle, remonte à plusieurs générations. Pour autant, le vodou n’appartient pas au passé. Les objets auxquels il donne naissance sont hétéroclites, parfaitement à l’image des histoires de vie des gens qui les ont fabriqués : les personnes évoluent aujourd’hui dans des espaces sociaux de plus en plus changeants, dans des univers culturels de plus en plus cosmopolites où se côtoient plusieurs langues, religions et mondes sociaux.
Il apparaît ainsi que le vodou s’est modifié avec les hommes au point d’assimiler des pratiques chrétiennes, juives, musulmanes ou même hindouistes ! Alors qu’il s’agissait d’abord de pratiques rurales préoccupées par les aléas de la nature, le vodou a su intégrer les préoccupations modernes des populations urbaines d’aujourd’hui. Ainsi, par exemple, dans une société de plus en plus concurrentielle, le culte des ancêtres réputés en milieu rural tend à être occulté par des pratiques magiques dont l’objectif est de s’allier le sort afin de mettre de son côté toutes les chances de réussite. On parlera alors davantage de « sorcellerie », bien que ce terme doive être utilisé avec précaution.


Un écrin insolite pour une collection spéciale
Le bâtiment justifie à lui seul la visite du musée. Le château d’eau qui abrite la collection, comme la gare, a été construit sous domination allemande entre 1878 et 1883 par l’architecte berlinois Johann Eduard Jacobsthal (1839-1902) qui a en outre conçu la Stadtbahn de Berlin (« chemin de fer urbain ») et dessiné les gares de l’Alexanderplatz et de Bellevue situées dans la capitale allemande, ainsi que l’ancienne gare de Metz. Le bâtiment servait de réservoir d’eau destiné à alimenter les locomotives à vapeur. Profitant de l’accessibilité de l’eau qui n’était alors pas courante en ville, les ouvriers de la Reichsbahn, puis des chemins de fer français, auront aussi la possibilité d’y prendre un bain. Le château d’eau a été conçu en même temps que l’actuelle gare centrale et fut l’un des premiers bâtiments mis en chantier au lendemain de l’annexion. Massif, octogonal, de style néo-roman, avec un soubassement appareillé en grès rose, il est couronné d’un ouvrage en briques jaunes orné de croisillons en métal et de verrières géométriques.

Le château d’eau du Musée Vodou à Strasbourg.
Projection présentant l’aménagement de la tour extérieure qui permettre l’accueil du grand public.
Document Michel Moretti, architecte

Alors que se terminait la construction du château d’eau en 1883, le chancelier Bismarck décida la même année d’imposer un protectorat sur le Togo, pays dont proviennent - avec le Bénin – la plupart des objets de la collection Arbogast. Les Allemands en firent une Musterkolonie, une « colonie modèle » où devaient régner l’équilibre, la prospérité et la bonne gestion. Pour autant, la langue allemande n’était pas imposée aux populations locales. Au même moment l’Alsace était censée devenir la vitrine d’une Allemagne idéale faisant converger à Strasbourg les plus grands talents d’une nation encore jeune, à l’instar de Jacobsthal.
Les missionnaires, tant catholiques que protestants, privilégiaient l’enseignement « en langue indigène » sans tenter d’imposer la langue allemande. Par exemple, la mission de Brême assurait l’enseignement primaire entièrement en éwé et encourageait ses missionnaires à apprendre les langues locales. Les premières enquêtes ethnographiques ont ainsi été menées par l’un d’eux en la personne de Jacob Spieth, qui s’employa à apprendre la langue locale « afin que je puisse me passer d’interprètes et accéder au cœur des Noirs », écrit-il dans ses carnets [8]. Passionnément, et de manière quelque peu paradoxale, les premiers missionnaires se sont alors retrouvés en première ligne de la défense des cultures à coloniser dont ils mettaient finalement en lumière, parfois malgré eux, la très grande sophistication des systèmes de pensée et des spiritualités. Les recherches de Spieth et celles d’autres missionnaires ont ainsi permis aux Européens de comprendre des pratiques qui semblaient d’abord inaccessibles, telles que, par exemple, le culte des ancêtres.
Non sans ironie, et comme pour boucler la boucle, on ne sera pas surpris d’apprendre que les fondations du château d’eau qui accueille le musée vodou plongent dans les vestiges d’un cimetière romain. Peuple qui, précisément, rendait une forme de culte à ses morts qui n’est pas sans rapport avec celui des Ewés d’Afrique de l’Ouest. Il y a au cœur de la vision du monde vodou un principe très proche de la Fortuna romaine. Cette divinité italique est une allégorie du hasard et de la chance. Elle représente le destin avec toutes ses inconnues et sous-entend que le « bonheur » d’une personne dépend de la qualité des relations qu’elle entretient avec les forces qui déterminent son destin. Pour les Romains d’hier, comme pour les Fons et les Ewés d’aujourd’hui, une personne malheureuse se pense délaissée des dieux, abandonnée à son triste sort, dirait-on. Qu’en est-il des Alsaciens d’aujourd’hui ?

Bernard Müller, auteur de cet article, est chercheur et directeur de la programmation du Château d’eau – musée vodou.


Informations pratiques

Le Musée Vodou est situé 4 route de Koengishoffen 67000 Strasbourg.
Téléphone provisoire : 06 01 22 12 53.
Information : info chez le-chateau-d-eau.com

Visites uniquement sur réservation : visites chez le-chateau-d-eau.com à partir de 8€ (5€ tarif réduit). Le musée propose des formules à la carte, invitant ses publics à composer leur visite sur mesure.

Vous pourrez participer à des conférences, ateliers thématiques, programmes pédagogiques et spectacles inédits (sur réservation).
Ce concept muséal original s’adresse néanmoins au grand-public, individuel ou en groupe (écoles, universités). Le musée est géré par une équipe de professionnels et de spécialistes de l’Afrique de l’ouest, en lien avec des partenaires africains. Des activités sont spécialement conçues pour les entreprises : séminaires, formations, événements de communication, tourisme d’affaire, location de salle etc.

Pour l’adhésion à la société des Amis du Château d’eau – musée vodou : renseignements sur www.chatodo.eu ou www.museevodou.com

Le catalogue, Vodou. Autour de la collection Arbogast, sous la direction de Bernard Müller et Nanette Jacomijn Snoep, est disponible sur place et en librairie au prix de 45€. Outre de nombreuses illustrations des objets de la collection, l’ouvrage se veut un état des lieux sur le vodou et propose à ce titre plusieurs articles complémentaires d’auteurs africains et occidentaux.

Le catalogue du musée du Château d’Eau.

Parallèlement, le film Sur la piste du vaudou relate le voyage qu’ont fait au Togo et au Bénin Marc Arbogast et Bernard Muller afin de mieux comprendre les fétiches qui composent la collection. Ce film, réalisé par David Arnold, est une production BIX FILMS. Il a été diffusé sur FR 3 Alsace le 30 novembre 2013. Le DVD de Sur la piste du vaudou est vendu au musée et sur le site www.bixfilms.fr au prix de 15€.

Le DVD Sur la piste du vaudou.
Marc Arbogast en visite chez un féticheur béninois.
Photo David Arnold

Bienvenue aux bénévoles !

Le Musée Vodou démarre sans subventions. C’est une petite structure appelée à se développer grâce au public et dans laquelle les bénévoles vont jouer un rôle clef. Aussi le musée recherche-t-il des personnes qui aimeraient tenir des permanences le mercredi, le jeudi et le premier week-end du mois. Une présence motivée de quelques heures pourrait suffire. Ces bénévoles pourraient ensuite être formés aux medias pour une collaboration plus importante.

S’adresser à :
M Bernard MÜLLER
MUSEE VODOU
Le Château d’eau
Direction scientifique et culturelle
4, rue de Koenigshoffen
67000 STRASBOURG

Danse vaudou au Bénin.
Photo David Arnold
qrcode:https://missionsafricaines.org/le-musee-vodou-du-chateau-d-eau,934

Dans la même rubrique



pucePlan du site puceContact puce RSS

2001-2019 © Société des Missions Africaines de Strasbourg - Tous droits réservés
Haut de page
Réalisé sous SPIP
Habillage ESCAL 4.3.15
Hébergeur : SpipFactory