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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Le Père André Fuchs par lui-même (1923-2017)
Article mis en ligne le 4 janvier 2018
dernière modification le 2 janvier 2018

par Jean-Marie Guillaume

Le Père André Fuchs est décédé le 9 octobre 2017, à 94 ans, à la maison St-Charles de Schiltigheim où il était aumônier depuis 1996 et résident depuis 2016. Il avait écrit un curriculum vitae, « en vue d’un article mortuaire exact », daté du 14.11.1988 et révisé le 27.7.1999. C’est ce document que nous utilisons pour évoquer sa vie missionnaire, auquel nous joignons quelques autres extraits de lettres et réflexions.

Le Père André Fuchs
Photo SMA Strasbourg

Témoin de l’évangile.
Avec le P. Fuchs, c’est tout une page de l’histoire de l’évangélisation en Côte d’Ivoire, une longue page de vie sacerdotale qui se tourne pour devenir motif d’une grande action de grâces. Comme saint Paul, selon le début de la Lettre aux Romains [1], qui a été lue comme première lecture le jour de ses obsèques, André Fuchs s’est senti appelé à être apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu. Cet Évangile, il l’a connu, il l’a approfondi en méditant les Saintes Écritures, guidé d’abord par un maître de qualité, le P. Joseph Arthur Eschlimann, dont l’enseignement a fait référence pour beaucoup de jeunes missionnaires de cette époque. La parole de Dieu, le P. Fuchs l’a méditée jusqu’à la fin de sa vie avec beaucoup de respect, la traduisant avec foi dans ses homélies quotidiennes, qu’il préparait avec minutie. Les Saintes Écritures, qu’il interprétait parfois de façon stricte, concernent le Fils de Dieu, dit saint Paul, Jésus qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu, par sa résurrection d’entre les morts. Il s’agit tout simplement du credo chrétien, celui que nous proclamons chaque dimanche et dont témoigne tout missionnaire, tout prêtre, tout chrétien. C’était la foi du P. Fuchs. Comme Jonas, dont parle Jésus dans l’évangile proclamé au jour de ses obsèques [2], le P. Fuchs a été un signe, rendant témoignage à Jésus avec beaucoup d’humilité et de fidélité ; et comme Jésus dans ce passage, il s’est bien des fois insurgé contre « cette génération mauvaise » qu’il rencontrait.

Sur la route de Nassian.
Photo SMA Strasbourg

Sa famille - études primaires et secondaires
Je suis né le 26 juin 1923 dans le quartier de la Krutenau, 3, rue du Jeu de Paume, comme deuxième et dernier enfant, d’un père, Auguste (né en 1889), originaire de Soultz-sous-Forêts, alors employé à la caisse des Malades, et d’Albertine, née Kubach (née en 1887), strasbourgeoise, convertie du protestantisme. Je n’ai qu’une sœur, Marthe, née en 1921. Baptême à Ste Madeleine au mois de juillet, où l’apostolat de la prière priait pour le recrutement des missionnaires. Mes trois premières années d’école (1928-31) chez les sœurs de la Providence, rue du Dôme, m’ont permis de faire connaissance des Missions, ainsi que certaines allusions de mon père, pendant que je jouais. En juillet 1930, un accident providentiel me mutile le pied droit – assis sur la moto de mon oncle Marc, entre lui et mon père, j’ai le talon happé par un rayon de la roue arrière. En juillet 1931, nous déménageons à Neudorf, sur la paroisse St Aloyse. Je fais une année scolaire à Ste Anne et deux trimestres à l’école moyenne publique. Sur le conseil des prêtres de la paroisse, mes parents me mettent au collège St Étienne où je fais le troisième trimestre en 7ème. J’avais sauté une année, c’est pourquoi on me fera redoubler plus tard la 6ème. À Quasimodo de 34, je fais, en même temps que ma sœur, ma première et solennelle communion et je reçois la confirmation.
Je fréquentai le collège St Étienne de 33 à 39 avec en finale la classe de seconde. À ce moment, j’ignore à peu près les Missions et je pense devenir Frère enseignant, comme étaient plusieurs de nos professeurs. Alors la guerre a éclaté et le collège a continué à fonctionner à l’Institut St Jean de Besançon. C’est là qu’un camarade a lancé une équipe qui pensait aux Missions et que je me suis décidé à être missionnaire. La Débâcle de juin 40 fait retarder les épreuves du Bac. Après l’armistice, que j’ai vécu à Lyon, mais en réfugié, et sans connaître les Missions Africaines, je me suis présenté au bac à Besançon, mais ma faiblesse en maths m’a fait échouer. À l’automne 40, je retrouve ma famille revenue de Périgeux à Neudorf. Il a fallu faire une année scolaire, la « 8ème », à l’école allemande, au Jacob Sturm Gymnasium. Un abbé, Paul Held, était l’aumônier des écoles et il réunissait les collégiens le jeudi, soit à la chapelle de la maison St Arbogast, soit à son domicile. Je lui ai fait part de mon projet, en ajoutant que ma mère ne connaissait que les Pères du Sacré-Cœur. Mais lui m’a conduit chez Mgr Diss [3] qu’il connaissait et qui habitait à ce moment à Strasbourg dans sa famille. Mgr m’a déployé la carte de la Côte d’Ivoire et m’a montré sa Préfecture apostolique de Korhogo. Après mon Abitur réussi, nous avons pris rendez-vous et sommes allés à vélos à St-Pierre, près de Barr, où j’ai fait connaissance du P. Brediger, provincial, et de la maison. Le Père avait organisé le relancement du séminaire et du noviciat à l’automne 1941.

La case du P. Fuchs à Bourgodon.
Photo SMA Strasbourg

La guerre
Mais dès le printemps 42, les novices valides ont été enrôlés de force dans l’Arbeitsdienst. André Fuchs était à Kalkum, près de Düsseldorf. Il fait déjà preuve d’un zèle apostolique très fort. Le 9 juin 1942, il écrit de Kalkum : Les 15 hommes de ma chambre sont catholiques. Mais combien peu d’hommes du monde de notre âge comprennent le but de la vie humaine. C’est pourquoi je profite de chaque occasion pour montrer le vrai chemin de la vie chrétienne et j’espère les convertir. Ce nouveau noviciat me plaît surtout parce que la croix est plus dure à porter qu’auparavant, parce que nous y rencontrons bien plus de souffrances et de contrariétés à offrir au Maître pour nos nombreuses intentions. Ce temps n’est donc pas perdu. Dès le retour à l’automne (1942), c’était le conseil de révision pour l’armée. Vu ma cicatrice au talon, j’ai été déclaré GVF, Garnisonsverwendungsfähig-Feld (bon pour service en garnison de campagne). En fait, j’ai été versé dans l’artillerie (caserne à Regensburg et, pour partir, à Ausbach) et formé comme radio-télégraphiste. En mars 43, j’ai rejoint le poste de commandement d’une unité de mortiers lourds dans le nord du front russe. Mon talon m’a permis de rester à quelques distances du front. J’ai pu me contenter d’un éclat d’obus au coude.

La collection de serpents du P. Fuchs.

Le 25 novembre 1945, il écrit : J’ai la joie de vous annoncer que le Seigneur a daigné exaucer nos confiantes prières et me reconduire au pays après deux ans d’absence. Nous avons été agréablement surpris par l’armistice le 8 mai (1945), car les Russes étaient prêts à déclencher la bataille qui aurait certainement été l’écrasement des troupes encerclées. Nous avons été faits prisonniers avec les Allemands, puis on a rassemblé les étrangers et on les a transportés à Riga. C’est là que j’ai passé l’été avec 600 autres Alsaciens-Lorrains. Nous avons été traités, nourris et envoyés au travail comme les prisonniers allemands. Le retour s’est effectué en 33 jours par chemin de fer depuis le 18 octobre… La nourriture a été insuffisante, j’ai maigri et senti mes forces diminuer peu à peu. En ce moment je me sens encore assez épuisé…
Après l’heureux retour (nov. 45) et quelques mois de convalescence, je suis retourné à Saint-Pierre où j’ai préparé, par la méthode autodidactique, la deuxième partie du bac (avec MM Klamber, Lutz, Perrin, Vetter, Weigel). Puis nous sommes partis les six pour le noviciat à Chanly [4] (1946-48), sous les Pères Clamens, puis Guégaden. MM Wetter et Weigel nous ont quittés. J’ai fait mon grand séminaire, à Lyon, 150, cours Gambetta, de 48 à 52. Le 12.7.51, les Pères Lutz, Perrin et moi sommes ordonnés prêtres par Mgr Weber à Haguenau, et M. Klamber a reçu le diaconat.


En Côte d’Ivoire

J’ai été affecté à Tanda , vers le centre-est de Côte d’Ivoire, comme directeur de l’école de la Mission du P. Jean Jacoby et enseignant au CM. Nous étions plusieurs SMA sur le Banfora : les Pères Goetz, Lutz et Perrin pour le Togo et le P. Guégaden pour le Dahomey.

Au premier congé, j’ai demandé à monter à Bondoukou où le P. Pfister [5] était seul, et sans sœurs, et devait prendre son congé. Là, d’abord directeur et enseignant, puis remplacé à ce poste, je visite la brousse avec notre première 2 CV. En 62, Mgr Durrheimer, évêque de Katiola, me demande de prendre pour une année scolaire la classe de cinquième au petit séminaire de Katiola. Chez le P. Pfister, je me sens chez moi. C’est plus pauvre et plus étroit, tant mieux. Ce n’est pas trop de deux Pères à Bondoukou puisque nous avons l’immense région de Bouna à visiter. À Bondoukou, il y a malheureusement peu à faire au point de vue de l’apostolat, la ville est musulmane, nous n’avons que les chrétiens du quartier Koulango Bambarasso, mais il y a, aux environs, de grands villages qui méritent de recevoir un Père à demeure…

Avec le P. Pfister à Zolango.

A la paroisse Ste Odile, le P. Fuchs peut déployer ses nombreux talents et les mettre au service de la mission et de la population. Il devient mécanicien et peut facilement entretenir la 2 CV. Il est aussi infirmier, réparateur de montres, constructeur d’écoles et de chapelles. Il déploie un intérêt particulier à la nature qui l’entoure et étudie le comportement des serpents qui sont nombreux dans la région et dont les morsures sont imprévisibles et dangereuses. Il commence une belle collection de serpents qu’il conserve dans le formol. On dit qu’il a même trouvé un serpent non répertorié, qu’il a envoyé à l’institut pasteur d’Abidjan. Cette collection, récupérée plus tard par un confrère italien, le P. Giaccomo Bardelli, qui faisait une thèse sur les serpents de Côte d’Ivoire, a pris place à l’université des sciences à Gênes.

L’église des PP. Luigini Fratti et Dario Dozio à Nassian.
Photo André Fuchs

Dans sa lettre de vœux au début janvier 1958, Le P. Fuchs note le manque d’enthousiasme des chrétiens et la difficulté de recruter des catéchistes, car nulle part on ne trouve un adulte qui sache lire et instruire ses frères. L’acquisition de la 2 CV nous a favorisés sur ce point : nous pouvons visiter facilement tous les dimanches un autre village. Mais il se présente une autre difficulté : nos jeunes chrétiens désertent leurs villages pendant toute la saison du cacao pour aller travailler dans les plantations du Ghana et, de plus en plus, ils y restent pour y planter eux-mêmes… Plusieurs de nos villages voudraient avoir une école, mais nous n’avons personne de compétent à leur envoyer. Quel dommage pour l’extension de l’Église. Notre nouvelle école est bien remplie, qui s’agrandit aussi. Pour l’avenir les écoliers nous sont assurés, car la ville se dilatera vers notre quartier… Le P. Pfister vient d’ouvrir un cours du soir pour les adultes, ce qui nous oblige à rester en poste jusqu’à 9h 30 quatre soirs de la semaine. Mais cela s’arrêtera avec la saison des pluies où nos élèves n’auront plus le courage de venir. Ce sont d’ailleurs pour la plupart des musulmans.

A Nassian.

Après 9 ans de présence à Bondoukou, le Père Fuchs ouvre la mission de Nassian , à 120 km au nord, comme station principale autonome, où il vit de façon très ascétique. Je suis resté neuf ans à Bondoukou (56-65) avant d’être envoyé par Mgr Eugène Kouakou Abissa fonder Nassian, où je suis resté seul de 66 à 89. J’y fais construire ma maison, avec chapelle incorporée de mars à juin 65. Je pars en congé, sitôt la maison couverte, et je m’y installe au retour. Pendant 22 ans, je découvre peu à peu une quarantaine de villages qui s’ouvrent à l’Évangile. Le jour de l’Assomption 87, j’ai la joie d’assister à l’ordination d’un prêtre issu de Parhadi, station secondaire de Nassian, Nestor Kofi Kra.

Le nouvel évêque de Boudoukou, ordonné le 10.1.88, Mgr Alexandre Kouassi, m’a demandé de remplacer le P. Romaniak, vicaire du P. Anthony à Tabagne . Le Père devait rentrer définitivement. J’ai accepté pour satisfaire l’évêque. Deux jeunes confrères sma italiens m’ont succédé à Nassian et ont fait prospérer la Mission (Luigino Frattin et Dario Dozio). Dans sa nomination, datée du 13 février 1989, l’évêque lui adresse sa reconnaissance. A Tabagne, une nouvelle église est en construction, le P. Fuchs « se rend utile pour des petites choses », comme il dit. Plus tard s’est ajouté le projet d’une salle paroissiale et d’un centre de formation professionnelle polyvalent pour les jeunes. Le P. Fuchs, promu économe de la mission de Tabagne, essaie de lever des fonds pour ces projets. À Tabagne, au P. Anthony ont succédé comme curés l’abbé Pierre Kouakou Kré (Abron de Assuefry) et le P. Luigi Finotti. Après deux séjours à Tabagne, je suis rentré définitivement en juin 96, dans l’espoir de pouvoir soigner la polynévrite dans les pieds, qui s’est déclarée à Tabagne. J’allais avoir 73 ans.

A la Maison St Chrles de Schiltigheim avec les PP. Jacquot, Bardellei et Rapetti.
Photo Marc Heilig

La maison St Charles à Schiltigheim
Après 44 ans de présence et de dur labeur en Côte d’Ivoire, le P. Fuchs accepte de venir à la maison St Charles de Schiltigheim où des confrères des Missions Africaines assuraient l’aumônerie depuis 1982. Il y a passé 21 ans, d’abord comme aumônier fidèle et assidu, puis comme résident. A son arrivée, il s’est procuré les missels et commentaires d’homélies les plus récents afin de pouvoir assurer au mieux la liturgie. Sa présence a été appréciée. Dans son effacement et son humilité, il est devenu un personnage remarqué de cet établissement. Lorsqu’est venu pour lui le temps de prendre officiellement sa retraite, il y a trois ans, c’est tout naturellement qu’il a demandé de rester à St Charles ; c’était sa maison. Merci aux sœurs et à l’Ephad, au personnel de l’établissement de l’avoir accueilli, soigné, aidé, accompagné avec une certaine tendresse dans les derniers mois de sa vie, alors qu’il lui était pénible de supporter la fatigue et la dépendance de l’âge.

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