Le Père André Fuchs par lui-même (1923-2017)

Le Père André Fuchs est décédé le 9 octobre 2017, à 94 ans, à la maison St-Charles de Schiltigheim où il était aumônier depuis 1996 et résident depuis 2016. Il avait écrit un curriculum vitae, « en vue d’un article mortuaire exact », daté du 14.11.1988 et révisé le 27.7.1999. C’est ce document que nous utilisons pour évoquer sa vie missionnaire, auquel nous joignons quelques autres extraits de lettres et réflexions.

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Le Père André Fuchs
Photo SMA Strasbourg

Témoin de l’évangile.
Avec le P. Fuchs, c’est tout une page de l’histoire de l’évangélisation en Côte d’Ivoire, une longue page de vie sacerdotale qui se tourne pour devenir motif d’une grande action de grâces. Comme saint Paul, selon le début de la Lettre aux Romains [1], qui a été lue comme première lecture le jour de ses obsèques, André Fuchs s’est senti appelé à être apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu. Cet Évangile, il l’a connu, il l’a approfondi en méditant les Saintes Écritures, guidé d’abord par un maître de qualité, le P. Joseph Arthur Eschlimann, dont l’enseignement a fait référence pour beaucoup de jeunes missionnaires de cette époque. La parole de Dieu, le P. Fuchs l’a méditée jusqu’à la fin de sa vie avec beaucoup de respect, la traduisant avec foi dans ses homélies quotidiennes, qu’il préparait avec minutie. Les Saintes Écritures, qu’il interprétait parfois de façon stricte, concernent le Fils de Dieu, dit saint Paul, Jésus qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu, par sa résurrection d’entre les morts. Il s’agit tout simplement du credo chrétien, celui que nous proclamons chaque dimanche et dont témoigne tout missionnaire, tout prêtre, tout chrétien. C’était la foi du P. Fuchs. Comme Jonas, dont parle Jésus dans l’évangile proclamé au jour de ses obsèques [2], le P. Fuchs a été un signe, rendant témoignage à Jésus avec beaucoup d’humilité et de fidélité ; et comme Jésus dans ce passage, il s’est bien des fois insurgé contre « cette génération mauvaise » qu’il rencontrait.

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Sur la route de Nassian.
Photo SMA Strasbourg

Sa famille - études primaires et secondaires
Je suis né le 26 juin 1923 dans le quartier de la Krutenau, 3, rue du Jeu de Paume, comme deuxième et dernier enfant, d’un père, Auguste (né en 1889), originaire de Soultz-sous-Forêts, alors employé à la caisse des Malades, et d’Albertine, née Kubach (née en 1887), strasbourgeoise, convertie du protestantisme. Je n’ai qu’une sœur, Marthe, née en 1921. Baptême à Ste Madeleine au mois de juillet, où l’apostolat de la prière priait pour le recrutement des missionnaires. Mes trois premières années d’école (1928-31) chez les sœurs de la Providence, rue du Dôme, m’ont permis de faire connaissance des Missions, ainsi que certaines allusions de mon père, pendant que je jouais. En juillet 1930, un accident providentiel me mutile le pied droit – assis sur la moto de mon oncle Marc, entre lui et mon père, j’ai le talon happé par un rayon de la roue arrière. En juillet 1931, nous déménageons à Neudorf, sur la paroisse St Aloyse. Je fais une année scolaire à Ste Anne et deux trimestres à l’école moyenne publique. Sur le conseil des prêtres de la paroisse, mes parents me mettent au collège St Étienne où je fais le troisième trimestre en 7ème. J’avais sauté une année, c’est pourquoi on me fera redoubler plus tard la 6ème. À Quasimodo de 34, je fais, en même temps que ma sœur, ma première et solennelle communion et je reçois la confirmation. Je fréquentai le collège St Étienne de 33 à 39 avec en finale la classe de seconde. À ce moment, j’ignore à peu près les Missions et je pense devenir Frère enseignant, comme étaient plusieurs de nos professeurs. Alors la guerre a éclaté et le collège a continué à fonctionner à l’Institut St Jean de Besançon. C’est là qu’un camarade a lancé une équipe qui pensait aux Missions et que je me suis décidé à être missionnaire. La Débâcle de juin 40 fait retarder les épreuves du Bac. Après l’armistice, que j’ai vécu à Lyon, mais en réfugié, et sans connaître les Missions Africaines, je me suis présenté au bac à Besançon, mais ma faiblesse en maths m’a fait échouer. À l’automne 40, je retrouve ma famille revenue de Périgeux à Neudorf. Il a fallu faire une année scolaire, la « 8ème », à l’école allemande, au Jacob Sturm Gymnasium. Un abbé, Paul Held, était l’aumônier des écoles et il réunissait les collégiens le jeudi, soit à la chapelle de la maison St Arbogast, soit à son domicile. Je lui ai fait part de mon projet, en ajoutant que ma mère ne connaissait que les Pères du Sacré-Cœur. Mais lui m’a conduit chez Mgr Diss [3] qu’il connaissait et qui habitait à ce moment à Strasbourg dans sa famille. Mgr m’a déployé la carte de la Côte d’Ivoire et m’a montré sa Préfecture apostolique de Korhogo. Après mon Abitur réussi, nous avons pris rendez-vous et sommes allés à vélos à St-Pierre, près de Barr, où j’ai fait connaissance du P. Brediger, provincial, et de la maison. Le Père avait organisé le relancement du séminaire et du noviciat à l’automne 1941.

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La case du P. Fuchs à Bourgodon.
Photo SMA Strasbourg

La guerre
Mais dès le printemps 42, les novices valides ont été enrôlés de force dans l’Arbeitsdienst. André Fuchs était à Kalkum, près de Düsseldorf. Il fait déjà preuve d’un zèle apostolique très fort. Le 9 juin 1942, il écrit de Kalkum : Les 15 hommes de ma chambre sont catholiques. Mais combien peu d’hommes du monde de notre âge comprennent le but de la vie humaine. C’est pourquoi je profite de chaque occasion pour montrer le vrai chemin de la vie chrétienne et j’espère les convertir. Ce nouveau noviciat me plaît surtout parce que la croix est plus dure à porter qu’auparavant, parce que nous y rencontrons bien plus de souffrances et de contrariétés à offrir au Maître pour nos nombreuses intentions. Ce temps n’est donc pas perdu. Dès le retour à l’automne (1942), c’était le conseil de révision pour l’armée. Vu ma cicatrice au talon, j’ai été déclaré GVF, Garnisonsverwendungsfähig-Feld (bon pour service en garnison de campagne). En fait, j’ai été versé dans l’artillerie (caserne à Regensburg et, pour partir, à Ausbach) et formé comme radio-télégraphiste. En mars 43, j’ai rejoint le poste de commandement d’une unité de mortiers lourds dans le nord du front russe. Mon talon m’a permis de rester à quelques distances du front. J’ai pu me contenter d’un éclat d’obus au coude.

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La collection de serpents du P. Fuchs.

Le 25 novembre 1945, il écrit : J’ai la joie de vous annoncer que le Seigneur a daigné exaucer nos confiantes prières et me reconduire au pays après deux ans d’absence. Nous avons été agréablement surpris par l’armistice le 8 mai (1945), car les Russes étaient prêts à déclencher la bataille qui aurait certainement été l’écrasement des troupes encerclées. Nous avons été faits prisonniers avec les Allemands, puis on a rassemblé les étrangers et on les a transportés à Riga. C’est là que j’ai passé l’été avec 600 autres Alsaciens-Lorrains. Nous avons été traités, nourris et envoyés au travail comme les prisonniers allemands. Le retour s’est effectué en 33 jours par chemin de fer depuis le 18 octobre… La nourriture a été insuffisante, j’ai maigri et senti mes forces diminuer peu à peu. En ce moment je me sens encore assez épuisé…
Après l’heureux retour (nov. 45) et quelques mois de convalescence, je suis retourné à Saint-Pierre où j’ai préparé, par la méthode autodidactique, la deuxième partie du bac (avec MM Klamber, Lutz, Perrin, Vetter, Weigel). Puis nous sommes partis les six pour le noviciat à Chanly [4] (1946-48), sous les Pères Clamens, puis Guégaden. MM Wetter et Weigel nous ont quittés. J’ai fait mon grand séminaire, à Lyon, 150, cours Gambetta, de 48 à 52. Le 12.7.51, les Pères Lutz, Perrin et moi sommes ordonnés prêtres par Mgr Weber à Haguenau, et M. Klamber a reçu le diaconat.

[1] Rm 1, 1-7.

[2] Lc, 11, 29-32.

[3] Mgr Diss était préfet apostolique de tout le nord de la Côte d’Ivoire, avec siège à Korhogo.

[4] À Chanly, petit village des Ardennes belges, était implantée la maison d’accueil de la SMA pour les études philosophiques et le noviciat.

[5] Le Père Joseph Pfister, sma, était, comme le Père Fuchs, originaire de Neudorf.

Publié le 4 janvier 2018 par Jean-Marie Guillaume