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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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Le Séminaire de Jeunes de Walbourg
Article mis en ligne le 12 novembre 2012
dernière modification le 3 avril 2013

par Gérard Auer

Les responsables de Terre d’Afrique m’ont demandé de parler de l’éducation donnée à Walbourg. J’ai passé dans cette maison de 1963 à 1995, d’abord comme préfet des études des moyens, classes de 5e, 4e et 3e, puis comme directeur de 1976 à 1995. Pendant toute cette époque, j’ai exercé également les fonctions de professeur de musique et de directeur de la manécanterie du séminaire.

L’église abbatiale de Walbourg.
Photo Gérard Auer

Le renouveau du Petit Séminaire
Quand j’ai pris en 1976 les fonctions de direction, de nombreux anciens des années 50 venaient me dire : « Mais Walbourg, ce n’est plus un Petit Séminaire. A notre époque, le supérieur nous demandait à l’admission : « Veux-tu devenir prêtre ? » Il fallait au minimum ne pas l’exclure pour être admis. Aujourd’hui, vous acceptez tout le monde. J’en connais qui sont vos élèves : jamais dans le passé ils n’auraient été admis. Nous allions tous les matins à 6h30 à la messe. Ce n’est plus le cas. Avant le départ en grandes vacances, le supérieur nous faisait une conférence : « Méfiez-vous des filles. Elles peuvent vous faire perdre votre vocation. » Or aujourd’hui, vous avez des filles demi-pensionnaires. »

Le Séminaire de Jeunes de Walbourg.
Photo Gérard Auer

Il est vrai que le Petit Séminaire a évolué. Les évêques de France ont fondé, vers les années 60, le Mouvement Jeunes Séminaristes, qui est devenu un creuset de réflexion et d’initiatives pour adapter nos maisons aux besoins et des jeunes et de l’Eglise. C’est à ce moment que le titre de Petit Séminaire a connu une première mutation : il est devenu Séminaire de Jeunes.
Voyons ce que sont devenues ces maisons, en reprenant les reproches ci-dessus cités. La question posée à l’admission, même aux plus jeunes, était : « Es-tu d’accord pour venir à l’internat ? Es-tu prêt à faire ton maximum pour réussir ta vie, et donc tes études ? » En 1977, j’ai encore entendu un jeune me répondre : « Oui, je suis d’accord de venir à Walbourg puisque je veux devenir prêtre ». Mais c’est bien la seule fois que j’ai entendu explicitée une vocation d’enfant. La source s’était apparemment tarie.
Nous expliquions aussi que notre ambition était de donner une éducation complète. Or celle-ci exige une éducation ou un éveil à la foi : il n’y a pas de dispense en cette matière. Un pasteur de l’Eglise protestante assurait une heure d’instruction religieuse pour les élèves protestants ; aux parents des élèves israélites nous expliquions que nous n’étions pas outillés pour assurer l’instruction dans cette religion : les parents devaient nous produire une attestation d’un rabbin certifiant que le jeune recevait une instruction dans sa communauté. Pour les jeunes musulmans, ce fut plus compliqué : « Non, nous n’allons pas à la mosquée car on y fait de la politique, et ailleurs ce sont des Turcs ou des Marocains. A côté de nous, ce sont des intégristes : nous ne voulons pas de tout cela. Il suivra l’instruction religieuse catholique, nous nous chargerons de lui faire connaître l’islam ».
Cependant, pour nous, les éducateurs, il était clair qu’une instruction religieuse, même bien faite, ne suffisait pas pour éveiller ou éduquer la foi. Ce sont la vie de la maison, les pratiques pédagogiques, qui donnent leur crédibilité à l’annonce de l’Evangile. Qu’avons-nous fait dans ce sens ?


Le sérieux des études
Les jeunes vont dans une école pour apprendre et préparer leur avenir. Le sérieux d’une école ne se mesure pas d’abord à ses résultats aux examens. Mais le collège de Walbourg peut être fier de ce que 94 % des élèves réussissaient d’année en année le BEPC, et les résultats au Baccalauréat ont souvent été parmi les meilleurs de l’Académie, soit entre 90 et 96 % d’admis [1].
Aucune sélection n’était ni n’est faite aujourd’hui pour l’admission d’un élève. Quand un enfant était consentant pour venir à l’internat et que son établissement d’origine l’orientait dans la classe postulée, il était admis dans la mesure des places disponibles. Nous attachions aussi une certaine importance à la réussite des élèves à la sortie de Walbourg. Ceux qui après la 3e entraient dans l’enseignement technique y réussissaient bien. Des professeurs de ces établissements d’accueil m’ont dit : « Les élèves qui viennent de chez vous ont largement le niveau et on voit qu’ils ont appris à travailler ». Quant aux bacheliers qui entraient dans l’enseignement supérieur, ils rencontraient les difficultés connues chez tous ceux de leur âge : plus aucun contrôle des connaissances en dehors des examens de fin d’année, sentiment de liberté dans la vie étudiante, découverte de la ville et de ses soirées… Le nombre de redoublants en fin de 1e année était comparable aux autres étudiants. Je ne dis pas qu’ils atteignaient tous leur objectif professionnel, car les concours de recrutement avaient souvent été mal jaugés par ces jeunes étudiants, mais la moitié réussissait les études entreprises.

Entraînement de foot.
Photo Gérard Auer

La professeur de maths des classes Maths Sup du lycée Kléber de Strasbourg ne cessait de me répéter, alors que j’étais à Strasbourg dans les années 97 et 98 : « Je ne répèterai jamais assez combien j’ai gardé bon souvenir de vos anciens élèves. D’ailleurs, pour un petit établissement comme le vôtre, comparé aux grands lycées des grandes villes, c’est une prouesse de compter parmi ses anciens élèves cinq polytechniciens. Et ceux qui n’ont pas intégré Polytechnique ont réussi d’autres grandes écoles ».

Le rôle de l’enseignant
Le travail en commun des professeurs avait contribué aux bons résultats des élèves qui ne rencontraient pas un langage technique différent d’une classe à l’autre. Les professeurs connaissaient aussi les résultats des élèves dans les autres matières ; ils évitaient ainsi de taxer de fainéant celui qui ne réussissait pas bien dans la leur. Le soutien mutuel entre élèves était encouragé [2]. Beaucoup de professeurs consacraient de nombreuses heures de temps libre à soutenir les élèves en difficulté.

La manécanterie de Walbourg à Vézelay.
Photo Gérard Auer

Comme directeur, j’encourageais les professeurs à exiger de la part des élèves ordre et discipline. C’est à mon avis le b-a-ba de l’apprentissage. Il est devenu commun de vouloir réformer l’enseignement : chaque régime, chaque ministre de l’Education Nationale a ses idées sur ce que devraient être l’école élémentaire, le collège et le lycée. Ils font, à mon humble avis, fausse route s’ils ne précisent pas que l’enseignant doit d’abord être un maître, un adulte qui donnera envie aux jeunes de devenir adultes. Vouloir d’abord chercher ce qui intéressera les élèves est une erreur. Il faut se demander : « que doivent-ils absolument savoir, que cela les intéresse ou non ». Je sais bien que j’ai eu la réputation d’un directeur respecté, et même parfois craint. Il est vrai : les professeurs qui enseignent encore et qui m’ont connu regrettent un peu cette époque où mon autorité confortait la leur et les aidait à avoir de l’ordre dans leur classe. Ils ne cessent de me dire : « Soyez content de ne plus être directeur aujourd’hui car vous ne pourriez plus avoir les exigences d’alors avec les jeune d’aujourd’hui ». Je veux bien le croire, mais alors, comment éduquer, comment enseigner, s’il n’y a pas un minimum d’ordre et de respect ?
J’ai parlé de respect ; nous veillions qu’il aille dans les deux sens. Mes prédécesseurs et mon successeur ont conservé la traditionnelle lecture de notes. Une fois par trimestre, nous allions, mon adjoint ou moi, dans les classes pour dire le bien et le moins bien que les professeurs avaient dit au sujet de chaque élève. Les élèves avaient le droit de savoir comment leurs éducateurs les jugeaient. D’ailleurs, quand je devinais un désaccord chez un élève, je l’invitais à venir me parler de personne à personne, et les professeurs faisaient de même. C’était souvent l’occasion pour les élèves de « vider leur sac » : parents qui ne s’entendaient pas, en instance de séparation ou qui ne recherchaient aucun dialogue, tout comme une mésentente avec un professeur.

(à suivre)

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