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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Le Séminaire de Jeunes de Walbourg (suite)
Article mis en ligne le 4 avril 2013
dernière modification le 3 avril 2013

par Gérard Auer

Activités parascolaires

Nous recherchions aussi une pédagogie valorisante pour les élèves : ils ne faisaient pas de fautes, mais des erreurs. Pour permettre à chacun d’avoir des domaines de réussite, nous encouragions les activités parascolaires.

Vue aérienne de Walbourg.
Photo Gérard Auer

Dans le domaine sportif, les entraînements au cross et à l’athlétisme étaient une nécessité pour qui ne voulait pas se ridiculiser au cross d’établissement ou aux Jeux Olympiques de Walbourg. Par ailleurs, les élèves avaient le choix entre le judo, le tennis ou encore le ping-pong, et nos équipes de foot et de basket étaient redoutées dans les compétitions scolaires. Les installations sportives de l’établissement sont remarquables et permettent d’organiser pendant les vacances les stages Specht pour footballeurs en herbe.

Une école de musique permettait d’apprendre beaucoup d’instruments, à cordes, à vent ou à clavier. Signalons qu’une vingtaine d’organistes actuellement en fonction dans les paroisses d’Alsace ont été formés à Walbourg. Le fleuron était sans aucun doute la Manécanterie du Séminaire, affiliée aux Pueri Cantores-Croix de Bois. Cet ensemble de 60 élèves animait les liturgies et les fêtes de la maison. Cette chorale s’est produite dans la plupart des paroisses alsaciennes, elle a donné des concerts dans 13 pays d’Europe, en Terre Sainte ainsi qu’en Côte-d’Ivoire.

Pour les jeunes collégiens, des ateliers multiples – menuiserie, pyrogravure, poterie, mosaïque, reliure, vannerie, philatélie, voire fer forgé et émaux – permettaient aux élèves de se faire valoir et de prendre ainsi confiance en eux-mêmes.

Education religieuse

En 1963, tous les professeurs étaient des prêtres, qui étaient en même temps chargés de l’animation spirituelle : catéchèse, célébrations, réunions d’approfondissement de la foi, MEJ, direction spirituelle… Mais peu à peu, les évêques ont retiré les prêtres de l’enseignement pour la pastorale paroissiale. Quand, en 1976, j’ai pris la direction de l’établissement, il m’a fallu des prodiges de persuasion pour qu’un aumônier soit nommé à la place du dernier prêtre enseignant, retiré lui aussi. J’ai connu deux excellents aumôniers : l’abbé Joseph Lutz, actuellement curé de Neuwiller-les-Saverne, et l’abbé Vincent Dollmann, le nouvel évêque auxiliaire. Mais nous avons pensé qu’il n’était pas normal que l’éducation spirituelle ne soit confiée qu’à des prêtres. L’équipe d’aumônerie réunissait des professeurs et préfets volontaires, et même certains parents et des élèves de Terminale, jeunes cadres du MEJ. Elle préparait les temps forts, comme le carême, les retraites de classes, les célébrations de fêtes. Elle se posait surtout la question de la crédibilité évangélique des relations entre élèves et professeurs. Je me répète : la catéchèse ne pouvait porter des fruits que si l’évangile était le barème de la marche de la maison.

Classes de sport.
Photo Gérard Auer

C’est aussi cette équipe qui, depuis 20 ans, parraine l’action Ouverture à l’Universel. Chaque année, un professeur part au Burkina Faso pendant trois semaines de grandes vacances avec une vingtaine d’élèves de 1e ou de Terminale. Il y a quelques années, ils ont aidé à la construction d’une école et d’un collège ; à présent ils vont donner des cours de vacances aux élèves qui ont eu des difficultés pendant l’année scolaire. Ces lycéens travaillent toute l’année pour pouvoir emporter du matériel scolaire et le donner aux enfants qui, sans cette aide, ne pourraient pas aller à l’école car leurs parents ne peuvent acheter les cahiers et stylos obligatoires pour y être admis.

Les aumôniers ont aussi veillé à réunir dans des équipes ceux qui – assez rares – se posaient la question d’une vocation spécifique dans l’Eglise. Jusqu’en mai 68, la moitié des élèves de Terminale entraient au Grand Séminaire après le baccalauréat. Ils se firent beaucoup plus rares ensuite. Néanmoins, on peut dire que 60 prêtres actifs dans le diocèse ont fait leurs études secondaires à Walbourg. Il faut y ajouter deux entrées dans des ordres religieux, un spiritain et un frère de Jérusalem, et deux pasteurs de l’Eglise de la Confession d’Augsbourg. On m’a même signalé qu’un ancien élève venait d’entrer dans une école talmudique pour s’engager dans la voie rabbinique.


Orientation des élèves

Le Petit Séminaire s’intéressait particulièrement à ceux qui voulaient devenir prêtres. Dans notre esprit, il fallait aider tous les jeunes à trouver leur vocation. L’orientation des élèves devenait ainsi une préoccupation pendant toute la scolarité. Pour Dieu, chaque homme, donc chaque jeune, a du prix. Il a confié à chacun des talents uniques : mettre ces talents en valeur dans sa vie professionnelle, c’est la réussir et y être heureux. L’orientation consistait donc à permettre à chaque jeune de se connaître et à envisager les métiers qui pourraient être une mise en valeur de ces talents. Il fallait la collaboration de toute l’équipe des professeurs pour que l’élève réussisse à se connaître dès la 6e. Nous avons cherché, et parfois même élaboré, des batteries de tests qui révélaient au jeune ses qualités profondes, mais c’est surtout le dialogue de l’élève avec ses parents et ses professeurs qui lui permettait de compléter sa connaissance de lui-même.

La Manécanterie du Séminaire de Walbourg en Côte d’Ivoire.
Photo Gérard Auer

A partir de la 4e, on envisageait les métiers possibles, y compris ceux auquel l’enfant avait songé tout petit. Il aurait fallu pouvoir aussi partir du métier des parents, mais nous avons vite abandonné cette piste : « Tu feras ce que tu voudras, mais pas ce que je fais ! » Au fond, beaucoup de parents voulaient éviter à leur enfant les difficultés qu’ils connaissaient sans voir celles des autres professions. Ils disaient même parfois : « Fais donc tel ou tel métier, là tu peux gagner de l’argent ». En somme, ils contrecarraient notre pédagogie, alors que j’avais longuement expliqué nos objectifs lors des réunions de parents. Nous organisions aussi des journées « métiers », où des professionnels venaient parler de leur profession. Elles ont peu à peu été étendues à tous les établissements catholiques du Bas-Rhin.

L’orientation telle que l’entend l’Education Nationale ne considère qu’un aspect : permettre aux élèves d’entrer après la 3e dans des études générales, techniques ou professionnelles. Il est vrai que les parents souhaitaient que leur enfant entre en 2nde et qu’il fasse un Bac, scientifique de préférence. Or quand un jeune avait en tête un métier, il était facile de trouver la voie des études qui l’y mèneraient : qu’elle soit courte ou longue, le but final pouvait être atteint.

Je suis malheureusement devenu un ennemi pour certains parents. Ils voulaient coûte que coûte que leur enfant fasse de longues études scientifiques alors qu’il n’en avait pas les moyens. C’était, au vu de l’objectif professionnel, un non-sens. Nous avons en effet constaté qu’il y avait une corrélation entre les capacités et les réussites dans certaines matières et la profession envisagée.

Répétition de la Manécanterie du Séminaire de Walbourg.
Photo Gérard Auer

Pour terminer, je me permets de devenir personnel. J’ai passé trente-deux années à Walbourg. J’y ai été heureux, car entouré d’une équipe de professeurs qui croyaient à leur fonction, de personnels de service sérieux et dévoués. Je regrette d’avoir été dur avec certains élèves, encore que ceux-ci m’en remercient aujourd’hui. Ils viennent me voir, ils me téléphonent ou m’écrivent. Mais est-ce au prêtre d’être l’homme de la discipline, alors qu’il doit prêcher Jésus, doux et humble de cœur ? J’ai aussi compris peu à peu que nous ne transmettions pas la foi. Si, dans les années 60, l’incroyance ne pouvait se dire dans un Petit Séminaire, elle sautait aux yeux chez beaucoup de lycéens à partir de 1968. Je souffre lorsqu’on me dit qu’un ancien élève n’est pas connu dans sa paroisse, que ses parents sont bien engagés mais lui non. Font exception à ce sujet ceux qui sont organistes ou directeurs de chorale paroissiale. Nos anciens élèves s’engagent plutôt dans les associations humanitaires ou caritatives, comme Amnesty International, l’ACAT, le CCFD ou Caritas. Je rends grâce à Dieu pour les 30 années passées au milieu des jeunes. J’y ai sans doute fait du bien, mais mon tempérament fougueux a dû aussi faire des dégâts. Donc, Kyrie eleison et Deo gratias

La Manécanterie du Séminaire de Walbourg en concert.
Photo Gérard Auer
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