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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Les membres SMA au Maroc
Article mis en ligne le 26 août 2013

par Jean-Marie Guillaume

Le but principal de mon voyage au Maroc était de rendre visite à nos confrères de la Société des Missions Africaines. Ils sont trois, bien éloignés les uns des autres, au service d’une communauté chrétienne locale qui fonctionne selon les normes d’une paroisse classique, mais aussi et surtout au service d’émigrés et étudiants catholiques « sub-sahariens » venus faire des études dans les universités et instituts locaux. Ils sont rattachés au diocèse de Rabat. Je ne sais pas quel a été l’impact de ma visite, mais en tout cas elle m’a fait grand bien [1].

Un bel accueil à Agadir

Le premier qui m’a reçu et ne pouvait cacher sa joie de m’accueillir est le Père Gilbert Bonouvrie, de la province SMA des Pays-Bas, à Agadir, où il est depuis une vingtaine d’années [2]. Gilbert m’a montré et expliqué la ville, en commençant par l’ancienne cité, détruite par un tremblement de terre le 29 février 1960. Elle devait être bien fortifiée, d’après une tour dont les bases ont résisté et les murs d’enceinte qui retiennent encore la colline. Quelques 15.000 personnes sont restées enfouies sous les décombres, et les gens qui ont connu ce cataclysme l’évoquent encore avec émotion et en gardent les cicatrices dans leur cœur. Au bas de la colline, le port de commerce et la mer, et vers l’ouest, la ville actuelle au bord de la mer, le long de la plage. De 500 habitants en 1920, la ville est passée à 30.000 en 1952 et à 300.000 aujourd’hui, formant avec les quartiers alentour une agglomération d’un million d’habitants.

La paroisse Ste-Anne

L’église Ste-Anne, seule présence de l’Église catholique dans cette grande cité, est très discrète, dans un quartier plutôt tranquille. Son clocher émerge à peine des arbres. Son ouverture à l’international et à la catholicité est indiquée dès l’entrée sur les panneaux d’accueil et les dépliants en nombreuses langues. L’église est ouverte toute la journée. Très souvent passent des visiteurs qui s’arrêtent pour prier ou pour saluer le prêtre disponible à tous. Naturellement, je participe aux célébrations eucharistiques de la paroisse. Il y a d’abord celle du samedi soir. Le Père Gilbert est là, à l’entrée de l’église, et salue tout un chacun, demandant la nouvelle. Il s’enquiert de l’origine des gens de passage, s’adressant dans leur langue lorsqu’il le peut car il manie le français, l’anglais, le flamand, l’italien et l’espagnol, et peut même sortir quelques phrases en polonais. Au cours de la liturgie, il s’arrangera pour que chacun ait un petit bout de prière en sa propre langue. Une chorale de 6 ou 7 dames, la chorale de Zusi, anime la liturgie. Les chants sont simples, très beaux et bien exécutés. La célébration se poursuit dans le jardin aux fleurs multicolores, autour d’un « pot » organisé pour ma visite. Toutes les occasions sont saisies pour le « pot de l’amitié » où se fabriquent l’échange et la connaissance.

Agadir. Célébration à l’église Ste-Anne.
Photo Jean-Marie Guillaume

Le dimanche, l’assemblée est plus étoffée que la veille, quelques 150 personnes dont un bon nombre de touristes polonais. L’accueil est aussi chaleureux. La célébration est animée par « la chorale africaine », aux performances semblables à celles des chorales d’Afrique de l’Ouest. Elle est composée d’une dizaine de personnes, la plupart étudiants, venus du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Togo, de Madagascar… Ensuite se tient la réunion de pré-rentrée des étudiants. Les étudiants subsahariens constituent une aumônerie et suivent un programme sur l’année animé par le Père Bernard, le curé de la communauté de Tarroudant, à quelques 80kms. Tous les sub-sahariens présents, qu’ils soient étudiants ou simplement employés, participent à cette rencontre. Je dois leur présenter la SMA, ses activités, mes préoccupations et la mission. Une troisième célébration a lieu le dimanche soir. L’assistance est réduite, il n’y a pas de chorale, mais l’accueil et la participation de tous y sont toujours aussi chaleureux.

Gilbert Bonouvrie, Latifa et Wladyslaw Penkala.
Photo Jean-Marie Guillaume

Latifa, musulmane, est l’âme de la maison. Elle ne compte pas ses heures, prépare le repas, fait les courses, accueille les visiteurs, fait office de sacristain, prend soin de l’église où elle aime prier, surveille le Père dans ses accrocs de santé et rentre chez elle en taxi.

Agadir. Etudiants sub-sahariens.
Photo Jean-Marie Guillaume

Jean-Paul, étudiant togolais en informatique, termine son mandat comme président de l’aumônerie locale des étudiants. Il fait office de secrétaire paroissial. Ste-Anne est aussi une paroisse classique, avec toutes ses activités, catéchèse, préparation aux sacrements, groupes de réflexion etc. car bien des familles venues d’Europe se sont installées dans la ville. La Caritas, dont le bureau est animé par un couple protestant, un instituteur marocain et le prêtre catholique, est aussi très active. Elle répond aux besoins locaux, comme des aides à l’achat de médicaments, lunettes et fournitures scolaires, des bourses d’étude, des aides ponctuelles à des projets de développement, surtout en rapport avec la sécheresse, constructions de puits, de digues, de canaux d’irrigation, sans oublier le soutien régulier aux enfants abandonnés et aux aveugles. Le Père Gilbert est très attaché à son église et à cette paroisse. Il ne manque pas une occasion pour la faire connaître, l’animer et inviter les gens à contribuer à cette animation.


Rencontre des SMA chez l’archevêque de Rabat

Le Père Wƚadysƚaw Penkala, curé de El Jadida, est venu nous rejoindre à Agadir le lundi 11 septembre. Le lendemain il nous emmène, Gilbert et moi, jusqu’à Rabat [3]. C’est l’archevêque lui-même, Mgr Vincent Lendel, qui nous accueille et qui, à ma grande confusion, monte ma valise jusque dans ma chambre. Il sait ce qu’est un institut missionnaire. Né au Maroc de famille française, il est lui-même membre de la Congrégation des Missionnaires du Sacré Cœur de Bettaram. Nous célébrons l’Eucharistie avec lui à la chapelle de l’archevêché. « Ce n’est pas souvent que les confrères SMA se retrouvent ensemble, et c’est un plaisir que de vous recevoir à l’archevêché », nous dit-il. L’atmosphère est en effet à l’accueil, l’apéritif et le repas en sont des signes évidents et appréciés.

Rencontre avec l’évêque de Rabat.
De g. à dr. : Marc Boucrot, prêtre chargé des écoles, Jean-Marie Guillaume, Gilbert Bonouvrie, Mgr Vincent Lendel, Wladyslaw Penkala et Matteo Revelli.
Photo Jean-Marie Guillaume

Dans l’après-midi nous prenons le temps de nous retrouver en tant que SMA. Chacun des trois confrères partage ce qui fait sa vie, ses soucis… Ils font œuvre missionnaire, engagés qu’ils sont en une pastorale locale dans un environnement musulman et au service des étudiants sub-sahariens. « Chaque année, à chaque rentrée universitaire, il faut recommencer. La situation est différente de l’Afrique de l’Ouest, il n’y a pas de communauté bien enracinée pour nous soutenir et nous aider. Si des problèmes arrivent, et il y en a, il faut souvent les résoudre seul. » Suite à notre réunion, l’évêque me reçoit pour un échange. Il me dit sa grande satisfaction de la présence des missionnaires SMA, bien engagés dans leur travail, chacun œuvrant à sa manière et apportant tout ce qu’il est et tout ce qu’il a avec une grande générosité. « Ils semblent heureux dans leur apostolat », me confie-t-il.

Fès et El Jadida

De Rabat, il nous faut trois heures pour atteindre Fès, où le Père Matteo Revelli, SMA de la province d’Italie, nous attend pour le repas de midi le mercredi 13 septembre. Il nous explique l’église qu’il a remise à neuf, un édifice lumineux en rectangle, aux fenêtres sans vitraux, avec une fresque au mur du chœur. Elle peut accueillir 5 ou 600 personnes et la messe dominicale fait le plein. Il s’agit d’une paroisse classique avec toutes les activités qui s’y rattachent, dont une insistance sur la Caritas. Mais la pastorale auprès des étudiants étrangers occupe davantage Matteo. C’est le début de l’année universitaire, il faut recommencer avec beaucoup de nouveaux, refaire des groupes de catéchuménats, réorganiser l’accueil, le bureau de l’aumônerie, relancer les animations, les groupes de réflexion…

Fès. Porte de la ville.
Photo Jean-Marie Guillaume

Il y a à peu près cinq heures de route d’Agadir à El Jadida, plus au nord sur la côte. C’était la fête en ce dimanche 17 septembre à la paroisse Saint Bernard, seule présence catholique de cette ville où le tourisme se développe de façon luxueuse. En ce dimanche de rentrée pour les étudiants sub-sahariens, la célébration eucharistique fut précédée par une longue répétition de la chorale africaine. Après la célébration, je dois expliquer ce qu’est la SMA. Et nous nous retrouvons tous ensemble sous les arbres devant le presbytère pour un repas bien organisé par les habitués de la paroisse, sous la direction d’Alberto, ancien restaurateur, fils d’émigrés italiens.

El Jadida. Repas communautaire le 17-09-2012.
Photo Jean-Marie Guillaume

Midelt. L’esprit de Thibhirine

Ce qui m’a le plus impressionné, c’est certainement la visite du petit monastère cistercien de Notre-Dame de l’Atlas et la rencontre avec le frère Jean-Pierre, le dernier survivant de Thibhirine. L’endroit se trouve en haut de la petite ville de Midelt, à 200 km au sud de Fès. Depuis Azrou, une route étroite se faufile entre les montagnes pour aboutir sur les hauts plateaux de l’Atlas. Le monastère a fait son nid dans un ancien couvent des Sœurs Franciscaines de Marie [4]. C’est un havre discret de silence, de prière, de paix et de partage, de présence pour un dialogue de vie et de foi en milieu musulman.

Le monastère N.-D. de l’Atlas à Midelt (Maroc).
Photo Jean-Marie Guillaume

L’entrée, avec ses deux miradors crénelés, ressemble aux portes des villes fortifiées ou des palais. Elle donne accès à une cour de sable encadrée par plusieurs bâtiments : à droite, la chapelle, la résidence des moines et l’hôtellerie ; à gauche, une autre chapelle dédiée au Bienheureux Charles de Foucauld et un bâtiment destiné à l’accueil des groupes de passage [5]. La propriété s’étend derrière les bâtiments en un immense jardin et un verger. Le frère Prieur, Jean-Pierre Flachaire, Jean-Pierre n°2, nous fait visiter les lieux. Il commence par la chapelle de Charles de Foucauld, qui rappelle les petites églises romanes. Dépouillée de tout artifice, elle est de cette couleur ocre dont on ne se lasse jamais dans ce pays.

Chapelle dédiée au Bx Charles de Foucault à Midelt.
Photo Jean-Marie Guillaume

Sur la droite, une porte donne sur une autre chapelle qui rassemble les souvenirs attachés à un autre amoureux et bienfaiteur des petites gens au Maroc, le Père Peyriguère : « Avec un compagnon, il fonde, en 1926, une première fraternité selon l’idéal du père de Foucauld, à Ghardaïa en Algérie. Mais leurs santés les obligent tous les deux à interrompre l’essai. Et c’est en 1927 que le Père Peyriguère débarque au Maroc. En pleine épidémie de typhus, il fonde la mission de Tarroudant. Lui-même est atteint très gravement. Enfin, en juillet 1928, il s’installe définitivement à El-Kbab au milieu d’une tribu berbère du Moyen Atlas. Très vite il ouvre un dispensaire où les malades se pressent en foule. Il distribue vêtements et nourriture à tous les nécessiteux qui viennent frapper à sa porte. [6] ».

Icône des Sept moines de Tibhirine.
Photo Jean-Marie Guillaume

La découverte des lieux se poursuit avec la salle du « mémorial » dédié aux moines martyrs de Thibhirine. Durant la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept frères du monastère de Notre Dame de l’Atlas de Tibhirine, en Algérie, ont été enlevés. Quelques semaines plus tard, le 21 mai, ils étaient assassinés. Le monastère est transféré à Fès le 2 juin 1996 et plus tard à Midelt, au pied de la chaine des montagnes du Moyen Atlas qui pointent à 3 747 m. En fait, Notre Dame de l’Atlas, d’après le Prieur, n’est pas un monastère mais simplement un prieuré. Le maximum de moines, d’après lui, serait de six personnes. Ils sont actuellement quatre mais nous n’en rencontrerons que trois, le quatrième, le chantre, dont l’absence se fait sentir durant les célébrations, est absent. Signe d’espoir, deux postulants se sont présentés. Il faut une vocation particulière pour venir ici, dans la solitude, la chaleur ou le froid. Le rythme d’une vie routinière qui commence à 4h du matin est marqué par les sept offices de l’Église, la contemplation, le travail manuel, la recherche de Dieu, le contact avec la population locale. Le frère Prieur, Jean-Pierre, sent que le monastère est fragile en cette Afrique du Nord secouée actuellement par tant de vagues socio-politiques et de mouvements religieux extrémistes. Mais il croit à la proximité des peuples et des religieux et il est plein d’idées pour son monastère, qui suit la vie cistercienne.


L’accueil du voisin

Cependant, cette stricte observance reste ouverte pour des aides socio-caritatives éventuelles et surtout pour le simple partage des joies et des peines que la vie ménage dans les foyers. C’est de bon cœur que les moines répondent aux invitations de la rupture du ramadan, de la célébration des mariages et des fêtes locales. Eux-mêmes reçoivent leurs voisins à l’occasion de fêtes chrétiennes ou d’événements marquant la vie du monastère. C’est là un des moyens les plus authentiques du dialogue et on y parle toujours de Dieu. Nous finissons par la chapelle, qui peut accueillir plus d’une cinquantaine de personnes. Le chœur, de style roman, en pierres de taille, reproduit en miniature celui des églises cisterciennes. Une icône de la Vierge est bien en évidence, sur le côté droit à l’entrée de l’abside. Une autre belle icône, celle des « sept dormants », rappelle de façon discrète les sept moines entrés dans le sommeil en attente de la résurrection. Mais tout le monde sait qu’ils sont déjà présents dans l’amour éternel de Dieu avec le Fils ressuscité.

Midelt. Le monastère N-D de l’Atlas.
Photo Jean-Marie Guillaume

Le frère José-Luis, l’hôtelier d’origine espagnole, a la parole facile et abondante. Il nous indique nos chambres et nous précise que le thé sera servi à 16h 30 et que nous y sommes attendus. Ce thé est un véritable rituel. Il a lieu deux fois par jour, à 10h 30 et à 16h 30, dans le local mis à la disposition des ouvriers qui travaillent au monastère. Ils sont trois permanents et il peut y en avoir d’autres en cas de travaux spéciaux, comme actuellement pour la construction d’une extension de l’hôtellerie. C’est Omar, musulman, l’ouvrier principal du groupe, qui fournit le thé, le prépare avec de la menthe et des herbes et le sert à chacun. Les moines y assistent toujours, c’est un peu leur récréation, de même que les hôtes de passage. Ce jour-là, le frère Prieur, probablement pour la énième fois, incite Omar à raconter sa conversion : lorsqu’il était jeune, il menait une vie très dissolue ; le jour de son mariage, se sentant responsable et libre, il a décidé de changer de vie et, depuis ce temps, il n’a jamais bu d’alcool et a prié tous les jours selon les recommandations de sa religion. Il porte aux moines une véritable vénération. Il est toujours inquiet lorsque le Prieur s’en va avec la voiture pour un long voyage ; il n’ira jamais dormir sans s’être assuré qu’il est rentré sain et sauf.

Rencontre avec frère Jean-Pierre

Cette séance de thé me permet de rencontrer le frère Jean-Pierre n° 1, « le dernier moine de Thibhirine ». Au cours de la longue conversation que nous aurons ensemble, j’apprends qu’il est d’origine lorraine, qu’il a été ordonné prêtre en 1953 à Lyon par Mgr Parisot, SMA, vicaire apostolique de Ouidah, pour le compte des Pères Maristes. Très vite il est poursuivi par l’idéal trappiste et obtient finalement d’entrer à la trappe de Timadeuc, en Bretagne. Frère Jean-Pierre est d’une simplicité et d’une humilité déconcertantes, presque embarrassé d’avoir par hasard échappé à l’enlèvement de mars 1996. Il parle avec beaucoup de respect et de délicatesse de ses frères enlevés, sûr de leur foi, de l’offrande de leur vie, sûr que le grain jeté en terre lève toujours. Je n’ose pas lui poser de questions sur cette expérience douloureuse dont il parle avec beaucoup de recul et d’émotion. Il me parle surtout de la bonté de Dieu Père, de sa présence, de tant de grâces reçues…

Midelt. Monastère N.-D. de l’Atlas.
Le P. Guillaume avec les moines Jean-Pierre, Jean-Pierre et Jose-Luis.
Photo Jean-Marie Guillaume

En cours de soirée, juste avant les Complies, les moines m’invitent à leur présenter la SMA. J’évoque surtout le contrat spirituel conclu entre le Père Planque et la Grande Chartreuse, le changement de vie de plusieurs de nos confrères qui, après une vie active en mission, sont entrés chez les Cisterciens. Je dresse aussi un panorama rapide de nos activités en Afrique et des maisons de formation qui sont pour nous l’un de nos plus grands soucis. Les questions ne sont pas nombreuses, les moines semblent fatigués, ils sont debout depuis 4h du matin. La prière du soir des Complies nous rassemble encore et nous chantons notre confiance à la Vierge Marie, sur le ton du solennel « Salve Regina, Mater misericordiae ».

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