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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Les mémoires du Père Charles Roesch (21e partie)
Article mis en ligne le 21 août 2013
dernière modification le 10 septembre 2014

par Charles Roesch

Le P. Charles Roesch sma à Tomegbé

Le collège Saint Jean Bosco

1959 marque la naissance du collège St Jean Bosco, premier collège catholique de tout le futur diocèse d’Atakpamé. Il était ouvert aux garçons, tandis que les filles pouvaient aller au collège Notre-Dame d’Afrique, créé à peu près à la même époque et dirigé par les sœurs de Peltre. Le Collège St Jean Bosco fut construit et inauguré par le Père Robert Simon. A partir de 1961 le Père Materne Hussherr, vicaire de la paroisse chargé des écoles primaires du district, en fut aussi le directeur durant 9 ans, jusqu’en 1970. Materne fut le vicaire qui a duré le plus longtemps parmi les nombreux vicaires sma intérimaires et de remplacement durant les congés et les absences des Pères Cottez et Simon. Le Père Eugène Gester a exercé cette fonction 2 ans, le Père Hugues Brun 1 an, le Père Ugo Bosetti 1 an, le Père Georges Knaebel 4 ans, le Père Harrie Naus, des Pays Bas, 1 an, le Père Paul Frering 1 an, le Père Albert Lirot 1 an, le Père André Bouhelier 1 an, le Père Georges Klein 3 ans, le Père Bernard Bardouillet 1 an, et l’abbé Amedzramedo 1 an.

Développement important de toutes les œuvres pastorales…

Les années 1960-76 ont vu le développement important de toutes les œuvres commencées après la guerre. Ainsi, l’école ménagère, avec couture, tricot, broderie et bonneterie, fut tenue dans le foyer Fadagan Cottez construit par le P. Simon. Avec Sœur Bernadette, un grand dispensaire et une maternité furent érigés. Les écoles des villages prospéraient sous la houlette du Père Hussherr, ainsi que celle des filles, notamment avec sœur Jean-Albert qui les dirigea avec brio pendant 19 ans. En ces temps, on se mit à construire l’église de Kpeté-Maflo dont les murs latéraux se sont écroulés par la suite sous une violente tornade, ne laissant debout que la charpente métallique et la toiture. On construisit également les églises d’Adossou et d’Anonoé, ainsi que le presbytère de la future paroisse de Badou.
Le groupe Cœurs-Vaillants Ames-Vaillantes fut reconnu officiellement en 1973. Le P. Cottez n’oubliait pas les adultes : il instaura pour eux des cours spéciaux et des cercles d’études, sans oublier les projections de films, qu’il commentait parfois lui-même dans le foyer Fata Cottez que le Père Simon avait construit pour les activités paroissiales.

Noces d’or mémorables

A noter, en 1972, aux vacances de Pâques, les noces d’or de Papa Sylvestre Kpodzro et de son épouse Cornélia. L’Eucharistie fut présidée par leur propre fils, l’abbé Philippe Kpodzro, alors recteur du Petit Séminaire d’Atakpamé. Il était entouré de nombreux confrères togolais et européens. Le vieux couple de jubilaires, tout habillés de blanc, formait un spectacle émouvant car bien rare encore en Afrique. La grâce bienfaisante de l’Evangile était déjà descendue au cœur de certaines familles du Litimé telle que celle-là.

Création de la paroisse de Badou

En 1976, la paroisse de Tomegbe fut divisée. Division officielle, car elle existait déjà dans les faits depuis Noël 1972, date à laquelle le Père René Soussia sma fut chargé de la future paroisse Saint François Xavier de Badou, embrassant la partie Nord du Litimé et le haut plateau, et comprenant 16 stations. Le Père Cottez avait préparé bien avant cette nouvelle paroisse en construisant le presbytère. Le Père Soussia conçut le plan de la nouvelle et belle église en dur ; il a posé les fondations et commencé à élever les murs que le Père Gérard Bretillot et le Père Georges Klein parachèveront avec beaucoup de talent et d’ingéniosité.
Cette année connut aussi un évènement diocésain particulièrement important pour la paroisse : la promotion à l’épiscopat de l’un de ses enfants, Mgr Fanoko Philippe Kpoddzro, qui fut sacré évêque d’Atakpamé le 2 mai.

En 1977, les Sœurs françaises de la Providence de Peltre transmirent leur beau collège Notre-Dame d’Afrique, à Atakpamé, aux Sœurs togolaises de leur congrégation. Après de douloureux pourparlers, ces Sœurs africaines se séparèrent de la Congrégation de Peltre pour former la Congrégation de Notre-Dame de la Trinité ; certaines d’entre elles restèrent toutefois dans la Congrégation de Peltre, chaque Sœur ayant eu la possibilité de choisir. C’était un signe encourageant, qui montrait que l’Eglise locale devenait progressivement capable de se doter elle-même du personnel dont elle avait besoin.

En septembre 1977, la troisième religieuse de la paroisse, Sœur Odile Edzimi, prononça ses premiers vœux à Agadzi dans la congrégation des Sœurs de Peltre, tandis qu’en 1978, à peu près un an plus tard, le troisième prêtre de la paroisse, le Père Jean-Baptiste Bédiaku, ordonné à Rome en 1969, devenait curé de la paroisse et directeur du Collège St Jean Bosco.

Jubilé d’or du Père Raymond Cottez

Le 27 novembre 1977, le Père Raymond Cottez fêta ses noces d’or sacerdotales à Tomegbé. Ce jour fut l’occasion pour la population de tout le Litimé de célébrer ce vaillant missionnaire et bien-aimé curé. Ce fut un insigne honneur d’accueillir à l’occasion de cet anniversaire d’ordination le Chef de la Circonscription administrative de Badou, le Père Régional sma, le Père Claude Rémond, qui fit un beau discours, ainsi que bien d’autres personnalités, laïques et religieuses.
Mgr Kpopdzro, retenu à Lomé, ne pouvait malheureusement pas assister à cette fête, mais il envoya un message de félicitation et de remerciement à ce remarquable ouvrier apostolique polyvalent qui a su associer évangélisation et développeront, prédication et sacramentalisation. A la fois « médecin, électricien, constructeur, acheteur de produits, horloger, musicien, chauffeur-mécanicien (...), il fut, par son exemple, le promoteur et la cheville ouvrière du merveilleux essor socio-économique du Litimé ».
Est spécialement venu en ce jour M. L. Roudié, Ambassadeur de France au Togo, pour remettre l’insigne d’Officier de l’Ordre de la Légion d’Honneur au Père Cottez, alors qu’il avait déjà reçu du Gouvernement togolais l’insigne d’Officier de l’ordre du Mono et, en 1956, la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur. La sympathie, voire l’attachement des populations à l’égard du Père Cottez étaient dus essentiellement à l’activité inlassable, au dévouement sans limite dont il avait fait preuve tout au long de cette période et, plus encore peut-être, à son souci permanent de mieux connaître et mieux comprendre les hommes et les femmes qui vivaient autour de lui... Dans l’allocution de circonstance, l’ambassadeur releva que ce n’était pas la seule présence dans cette région durant plus de 40 ans qui suffisait à expliquer la place de choix depuis longtemps acquise : « Ce n’est pas par le simple jeu de l’ancienneté acquise précédemment qu’on vous élève au grade d’officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, mais parce qu’au cours de ces vingt dernières années, ignorant les changements politiques intervenus, vous avez inlassablement poursuivi votre action. De la sorte, tout en continuant votre noble mission dans le domaine spirituel pour le plus grand renom des Missions Africaines de Lyon et de l’Eglise catholique en général, vous avez pour une large part contribué au resserrement des liens d’amitié entre la France et le Togo. »

1981 est l’année du rappel à Dieu de Monsieur Sylvestre Kpodzro, père de Mgr Kpodzo, évêque du diocèse d’Atakpamé : il avait été le « Chef des chrétiens » de Tomegbé depuis les origines de la paroisse en 1936 jusqu’à son décès.


Rappel à Dieu du Père Cottez, fondateur de la paroisse

Le 24 juin 1983, fête de St Jean-Baptiste, rappel à Dieu du Père Cottez, fondateur de la paroisse N.-D. de Lourdes, dans laquelle il demeura 47 ans. Bien affaibli par l’âge et la maladie, il n’a pas ralenti ses activités apostoliques jusqu’au jour où, sollicité par le comité paroissial d’Anonoé pour la remise d’une tôle enlevée de leur église par le vent, il voulut les servir aussitôt. Il se dirigea vers le garage et tomba par inadvertance dans la fosse de réparation des voitures. Dans sa chute, il eut le bras droit fracassé. Il fut évacué d’urgence à l’hôpital de Lomé, puis rapatrié sanitaire à Paris. Sorti de l’hôpital, en convalescence depuis quelques jours, il mourût à la procure des Missions Africaines de Paris, emporté subitement par une hémorragie cérébrale à l’âge de 83 ans. A la demande de ses paroissiens, sa dépouille mortelle fut ramenée de France au Togo. A son passage, elle fut saluée avec émotion à plusieurs endroits, notamment à Atakpamé, puis à Dzogbegan, Badou, Anonoé, Wobé, avant d’être reçue, dans un triomphe mêlé de pleurs, à Tomegbé, où l’inhumation se fit le 16 juillet dans l’église paroissiale, en présence de Mgr Dosseh, archevêque de Lomé, et de Mgr Kpodzro.

La relève du P. Cottez

Me voici donc chargé de la relève du Père Cottez, selon la volonté de Mgr Kpodzro. Quel défi pour moi d’assurer la suite d’un tel pasteur ! J’hérite d’une belle chrétienté en pleine croissance. Un pays pittoresque, une contrée fructueuse qui attire bien des touristes pour admirer la magnifique cascade d’Akloa et les belles vallées, les rivières et les forêts. De nombreux étrangers viennent s’installer ici, comme les Kabiais et les Lossos du Nord pour cultiver sur les montagnes du café, des bananes, des oranges, et bien d’autres produits alimentaires. Des immigrés du proche Ghana s’établissent le long de la frontière, la rivière Menou. Ils construisent des fermes dispersées qui se regroupent en villages et s’adonnent à la culture du cacao et des arbres fruitiers : orangers, bananiers, palmiers à huile, et même riz, manioc, igname, arachide... Nombreux sont les métayers qui cultivent les terrains des anciens villages des Kpeté et qui arrivent progressivement à s’approprier les terrains et à s’y installer définitivement.

La première année je me suis mis à retaper le presbytère, à le repeindre, à refaire la toiture et à y ajouter des gouttières pour recueillir l’eau de la pluie dans une citerne et un château d’eau que j’ai construits. J’ai aussi réaménagé le bâtiment de cinq chambres de passage avec salle de bain et sanitaires en installant l’eau courante provenant de la citerne. Nous recevions chaque année des séminaristes stagiaires et quelquefois des touristes. Aussi fallait-il avoir des locaux avec une literie convenable pour les loger. L’intérieur de l’église devait aussi être repeint et le chœur fut aménagé. L’installation, à droite devant le chœur, d’un grand et magnifique tabernacle que M. Papst nous a apporté d’Allemagne, nous a permis d’enlever le petit et pauvre tabernacle en fer blanc sur l’autel principal. M Pabst nous a aussi fait don d’une belle et grande croix artistique que nous avons fixée au fond du chœur. Nous avons également renouvelé le chemin de croix de l’église.

Organisation de la pastorale

La première urgence était le suivi, l’accompagnement et la formation de nos catéchistes titulaires de nos stations et villages. Il y en avait une vingtaine. Ils étaient nos premiers coopérateurs, qui faisaient fonction de vicaires résidentiels. A Tomegbé, le curé et le vicaire assuraient alternativement la grand-messe des dimanches et fêtes à 8 heures. Celui qui était de service le dimanche allait ensuite dans un village proche pour une messe de binage. L’autre se rendait successivement dans deux villages plus éloignés ou dans une station de montagne où il fallait accéder à pied. On arrivait ainsi à dire une messe par mois dans chaque station secondaire. Les autres dimanches, le catéchiste présidait l’office dominical et assurait la prédication.

Réunion des catéchistes

Chaque dernier vendredi du mois, jour du marché, réunion de tous les catéchistes au presbytère de Tomegbé. Nous étions généralement à deux pour animer cette matinée. Moi-même, je recevais dans mon bureau chaque catéchiste avec son cahier de station. Je recevais les quêtes et le denier du culte, les carnets de baptême à signer, les intentions de messes s’il y en avait, les demandes de baptêmes d’enfants, le rapport sur le mois écoulé, le nom des malades à visiter... Le catéchiste recevait alors son allocation mensuelle. Mon collaborateur, le Père René Soussia, et ensuite les autres vicaires Elias Okouma et Honoré Melesousou, préparaient les sermons de dimanche et les textes liturgiques et bibliques avec les catéchistes. Quand ils avaient fini de passer chez moi, je terminais avec eux la répartition des passages des Pères dans leur station respective ainsi que la date des messes. Je leur communiquais les messages de l’évêché et d’autres nouvelles et j’essayais de répondre aux problèmes qui se posaient. Puis ils se rendaient au marché pour prendre leur repas et faire quelques achats, trouver un taxi pour retourner dans leur village [1].

Formation du nouveau comité paroissial

Dès mon arrivée, il me parut évident qu’il fallait refaire le comité paroissial selon les nouveaux statuts du diocèse, les mêmes qu’à Lomé. Je l’avais déjà fait à Bè, mais dans ce milieu de deux villages distincts, Tomegbé et Akloa, je rencontrai des coutumes et un passé bien particuliers, un mode de vie sociale en quartiers bien individuels et spécifiques. Aussi une première élection faite en janvier dût-elle être annulée à la demande des anciens.
L’évêque se déplaça lui-même début juin pour la désignation du Bureau : tous les membres devaient être pratiquants, c’est-à-dire communiants, ce qui n’était pas facile pour ce milieu. Après beaucoup de tractations, et même l’intervention de l’évêque originaire du lieu, chez lui dans sa maison paternelle, le choix se porta sur Jacques Nyavi Kwami. Il accepta de faire son mariage religieux la veille de l’installation, le samedi le 2 juin, par Mgr l’Evêque, son cousin germain.

C’est le dimanche matin que nous pûmes installer le nouveau comité paroissial. La cérémonie fut présidée par Mgr Kpodzro, évêque du diocèse d’Atakpamé. L’installation se fit après le sermon, avec présentation du Bureau : Jacques Nyavi Kwami, de Tomegbé, comme Président, Louis Dieudonné Awah, de Akloa, comme Vice–Président, et Louis Akakpo, secrétaire paroissial, catéchiste et enseignant, comme Secrétaire.
Secrétaire Adjoint : Daniel Edzidomele ; Trésorier : Lambert Kugbeadzo. Plus huit conseillers, quatre hommes et quatre femmes. Ensuite furent présentées les différentes commissions nouvellement crées d’après les nouveaux statuts :
1 - La commission de Pastorale, catéchèse, et liturgie (président : Louis Akakpo) ;
2 - La commission pour les vocations sacerdotales et religieuses (présidente : Soeur Marie Goretti) ;
3 - La commission Développement et aide sociale (présidente : Aurélie Edzimi) ;
4 - La commission des finances et de organisation des fêtes (président : Grégoire Dona) ;
5 - La commission œcuménique (président : Emmanuel Sessi) ;
6 - La commission des Mass-Média (président : Alfred Kudzramé) ;
7 - La commission de la vie familiale (président : Alphonse Nyamékou, ancien président paroissial).

(A suivre : les fêtes religieuses et civiles)

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