Marie-Reine Schneider, membre honoraire sma (1945–2017)

Vendredi, le 4 août, de nombreux confrères sma, prêtres et membres honoraires se sont retrouvés en l’église de Reischtett pour célébrer les funérailles de Marie-Reine Schneider, membre honoraire des Missions Africaines. Jean-Marie Guillaume, un ami de longue date, présidait l’eucharistie particulièrement priante et recueillie et assurait l’homélie que nous publions ci-dessous. Nous y ajouterons des extraits du témoignage de Clément Roesch ancien curé de Reichstett et ami de la SMA.

L’homélie du Père Guilaume
Il y a un peu plus d’une année, le 9 juillet 2016, un bon nombre d’entre nous étions réunis dans la joie et l’émotion pour célébrer les noces d’or de Marie-Reine et Gilbert. Aujourd’hui nous nous retrouvons bien plus nombreux dans une émotion aussi grande et avec beaucoup de tristesse pour célébrer le passage définitif de Marie-Reine en Dieu et nous séparer de sa présence physique. Un passage est toujours délicat et souvent porteur de douleur, mais il nous fait accéder à un inconnu, à la découverte d’un autre monde, d’une communion plus discrète et intense pour la personne qui s’en va, et aussi pour ceux qui restent, désemparés.

Lors de la célébration des noces d’or, comme la liturgie nous le proposait, nous avons demandé au Seigneur de donner à Marie-Reine et Gilbert « de rester encore longtemps ensemble pour leur joie et le bonheur de tous, de les garder longtemps l’un à l’autre et de les tenir unis jusqu’à l’heure où ils seront conviés aux noces éternelles ».

Déjà en ce jour de la célébration des noces d’or, le mal, secrètement, avait commencé de ronger le corps de Marie-Reine. Elle avait dû négocier auprès du médecin pour que la célébration puisse avoir lieu comme prévu, au jour prévu. Depuis ce jour, Marie-Reine et Gilbert sont restés unis dans la patience, dans la souffrance et la lutte contre le mal. Tout au long de sa vie, Marie-Reine a dû d’ailleurs passer par de dures épreuves de santé. Les médecins avaient pensé qu’elle n’atteindrait même pas l’âge de 16 ans. Bien des fois aussi elle a dû passer par la table d’opération. Mais, dans sa fragilité apparente, elle était forte et confiante. Les soins intensifs et répétés, la délicatesse des infirmières et des médecins, la présence continuelle et tendre de son mari ont fait que Marie-Reine a pu résister une année encore. Toutes celles et ceux qui l’ont accompagnée et côtoyée, soignée, n’ont pu finalement qu’être témoins de douleurs indescriptibles qui nous ont rappelé combien nous sommes impuissants devant le mystère de la souffrance, devant le mystère d’une vie humaine et de la présence divine dans le cœur du croyant. C’est toute une vie de 72 ans que nous apportons aujourd’hui dans notre célébration, sur deux faces qui se complètent, celle du bonheur familial et d’une vie de couple de 51 ans, celle de la souffrance.

Pour cette liturgie nous avons simplement repris les lectures que Marie-Reine et Gilbert avaient choisies pour leurs noces d’or, lectures qui résument et symbolisent ce qu’a été leur vie, ce qu’a été la vie de Marie-Reine [1]. La cérémonie avait été animée par la chorale Sakura, qui est venue spontanément aujourd’hui.

« Je ne regrette rien de ma vie, disait Marie-Reine à la veille de ses noces d’or, je ne regrette pas d’avoir passé toute ma vie avec Gil… Nous avons essayé de nous engager au maximum vers l‘extérieur pour compenser un peu les enfants que nous n’avons pas eu et qu’on aurait aimé avoir ».

« Supportez-vous mutuellement et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire… Par-dessus tout qu’il y ait l’amour, c’est lui qui fait l’unité dans la perfection », dit la première lecture.

La première lecture commence avec cette phrase : « Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés, revêtez-votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience ». Choisie par Dieu, Marie-Reine, comme Gil, comme nous tous, l’a été. Avoir la foi, vivre de sa foi, en témoigner était pour Marie-Reine un privilège qui n’a guère été ébranlé dans sa grande souffrance. Aimer son mari, se dévouer pour sa communauté paroissiale, servir les prêtres et les personnes qui sont donnés à cette communauté, participer fidèlement au service de la chorale, apporter une participation à la mission en Afrique, recevoir de l’Afrique, faisait partie de sa mission, car tout chrétien, toute personne humaine a une mission à accomplir.

« Et nous qui avons tout quitté pour te suivre, qu’en sera-t-il pour nous ? », demande Pierre à Jésus dans l’évangile de ce jour. C’est une question que peut poser tout chrétien et toute personne qui se marie, quitte sa famille pour commencer une vie nouvelle avec une autre personne, dans un milieu différent et nouveau. La réponse de Jésus pour les siens est vaste : vous recevrez au centuple en ce temps-ci maisons, frères, sœurs, mère et enfants avec des persécutions.

Le manque d’enfants chez Marie-Reine et Gilbert a été une grande souffrance, mais leur disponibilité en a été décuplée. Des parents, des frères, des sœurs en ce monde, Marie-Reine, comme Gilbert, en a rencontrés en grand nombre. Marie-Reine s’est donnée à fond dans sa vie professionnelle, dans le cadre des ateliers S.N.C.F de Bischheim, scrupuleuse et précise dans son travail, toujours prête à partager, à aider. Elle a pris aussi beaucoup de temps pour accompagner ses beaux-parents et sa maman qui comptaient beaucoup pour elle. Pendant sept ans, presque tous les soirs, elle allait donner le repas du soir à sa maman et la préparer à affronter la nuit.

La maison des Schneider, toujours joliment fleurie, à tel point qu’elle a été primée hors concours des maisons fleuries, a été une maison ouverte et joyeuse. Malgré la maladie de Marie-Reine, la maison a gardé cette année son aspect de joie. Gilbert a tenu à prendre grand soin des plantes et des fleurs pour faire plaisir à Marie-Reine. Elle ne manquait pas de signaler combien elle appréciait le travail de son mari et ses résultats.

Poser un regard compatissant sur des personnes au bord du chemin, les rendre présents au monde a été aussi une part de sa mission, part probablement inattendue, mais qui l’a mise en mouvement. Humblement dans la mesure de ses possibilités, avec Gilbert, Marie-Reine a accueilli et accompagné bien des personnes en recherche d’écoute, de fraternité, frappées par le deuil d’un être cher, frappées par la fragilité, des personnes qui souvent n’étaient pas du même milieu ou des mêmes traditions et qui ont trouvé chez elle un lieu de paix pour une pause réparatrice.

Marie-Reine et son mari ont été très présents à la paroisse, présents auprès des prêtres. Je pense en particulier à cette présence et attention auprès du Curé Gérard Fritsch, malade. Grâce aux personnes qui furent là dans son entourage, dont Marie-Reine, Gérard a pu pendant plusieurs années continuer son service pastoral à Reichstett.

Marie-Reine, avec Gilbert, s’est ouverte de façon merveilleuse à la mission en Afrique, elle en a découvert un peu de sa réalité à travers deux voyages pleins d’émotion et de découvertes en Côte d’Ivoire et au Kenya-Tanzanie. Elle y a rencontré beaucoup de monde. Pendant 20 ans, elle a su mobiliser tout un groupe de personnes pour organiser « la tarte flambée » dont les résultats étaient destinés à la formation de séminaristes en Afrique. L’Afrique aujourd’hui, par ses prêtres, est au service de la communauté de paroisses locale. Toutes ces personnes rencontrées, accompagnées, font partie de ces frères et sœurs donnés en surcroît dont parle Jésus dans l’évangile de ce jour. Aux frères et sœurs qui sont reçus au centuple, Jésus ajoute une petite clause « avec des persécutions ». Les persécutions, les médisances, les jalousies n’ont pas manqué non plus dans la vie de Marie-Reine, elles ont probablement fait évoluer sa maladie.

Et Jésus de conclure aussi que tous ces frères et sœurs sont donnés aux disciples dans ce monde-ci mais aussi dans le monde à venir qui est celui de la vie éternelle. La vie éternelle en Dieu, c’est ce qui nous est promis, c’est ce qui est déjà donné à Marie-Reine. Si nous nous réunissons aujourd’hui pour un moment de prière c’est parce que nous croyons en ce Dieu Père qui écoute la prière de ses enfants, qui accepte l’offrande d’une vie humaine faite de joies, de souffrance et d’espérance.

Le témoignage de Clément Roesch
Je voudrais dire merci à Marie-Reine pour tout ce qu’elle a vécu avec nous et pour nous jusqu’à ce jour. Ce merci à Marie-Reine, j’aimerais lui donner un rapide contenu en trois points.

D’abord pour rappeler, ce que beaucoup savent et beaucoup ne savent pas, que Marie-Reine a été, il y a 50 ans à peu près, la secrétaire du grand patron des ateliers SNCF à Bischheim, où elle a œuvré avec compétence et sérieux, ce dont elle ne s’est jamais vanté (d’ailleurs compétence et sérieux on n’a pas besoin de se vanter). Juste une fois, elle m’a raconté que le grand patron, lors de la réception à l’occasion de son départ à la retraite, a fait devant tous son éloge. Et cela l’avait bien touchée.
Il y a des années, elle a pris un mi-temps pour se mettre davantage encore au service de la paroisse, bénévolement, bien sûr. Et elle l’a fait avec compétence et sérieux jusqu’à ces derniers jours.

2e point : Marie-Reine et Gilbert ont eu il y a quelques années la rose d’or pour le fleurissement de leur maison. Ils ont merveilleusement créé une très belle maison, un très beau jardin, un très bel abri de jardin… comme ils ont aussi œuvré pratiquement tous les jours dans le jardin du curé. Tout en croyant fermement que notre demeure éternelle est dans les cieux. Mais c’est bien aujourd’hui qu’il faut mettre la main à la pâte, ici-même.

Le 3e point est la suite de ce qui précède et sera très court : « occupe-toi bien de ce que tu sèmes et ne t’occupe pas de la récolte ».

[1] Colossiens 3, 12-17 ; Marc, 10, 28-30.

Publié le 4 octobre 2017 par Jean-Marie Guillaume