Osons être témoins de la mission aujourd’hui

Mais comment ? Et pourquoi ? Parce que c’est Jésus notre maître qui nous envoie – le maître qui envoie tous les disciples, passés, présents et à venir, et tous les hommes et femmes de bonne volonté à qui il dit sans cesse : « Allez et portez la bonne nouvelle au monde entier ». Et Paul ajoute, comme toujours, ces mots : « Malheur à moi si je ne proclame pas cette parole de la bonne nouvelle ».

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Photo Jean-Pierre Frey

Mais proclamer ne suffit pas – donnez-leur vous-mêmes à manger, dit le Seigneur en voyant la foule affamée, et c’est à l’ordre du jour avec tous ces affamés et déroutés qui courent parmi nous actuellement et qui nous font peur, hommes de peu de foi que nous sommes parfois.

Alors, comment faire ? Il y a mille façons d’oser la mission. Jésus, en Marc, a commencé par dire à ses disciples, au matin du 2e jour de sa mission : « Allons ailleurs ! », alors que le peuple était en attente de guérison et de consolation. Mais cet « ailleurs » n’est pas un voyage touristique sous couvert de solidarité – non ! Et il n’oblige pas non plus de se déplacer. C’est un appel à sortir de la routine de nos bonnes habitudes et de nos travers religieux pour nous retourner et regarder ailleurs. Voir autrement ce Dieu qui nous appelle et ce monde qui nous attend, avec la question inéluctable : c’est cela, un vrai chrétien ?

Ce n’est pas facile ! Avec le temps, et peut-être l’âge, nous avons construit un monde religieux et spirituel confortable et commode où nous nous sentons à l’aise. Mais c’est ici et en ce moment que le Christ nous dit : Allons ailleurs. Ouvrons nos yeux pour regarder ailleurs et voir les vraies urgences qui nous interpellent. Certes, aujourd’hui, notre situation de chrétiens dans ce monde est fragile, notre foi et notre charisme missionnaire sont comme transportés dans des vases d’argile. Il faut savoir admettre que d’autres ne pensent plus et n’agissent plus comme on nous l’a enseigné et ne respectent plus ce que nous vivons.

Nous devons pourtant nous souvenir que la mission n’est jamais « lutte » avec l’autre qui ne pense pas comme nous, ou qui dit que, dans son livre fondateur à lui, c’est écrit autrement et que son Dieu est autre. Mais Paul nous dit : la mission, c’est de la patience avec la grâce de Dieu toujours. Parce que nous ne sommes pas seuls. Dieu est avec nous, c’est toujours l’Esprit qui a le dernier mot et qui fait le dernier geste, mais jamais sans nous. La mission, c’est toi et c’est moi selon nos possibilités, tout en restant éveillés et vigilants. Rester éveillé comme Jésus qui a prié cette nuit-là, comme il le fera souvent : nuit de rencontre avec son Père, nuit de méditation et de planification. Il a veillé et prié et nous a ainsi donné l’exemple de la persévérance.

Et là, j’aimerais citer l’expérience des Pères fondateurs de la SMA envoyés au Dahomey pour leur première mission. Lors de leur première escale en Sierra Leone, ils furent confronté à la grande épreuve pour la foi dans leur mission : car, dès le début, ils furent saisis par la fièvre et, au bout de six mois de présence, la fièvre a eu raison d’eux et les a dévorés tous les six. Mais ils ont « osés » sortir pour aller vers les peuples les plus « abandonnés en Afrique [1] » et semer afin que d’autres récoltent les fruits de leur don total, que seul l’Esprit connaît.

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A St-Pierre de Rome
Photo Jean-Pierre Frey

Toutefois, les visages de la mission aujourd’hui sont totalement différents, parce que les terrains sont différents. L’ambiance générale de la mondialisation est plutôt matérialiste. On consomme les biens de ce monde en oubliant de dire merci à Dieu ! Les demandes spirituelles se font plutôt rares. La mission n’est plus affaire de parole proclamée mais de témoignages donnés selon le message de l’évangile : j’avais faim et tu m’as donné du pain – des vêtements - un abri – un travail pour me sortir de ma détresse [2]. L’urgence de la mission est là : coopérer, participer, aider, accueillir, oser intervenir… Voilà les maître-mots qui montrent que l’Église est toujours en mission et ouverte à tout homme en détresse.

Jésus sans cesse nous dit : « C’est moi qui vous ai choisis et c’est moi qui vous envoie dans la dynamique de l’Esprit ». Alors, « osons » aller ailleurs pour faire du bien, lutter pour la justice, apporter la paix et accueillir les hommes et les femmes en détresse. Notre fidélité, c’est de vivre ainsi en témoignant de la parole de Dieu après l’avoir proclamée et enseignée. C’est que la mission aujourd’hui est témoignage de ce que nous sommes et de ce que nous vivons. Cela va au-delà des paroles. Jésus, dès le début, a agi. Il n’avait même pas une pierre où reposer sa tête, parce que la mission est également dépouillement de l’inutile pour faciliter la route vers le monde et vers l’autre.

[1] Selon les paroles de notre Fondateur Mgr. de Marion Brésillac.

[2] Mt. 25, 31-41.

Publié le 4 octobre 2017 par Jean-Pierre Frey