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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Patrimoine en péril : anciennes abbayes des Vosges
Article mis en ligne le 21 août 2015
dernière modification le 26 août 2015

par Marc Heilig

Le pays qui s’étend entre les sources de la Meuse et de la Saône fut jadis à la jonction de domaines seigneuriaux temporels et spirituels, avec l’inextricable morcellement territorial qu’engendraient leurs rivalités : Francie et Lotharingie, États de Bourgogne et duché de Lorraine, évêchés de Toul et de Besançon... Les provinces de Lorraine, de Champagne et de Franche-Comté se rejoignent ici et, de nos jours, les départements des Vosges, de Haute-Saône et de Haute-Marne, qui tout trois appartiennent à une région différente. Autrefois lieu de passage et de relations intenses, c’est à présent une contrée champêtre et paisible où le visiteur découvre bien des vestiges de cette ancienne prospérité.

L’église du prieuré St-Maur à Bleurville

En 766, le prêtre Berthaire et son neveu le diacre Athalein, en route pour les tombeaux des saints Pierre et Paul à Rome, furent assassinés par des gens de Menoux. On retrouva leurs corps décapités près de Saint-Rémy. Les têtes furent remontées des eaux de la Lanterne par un pêcheur qui les prit dans ses filets et les porta à l’abbesse de l’abbaye de Faverney. Celle-ci rassembla les corps des voyageurs infortunés et les fit ensevelir sur le lieu-même du crime, dans une chapelle qu’elle construisit pour eux. L’endroit prit le nom de Saint-Berthaire et devint un lieu de pèlerinage.

Au cours du Xe s., le clerc Mérannus fit transférer chez lui, à Bleurville, les reliques des deux pèlerins. Il semble que l’on profita de la nuit pour procéder à cette translation [1]. Il édifia une chapelle de bois pour les abriter ; le pèlerinage reprit et grandit en renommée. Dans la première moitié du XIe s., Raynard, comte de Toul et seigneur de Fontenoy-le-Château et Bleurville, fit bâtir sur l’édifice de Mérannus l’église abbatiale Saint-Maur ; il y installa un monastère de bénédictines auxquelles il confia la vénération des saints martyrs, dont la fête liturgique était célébrée le 6 juillet, jour de leur mort.

L’église du prieuré St-Maur à Bleurville.
Photo Christian Cerva-Pédrin

Malheureusement, St-Maur devait pâtir de l’avidité de ses « bienfaiteurs », et peut-être aussi de la gestion du pèlerinage par les religieuses. Elles quittent le monastère en 1128, moins d’un siècle après sa fondation. Commence un long et terrible déclin : délabré, St-Maur passe dans la dépendance de l’abbaye Saint-Mansuy de Toul, qui le réduit au statut de prieuré et y envoie des moines. Il subit de graves déprédations durant la Guerre de Bourgogne [2]. Après un incendie au tournant du XVIe s., de grands travaux sont néanmoins entrepris : on installe notamment des voûtes gothiques sous les plafonds de l’époque romane. Nouvel incendie en 1627. Deux ans plus tard, St-Maur est rattaché au prieuré de St-Nicolas-de-Port qui en utilise les revenus pour restaurer la basilique St-Nicolas. Bleurville est plusieurs fois est mis à sac durant la Guerre de Trente Ans. Le prieur de St-Nicolas porte alors à St-Maur un coup de grâce incompréhensible : en 1671, pour mettre fin aux reproches des habitants qui se plaignent du retard des réparations, il fait abattre tout l’ouest de la nef ! L’édifice en est défiguré. La restauration qui commence enfin en 1704 réduit encore la hauteur de l’église et celle de son clocher. A la Révolution, la propriété est vendue au titre de bien national à un paysan qui fait de l’église une grange et garde le logis comme habitation. Ce n’est qu’en 1973 que l’abbé Paul Pierrat put racheter les bâtiments et entreprendre une campagne de sauvetage.

St-Maur. Chapiteau de la nef pris dans la maçonnerie.
Photo Christian Cerv-Pédrin

Il est bien difficile de se représenter cette église telle qu’elle pouvait être avant 1671. Nous entrons actuellement dans les deux dernières travées qui subsistent de la nef ; les bas-côtés ont disparu et les entrecolonnements ont été murés ; le transept et l’abside du chœur sont réduits à leur plus simple expression. Or l’église était bien plus importante. Elle avait une nef de cinq travées, avec deux bas-côtés. Le transept les débordait de part et d’autre ; il comprenait trois absides qui répondaient aux espaces du vaisseau, celle du centre étant plus grande. L’édifice était aussi plus élancé qu’il n’y paraît aujourd’hui car les bas-côtés étaient plus bas que la nef et une tour s’élevait au dessus de la croisée du transept. L’ensemble devait être sobre et de proportions harmonieuses ; les volumes en étaient ponctués par les seuls éléments de l’architecture, comme les beaux chapiteaux que l’on voit encore pris dans la maçonnerie.

La crypte de l’église St-Maur.
Photo Christian Cerva-Pédrin

La crypte est une des particularités de St-Maur. Elle fut vraisemblablement construite du temps de la nef puisqu’on y retrouve un modèle de chapiteau semblable. Plus vaste qu’aujourd’hui, elle s’étendait sous tout le transept et les trois absides. Les colonnes, assez petites, ont des fûts ronds, hexagonaux ou carrés, et sont de diamètres variés [3]. Elles sont disposées de façon régulière, mais serrée. On circule ainsi dans une forêt de colonnes, une impression que renforce encore l’absence d’arcs doubleaux et formerets pour souligner les principales lignes de l’architecture.

Le logis du prieuré, à côté de l’église abbatiale, est une maison lorraine de la fin du XVIIIe s. dont les pièces donnent sur l’ancien jardin des moines. Le bâtiment abrite le Musée de la Vie Religieuse, une intéressante collection d’habits sacerdotaux, de livres liturgiques et autres objets du culte catholique. On remarquera particulièrement un fort bel ensemble de bénitiers de chevet [4].


L’abbaye des Cordeliers des Thons

On doit l’abbaye des Thons à la dévotion de Guillaume de St-Loup, seigneur de l’endroit [5], et de son épouse Jeanne de Choiseul. Le duc de Lorraine Jean de Calabre leur accorda d’installer sur leur domaine un couvent de Cordeliers de St François en 1452. L’année précédente, le Pape Nicolas V avait autorisé les Frères mineurs de Dole [6] à fonder trois couvents dans le duché de Lorraine ; Les Thons relevait donc du diocèse de Besançon. Guillaume de St-Loup finança les bâtiments : la première église, dédiée à saint François, est consacrée dès avril 1453. La prédication des Frères est si populaire que l’église s’avère rapidement trop petite. Grâce à la générosité de donateurs, elle est agrandie en 1483 ; le clocher est béni en 1486. L’église passe alors sous le vocable de N.-D. des Neiges. Le couvent connaît des heures fastes jusqu’à la fin du XVIe siècle. Il sert de séminaire de l’ordre et héberge de 1542 à 1546 un hôte de marque, le Père Conseil, qui prêcha au Concile de Trente et fut prédicateur et confesseur du roi de France Henri II. Tout au long du siècle, les seigneurs des environs distinguent l’église en y construisant des chapelles funéraires et en installant des gisants dans la nef [7].

Façade de l’église des Cordeliers des Thons.
Photo Marc Heilig

Un grave incendie ravage l’abbaye vers 1610. L’aspect actuel date de la reconstruction de cette époque. Le couvent ne fait ensuite que décliner : au XVIIe s. n’y résidaient plus que six religieux, des personnes âgées et l’un ou l’autre prisonnier assigné à résidence par le roi. A la Révolution, l’ensemble est vendu à un agriculteur, puis partagé entre ses trois fils ; il restera divisé en trois lots jusqu’à nos jours. Inscrit à l’inventaire supplémentaire des M. H. en 1945, il ne cesse pourtant de se dégrader, jusqu’à ce que l’édifice soit enfin classé en 1980. Une vaste entreprise de restauration débute alors grâce à l’association Saône lorraine. Les propriétaires des bâtiments conventuels, de leur côté, y aménagent une présentation du couvent et une auberge campagnarde.

On visitera, dans cette abbaye bien conservée, les bâtiments conventuels, le cloître et l’église. Lorsqu’on se gare aujourd’hui devant l’abbaye, près d’un beau lavoir, il faut se souvenir que la route n’existait pas autrefois : la propriété du château et celle des Cordeliers se touchaient, de sorte que le seigneur de St-Loup pouvait aisément se rendre chez les Frères. Il traversait leur jardin, comme nous le faisons de nos jours ; il arrivait au chevet de l’église et entrait dans l’abbaye par l’arrière.

L’abbaye des Cordeliers des Thons.
Photo Marc Heilig

Les bâtiments conventuels présentent une architecture sobre qui convient bien à un ordre mendiant. Accolée au chevet de l’église, la partie du XVe s. qui a résisté à l’incendie de 1610 se caractérise par ses petites fenêtres, murées par la suite au profit de grandes baies. Le rez-de-chaussée abrite les communs (cuisines, réfectoires, resserres...) et donnait accès au cloître. Un majestueux escalier de bois du XVIIe s. conduit à l’étage, où se trouvaient la bibliothèque et les cellules. Le Provincial y avait son logis car il visitait régulièrement le couvent pour en assurer la bonne marche et en vérifier les comptes [8]. On y a recrée un environnement franciscain.

De l’abbaye, les religieux pouvaient passer dans le cloître, et de là gagner l’église par une petite porte qui donne dans le chœur [9]. Ce cloître est de petite taille. Les arcades couraient sur trois côtés seulement ; celles de l’est ont été bouchées au XVIIe s. Le côté nord est occupé par les contreforts de l’église que l’on a élevés au XVe s. lorsqu’on voûta la nef. On pouvait encore accéder au cloître par une porte à droite du portail de l’église.

La nef de l’église des Cordeliers des Thons.
Photo Marc Heilig

Celle-ci est l’élément prestigieux de l’abbaye. C’est un bel édifice de 35 m de long, dont la façade porte les blasons des maisons responsables de la fondation et des mécènes qui, à la fin du XVe s., ont œuvré à son embellissement [10]. Le bâtiment ne comprend qu’une nef, sans bas-côtés ni transept ; les deux chapelles funéraires, à gauche, constituent le seul ajout à ce plan fort simple. Les voûtes en croisées d’ogives ont remplacé la charpente initiale du vaisseau, qui jouit d’une belle clarté grâce à de grandes baies au sud [11].

Chevet de l’église des Cordeliers des Thons.
Photo Marc Heilig

Le chœur est à cinq pans et ses hautes fenêtres ajoutent encore à la luminosité de l’église. Orné de boiseries et de stalles, il était réservé aux moines et sans doute séparé de l’assistance des laïcs par un jubé qui fut remplacé au XVIIIe s. par deux autels de style rocaille et une grille en fer forgé. Juste au-delà se trouve la porte qui donne sur le cloître. Les Frères pouvaient encore entrer dans l’église depuis l’étage de leur logis par la porte qu’on voit en hauteur dans le chœur ; à proximité se trouve un grand cadran solaire peint sur le mur.

Voir l’article complet avec un important dossier photographique sur archeographe

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