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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Père Francis Kuntz (1930-2017) – Dire la vérité de Dieu
Article mis en ligne le 4 janvier 2018
dernière modification le 2 janvier 2018

par Jean-Marie Guillaume

Le Père Francis Kuntz est décédé le 30 septembre 2017 à l’Ephad d’Andlau où il avait été admis quelques semaines auparavant. Il avait 86 ans et était prêtre depuis 62 ans. Ses obsèques ont été célébrées en la chapelle des Missions Africaines à Saint-Pierre le 6 octobre, et il a été inhumé dans la tombe familiale à Rosheim.

Le Père Francis Kuntz
Photo Marc Heilig

Etudes et théologie
En juin 1945, Francis Kuntz est inscrit à l’école apostolique des Missions Africaines à Saint-Pierre ; il écrit son curriculum vitae : « Je soussigné, Francis Kuntz, suis né le 13 décembre 1930, à Rosheim. De 1931 à 1939, j’habitais à Obernai où je fréquentais d’abord l’École Normale puis, en 1938, le collège Freppel. En 1939, mes parents ont déménagé à Strasbourg juste quelques semaines avant la déclaration de guerre. Or comme Strasbourg a dû être évacuée au début de la guerre, nous nous sommes réfugiés à Rosheim. Là-bas, je fréquentais l’École Communale jusqu’à l’arrivée des Allemands ; revenu à Strasbourg après l’armistice, j’allai dans une « Oberschule » jusqu’à la libération. En juin 1945, je rentrai à l’École des Missions Africaines de Lyon. »

De 1945 à 1948, Francis complète ses études secondaires, d’abord à Saint-Pierre, puis à Haguenau. Il se fait remarquer par son amour du sport et de la musique. En octobre 1948, il est admis à la maison SMA de Chanly, en Belgique, pour les études de philosophie et le noviciat. En octobre 1950, il commence ses études de théologie au grand séminaire des Missions Africaines à Lyon. Manifestant trop de zèle pour le sport et se permettant de suivre les matches de foot au stade sans permission, il se voit forcer de prendre un temps de probation. Il est nommé pour un an (1953-54) à l’école apostolique de Saint-Pierre comme enseignant et surveillant. Cette année passée avec les plus jeunes lui plaît beaucoup, et il en aura toujours une certaine nostalgie. Il revient au grand séminaire de Lyon, où il est ordonné prêtre par le cardinal Gerlier le 7 décembre 1954.

Le Père Francis Kuntz
Photo Marc Heilig

Le rôle du prêtre : dire la vérité de Dieu
Dans l’homélie [1] qu’il a donnée en 2004 à l’occasion de son jubilé d’or, le Père Francis jette un regard rétrospectif sur le rôle du prêtre qu’il a essayé d’être : « Je ne puis m’empêcher – pour ce qui me concerne - de jeter un regard en arrière, sur le chemin parcouru… Finalement, peu importent les postes occupés ici ou là, la question est de savoir : quel est le rôle du prêtre ? Le prêtre est pris parmi les hommes, dit la Lettre aux Hébreux, il n’est pas taillé dans un bois différent de celui des autres hommes, il est frère, il partage le sort de l’homme quel qu’il soit… La mission des prêtres est redoutable, elle est de dire la vérité de Dieu… Ils disent la seule vérité qui ne s’épuise pas et qui ne s’use pas : aimez-vous les uns les autres ; ils disent que Dieu est amour. Cette vérité, les prêtres se la disent d’abord à eux-mêmes. Comme les autres, ils doivent bien reconnaître qu’ils n’ont pas encore entièrement compris ce message que Dieu est amour… C’est pourtant la mission des prêtres et ils l’assument tant bien que mal – souvent en bafouillant - sachant combien ce qu’ils ont à dire semble énorme, invraisemblable dans la bouche d’un homme… Et, chose étonnante – n’est-ce pas un miracle depuis 2000 ans ? - ils ont trouvé et ils trouvent encore des hommes et des femmes qui entendent cette parole. Cela prouve que Dieu est à leurs côtés… C’est une parole puissante et créatrice, une parole qui ne parle pas, mais qui agit : je te baptise, je te pardonne, prenez et mangez, ceci est mon corps, je vous déclare unis par le mariage. Le prêtre est dispensateur des sacrements ; là encore, la plupart du temps, les hommes attendent autre chose de lui… Ils sont irrités, ennuyés lorsqu’on ne fait rien d’autre que de leur répéter les mêmes paroles qui n’ont de valeur que dans l’au-delà… Voilà comment je comprends – à ma façon – le rôle du prêtre : homme parmi les hommes, messager et porte-parole de la Vérité de Dieu, dispensateur des sacrements… »

Musicien, fils de musicien
« Le prêtre est pris parmi les hommes. » Francis était d’abord membre d’une famille humaine, dont il a beaucoup reçu. Ses parents l’ont fortement encouragé dans sa vocation. De sa famille, en particulier de son papa, il a reçu le goût pour la musique et le chant liturgique, la belle liturgie. Son papa était professeur de musique, compositeur et organiste, titulaire de l’orgue à l’église St-Jean à Strasbourg. La célébration de sa première messe fut l’occasion d’une belle action de grâces musicale pour sa propre famille. C’était le lundi de Pâques 1955, le papa fonctionnait à l’orgue, la sœur de Francis, Angèle, à l’offertoire, chantait un Salve Regina composé par le papa ; le docteur Gérard Kuntz, frère de Francis, jouait au violon un adagio de Haendel. Dans l’ambiance musicale de la famille, Francis s’est initié à la musique. Il s’est fait lui-même organiste, à Chanly, au grand séminaire, et nous l’avons entendu bien des fois s’exprimer à l’harmonium, à la chapelle de Saint-Pierre, lors des rassemblements de fête et des funérailles des confrères SMA. Il se sentait si proche de sa famille qu’il a demandé d’être inhumé dans la tombe familiale.


Missionnaire au Togo
Au cours de sa dernière année de grand séminaire, peu après son ordination, il reçoit sa nomination pour l’Afrique. Il la reçoit avec beaucoup de joie, car il craignait d’être retenu comme professeur à l’école apostolique de Saint-Pierre, qui avait besoin de personnel et où il avait laissé un excellent souvenir. Arrivé au Togo en octobre 1955, il rejoint Kpalimé pour le temps du « tyrocinium », ou temps d’initiation à l’Afrique [2]. Il passe avec succès l’examen de langue 1956, persuadé qu’il est loin d’avoir une connaissance suffisante pour se mettre bien à l’aise dans la pastorale quotidienne. L’apprentissage de la langue était jumelé avec la visite et la catéchèse en différents villages. Il réussit si bien dans ces activités qu’on le garde encore pour une année à la paroisse de Kpalimé. Il a pour tâche de suivre une dizaine de stations qu’il visite régulièrement chaque mois. Parcourant les villages, visitant aussi les autres missions au sud du Togo où travaillent des confrères sma, il se rend compte de l’immense travail d’évangélisation qui a déjà été réalisé : « J’ai une profonde admiration pour ces bons vieux missionnaires qui nous ont précédés et qui ont véritablement accompli un travail gigantesque rien qu’à voir les églises, les écoles, l’organisation des chrétientés dans les paroisses, les stations… [3] » Il dispose d’une moto qui lui est bien utile, « mais je me rends de plus en plus compte que c’est insuffisant et fatigant et mon grand rêve : avoir une 2CV. Ne serait-ce que pour les bagages… Le Supérieur vient d’en acheter une d’occasion (une heureuse occasion), et depuis, j’espère aussi un jour qu’une occasion de ce genre se présente à moi ! Encore faut-il qu’à ce moment-là j’aie de quoi la payer [4]. »

L’église Marie Reine du Monde à Lomé-Bè.
Photo SMA Strasbourg

Son sens de l’organisation fait qu’on lui confie la charge de procureur et de chancelier de l’archevêché tout en étant vicaire à la paroisse cathédrale de Lomé. Ajouté à sa disponibilité, cela l’amène à occuper des postes de responsabilité lorsque ceux-ci deviennent vacants. Il se retrouve ainsi successivement directeur de l’école professionnelle de Lomé et économe au collège St-Joseph. Finalement, peu après l’arrivée du nouvel archevêque, Mgr Dosseh, en 1962, le Père Kuntz est nommé à la paroisse du St-Esprit à Togoville et directeur des Petits Clercs, quelque part sur la lagune entre Lomé et la frontière du Dahomey. Il s’y plaît beaucoup mais n’y reste que trois ans.

En 1965, suite à une forte pression du provincial, il accepte de prendre la responsabilité de la paroisse dédiée à Marie-Reine du Monde à Lomé-Bè. Elle s’étend sur un très vaste quartier populaire récent à l’est de Lomé et n’en est qu’à ses débuts. Elle avait été érigée canoniquement par Mgr Strebler le 8 décembre 1960 et confiée à la SMA selon un statut spécial « sui juris de droit pontifical ». C’était à la SMA de fournir le personnel nécessaire pour son administration et son développement. Le curé devait être nommé par l’archevêque sur proposition du supérieur régional et les prêtres résidant à la maison régionale devenaient vicaires ou coopérateurs à la paroisse. Il n’y avait pas de presbytère mais on utilisait la maison régionale, dont la construction avait été terminée en 1960. Résidence du curé de la paroisse, cette maison était donc en priorité celle du supérieur régional. Elle servait de maison d’accueil pour les missionnaires nouvellement nommés au Togo durant les premiers mois de leur initiation missionnaire, et aussi pour tous les missionnaires sma du Togo.

L’église Marie Reine du Monde. Grille en fer forgé de l’entrée.
Photo SMA Strasbourg

Le plus souvent, le vice-régional devenait le curé de la paroisse. Peu après sa venue à Lomé-Bè, Francis est désigné comme vice-régional. Mais le Père Paul Welsch, à peine nommé supérieur régional, dut quitter momentanément son poste à Lomé pour Sokodé comme vicaire capitulaire [5] ; il revenait donc au Père Francis d’assumer le rôle de supérieur régional en son absence. Six mois après son retour à Lomé, le Père Welsch décède subitement, le 4 juillet 1966, et le Père Kuntz est nommé supérieur régional, tout en assumant la charge de curé de la paroisse dans l’attente du Père Joseph Meyer, nommé plus tard vice-supérieur régional et curé. Le Père Kuntz devait cependant prendre en charge la construction de l’église. Plusieurs confrères furent là pour le seconder, tel le Père Hickenbick de 1966 à 1971.

Le supérieur régional se devait de veiller au bien-être des confrères sma qui, en ce temps-là, étaient une soixantaine en activité sur trois diocèses : Lomé, Atakpamé qui venait d’être érigé (en septembre 1964) et Sokodé. Des évêques togolais avaient remplacé les évêques missionnaires sma, et le clergé diocésain se développait et prenait les responsabilités de l’Église locale. Le supérieur régional se devait de négocier de nouvelles zones d’évangélisation et d’encourager ses confrères pour de nouveaux services.

Une vision d’Église ouverte
L’œuvre principale du Père Francis à Lomé a été la construction de la belle, spacieuse, sobre et lumineuse église Marie-Reine du Monde. La construction a duré quatre ans, entrecoupée par une énorme tornade qui fit s’écrouler les murs latéraux, montés déjà à une hauteur de 12 mètres. L’église de Bè reflète la vision du Père Kuntz de ce que doit être l’Église en tant que corps spirituel. Il avait fait rectifier les premiers plans selon cette vision et adopté un nouveau plan très audacieux. L’église a été consacrée le 30 août 1970, elle reste solide encore aujourd’hui comme aux premiers jours. Elle est en forme de trapèze. L’entrée principale est au centre de deux murs s’ouvrant vers l’extérieur, comme deux immenses bras prêts à l’accueil. Le portail en fer forgé représente, dans un style local, Marie Reine du Monde, assise sur un siège traditionnel avec l’enfant Jésus… Marie qui présente Jésus, qui conduit à Jésus.

L’église Marie Reine du Monde. La fresque du choeur.
Photo SMA Strasbourg

Le sol de l’édifice est en pente douce, les murs intérieurs se rétrécissent sensiblement pour mettre en valeur l’autel, centre de la liturgie, où sont prononcées les paroles de vie confiées au prêtre. Le mur du fond est couvert d’une immense fresque réalisée par le professeur Paul Ahyi, un des plus grands artistes togolais : intitulée « Éternel printemps, éternelle moisson », elle représente la création du monde où la vie jaillit de partout sous toutes sortes de formes multicolores. Sa vision de l’Église, concrétisée dans ce bel édifice, Francis l’a toujours eue sous les yeux dans une grande photo affichée dans son bureau ou son appartement. Peu après la consécration de l’église, un dimanche de mai 1972, à la fin de la messe principale, le Père Kuntz présente, à la surprise de tous, le nouveau curé à la communauté paroissiale. Le soir même, dans la discrétion, il prend l’avion pour la France : « nous sommes de simples serviteurs, dit Jésus dans l’évangile choisi pour la célébration de ses obsèques ; nous n’avons fait que notre devoir [6] ».


Aumônier militaire
Revenu en France, le Père Francis est d’abord retenu durant une année à Strasbourg pour remplacer l’économe provincial tombé malade. Il est ensuite mis à la disposition du diocèse de Strasbourg pour l’aumônerie militaire, qu’il rejoint en septembre 1973. Ce devait être pour 5 ans, ce fut pour 25. Le Père Francis restait très discret sur les motivations qui le faisaient changer d’option. Sa décision pour l’aumônerie militaire est probablement due à la discipline et à la rigueur que véhicule l’armée, mais aussi à la proximité avec les hommes du terrain, autant les cadres que les soldats.

Le Père Francis Kuntz pratiquait de nombreux sports.
Photo SMA Strasbourg

Ce qui l’attirait aussi était la culture du sport… Lui-même a pratiqué le foot depuis son jeune âge, puis le tennis et la course. Le vicaire général aux armées rapporte : « À l’école militaire où il est aumônier, il participe activement à la vie sportive. Il a un impact certain dans les unités dont il a la charge par son exemple, sa simplicité et le témoignage de sa foi. » Francis a occupé plusieurs postes : l’école militaire de Strasbourg avec le régiment de Mutzig, la légion de la gendarmerie, le 150ème régiment d’infanterie ; il a fallu aussi jouer de persuasion, comme à Lomé, pour qu’il puisse accepter la responsabilité plus grande de l’aumônerie de toute la garnison basée à Colmar. Il sait se faire accepter, pratiquant une pastorale de visites et d’accompagnement, portant beaucoup d’attention à la liturgie, assurant la catéchèse, redisant la Vérité de Dieu. L’aumônier principal de la 8ème région militaire dit de lui : « Par son allure sportive, mais surtout par sa profonde spiritualité, l’aumônier F. Kuntz exerce un ministère auprès des militaires avec une réelle efficacité. Il a pu s’attirer la sympathie de tous grâce à son sens de l’humain très développé et sa disponibilité entière. De contact agréable et direct, dynamique et d’esprit ouvert, il participe avec fougue aux activités des personnels [7]. »

Le Père Kuntz en uniforme d’Aumônier militaire.
Photo SMA Strasbourg

Suite à une restructuration des locaux de l’aumônerie de Colmar, il prend pied au presbytère de Labaroche en 1990, où il commence aussi à exercer une activité paroissiale. Quatre ans plus tard, tout en étant aumônier militaire, il est prêtre coopérateur à Dessenheim. Il se rapproche ensuite de ses origines et de la SMA en venant à Duppligheim, puis à Stotzheim.

Restant en lien avec les Missions Africaines dont il fréquentait régulièrement les rencontres, célébrations et réunions, Francis tenait beaucoup à son autonomie. En 2006, à 76 ans, il prend définitivement sa retraite et se retire dans un petit appartement à Obernai. Mais sa santé, éprouvée depuis plusieurs années suite à une attaque de cancer, a très vite décliné durant ces derniers mois. Il a fallu l’hospitaliser à plusieurs reprises, le faire accepter à l’Ephad d’Andlau… Il se sentait démuni, dépourvu, appelant à l’aide. Les confrères et amis qui allaient le visiter ressortaient toujours avec un sentiment d’impuissance, ne sachant que faire, ne sachant que dire, pleins de reconnaissance envers le personnel des établissements où il était accueilli, qui essayait de l’entourer, de l’aider avec beaucoup de délicatesse et de dévouement.

Le Père Francis Kuntz, Aumônier militaire.
Photo SMA Strasbourg

« Dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons à Dieu », dit Saint Paul dans la première lecture choisie pour ses obsèques. « Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même et nous savons que si le Christ lui-même a connu la mort puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants [8] ».

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