Père Francis Kuntz (1930-2017) – Dire la vérité de Dieu

Le Père Francis Kuntz est décédé le 30 septembre 2017 à l’Ephad d’Andlau où il avait été admis quelques semaines auparavant. Il avait 86 ans et était prêtre depuis 62 ans. Ses obsèques ont été célébrées en la chapelle des Missions Africaines à Saint-Pierre le 6 octobre, et il a été inhumé dans la tombe familiale à Rosheim.

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Le Père Francis Kuntz
Photo Marc Heilig

Etudes et théologie
En juin 1945, Francis Kuntz est inscrit à l’école apostolique des Missions Africaines à Saint-Pierre ; il écrit son curriculum vitae : « Je soussigné, Francis Kuntz, suis né le 13 décembre 1930, à Rosheim. De 1931 à 1939, j’habitais à Obernai où je fréquentais d’abord l’École Normale puis, en 1938, le collège Freppel. En 1939, mes parents ont déménagé à Strasbourg juste quelques semaines avant la déclaration de guerre. Or comme Strasbourg a dû être évacuée au début de la guerre, nous nous sommes réfugiés à Rosheim. Là-bas, je fréquentais l’École Communale jusqu’à l’arrivée des Allemands ; revenu à Strasbourg après l’armistice, j’allai dans une « Oberschule » jusqu’à la libération. En juin 1945, je rentrai à l’École des Missions Africaines de Lyon. »

De 1945 à 1948, Francis complète ses études secondaires, d’abord à Saint-Pierre, puis à Haguenau. Il se fait remarquer par son amour du sport et de la musique. En octobre 1948, il est admis à la maison SMA de Chanly, en Belgique, pour les études de philosophie et le noviciat. En octobre 1950, il commence ses études de théologie au grand séminaire des Missions Africaines à Lyon. Manifestant trop de zèle pour le sport et se permettant de suivre les matches de foot au stade sans permission, il se voit forcer de prendre un temps de probation. Il est nommé pour un an (1953-54) à l’école apostolique de Saint-Pierre comme enseignant et surveillant. Cette année passée avec les plus jeunes lui plaît beaucoup, et il en aura toujours une certaine nostalgie. Il revient au grand séminaire de Lyon, où il est ordonné prêtre par le cardinal Gerlier le 7 décembre 1954.

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Le Père Francis Kuntz
Photo Marc Heilig

Le rôle du prêtre : dire la vérité de Dieu
Dans l’homélie [1] qu’il a donnée en 2004 à l’occasion de son jubilé d’or, le Père Francis jette un regard rétrospectif sur le rôle du prêtre qu’il a essayé d’être : « Je ne puis m’empêcher – pour ce qui me concerne - de jeter un regard en arrière, sur le chemin parcouru… Finalement, peu importent les postes occupés ici ou là, la question est de savoir : quel est le rôle du prêtre ? Le prêtre est pris parmi les hommes, dit la Lettre aux Hébreux, il n’est pas taillé dans un bois différent de celui des autres hommes, il est frère, il partage le sort de l’homme quel qu’il soit… La mission des prêtres est redoutable, elle est de dire la vérité de Dieu… Ils disent la seule vérité qui ne s’épuise pas et qui ne s’use pas : aimez-vous les uns les autres ; ils disent que Dieu est amour. Cette vérité, les prêtres se la disent d’abord à eux-mêmes. Comme les autres, ils doivent bien reconnaître qu’ils n’ont pas encore entièrement compris ce message que Dieu est amour… C’est pourtant la mission des prêtres et ils l’assument tant bien que mal – souvent en bafouillant - sachant combien ce qu’ils ont à dire semble énorme, invraisemblable dans la bouche d’un homme… Et, chose étonnante – n’est-ce pas un miracle depuis 2000 ans ? - ils ont trouvé et ils trouvent encore des hommes et des femmes qui entendent cette parole. Cela prouve que Dieu est à leurs côtés… C’est une parole puissante et créatrice, une parole qui ne parle pas, mais qui agit : je te baptise, je te pardonne, prenez et mangez, ceci est mon corps, je vous déclare unis par le mariage. Le prêtre est dispensateur des sacrements ; là encore, la plupart du temps, les hommes attendent autre chose de lui… Ils sont irrités, ennuyés lorsqu’on ne fait rien d’autre que de leur répéter les mêmes paroles qui n’ont de valeur que dans l’au-delà… Voilà comment je comprends – à ma façon – le rôle du prêtre : homme parmi les hommes, messager et porte-parole de la Vérité de Dieu, dispensateur des sacrements… »

Musicien, fils de musicien
« Le prêtre est pris parmi les hommes. » Francis était d’abord membre d’une famille humaine, dont il a beaucoup reçu. Ses parents l’ont fortement encouragé dans sa vocation. De sa famille, en particulier de son papa, il a reçu le goût pour la musique et le chant liturgique, la belle liturgie. Son papa était professeur de musique, compositeur et organiste, titulaire de l’orgue à l’église St-Jean à Strasbourg. La célébration de sa première messe fut l’occasion d’une belle action de grâces musicale pour sa propre famille. C’était le lundi de Pâques 1955, le papa fonctionnait à l’orgue, la sœur de Francis, Angèle, à l’offertoire, chantait un Salve Regina composé par le papa ; le docteur Gérard Kuntz, frère de Francis, jouait au violon un adagio de Haendel. Dans l’ambiance musicale de la famille, Francis s’est initié à la musique. Il s’est fait lui-même organiste, à Chanly, au grand séminaire, et nous l’avons entendu bien des fois s’exprimer à l’harmonium, à la chapelle de Saint-Pierre, lors des rassemblements de fête et des funérailles des confrères SMA. Il se sentait si proche de sa famille qu’il a demandé d’être inhumé dans la tombe familiale.

[1] Homélie publiée dans Ralliement n°5 septembre-octobre 2004, pp. 3-4.

[2] La principale occupation du nouvel arrivant était d’apprendre la langue, en l’occurrence l’éwé.

[3] 2 novembre 1955.

[4] 10 octobre 1956.

[5] Il devait faire l’intérim entre Mgr Lingenheim, qui avait démissionné en novembre 1964, et l’intronisation du nouvel évêque, Mgr Bakpessi, en janvier 1966.

[6] Luc 17, 10.

[7] 7 décembre 1984.

[8] Romains 14, 7-9.

Publié le 4 janvier 2018 par Jean-Marie Guillaume