Pour prolonger la semaine missionnaire

Justin INANDJO
On peut se demander pourquoi l’on dit que l’Église est missionnaire. Il nous parait évident que c’est parce que tout chrétien est appelé et envoyé en mission lorsqu’il reçoit l’Esprit-Saint. C’est ce qu’exprime clairement le Christ lui-même : « Allez, et faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ; apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé [1] ».

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Le Père Justin Inandjo
Photo André N’Koy

En tant que prêtre SMA dans le district de Strasbourg, je réside dans la communauté du Zinswald où l’une de mes missions est d’assister le Supérieur local dans la gestion de notre maison et communauté. Puisque notre rayonnement se fait surtout à travers nos activités dans les paroisses environnantes, j’ai été nommé, dès mon arrivée en 2015, prêtre coopérateur dans les communautés de paroisses de Saint Fridolin de la Zorn et de Saint Vincent du Plan Incliné. J’y étais plus impliqué dans la pastorale des jeunes, et beaucoup plus engagé dans la catéchèse avec les premières communions et les confirmands. Dans le même sens, j’ai été nommé prêtre référent des jeunes de l’archiprêtré de Phalsbourg, travaillant ainsi avec nos ALP [2] responsables de la jeunesse, avec qui nous avons accompagné les jeunes à Lourdes et en Pologne. Auprès d’eux, notre mission est non seulement de les aider à mieux comprendre leur foi, mais aussi de leur montrer qu’ils ont une place primordiale dans la société, et surtout dans l’Église. J’accompagne aussi une Équipe Notre Dame composée des membres de Sarrebourg et de Phalsbourg.

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Installation du P. Justin Inandjo. Avec le P. Dominique-Pierre Luong.
Photo André N’Koy

La récente mission que j’ai reçue de la SMA et du diocèse de Metz est d’être en charge de deux nouvelles communautés de paroisses, où j’ai été installé le 17 septembre dernier. Que le premier missionnaire, le Christ, donne à chacun de nous d’accepter et d’assumer pleinement notre mission d’humain et de chrétien.

Florent-Alain BIKINI MUSINI
J’ai reçu l’invitation de Terre d’Afrique à rédiger un article sur la « semaine missionnaire » comme un créneau pour interroger notre histoire, celle des sma venus des jeunes districts d’Afrique et de l’Inde, une présence en Alsace avec ses joies et ses paradoxes. Comment travailler à construire de la cohérence ? Un couple connaît un bonheur durable parce qu’il a travaillé à le bâtir. C’est une quête sur le mode d’existence. Le changement se produit quand il est possible, c’est une fenêtre d’opportunité. L’essentiel se joue sur la capacité d’agir ensemble.

La France est ouverte au monde, aux autres, et ce depuis fort longtemps. Qu’ils soient exilés politiques, intellectuels, artistes, sportifs, soldats, migrants économiques ou réfugiés fuyants la guerre dans leurs pays, ils ont tous un parcours spécifique et écrivent ensemble l’histoire globale de leur terre d’accueil. Oser ensemble la mission nous pousse forcément à reconsidérer la question suivante : comment la permanence de missionnaires étrangers de plus en plus visible marque-t-elle l’opinion dans cette terre alsacienne jadis pourvoyeuse de missionnaires ? Oser la mission est toujours une traversée du doute à l’espérance, un passage de la peur de l’envahissement de l’autre à la préfiguration de collaborations futures confiantes. A Sélestat, comme ailleurs, je cherche toujours à évaluer la notion de frontière, à démanteler les barrières. Pour terminer, je voudrais affirmer avec l’anthropologue français Marc Augé que la frontière n’est pas un barrage. En terre de mission, elle devient un passage qui a pour horizon de nouvelles frontières : « Les frontières ne s’effacent jamais, elles se redessinent. La frontière, en ce sens, a toujours une dimension temporelle : c’est la forme de l’avenir et, peut être, de l’espoir [3]. »

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Le P. Justin Inandjo avec des paroissiens
Photo André N’Koy

Mahougnon Bernardin KINNOUME
Missionnaire depuis près de deux ans sur la communauté de paroisses du Piémont et de la Plaine de Barr, je conçois ma présence en terre alsacienne comme un témoignage. Mon engagement missionnaire est aussi une action de grâce à Dieu et envers ces vaillants et saints missionnaires alsaciens qui ont travaillé pour l’évangélisation de plusieurs régions en Afrique. Je pense spécialement à Mgr François Steinmetz (1867-1952), originaire de Morschwiller, second vicaire apostolique du Dahomey, actuel Bénin d’où je suis originaire. Pendant près de 60 ans, il fut l’un des grands acteurs de l’évangélisation dans cette région de l’Afrique. Ma présence sur la terre qui l’a vu naître et qui l’a fait missionnaire est, entre autres, une humble reconnaissance envers lui. Ma présence est aussi un témoignage de foi. La foi que les Missions Africaines ont apportée, entretenue et fait grandir en Afrique a porté du fruit. Par ma présence au sein de cette communauté, je veux témoigner de cette foi, et comme Mgr de Brésillac, notre Fondateur, être lumière pour les cœurs.

[1] Mt 28, 19-20.

[2] Assistantes Laïques en Pastorale.

[3] AUGE Marc, Pour une anthropologie de la mobilité, Paris, Éditions Payot & Rivages, 2009, p. 19.

Publié le 4 janvier 2018