Prophète

Le mot prophète apparaît dans l’Écriture un nombre impressionnant de fois. Il est à utiliser avec précaution, car il y a prophète et prophète. Rappelons-nous les pancartes qui, aux passages à niveau non gardés, signalaient le danger : un train peut en cacher un autre… Un prophète peut aussi en cacher un autre.

Il y a des faux prophètes. Il suffit de voir Jérémie aux prises avec eux. « Ne faites pas attention aux paroles des prophètes qui vous prophétisent ; ils vous trompent ; ce qu’ils prêchent n’est que vision de leur imagination, cela ne vient pas de la bouche du Seigneur. Ils osent dire à ceux qui méprisent la parole du Seigneur : « pour vous tout ira bien [1] ». L’Évangile n’est pas en reste quand il dit : « Il surgira des faux prophètes qui feront des signes et des prodiges afin d’égarer les élus si c’est possible [2] et encore des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans ce sont des loups voraces [3].

Les faux prophètes sont associés aux prêtres pour défendre l’ordre établi, ou plutôt le désordre établi. Les prêtres et les prophètes dirent aux autorités et à tout le peuple : « Cet homme mérite la mort, il profère contre cette ville les oracles que vous avez entendus [4] ».

Avec qui le prophète n’est-il pas en conflit ? Elie est confronté au roi Akab. Amos est confronté au prêtre Amazias, recteur du sanctuaire royal de Bethel [5]. Finalement, le prophète s’oppose aux docteurs : « Ce qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains, leçons apprises par cœur ».

Voyez Jésus aux prises avec les scribes, les docteurs de la loi, dont beaucoup appartenaient à la secte des pharisiens. « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites [6] ». Comme aux autres prophètes, cela lui coûtera cher. Le vrai prophète est un homme isolé, seul contre tous. « Lève-toi, tu prononceras contre eux tout ce que je t’ordonnerai. Ne tremble pas devant eux, sinon c’est moi qui te ferai trembler devant eux. Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses chefs, à ses prêtres et à tout le peuple [7]. »

Le vrai prophète est solitaire. Jean-Baptiste, « le plus grand d’entre eux », vit au désert. Ce n’est pas pour rien que Jésus inaugure sa mission par une longue retraite au désert et qu’il se retire régulièrement dans la solitude pour prier. S’il est confronté à ceux qui dominent la religion de son temps, il est proche de ceux qu’on a repoussés dans les marges. Il n’exclut personne et fréquente des gens de tout bord.

Il ne tient pas sa science des livres. Il dit aux juifs : « Vous fouillez les Écritures parce que vous pensez trouver en elles la vie éternelle, or ce sont elles qui me rendent témoignage [8] ».

Le prophète est encore sentinelle. Sa mission est redoutable. Il est chargé par Dieu d’avertir du danger lié aux comportements. S’il ne le fait pas, il est rendu responsable du malheur qui s’abat sur les individus ou sur le peuple tout entier. Il est devenu, selon la parole de l’Écriture, un chien muet qui ne sait pas aboyer.

Le prophète, par définition, dit les paroles que Dieu met dans sa bouche. Il est inspiré. Qui serait assez fou pour s’attribuer de lui-même cette mission ? Qui aimerait finir sa vie dans un asile ? Jésus s’est fait traiter de fou et à Paul, Festus dit qu’il perdait la tête [9]. Et l’on peut se demander ce qui valait mieux : le bûcher ou l’asile ? Voyez Jeanne d’Arc et tant d’autres, Jean Hus par exemple pour ne citer que lui. Ils représentaient un danger pour l’ordre établi.

Se pose une autre question : existe-t-il encore des prophètes aujourd’hui ? Si oui, conseillez-leur de ne pas se faire reconnaître, même s’ils sont prêtres, prophètes et rois, parce qu’ils appartiennent à celui qui est tout cela à la fois.

[1] Jr 3, 16-17.

[2] Mc 13, 22.

[3] Mt 7, 15.

[4] Jr 26, 11.

[5] Amos 7.

[6] Mt 23.

[7] Jr 1, 17-18.

[8] Jn 5, 39b. Au cas où ce seraient ses disciples qui parleraient, c’est toujours Lui.

[9] Act. 26, 24.

Publié le 4 octobre 2017 par Alphonse Kuntz