Sur le Mont

Tout en haut, un cri retentit, douloureux, celui du pèlerin qui a gravi la montagne, à la rencontre de la lumière.

« Où es-tu, mère des pauvres, toi l’héritière du pays (comme son nom en ancien saxon semble l’indiquer : uodal-îa) qui a établi ta demeure sur les hauteurs ?

Où sont les petits que ta lumière attirait vers le sommet ?

La roue de l’histoire, celle qu’on voit dans l’Hortus déliciarum, a tourné.

Là où les indigents venaient recevoir leur pitance de la main d’Odile et de ses filles, aujourd’hui les nantis déposent leur obole dans les mains du prêtre.

A leur intention on a aménagé la demeure pour qu’ils se sentent chez eux, alors qu’y sont dépaysés les pauvres…

La roue a fait un tour complet et l’histoire est retournée à son début.

Qui a été plus pauvre que la petite Odile quand on a dû la cacher et qu’elle marchait dans la nuit loin de chez elle ?

Le jour où elle est sortie de la nuit, elle est devenue lumière, attirant autour de l’Évangile comme autour d’un feu ses semblables, princesses du pays.

La flamme devenue brasier attirait les humbles appelés à marcher à sa suite.

Où sont-ils aujourd’hui ? N’y a-t-il plus de place pour eux au pays où seul compte ce qui brille à défaut d’éclairer ? Qu’est devenue la cité-refuge ? Pourquoi y sont-ils devenus étrangers ?

Cela avait pourtant été annoncé longtemps à l’avance, quand la Parole en personne avait dénoncé ceux qui confisquaient la clé de la connaissance.

Les scribes et les pharisiens, au lieu d’entrer, ont empêché de le faire ceux qui l’auraient voulu [1]. Le Fils qui avait élu domicile chez les plus pauvres louait son Père d’avoir caché aux sages et aux savants ce qu’il a révélé aux tout petits [2], trop petits pour saisir le langage des grands. Ils furent accusés de prendre l’Évangile à la lettre, de prendre au mot le Christ, incapables qu’ils étaient de l’interpréter.

Et pourtant, eux aussi savent, mais sans le faire savoir. Qui leur enlèvera la honte de leur indigence ?

Dieu merci, ils ont trouvé sur leur chemin des êtres qui sont devenus comme eux, petits pour de bon par une grâce insigne du Seigneur, à la suite de celui qui a pris la dernière place, lui pourtant qui était au commencement le premier et le dernier.

[1] Mt 23, 13.

[2] Mt 11, 25.

Publié le 16 janvier 2018 par Alphonse Kuntz